Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, à CNews le 8 juillet 2019, sur le racisme et le sport, les "féminicides", la grève des enseignants, la lutte contre le terrorisme et les prisons.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée, et d'abord l'événement a eu lieu sous nos yeux, nous en avons été les principaux acteurs, Nicole BELLOUBET, bienvenue, merci d'être avec nous, l'immense succès de la Coupe du monde de football. Est-ce que là vous voyez une preuve de plus des changements de mentalité en France et peut-être même des progrès de l'égalité hommes/femmes ?

NICOLE BELLOUBET
Je ne sais pas en tout cas si on s'attendait à un tel engouement pour la Coupe du monde de foot féminine, je trouve que, à la fois les publics dans les stades, la manière dont s'est déroulée la compétition, la qualité des jeux, ça montre effectivement que les filles sont aussi bonnes en foot que les garçons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus que c'est un mouvement populaire qui n'a pas été décidé au sommet, et que l'on voit de nouveaux publics, de nouvelles générations, des fillettes avec leurs parents, dans l'intérêt des footballeuses.

NICOLE BELLOUBET
Oui, absolument, je trouve que vraiment il y avait un sentiment de fraternité, et le sport c'est ça d'abord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous croyez que, plus de discrimination à travers le sport, c'est aussi la découverte d'un territoire qui est presque inexploré, pour le moment ?

NICOLE BELLOUBET
Inexploré, je ne sais pas, parce qu'en fait, quand on est petit, quand on est à l'école, cette volonté de faire du sport, entre filles, garçons, c'est aussi cela qui est cultivé, c'est vraiment ce sentiment à la fois de respect des règles et de fraternité, donc ce n'est pas nouveau, mais à ce niveau-là, je trouve que c'est effectivement intéressant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et avec cette ampleur il faudra que les clubs sportifs suivent, etc.

NICOLE BELLOUBET
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comme l'a dit le président de la République, que les rémunérations et les primes s'équilibrent entre, j'allais dire les mecs et les femmes.

NICOLE BELLOUBET
Oui, oui, tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Emmanuel MACRON est d'accord pour l'arrêt des matchs quand des cris fusent, racistes ou homophobes.

NICOLE BELLOUBET
Moi j'ai été très marquée, positivement, par l'attitude de Roxana MARACINEANU, la ministre des Sports, qui, vraiment, quand il y a eu des incidents graves en matière de racisme, d'antisémitisme, vraiment est intraitable, se montre intraitable, et je trouve que s'il y a un lieu, nulle part, vraiment ces insultes et ces propos haineux ne doivent être tolérés, mais dans le sport c'est très marquant, et il me semble que, aussi bien ce qu'a souhaité le président de la République, que l'action qui est conduite par la ministre des Sports, sont très emblématiques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est valable pour toutes les compétitions sportives ?

NICOLE BELLOUBET
Il n'y a pas de raison que ce ne soit pas valable pour toutes les compétitions sportives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous, comment vous l'appliquez à votre niveau ?

NICOLE BELLOUBET
Alors moi je n'organise pas de compétition sportive…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bien sûr, bien sûr, mais vous pouvez…

NICOLE BELLOUBET
Dans les tribunaux il y a assez peu de problématiques de ce genre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De sportifs.

NICOLE BELLOUBET
Si, j'espère que les juges sont sportifs, mais en tout cas j'ai édicté il n'y a pas très longtemps, il y a quelques semaines, une circulaire qui incite les procureurs généraux et les procureurs à s'emparer, avec vraiment beaucoup de fermeté, à apporter une réponse pénale systématique, à tous les propos haineux, en matière de racisme, d'antisémitisme, d'homophobie, j'ai vraiment fait un texte particulier sur ce sujet, tant il en va de, vraiment je crois, de la cohésion nationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les violences et les morts conjugales sont, d'après les Nations Unies, la plus grande manifestation de l'inégalité hommes/femmes, depuis 2 ans vous vous êtes efforcée vous-même de réduire les féminicides, enfin en tout cas ce qu'on appelle les féminicides. Pourtant vous reconnaissez, vous l'avez dit hier, que l'Etat n'en fait pas assez, ne va pas assez vite, c'est une sorte de mea culpa de l'Etat.

