Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, dans "La Tribune" du 29 juillet 1999, sur les négociations sur la réduction du temps de travail, le SMIC et la représentativité syndicale.

Texte intégral

« La Tribune ». – La seconde loi sur les 35 heures va-t-elle dans la bonne direction ?

Marc Blondel. – L'application des 32 heures sur quatre jours aurait eu beaucoup plus d'effet sur l'emploi que le texte actuel. FO avait demandé dès 1995 à Jean Gandois, alors président du CNPF, d'ouvrir des négociations sur la réduction du temps de travail, puis sur la sixième semaine de congés. Nous n'avons pas eu de réponse. Le dossier de la réduction du temps de travail (RTT) a été politisé par la majorité issue des législatives de 1997, et les syndicats en ont été peu à peu dessaisis. La réduction du temps de travail n'est plus vue comme la satisfaction d'une revendication des salariés, mais comme une nécessité économique pour créer des emplois, ce qui psychologiquement n'est pas la même chose.

« La Tribune ». – Est-ce pour cela que FO, qui a signé un accord controversé dans la métallurgie, semble peu enthousiaste sur l'effet emploi de la loi Aubry ?

– « Je reconnais que l'accord UIMM de juillet 1998 n'est pas un accord conquérant. Je reconnais aussi que l'on a accepté l'annualisation et la flexibilité que l'on cherchait à nous imposer depuis 1984. Mais il y avait risque de dénonciation par le patronat de la convention collective comme cela s'est produit dans la banque et le commerce. Nous avons essayé de déborder le patronat en négociant par branches. Car, selon les secteurs, les effets des 35 heures ne seront de toute façon pas ceux que l'on suppose. Il y a de nombreux freins à l'embauche. Le fait qu'il existe des mesures incitatives élevées montre que le dispositif ne marche pas tant que ça. Il est difficile de faire la part des choses entre les emplois créés par les 35 heures et ceux qui résultent d'un effet d'aubaine. Il faut donc relativiser les 100.000 emplois annoncés. »

« La Tribune ». – La suppression du double Smic en 2005 va-t-elle pénaliser les salariés ?

– « Je pense que les coups de pouce liés à l'abandon du double Smic en 2005 vont bloquer les négociations, notamment salariales. Que faire, en effet, si le Smic est automatiquement réévalué tous les ans jusqu'en 2005 ? Il n'y aura plus de marge. D'autant que les 35 heures payées 39 reviennent à une augmentation de 11,4 % du Smic, pas pour le revenu du salarié, mais à la charge des entreprises. Comme la RTT conduit à de nombreuses autres dispositions, y compris en matière de cotisations sociales, les effets induits vont se multiplier. L'usine à gaz Aubry va bloquer toute évolution salariale au-delà de 1,8 Smic. »

« La Tribune ». – Les mesures concernant les cadres sont-elles suffisantes ?

– « Je suis étonné que les mesures annoncées se limitent à la durée du travail. C'est une occasion manquée de redéfinir la notion de cadres, de distinguer les vrais cadres des autres et de repenser la notion de forfait. »

« La Tribune ». – Quid de la représentativité syndicale ?

– « Nous sommes d'accord pour aborder cette question mais en dehors de la loi Aubry, qui nous semble dangereuse. Comment peut-on aboutir à un accord si, derrière, on risque de voir un référendum invalider le texte ? Et en vertu de quoi un syndicat peut-il demander un référendum et pas le patronat ? Il faut résoudre ces problèmes juridiques. »

« La Tribune ». – À l'avenir, allez-vous continuer de collaborer avec les autres syndicats ?

– « Je ne crois pas à l'unité pour l'unité. Entre confédérations, on se voit plus que par le passé, surtout de manière bilatérale. L'essentiel est de respecter les préoccupations réelles des salariés. Notre position n'est donc pas celle d'un refus ou d'un oui systématique à des rencontres. »