Déclaration et conférence de presse conjointe de MM. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et Edmond Alphandéry, ministre de l'économie, sur l'aide des pays industrialisés à la Russie, Tokyo le 15 avril 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Voyage officiel au Japon à l'occasion de la réunion ministérielle du G7 les 14 et 15 avril 1993 à Tokyo

Texte intégral

Le ministre : Mesdames et Messieurs, avant de vous donner la parole pour répondre à vos questions, je voudrais faire une brève déclaration préalable: d'abord pour remercier en mon nom personnel et au nom de mon collègue le ministre de l'économie, nos collègues japonais qui assuraient la présidence de ce G7, de la qualité de leur accueil et de l'efficacité avec laquelle ils ont organisé cette session ministérielle du G7. Nous avons conscience d'avoir participé ici à Tokyo à un événement de grande portée, puisqu'il s'agissait de déterminer ensemble l'aide que les grands pays industriels vont apporter à la Russie.

La Russie vit en effet une fois encore des jours décisifs, nous avons tous en tête l'échéance du 25 avril. Il n'est pas question bien sûr pour nous d'interférer dans le processus électoral russe, ni dans la libre décision que prendra le peuple russe mais notre volonté était d'affirmer le soutien des grands pays industriels, le soutien de la France pour ce qui me concerne, au mouvement de réforme qui doit porter la Russie vers une réelle économie de marché et un système de libre entreprise.

Ce choix, nous l'avons fait parce qu'il y va de notre intérêt mutuel, de l'intérêt du peuple russe bien entendu, mais également de l'intérêt de toutes les démocraties, car l'aggravation des tensions, l'aggravation de la détresse économique dans un territoire aussi vaste que la Russie serait à l'évidence une grave menace pour la paix du monde. Nous décisions vous les connaissez, elles ont été rendues publiques par la présidence japonaise, nos décisions me semblent présenter deux caractéristiques principales : d'abord l'ampleur, l'ambition du paquet financier qui a été arrêté d'un commun accord, sur lequel je ne reviendrai pas. M. Alphandery évoquera peut-être à nouveau le dispositif et les chiffres.

Deuxième caractéristique : notre volonté commune d'efficacité. On a en effet souvent reproché à l'aide des pays industrialisés son inadaptation, voire son inutilité et nous avons voulu marquer la différence avec ce qui, de ce point de vue-là, était critiquable dans le passé. Cette volonté d'efficacité se marque d'abord par le souci que nous avons eu d'adresser l'aide là où elle peut directement améliorer la vie quotidienne des citoyens russes.

J'en donnerai quatre ou cinq exemples rapidement : la formation des hommes qui peut être un facteur de développement tout à fait efficace, l'aide aux petites et moyennes entreprises, aux petites et moyennes industries, qui constituent le tissu le plus vivant de l'économie de marché, l'aide aux privatisations, notamment dans le domaine du commerce et de la distribution et l'aide enfin à l'agriculture autant de préoccupations et de cibles très concrètes.

Cette volonté d'efficacité se traduit aussi par la recherche du respect des grands équilibres macro-économiques, sur lesquels le FMI est actuellement en discussion avec la Russie, mais aussi par le souci de voir se concrétiser des réformes de structures aussi en amont que possible dans le processus de décision. C'est ainsi que nous avons beaucoup insisté sur la réforme de la politique et le fonctionnement de la Banque centrale, sur le nécessaire retour d'une meilleure gestion budgétaire et sur un système fiscal plus efficace. Bref, sur la reconstruction d'un appareil d'État et d'une administration qui permettent de fixer les règles du jeu nécessaires à toute économie de marché.

Enfin, dans l'affectation de l'aide internationale, il nous a paru légitime que soit pris en considération un certain nombre de nos préoccupations ordinaires. Je fais ici allusion au domaine du nucléaire, qu'il s'agisse du nucléaire civil (certains accidents récents ont montré l'urgence des mesures de sécurité en ce domaine), qu'il s'agisse aussi du nucléaire militaire (un certain nombre de programmes sont en cours en vue du démantèlement des armes nucléaires) et nous avons beaucoup insisté auprès de nos partenaires russes pour que ces projets puissent entrer dans une phase active et concrète le plus vite possible.

