Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à France-Info le 1er juillet 2019, sur le projet de loi autorisant la PMA pour toutes les femmes et la GPA (gestation pour autrui).

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Le livre de Nicolas SARKOZY est sorti en fin de semaine dernière, est-ce que vous êtes allée l'acheter ?

MARLENE SCHIAPPA
Je l'ai acheté mais je ne l'ai pas encore lu.

MARC FAUVELLE
Vous comptez le lire ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce que vous en attendez ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que c'est un témoignage historique d'abord, parce qu'avant tout Nicolas SARKOZY c'est un ancien Président de la République, donc c'est toujours intéressant de lire avec le recul le regard qu'il peut porter sur l'époque, la période dans laquelle il a présidé la France. Et puis Nicolas SARKOZY, c'était aussi un homme politique qui avait ce don pour imposer ses sujets à l'agenda, je pense que c'est quelque chose qui mérite l'intérêt.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire qu'Emmanuel MACRON devrait s'en inspirer sur ce point précis ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout, non, non, je ne parle absolument pas pour le président Emmanuel MACRON. Je parle pour moi en tant que jeune femme politique, c'est évidemment passionnant pour nous de pouvoir lire des livres politiques de ce type.

RENAUD DELY
Emmanuel MACRON précisément, Nicolas SARKOZY en a parlé, c'était hier soir sur France 2.

(…)

RENAUD DELY
Ca vous fait plaisir Marlène SCHIAPPA que Nicolas SARKOZY couvre Emmanuel MACRON d'éloges comme ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Il vaut mieux ça que le contraire oui. D'abord moi vous savez, je suis très respectueuse des institutions, donc que le président SARKOZY s'exprime pour dire qu'il défend son pays avant tout, avant des intérêts de boutique, je trouve ça extrêmement positif.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il voit en Emmanuel MACRON un de ses héritiers ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça je ne sais pas, ce serait à lui de le dire.

RENAUD DELY
C'est Emmanuel MACRON qui est devenu sarkozyste ou Nicolas SARKOZY qui est devenu macroniste ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois… ni l'un ni l'autre. Je pense qu'Emmanuel MACRON a été… le président Emmanuel MACRON a été à l'origine d'un renouvellement politique complet, un renouvellement des usages et des visages avec la majorité qui a été profondément renouvelée ; et puis on est là dans une nouvelle période de la présidence française. Mais néanmoins, je trouve ça plutôt positif d'avoir un ancien Président de la République qui se met au service de son pays et qui se retire en tout cas des disputes politiciennes. Et personne ne peut me soupçonner d'être sarkozyste, je crois.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, la France sort tout doucement d'un épisode de canicule, 13 départements sont encore en alerte orange au moment où on se parle. L'ancien candidat écologiste aux européennes Yannick JADOT propose la mise en place d'un congé canicule en cas de fortes chaleurs, est-ce que c'est une bonne idée ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne suis pas certaine, je pense que la question de la canicule doit être gérée de deux manières. C'est-à-dire il y a d'une part une gestion à long terme en amont et c'est ce que fait le ministre de la Transition écologique et solidaire, en anticipant le réchauffement climatique, en travaillant sur les causes du dérèglement climatique d'une part. Et puis d'autre part, une fois que la canicule est là et là c'est ce que fait la ministre des Solidarités et de la Santé pour mettre en place des correctifs et faire en sorte que la canicule se passe le mieux possible pour l'ensemble de la population.

RENAUD DELY
Yannick JADOT reproche au gouvernement de faire de l'affichage, beaucoup de communication mais de ne pas prendre les vraies mesures nécessaires de rupture justement, pour engager vraiment la lutte contre le réchauffement climatique !

MARLENE SCHIAPPA
Je ne crois pas que ce soit le cas, au contraire, je pense qu'il y a des mesures extrêmement fortes qui sont prises, à la fois au niveau national mais aussi au niveau international. Après, je pense que Yannick JADOT et nous, nous avons deux visions du monde qui se rejoignent sur un objectif de protection de l'environnement et sur des enjeux économiques, mais qui peuvent s'éloigner sur la manière d'y arriver et sur la vision que nous pouvons avoir de l'économie par exemple.

RENAUD DELY
Vous évoquez François DE RUGY, ministre de la Transition écologique et solidaire. Il y a un autre député qui est François RUFFIN, le député Insoumis de la Somme, qui s'en est pris à François DE RUGY dans une vidéo qu'il a postée. Et le ministre lui a répondu hier, on l'écoute.