NICOLE BELLOUBET
En tout cas, de mon point de vue, je ne sais pas si on n'en fait pas assez, mais en tout cas nous ne sommes pas efficaces, c'est ça qui me frappe beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi ?

NICOLE BELLOUBET
Je pense que nous n'avons pas suffisamment encore fait un retour d'expérience sur ce qui peut se passer, quand on féminicide a lieu, pour voir là où sont les défaillances. Je crois que nous avons les outils en matière de législation pénale, à une exception près, je vous en dirai peut-être un mot dans un instant, je crois que nous avons les outils juridiques nécessaires, mais je pense que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors on peut se demander pourquoi ils ne sont pas utilisés.

NICOLE BELLOUBET
Parce que je crois que chaque acteur reste dans son couloir, si je puis dire, et ne parle pas à ce qui arrive en amont ou en aval, ou ne parle pas suffisamment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chaque acteur, parce que la chaîne est longue, c'est-à-dire ?

NICOLE BELLOUBET
Qu'il s'agisse du policier, du procureur, du juge aux affaires familiales…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Du voisin.

NICOLE BELLOUBET
Du voisin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Du proche.

NICOLE BELLOUBET
Je pense que chacun reste dans son couloir et que la chaîne ne se construit pas avec suffisamment de fermeté, et il me semble que c'est là que nous devons agir principalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi on ne le fait pas ?

NICOLE BELLOUBET
Eh bien nous sommes en train de le faire, Jean-Pierre ELKABBACH, j'ai demandé, par exemple, à une mission d'inspection, chez moi, de vérifier, sur des affaires qui sont aujourd'hui terminée, exactement ce qui s'est passé – j'aurais dû le faire avant, sans doute l'Etat aurait dû le faire avant – nous le faisons maintenant pour voir exactement ce qui s'est passé, là où nous pouvons améliorer les choses. Nous pouvons vraiment, par exemple, distribuer davantage de « Téléphones Grave Danger »…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va en parler, mais est-ce qu'il ne s'agit pas de résidus condamnables d'une société machiste ?

NICOLE BELLOUBET
Alors ça c'est l'interprétation sociologique, moi je m'intéresse aux faits, je m'intéresse aux faits, et ce que je veux vraiment c'est qu'il n'y ait plus ces interstices dans lesquels s'insèrent les défaillances de l'action de l'Etat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors on va rappeler, 75 tuées depuis le mois de janvier, c'est-à-dire plus de 10 par mois, de femmes tuées tous les 3 jours, c'est un scandale insupportable…

NICOLE BELLOUBET
Oui, c'est à la fois un drame et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De plus en plus visible, mais la moyenne des crimes c'est 140 par an, c'est une sinistre moyenne d'ailleurs, depuis 10 ans. Or, Laurence ROSSIGNOL, qui est sénatrice PS, vous demande de faire mieux que des comptes Twitter.

NICOLE BELLOUBET
Moi je fais très peu de comptes Twitter, alors ça, ça ne s'adresse sans doute pas à moi, et franchement moi je ne suis pas du tout dans le genre comptes Twitter, je suis dans l'action vraiment très concrète. Et lorsque, il y a quelques jours, j'ai là aussi… moi j'ai deux grandes priorités, c'est la lutte contre ces féminicides, et la lutte contre les discriminations. Sur la question des féminicides, là encore, j'ai incité les procureurs généraux et les procureurs de la République à faire des actions très concrètes, c'est-à-dire à demander qu'il y ait davantage d'ordonnances de protection de ces femmes qui soient délivrées, en France on a 3000 ordonnances de protection qui sont délivrées par an, c'est les juges aux affaires familiales qui prennent des mesures…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faudrait qu'il y en ait plus ?

NICOLE BELLOUBET
En Espagne il y en a 10.000 par an.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais les Espagnols, entre nous, ils reviennent de très loin !