Avons-nous plus de chances de réussir que par le passé dans la bonne allocation de cette aide ? Je répondrai "oui" à cette question pour deux raisons : d'abord parce que nous assistons aujourd'hui, plus peut-être que par le passé, à la rencontre de deux volontés la volonté des pays industrialisés d'aider le processus de réforme, ce qui n'est pas nouveau et la volonté de nos partenaires russes de concrétiser ce processus de réforme, ce qui l'est peut-être davantage.

J'ai été pour ma part, très intéressé par ces informations, toutes les informations et précisions que nous ont donné MM. Fiodorov et Kosyrev en réponse aux questions que nous leur avons posées. L'entretien a été particulièrement dense et les indications fournies ont été claires et cohérentes. Je crois que l'on peut dire que le processus est aujourd'hui en marche en Russie.

Mon optimisme se fonde aussi sur le fait que nous avons beaucoup avancé dans la réflexion sur la coordination et le suivi de notre aide. Le dialogue entre la Russie et le FMI a beaucoup progressé et j'espère qu'il aboutira rapidement. Nous avons clairement indiqué qu'il appartenait à la Russie d'assumer ses responsabilités en coordonnant cette aide et nous avons également décidé de mettre en place un processus de suivi sous la responsabilité du G7 qui permettra de vérifier la bonne allocation des crédits et des dons qui ont été promis.

Dernière remarque sur la session ministérielle elle-même nous n'avons naturellement pas posé à notre aide des conditions politiques ou des exigences concernant les relations internationales. Il ne s'agit pas de se lancer dans un marchandage, mais il nous paraît néanmoins nécessaire de resituer ce que nous avons fait aujourd'hui dans une démarche plus globale. Notre objectif est de faire en sorte qu'avec nous, la Russie passe de l'ère de la confrontation que nous avons vécue pendant plusieurs décennies, à une ère de compréhension mutuelle et de partenariat.

Cette ambition de compréhension et de partenariat vaut également dans les relations de politique internationale et dans la gestion des crises et c'est ce que j'ai personnellement rappelé à plusieurs reprises au cours de nos débats. Ces crises internationales sont nombreuses, je n'en dresserai pas la liste. Il y en a une qui mérite de notre part une attention toute particulière parce qu'elle est aiguë et dramatique, je veux parler de la situation en Bosnie-Herzégovine.

J'ai renouvelé à plusieurs reprises mon appel aux Russes pour que, avant la fin du mois d'avril, comme nous en avons convenus ensemble, ils nous aident soit à obtenir l'engagement de toutes les parties de soutenir le plan Vance-Owen, soit à renforcer les sanctions conformément au projet de résolution qui est en cours d'examen au conseil de sécurité des Nations unies, de façon que nous puissions surmonter les ultimes résistances.

En marge des réunions ministérielles, j'ai eu l'occasion d'avoir plusieurs entretiens bilatéraux, notamment avec mon homologue japonais, M. Muto. Nous avons pu constater que les relations bilatérales sont actuellement marquées par un climat de bonne entente et de bonne compréhension mutuelle.

J'ai naturellement appelé son attention sur l'importance que nous attachons à un bon équilibre de nos relations commerciales. Le commerce entre la France et le Japon est toujours marqué par un déficit à notre détriment d'une trentaine de milliards de francs. Un certain nombre d'initiatives prises récemment et qui seront poursuivies, je pense notamment au programme "Le Japon, c'est possible" peuvent contribuer là aussi à une meilleure compréhension mutuelle. Au cours de cet examen, nous avons constaté notre convergence sur certains problèmes internationaux, tels que la situation au Cambodge, au Vietnam ou en Corée du Nord et nous sommes enfin tombés d'accord pour renforcer nos relations personnelles et j'espère que mon emploi du temps – bien que comme M. MUTO, je sois juste au début de l'exercice de ces nouvelles fonctions de ministre des affaires étrangères – j'espère que mon emploi du temps me permettra de revenir d'ici le début de 1994 ici au Japon, cette fois-ci dans le cadre d'un échange bilatéral.