(…)

MARC FAUVELLE
François RUFFIN est fasciste ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, ce n'est pas à moi d'attribuer les bons et les mauvais points. Mais la vidéo de François RUFFIN, moi je la trouve assez dérangeante, je la trouve assez indigne en fait du niveau du débat politique. Se moquer des gens…

MARC FAUVELLE
C'est fossé entre quelque chose qu'on peut supposer indigne et le fascisme ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui bien sûr, moi je n'ai pas utilisé le mot de fasciste, mais chacun est libre d'avoir sa propre appréciation. Mais néanmoins moi, je suis très attachée à faire en sorte que le débat politique soit toujours un débat d'idées et jamais un débat de personnes. Et je trouve que ça commence très mal quand on a une vidéo où on se moque d'une personne, de son nom, de sa façon de parler, de sa façon de se vêtir, je pense que ce n'est pas digne du niveau du débat public qui doit – pour moi – jamais se positionner sur un plan ad hominem mais toujours sur un plan des idées.

MARC FAUVELLE
Mais le mot utilisé par votre collègue du gouvernement vous semble trop fort ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, encore une fois moi je n'ai pas à distribuer les bons et les mauvais points…

MARC FAUVELLE
En tout cas, vous ne l'utiliseriez pas vous !

MARLENE SCHIAPPA
Pas particulièrement sur cette vidéo, mais je peux comprendre que François DE RUGY soit aussi piqué et agacé par cette vidéo de François RUFFIN ; et par une forme d'acharnement qui peut exister vis-à-vis de lui de la part de François RUFFIN.

RENAUD DELY
Il y a eu vendredi à Paris l'évacuation d'une manifestation d'écologistes, pour le coup de militants écologistes qui est une évacuation controversée. Le ministre de l'Intérieur lui-même, Christophe CASTANER, a demandé un rapport au préfet de police sur les modalités de cette évacuation. On a vu ces images de CRS aspergeant de gaz ces manifestants qui bloquaient un pont à Paris, le Pont Sully. François DE RUGY dont on parlait à l'instant, il explique lui (je le cite) que si les policiers ont utilisé des gaz, c'était pour que les gens s'en aillent. Est-ce que ça vous semble une bonne méthode pour disperser les manifestants ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez les policiers, ils ont une mission de maintien de l'ordre qui est extrêmement délicate et qui se déroule dans un contexte ; et le contexte est toujours important qui est celui des mois de mobilisation des gilets jaunes que nous avons connus derrière nous. Et donc à un moment, ils ont une mission qui est de rétablir l'ordre public ou d'évacuer tel ou tel attroupement, mobilisation ou groupe de personnes. Et donc il y a une enquête, puisque le ministre de l'Intérieur a lui-même dit qu'il voulait qu'on fasse toute la lumière sur les conditions dans lesquelles exactement, cette évacuation s'était produite. Donc maintenant, je crois qu'il faut attendre les résultats…

RENAUD DELY
Vous les avez vues ces images, elles ne vous ont pas choquées ces images ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je me méfie toujours des images tronquées, hors contexte, en vidéo que l'on peut sortir comme ceci ou cela…

RENAUD DELY
Là, il s'agit de manifestants assis pacifiquement, qui ne bougent pas…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, tout à fait, qui sont pacifiques et qui manifestent pour une cause qui nous tient également à coeur. Donc je pense que c'est important de prendre en compte vraiment l'ensemble des éléments ; et c'est pour ça que Christophe CASTANER a immédiatement demandé à faire la lumière, pour voir si cela était justifié ou non et c'est la suite qui nous le dira.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes est notre invitée jusqu'à 9 h 00. On va s'interrompre quelques instants puisqu'il est 8 h 40 et David DAUBA vient nous résumer l'actualité de ce lundi matin.

(…)

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, le projet de loi autorisant la PMA pour toutes les femmes, qu'elles soient seules ou en couple, arrive dans quelques jours, à la fin du mois au Conseil des ministres. Est-ce que c'est un motif de fierté pour vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense qu'il faut essayer de ne pas en faire un combat politique et de ne pas en faire un point politique marqué, parce que c'est de cette manière qu'on crisperait…

MARC FAUVELLE
C'est l'anti-mariage pour tous, on sent bien que le gouvernement ne veut pas en faire un objet de fierté politique et fait tout même presque pour le banaliser !