NICOLE BELLOUBET
Peut-être qu'ils reviennent de très loin, mais ils sont quand même très efficaces.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Beaucoup plus loin. On les donne en exemple, peut-être qu'ils ont fait des progrès.

NICOLE BELLOUBET
Plus que des progrès, on n'a pas du tout les mêmes chiffres. Donc, il faut absolument qu'on protège mieux les femmes, il faut que nous financions évidemment les associations qui mettent des appartements à disposition de ces personnes qui ont subi des violences, il faut absolument que nous fassions attention aux moments où les femmes entrent en contact avec leur ex-conjoint ou le conjoint violent, par exemple quand elles donnent les enfants, voyez, quand il y a un moment où les femmes remettent les enfants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'il y ait des signaux d'alerte.

NICOLE BELLOUBET
Il faut absolument qu'il y ait des lieux neutres pour que cette passation d'enfants puisse s'effectuer correctement, et je pourrais multiplier les exemples.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez parlé justement du « Téléphone Grand Danger » (sic), du TGD, il n'est pas utilisé, pourquoi, pourquoi pas plus souvent…

NICOLE BELLOUBET
Pas suffisamment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il paraît qu'il y en a 880, et il n'y en n'a que 302 qui sont utilisés.

NICOLE BELLOUBET
Oui, nous avons découvert ça récemment, moi je pensais que ces téléphones que nous donnions aux juridictions étaient tous utilisés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien où ils sont ?

NICOLE BELLOUBET
Et on s'aperçoit en fait qu'ils ne le sont pas… ils sont dans les juridictions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont dans les placards, ou tiroirs.

NICOLE BELLOUBET
Mais ils ne sont pas tous parce qu'on n'a pas la même conception de ce qu'est le grave danger. Alors, quand on voit le nombre de meurtres de femmes ce n'est pas possible qu'on en soit là, ce n'est pas possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment, en amont, vous définissez le grave danger ?

NICOLE BELLOUBET
Eh bien nous sommes en train de travailler là-dessus pour assouplir les critères, pour mutualiser les téléphones, pour qu'il y ait des choses qui se passent concrètement. Et puis nous voulons, mais c'est un point extrêmement important, je veux mettre en place, sur l'ensemble des territoires, ce qu'on appelle le bracelet anti-rapprochement, c'est-à-dire le fait que les personnes violentes portent un bracelet qui puisse alerter la femme lorsqu'il s'approche dans un rayon de tant de mètres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment on va savoir qu'il mérite le bracelet électronique ?

NICOLE BELLOUBET
Alors ça ce sont évidemment aux juges de le décider, simplement actuellement nous ne pouvons mettre cela en place que pour les personnes qui ont été condamnées, or c'est trop tard, c'est trop tard.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, alors comment faire ?

NICOLE BELLOUBET
Eh bien donc, nous allons rédiger…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avant toute condamnation pénale ou au civil.

NICOLE BELLOUBET
Nous allons rédiger un texte de loi, qui va être porté très rapidement par un député, pour permettre d'intervenir, de donner ce bracelet, avant même que la personne soit condamnée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais justement, mais comment protéger quand les deux protagonistes ne portent pas plainte, quand ils se taisent, quand ils pensent qu'ils vont peut-être se réconcilier ou se retrouver ?

NICOLE BELLOUBET
Nous ne pouvons agir, évidemment, qu'à partir du moment où il y a eu un signe juridique qui a été donné, c'est-à-dire une plainte a été déposée, ou parfois même, c'est aussi quelque chose que nous développons, lorsque des femmes qui ont subi des coups vont dans des hôpitaux, elles peuvent être prises en charge, les traces peuvent être conservées sous scellés, en cas de procédure judiciaire qui suivrait, et d'ailleurs ces femmes sont aussi, dans ces cas-là, incitées à porter plainte. Et juste un dernier mot parce que c'est très important, nous allons développer la plainte en ligne. Actuellement nous avons simplement un système de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A condition de pouvoir utiliser Internet.