M. Alphandéry : En tant que ministre de l'économie de la France, je voudrais ajouter quelques mots aux propos de M. Juppé. Je dirai d'abord quelques éléments complémentaires concernant l'aide à la Russie, ensuite j'évoquerai les entretiens bilatéraux (quelques-uns de leurs aspects) que j'ai pu avoir avec certains de mes collègues du G7. Enfin, je voudrais dire aussi comment se présente la situation monétaire de la France, car je pense que cela est de nature à vous intéresser.

Pour ce qui est de l'aide à la Russie, je m'associe tout à fait aux propos développés par mon collègue Alain Juppé, et j'ai noté comme lui la qualité des échanges de cette conférence. Le processus international a gagné en maturité du côté des Occidentaux, d'abord du G7, qui ont compris leur responsabilité collective à un moment historique de la Russie. La crise dans ce pays, si elle se déclenchait pourrait avoir des conséquences incalculables, à commencer pour les pays occidentaux. Du coté des Russes aussi, qui sont d'accord pour que notre aide ne fasse qu'accompagner leurs propres efforts et qu'elle soit proportionnée aux réformes effectuées chez eux.

Je crois aussi qu'il faut moins s'attacher au chiffrage global de 43 milliards de dollars, qu'à quelques caractéristiques nouvelles et importantes de la contribution des pays du G7. Il s'agit d'une aide multilatérale par l'intermédiaire du FMI, de la Banque mondiale et de la BERD, dont la mise en œuvre est précisément phasée avec les progrès de la réforme économique en Russie. Il s'agit d'une aide ciblée et dirigée vers des secteurs prioritaires ; l'énergie, le nucléaire civil et militaire et des secteurs structurants tels que les PME, les privatisations, c'est à dire des domaines où l'aide est la plus efficace.

Quant à l'aide bilatérale de la France à la Russie, elle est d'un montant important. Lorsqu'on totalise l'ensemble des aides accordées depuis 1990, d'abord à l'ancienne Union Soviétique et ensuite à la Russie, on arrive au chiffre de 5,5 milliards de dollars ou 29,24 milliards de francs. Cette aide se décompose de la façon suivante : l'aide à la Russie dans les années 90-91 s'élève à un montant de 5,75 milliards de francs. L'aide à la Russie, toujours dans le contexte bilatéral, s'élève à 9,8 milliards de francs, soit un total bilatéral entre l'Union Soviétique et la Russie de 15,54 milliards de francs ou 2,9 milliards de dollars. Dans le cadre de l'aide communautaire de la Communauté européenne, la part française s'élève à 4,7 milliards et la part française du rééchelonnement des dettes de la Russie dans le cadre du Club de Paris, qui vient d'être décidé il y a quelques jours, s'élève à 9 milliards de francs. Vous voyez à travers l'importance de cette aide que la France est tout à fait consciente de ses responsabilités, et qu'elle n'a pas hésité à aider directement la Russie à faire face aux difficultés qu'elle connait.

Quelques mots très rapides maintenant sur les entretiens bilatéraux. J'ai eu des entretiens ou je vais avoir des entretiens, car ils ne sont pas terminés, avec la totalité de mes partenaires ministres des finances du G7, M. Hayashi, M. Lamont, M. Mazankowski, M. Barucci et Mme Gelvaet pour la Communauté européenne. Un tout petit mot sur mes entretiens avec M. Weigel et M. Bentsen.

Pour ce qui est de M. Weigel, mon homologue allemand, cet entretien a été important pour lui comme pour moi. Vous n'ignorez pas que la coopération avec la RFA est le fer de lance de l'Union européenne, aussi cet entretien a permis grâce à un contact personnel essentiel de préparer la rencontre que doit avoir notre Premier ministre, M. Balladur, avec le Chancelier Kohl, le 22 avril à Bonn. M. Weigel, comme moi-même sommes très attentifs au renforcement des liens dans les domaines qui sont les nôtres – c'est à dire économiques et financiers – entre la France et l'Allemagne.