MARLENE SCHIAPPA
Oui parce que je crois que c'est banal et je crois que la société maintenant est très prête. Et vous savez moi, j'étais à la Pride, à la Marche des Fiertés à Paris samedi, beaucoup de personnes qui étaient là pour défiler nous on dit leur joie de voir enfin la PMA arriver, parce que ça avait été une promesse du président François HOLLANDE qui ne l'avait pas tenue pendant son quinquennat. Donc moi, il y a une femme par exemple qui m'a dit : j'ai 42 ans, ça va faire 7 ans qu'on me promet la PMA pour toutes les femmes et que j'attends de pouvoir enfin fonder une famille.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous entendez aussi celles et ceux que ça peut inquiéter ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, j'entends toutes les inquiétudes et c'est pour ça qu'il y a eu un débat, nous avons pris le temps. Le président de la République a voulu faire en sorte qu'il y ait des états généraux de la bioéthique, que chacun puisse s'exprimer sans être particulièrement stigmatisé. Ensuite, il y aura un débat parlementaire et à l'issue du débat parlementaire, un vote, c'est la démocratie tout simplement.

RENAUD DELY
Les préventions qui s'expriment contre la PMA pour toutes ne viennent pas seulement des milieux très conservateurs, qu'on avait pu voir notamment à l'occasion de la Manif pour tous en 2013 sur le mariage. Par exemple, on entend des voix qui viennent aussi de la gauche comme celle de la philosophe Sylviane AGACINSKI.

(…)

RENAUD DELY
Est-ce que vous entendez ce cet argument, pour Sylviane AGACINSKI la procréation assistée, elle doit répondre à une logique médicale de lutte contre l'infertilité.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis tout à fait d'accord pour dire qu'il n'y a pas de droit à l'enfant, ça n'est pas au titre ou au nom du droit à l'enfant que nous voulons ouvrir la PMA à toutes les femmes, c'est parce qu'il y a actuellement une discrimination. Lorsque vous êtes une femme mariée avec un homme, vous avez le droit à avoir accès à une PMA, lorsque vous êtes une femme mariée avec une femme vous n'y avait pas le droit, c'est une forme de discrimination…

RENAUD DELY
Vous n'avez pas droit, vous n'avez pas droit à l'enfant !

MARLENE SCHIAPPA
Bien… non, vous n'avez pas droit d'avoir un accès à la PMA. Et donc c'est une forme de discrimination et donc il faut tout simplement la lever.

MARC FAUVELLE
Vous jouez un peu sur les mots parce qu'un accès à la PMA, c'est à la fin un enfant.

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne joue pas sur les mots, je crois que c'est… non, non, pas du tout, je crois que c'est un débat philosophique qu'on peut avoir et je l'entends. En fait sur les questions de la PMA, on est aux confins de sujets extrêmement intimes, très philosophiques et scientifiques…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas pour vous en France de droit à l'enfant derrière ce projet de loi ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout, non, non, pas du tout, je ne suis pas du tout pour un droit à l'enfant, je pense que c'est une pente glissante et assez dangereuse. Mais ce n'est pas au nom du droit à l'enfant que nous ouvrons la PMA à toutes les femmes.

RENAUD DELY
Et est-ce qu'au nom de l'égalité, il ne faut pas aller plus loin et ouvrir aussi le droit à la GPA, la gestation pour autrui ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne le crois pas que ce sont 2 situations différentes. La GPA…

RENAUD DELY
En quoi sur le principe, en quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Sur le principe en fait très concrètement – et peut-être ma position est-elle ringarde ou peut-être que je l'exprime simplement en tant que femme et en tant que mère – mais moi je crois qu'être enceinte, porter un enfant pendant 9 mois, accoucher de cet enfant je ne crois pas que ce soit des actes anodins ; et je ne crois pas qu'on puisse inciter des femmes à le faire contre de l'argent. Je pense que ça pourrait mener à une forme de marchandisation du corps des femmes…

MARC FAUVELLE
Et s'il n'y a pas d'argent ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une autre question, c'est la raison de la GPA éthique, qui dit éthique…

MARC FAUVELLE
Si une femme souhaite par exemple porter l'enfant de quelqu'un d'autre.