NICOLE BELLOUBET
Oui, absolument, il y a un certain nombre de femmes qui peuvent le faire, ça n'exclut pas évidemment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'elles aillent chez un voisin…

NICOLE BELLOUBET
Ah non, pas du tout, pas du tout, mais il y a parfois, nous le voyons puisqu'actuellement il y a un système de pré-plainte qui fonctionne, qui marche très bien, c'est un système de chat entre une femme et des gendarmes ou des policiers, et qui accompagne ces femmes vers la plainte lorsque cela est nécessaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous confirmez que, comme le disait le président de la République d'ailleurs, qui devrait relancer lui-même sa promesse, de faire de l'égalité femmes/ hommes une des causes, des grandes causes nationales de son quinquennat ?

NICOLE BELLOUBET
Il l'a dit depuis longtemps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il faut des moyens.

NICOLE BELLOUBET
Oui, il faut des moyens, mais il y a beaucoup de choses qui ont été faites…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Supplémentaires ?

NICOLE BELLOUBET
Aussi bien de la part de Marlène SCHIAPPA, qui conduit cette politique, que de la part de Muriel PENICAUD, en matière d'égalité salariale, que de mon côté également, donc, si vous voulez, je crois que c'est vraiment une politique transversale qui est un enjeu majeur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'on va retrouver au moment du Grenelle, que vous avez annoncé pour…

NICOLE BELLOUBET
C'est Marlène SCHIAPPA qui a annoncé le Grenelle, mais évidemment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, pour le 3 septembre, vous allez toutes y participer ?

NICOLE BELLOUBET
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'il faut en attendre ?

NICOLE BELLOUBET
D'abord, me semble-t-il, un bilan de ce qui a été fait, de ce qui reste à faire, et des actions, sans doute, à développer derrière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que je peux ajouter quelque chose qui me semble un autre danger contemporain et qui jusqu'ici n'est pas beaucoup signalé, c'est le nombre d'agressions sexuelles et de viols lors des multiples festivals d'été.

NICOLE BELLOUBET
Oui, c'est un drame ça aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui augmente.

NICOLE BELLOUBET
Ça vient gâcher ces festivals, il y a beaucoup de festivals qui ont pris les choses vraiment très au sérieux, après une période, on va dire un peu de latence, qui ont pris les choses très au sérieux, qui mettent en place des lieux de recueil des plaintes pour qu'ensuite les choses soient traitées, voire judiciarisées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc de votre part c'est, ce matin, un encouragement à la vigilance et à l'action… vers la justice ?

NICOLE BELLOUBET
Absolument, encouragement à la vigilance, évidemment, c'est-à-dire qu'il faut que ces festivals soient vraiment une fête et qu'ils le restent, et donc effectivement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ne rien laisser passer.

NICOLE BELLOUBET
Ne rien laisser passer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour le bac, c'est une journée de rattrapage aujourd'hui, Emmanuel MACRON a rendu hommage hier aux enseignants disant que c'était le plus beau métier, et il a donné raison à son ministre Jean-Michel BLANQUER en des termes qui n'ont pas plu à tout le monde. Réécoutez-les.

EMMANUEL MACRON (DOCUMENT FRANCE INFO)
A la fin des fins on ne peut pas prendre nos enfants et leurs familles en otages, je crois que quand on est enseignant dans la République française on a des devoirs aussi. On a des droits, tout le monde a des droits, mais on a des devoirs, et notre devoir à tous c'est que quand il y a un examen qui est attendu avec angoisse, et qui vient sanctionner la fin des études secondaires et l'entrée dans la vie universitaire ou la suite, notre devoir à tous c'est d'être au rendez-vous et c'est de faire ce qu'on doit faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La formule de la prise d'otage a été souvent utilisée, même par le ministre Jean-Michel BLANQUER, etc., mais là c'est le président de la République qui l'utilise et apparemment ça ne plaît pas beaucoup aux syndicats, qui la trouvent déplacée et imméritée.