Sur l'entretien que j'ai eu avec M. Bentsen, je voudrais vous dire qu'il est tout de suite apparu une certaine connivence, qui est peut-être due à ce que, comme certains d'entre vous le savent, j'ai vécu pendant plusieurs années aux États-Unis, et que nous nous sommes retrouvés sur plusieurs terrains personnels. Cela m'a permis d'exposer la position française, notamment concernant le GATT, qui est un dossier très important pour la communauté internationale et pour la France et les États-Unis en particulier, avec une présentation un peu novatrice des positions françaises. Nous avons fait ensuite un tour d'horizon sur la croissance mondiale et sur le rôle respectif des États-Unis, du Japon et de la CEE dans l'évolution de l'économie internationale.

Nous avons convenu que les États-Unis, quel que soit leur poids dans l'économie mondiale, ne pouvaient à eux seuls relancer l'économie internationale. Nous avons souligné avec intérêt les efforts réalisés par les Japonais pour tenter de réactiver leur économie, et nous nous sommes interrogés sur les moyens de renverser la situation de l'économie européenne.

Vous avez pu constater que depuis le changement de gouvernement, il y a eu une modification du climat et je crois pouvoir dire que la confiance est de retour. On la constate d'abord dans l'appréciation du franc, dans la décrue des taux d'intérêt et dans le retour des réserves en devises. Cette détente graduelle a salué chaque étape qui s'est déroulée depuis le résultat des dernières élections. D'abord l'apparition d'une nouvelle majorité, la constitution du nouveau gouvernement dont la composition a été très bien accueillie, notamment par les marchés financiers et par les marchés des changes, la déclaration de politique générale du Premier ministre qui elle aussi a été bien accueillie, et la baisse de 12 à 10 % du taux des appels d'offres de la Banque de France (pour les taux d'appels d'offres de 5 à 10 jours) qui, elle aussi, a été très bien saluée par les marchés. Et comme je leur avais suggéré d'ailleurs publiquement, les banques ont abaissé hier leur taux de base bancaire spontanément d'un quart de point, puisque celui-ci est passé de 10 à 9,75 %. Voilà, je peux si vous le voulez bien, tout à l'heure à l'occasion des questions, vous donnez les chiffres de l'appréciation du franc, des réserves ou de l'évolution des taux d'intérêts, mais je pense que le mieux est de nous tenir disponible pour répondre aux questions que vous voulez bien nous poser.

Q. : Au regard des discussions que vous avez eues avec M. Bentsen, à propos du plan de relance japonais, partagez-vous son manque de confiance dans ce plan, étant donné que, selon lui, il ne s'agit que du premier pas, ce qui signifie que beaucoup d'autres choses auraient pu être envisagées pour relancer cette économie en récession ?

M. Alphandéry : Nous avons pris acte avec satisfaction de ce deuxième mouvement qui va tout à fait dans la bonne direction. Nous ne sommes pas allés plus loin dans notre analyse des effets possibles sur la conjoncture internationale.

Q. : Monsieur le ministre, vous avez eu la gentillesse de nous donner des explications concrètes et chiffres sur l'aide bilatérale à la Russie depuis 1990. J'aimerais maintenant savoir si au cours de ces réunions à Tokyo, vous avez pris des décisions ou avance de nouvelles aides vis-à-vis de la Russie ?

M. Alphandéry : Les nouvelles aides de la France sont tout simplement inscrites dans le cadre des aides multilatérales qui viennent d'être annoncées par la présidence japonaise, puisque vous savez que nous participons à l'ensemble, nous finançons toutes les opérations qui sont lancées par des organismes comme le FMI, la BERD, ou la Banque mondiale.

Q. : Est-ce que vous pensez que la BERD dépense trop pour elle-même et pas assez pour la reconstruction de l'Europe ? Êtes-vous favorable à une discipline financière plus stricte de la BERD ?