NICOLE BELLOUBET
Je suis professeur, mon métier c'est d'être professeur de droit, et il me semble que quand il y a un examen aussi symbolique que le baccalauréat, qui est d'une certaine manière l'entrée dans l'âge adulte, l'entrée aussi dans la liberté finalement, de choix, c'est quelque chose qui doit être respecté. Il y a très peu d'enseignants qui ont fait grève, très très peu, vraiment, 400 ou 500, je ne sais pas exactement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ont assez perturbé les jeunes et les familles.

NICOLE BELLOUBET
Non, mais ce que je veux dire c'est que la plupart des enseignants, qui font un travail remarquable, on été tout à fait à la hauteur des obligations liées au baccalauréat, donc il ne faut pas que cette histoire-là rétroagisse sur l'ensemble des enseignants. Il y a quelques enseignants qui ont fait grève, je le regrette, parce qu'il me semble que le temps de la concertation a été mis en place tout au long de l'année, au moment de la discussion de la loi, donc je trouve que c'est plutôt malheureux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la formule n'est pas fausse ?

NICOLE BELLOUBET
Non, mais je vous dis moi ce que j'en pense, c'est-à-dire je trouve que la formule…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais est-ce qu'ils risquent des sanctions, les profs ?

NICOLE BELLOUBET
Alors ça ce n'est pas à moi de le dire, c'est à Jean-Michel BLANQUER de voir ce qu'il convient de faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En tout cas les élèves candidats au rattrapage ne sont pas les seuls bacheliers pénalisés. On passe à autre chose. Dans quelques jours vous allez recevoir Eric DIARD, et peut-être le deuxième rapporteur, députés du document sur la radicalisation des services publics, dans tous les domaines, etc., y compris chez les détenus, et ils disent parfois, même, chez les personnels pénitentiaires. Est-ce que chaque recrutement, chaque carrière, font, dans l'ensemble, l'objet d'une surveillance constante et peut-être me renouvelée ?

NICOLE BELLOUBET
Alors renouvelée oui. D'abord il faut, sur les détenus, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, les détenus radicalisés sont vraiment tout à fait pris en charge, ils sont évalués, ils sont ensuite placés dans des quartiers spécifiques…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont écoutés.

NICOLE BELLOUBET
Ils sont écoutés également, effectivement. Sur les personnels pénitentiaires, il faut être très clair aussi, nous avons à peu près 41.000 personnels pénitentiaires, en on dénombre une douzaine de seraient radicalisés, et à des degrés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne pouvez pas les licencier.

NICOLE BELLOUBET
Alors, nous avons trois choses qui se mettent en place. D'abord, maintenant, de manière systématique, mais il fallait pour cela un texte de loi, de manière systématique, au moment du recrutement, une enquête administrative, ça c'est le premier point. Ensuite, bien entendu, nous avons là aussi, et c'est la loi de réforme de la justice qui l'a rendu possible, la possibilité de les suivre en termes de renseignements. Et enfin, troisième élément, dans des conditions où nous pourrions avoir la preuve d'une radicalisation et d'un prosélytisme, nous avons maintenant la possibilité, évidemment, de mettre fin à leur fonction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous dites que la société européenne, et donc la société française, affronte avec le communautarisme et l'islamisation progressive des sociétés, un danger qui ronge les démocraties et la République laïque ?

NICOLE BELLOUBET
Je dirais que nous devons affronter un défi, un danger je n'irais pas jusque-là, les chiffres que je viens de vous donner pour ce qui concerne l'administration pénitentiaire sont extrêmement faibles…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais il n'y a pas que là, c'est un peu partout.

NICOLE BELLOUBET
Oui, mais il ne faut pas non plus généraliser, il faut remettre les choses en perspective. Donc, c'est un défi, qui suppose, là encore, notre vigilance la plus totale, et que nous allions, ou que nous utilisions le cas échéant, les outils qui sont à notre disposition.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Parquet antiterroriste, il a été récemment créé…

NICOLE BELLOUBET
1er juillet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il a un chef…

NICOLE BELLOUBET
Là nous sommes dans l'efficacité, puisque la loi du 23 mars…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-François RICARD.

NICOLE BELLOUBET
Et la mise en place est du 1er juillet. Un chef, Jean-François…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, il a les moyens de lutter contre le terrorisme, toutes les formes de terrorisme ?

NICOLE BELLOUBET
Attendez, ce n'est pas lui qui lutte contre le terrorisme, lui il prend, il judiciarise et il va évidemment emmener dans la voie judiciaire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je dis pour son rôle et sa place.

NICOLE BELLOUBET
Absolument. Oui, il a les moyens, puisque nous avons doté ce Parquet, d'une part de 27 personnes, de 27 magistrats qui seront à ses côtés, qu'en cas de besoin, s'il y avait un événement grave, il pourrait faire appel à une liste complémentaire qui a été établie au sein du Parquet de Paris, et que surtout il a des référents en province, qui sont également désignés comme tels. Donc c'est vraiment un système qui maille le territoire français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'il aura la même liberté que le Parquet national financier qui a été dirigé pendant 6 ans avec beaucoup d'autorité et d'indépendance par Eliane HOULETTE ?

NICOLE BELLOUBET
Mais les procureurs ont tous, pour les questions individuelles, la plus extrême liberté, ils sont vraiment responsables de leur choix, en termes judiciaires je vous rappelle que moi je ne donne que des instructions générales, c'est-à-dire que, effectivement, je donne… je prends une circulaire pour lutter contre la discrimination…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous maintenez cette ligne que vous avez définie ?

NICOLE BELLOUBET
C'est la loi, ce n'est pas moi qui l'ai définie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais il y en a qui ne respectent pas tellement la loi !

NICOLE BELLOUBET
Si, si, en tout cas ça serait regrettable que le garde des Sceaux ne respecte pas la loi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que le Parquet national financier va trouver quelqu'un qui va succéder à Eliane HOULETTE ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, bien sûr, évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ce sera une femme ?

NICOLE BELLOUBET
Pourquoi pas, mais pourquoi pas, mais pas nécessairement. Nous avons beaucoup de candidatures, de très haut niveau, donc il me faut un peu de temps pour les étudier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les surveillants de la prison de Colmar, je ne sais pas si ça vous est venu aux oreilles, ont eu du flair.

NICOLE BELLOUBET
Oui, ça je le sais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le savez. Vendredi ils ont empêché une tentative d'évasion dans une cellule occupée par six détenus, et les six détenus avaient prévu de s'évader la nuit même de la découverte de leur plan. Il y avait un trou dans un mur de la cellule et ils pouvaient passer par un conduit et aller jusqu'au tout de la vieille prison de Colmar. Quelle décision vous allez prendre ?

NICOLE BELLOUBET
D'abord féliciter les surveillants pour le travail qu'ils font, et puis ensuite dire que la prison de Colmar est une prison de centre-ville, qui est une prison vétuste et sur laquelle, effectivement, nous envisageons des évolutions. Nous allons reconstruire, avec l'accord du maire de Colmar, nous allons reconstruire une autre structure pénitentiaire, pas de même nature que celle qui est actuellement en centre-ville, une structure d'accompagnement vers la sortie des détenus et cela permettra évidemment de libérer les locaux de cette vieille prison.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais six détenus par cellule, c'est inouï !

NICOLE BELLOUBET
Oui, mais vous savez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une illustration de la surpopulation des prisons.

NICOLE BELLOUBET
Alors, il y a des cellules, notamment dans les vieilles prisons, enfin dans les prisons anciennes, il y a des cellules d'un format un petit peu particulier, nous ne sommes dans une cellule de 9 mètres carrés là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez en effet rénover des prisons…

NICOLE BELLOUBET
Oui, absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez en créer de nouvelles…

NICOLE BELLOUBET
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez les adapter aux détenus et à leur peine, c'est-à-dire c'est une nouvelle philosophie BELLOUBET…

NICOLE BELLOUBET
Moi je n'aime pas qu'on…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'aimez pas qu'on les dénomme, mais enfin c'est une nouvelle philosophie, nouveau comportement à l'égard des prisons et des détenus.