M. Alphandéry : La BERD apporte dans le paquet global qui a été décidé aujourd'hui à Tokyo une contribution importante. L'objet de cette réunion n'était pas de porter un jugement sur la question de la BERD.

Q. : Fin mars lorsque le Président s'était rendu en Russie, il avait fait une déclaration contre le Japon en disant que le Japon ne semblait pas être conscient de la situation en Russie. Après avoir participé aux conférences d'hier et d'aujourd'hui, est-ce que vous pensez qu'il y a eu une évolution ?

Le ministre : Je crois que l'objet mène de cette réunion aujourd'hui à Tokyo était de montrer que cette évolution s'était bien produite. Lorsqu'on constate ce qui s'est passé durant ces deux journées, lorsqu'en constate surtout les chiffres qui sont inscrits dans notre communiqué final, lorsqu'on enregistre les déclarations bilatérales du Japon, on ne peut que se réjouir d'une évolution positive dans la direction que nous souhaitions.

Q. : Ma question ne porte pas sur le G7, mais je voudrais savoir, après la naissance de ce nouveau gouvernement en France, quelle est la politique qui sera adoptée pour le GATT, dans les discussions de l'Uruguay Round, et également dans les discussions gui vont avoir lieu entre les EU et la CEE sur le problème agricole ?

Le ministre : Quelques brèves remarques sur ce sujet qui mériterait de longs développements. Je voudrais d'abord rappeler que la France est attachée au libre-échange. Nous l'avons montré depuis 30 ou 40 ans en étant une des locomotives de la construction européenne. La CEE est l'ensemble économique mondial qui pratique le plus et le mieux le libre-échange. Je crois donc que, sur ce point-là, on ne peut pas nous faire de procès d'intention.

Deuxième remarque : nous souhaitons que l'on puisse arriver à un accord dans le cadre du cycle de l'Uruguay, parce que nous pensons que la conclusion de cet accord serait un élément permettant de réactiver l'économie mondiale même si cette condition sans doute indispensable, ne serait pas suffisante.

Troisième réflexion pour qu'un accord du GATT soit un bon accord, il faut qu'il soit global, c'est-à-dire qu'il ne se limite à tel ou tel aspect de la négociation, qu'il soit équilibré, c'est-à-dire qu'on demande à chacun des sacrifices équivalents et qu'il soit enfin durable, c'est-à-dire, qu'au lendemain de la signature de l'accord, telle ou telle des parties ne déclenche pas une guerre commerciale en utilisant ses propres instruments de politique commerciale.

Or, et c'est ce que j'ai dit et ce que M. Alphandéry a dit lui-même à nos collègues américains ou européens, ce qu'on appelle aujourd'hui l'accord de Blair House ne satisfait à aucune de ces conditions : il n'est pas global, il n'est pas équilibré et il n'est pas durable. C'est la raison pour laquelle nous considérons qu'il n'est pas acceptable. Nous avons donc entrepris un travail de réflexion pour voir à quelles conditions nous pourrions le rendre acceptable, quelles sont les modifications, les adjonctions, les interprétations que nous pourrions y ajouter pour que nous puissions reprendre une discussion constructive avec nos partenaires. Je pense que ce travail aura abouti d'ici la mi-mai.

Q. : Est-ce que votre homologue japonais a évoqué la hausse rapide du Yen sur le marché des changes. Et parmi les membres du G7, y-a-t-il un consensus pour rétablir dans une action commune, une parité stable avec les autres monnaies ?

M. Alphandéry : Cette question arrive une heure trop tôt, car je vais vous quitter pour aller voir mon homologue japonais, M. Hayashi, et évoquer cette affaire avec lui.

Q. : Je voudrais savoir pourquoi vous êtes-vous opposé à l'initiative prise par M. Christopher, à propos du démantèlement des armes nucléaires en Russie ?

Le ministre : Je vous ai dit tout: à l'heure que parmi les priorités que nous nous fixions, il y avait le démantèlement des armes nucléaires. Sur l'objectif, nous sommes totalement d'accord avec nos partenaires. Je voudrais d'ailleurs rappeler que la France a elle-même développé un programme bilatéral pour le démantèlement des armes nucléaires. Donc sur le fond, il y a accord. Le problème, c'est la méthode. Nous avons discuté à Washington la semaine dernière à la préparation de ce sommet de Tokyo. Depuis cette date, sont arrivées sur la table de nouvelles propositions. Nous avons simplement indiqué que nous avions le temps d'y réfléchir avant de donner, le cas échéant, notre accord.

Q. : Monsieur le ministre, je pense que vous avez discuté avec M. Muto de la situation au Cambodge, et je crois que le ministre japonais vous a fait part de ses inquiétudes concernant la tension récente dans ce pays avant les élections générales. À ce propos, le ministre australien des affaires étrangères semble avoir déclaré que les forces australiennes stationnées au Cambodge pourraient être retirées en cas d'offensive des Khmers rouges. Je souhaiterais savoir quelle est la position de la France, co-présidente des Accords de Paris, sur cette question. La France entend-elle maintenir ses soldats au Cambodge ? Quelles sont les conditions dans lesquelles la France jugerait que les accords de Paris ont pris fin ?

Le ministre : Nous avons discuté de la question du Cambodge, d'abord en tête-à-tête avec M. Muto, mais aussi à Sept lors du premier déjeuner que nous avons eu hier à Tokyo. J'ai eu l'occasion de dire combien nous avons été émus en France de la mort d'un civil japonais au Cambodge. J'ai renouvelé mes condoléances au gouvernement japonais et à la famille de ce citoyen japonais.

Nous sommes tous tombés d'accord pour dire qu'il fallait conduire à son terme le processus électoral au Cambodge. Et aucune des délégations ici présentes n'a manifesté la tentation de céder devant le terrorisme de certaines parties présentes au Cambodge. Nous sommes au Cambodge dans le cadre d'une opération des Nations unies. M. Akashi est le représentant des Nations unies dans le cadre de l'APRONUC et c'est dans ce cadre que nous allons étudier les mesures de sécurité qui peuvent être prises pour éviter que les évènements que j'évoquais tout à l'heure (il y a eu un civil japonais, mais aussi trois militaires bulgares qui ont été assassinés) ne se reproduisent. Mais je le répète, nous sommes attachés à accomplir notre mission jusqu'aux élections, jusqu'au 27 août qui est la date limite de la mission de l'APRONUC.

Q. : En dehors des aides à la Russie, je pense que vous avez aussi discuté de la situation en Bosnie. À ce propos, je souhaiterais savoir si, à cette occasion, la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont formulé les nouvelles propositions sur ce conflit. La Russie a-t-elle fait de nouvelles propositions ?

Le ministre : Je me suis exprimé tout à l'heure dans mon propos introductif sur le drame de la Bosnie, qui devient de plus en plus insupportable, et qui est une sorte de honte, bien que cela n'appartienne pas au langage diplomatique, pour la communauté internationale depuis près de trois ans. Notre position aujourd'hui, et nous sommes en plein accord avec nos amis américains et britanniques sur ce point, c'est qu'il faut tout faire pour que le plan Vance-Owen soit signé et mis en œuvre et que pour y parvenir, le conseil de sécurité doit adopter avant la fin du mois d'avril le projet de résolution renforçant les sanctions. Nous avons obtenu sur ce point de M. Kosyrev des assurances.

Q. : Je crois que lors de cette réunion, vous avez aussi abordé la question d'un sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement. Je voudrais savoir à quelles conclusions êtes-vous parvenus sur ce sujet.

Le ministre : Je vous ai dit que la date du 25 avril était pour nous tous une date décisive. C'est donc en fonction de ce qui se passera en Russie ce jour-là, et donc du résultat du referendum, que nous aviserons. Nous verrons comment devra se dérouler le processus de préparation du sommet prévu pour le mois de juillet.