NICOLE BELLOUBET
Il me semble, si vous voulez, les prisons c'est deux choses, c'est assurer la sécurité de la société, d'une part, et donc mettre à l'écart ceux qui ont failli, et c'est d'autre part permettre la réinsertion de ceux qui sont détenus, parce que c'est rare qu'un détenu soit détenu sur des très très très longues…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous croyez, vous, aux moyens d'éviter la récidive et de donner des chances de réinsertion ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, je crois que c'est un objectif que nous devons partager, parce que si nous ne permettons pas la réinsertion, alors il y a de la récidive, et pour réinsérer on ne peut pas entasser les gens et les traiter de la même manière dans un même lieu, et donc je pense qu'il y a en fonction du parcours de peine, il y a des moments où il faut prendre en charge les détenus de manière différente, c'est ce que nous voulons faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pour les peines de moins de 6 mois vous préféreriez qu'ils n'aillent pas en prison, parce qu'il y a des risques de radicalisation, de durcissement.

NICOLE BELLOUBET
Il faut qu'il y ait une peine, impérativement, que cette peine peut prendre d'autres formes pour les courtes peines, peut prendre d'autres formes que la prison. Peut, ce n'est pas une obligation non plus, parce qu'il y a des situations où nous devrons utiliser l'emprisonnement, mais dans la majeure partie des cas, soit un placement sous bracelet, soit un travail d'intérêt général, soit d'autres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y aura peine ?

NICOLE BELLOUBET
Forcément, s'il y a condamnation il y a peine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans me montrer indiscret, est-ce que vous utilisez parfois l'homéopathie ?

NICOLE BELLOUBET
Non, jamais, je suis vraiment désolée, j'ai toujours considéré que ça ne servait à rien, sur moi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous pensez qu'il faut rembourser toujours l'homéopathie alors que les scientifiques sont sévères et les industriels des granules inquiets ?

NICOLE BELLOUBET
Si j'en juge par mon expérience personnelle je dirais que non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut s'en passer ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, mais honnêtement je n'ai pas les compétences, ce n'est pas un dossier que j'ai travaillé, je ne juge qu'à l'aune de mon expérience personnelle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le président qui décide ?

NICOLE BELLOUBET
J'ai pris des médicaments homéopathiques, ça ne m'a jamais rien fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le président qui décide. Pour les municipales, à Lyon, c'est le président qui décide, il est en train de petit-déjeuner avec David KIMELFELD, hier il dînait avec Gérard COLLOMB. A Paris aussi c'est lui qui décide. Ne soyez pas surprise.

NICOLE BELLOUBET
Je ne sais pas ce que vous voulez me faire dire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vais vous dire, simplement, pour les autres villes aussi, contre les violences conjugales et le Grenelle, il décide, sur les retraites, il décide, sur l'exigence antiraciste dans les stades, etc., pour l'Europe, il décide. Qu'est-ce qu'il ne décide pas, même si on est en Ve République, qu'est-ce qu'il ne décide pas ?

NICOLE BELLOUBET
Je dirais deux choses. D'une part, puisque je vois fonctionner les choses, le président de la République il donne le cap, il donne les lignes directrices, c'est le Premier ministre, c'est autour du Premier ministre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Article 20.

NICOLE BELLOUBET
Article 20, et 21, c'est le Premier ministre qui conduit l'action du gouvernement, vraiment, et qui va, je dirais bidouiller les choses qui méritent de l'être…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un l'orientation, et l'autre bidouille.

NICOLE BELLOUBET
Qui va voir quelle est la cohérence des textes, je crois que c'est très important, et qui va prendre les décisions, qui les rend concrètes, et ensuite les ministres… vous savez, sur les circulaires, sur les femmes, sur la discrimination, ni le président de la République, ni le Premier ministre, m'ont dit quoi que ce soit, je crois que vraiment chacun est à son niveau de responsabilité, c'est ça qui est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue et bonne journée, à bientôt.

NICOLE BELLOUBET
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2019