MARLENE SCHIAPPA
Ce sont des questions extrêmement difficiles parce que comme je le disais tout à l'heure, on est entre l'intime et autre chose. Toutes les femmes ou presque vous diront que… moi par exemple si ma soeur évidemment ne pouvait pas avoir d'enfants… elle en a 5 mais si elle ne pouvait pas avoir d'enfants, évidemment je me serais proposée pour porter son enfant. Mais ce n'est pas ouvert légalement en France, donc je crois que…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire qu'à titre personnel, vous seriez pour la GPA, mais en tant que membre du gouvernement et femme politique vous êtes contre ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne suis pas pour la GPA à titre personnel, mais c'est…

MARC FAUVELLE
Pardon ! J'ai cru comprendre, vous m'avez dit que vous seriez prête à porter… vous auriez été prête à porter un enfant.

MARLENE SCHIAPPA
Ce que je vous dis, c'est que ce sont des sujets pour moi qui sont tellement complexes qu'ils ne doivent pas relever simplement du bon vouloir de tel ou tel, mais être vraiment encadrés par la loi et travaillés à la fois sur le plan légal, scientifique et de la santé. Et d'ailleurs, c'est pour cette raison qu'il y a 3 ministres en charge de cela, il y a le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche qui est une scientifique, la garde des Sceaux sur les aspects de loi, de filiation, etc., et la ministre de la Santé sur les actes médicaux auxquels cela procède. Je crois que ce débat…

MARC FAUVELLE
Mais pas vous, donc ce n'est pas une question d'égalité entre les femmes et les hommes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je suis là en soutien, depuis le début il a toujours été prévu que je sois là en soutien et aussi de la lutte contre l'homophobie dont j'ai la charge au gouvernement. Mais sinon, ce sont mes 3 collègues qui mènent avec beaucoup de talent cette loi-là.

RENAUD DELY
Sur la question des filiations justement vos yeux, est-ce qu'il faut créer un mode de filiation à part pour les couples de femmes ; ou est-ce que tous les parents légaux devraient faire – c'est une des options du texte – une déclaration anticipée de volonté devant notaire, qu'il s'agisse de parents hétérosexuels ou homosexuels ?

MARLENE SCHIAPPA
…Encore une fois dans un sujet extrêmement sensible et c'est la raison pour laquelle, le gouvernement a envoyé 2 versions du texte au Conseil d'Etat.

RENAUD DELY
Et laquelle vous préférez ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je n'ai pas à avoir de préférence, nous avons décidé de l'envoyer au Conseil d'Etat pour justement voir laquelle pouvait correspondre le plus aux dispositions légales…

MARC FAUVELLE
Et si le Conseil d'Etat dit oui aux 2, il se passe quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors là, il y aura un arbitrage politique de la part du gouvernement.

MARC FAUVELLE
Qui sera fait où ?

MARLENE SCHIAPPA
Qui sera fait par les 3 ministres en charge ; et puis ce sera proposé au vote. De toute façon, je crois qu'il ne faut pas oublier qu'on est dans une démocratie, et donc il y aura un débat parlementaire. Si les parlementaires décident à la majorité d'amender telle ou telle disposition du texte, eh bien ! Ce sont eux qui ont le dernier mot parce que nous sommes une démocratie.

MARC FAUVELLE
Il y a également Marlène SCHIAPPA dans ce projet de loi la question des enfants nés après un don de gamètes. Le texte prévoit qu'à leur majorité, ces personnes nées d'un don pourraient connaître l'identité du donneur, à condition que celui-ci soit d'accord. C'est une bonne idée ça aussi d'ouvrir cette boîte-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je pense que c'est assez positif, il y et un certain nombre de recherches sur des sujets comme la psycho-généalogie ou d'autres qui avancent de jour en jour. Et je pense que pour avoir accès à ses origines, c'est une revendication qui est légitime. Et donc lorsque le donneur a donné son accord, je pense que c'est assez positif pour la construction de chacun, oui.

RENAUD DELY
Il y a de nombreux députés dans la majorité Marlène SCHIAPPA qui veulent profiter de la révision des lois bioéthiques pour se pencher aussi sur la question de la fin de vie ; et pour remettre sur le tapis la loi Claeys-Leonetti, est-ce que la succession de décisions judiciaires contradictoires, au moment de l'affaire Lambert, ne montre pas qu'il faut aller plus loin dans la législation, est-ce que vous souhaitez vous que ce texte se penche aussi sur la question de la fin de vie ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis assez favorable à ce qu'on puisse avancer sur la fin de vie dans l'absolu pour clarifier un certain nombre de situations, mais je ne crois pas que ce PJL sur la révision des lois bioéthiques…

MARC FAUVELLE
Projet de loi !

MARLENE SCHIAPPA
Projet de loi, pardon, soit le bon véhicule législatif.

RENAUD DELY
Pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Parce que je crois qu'on est là sur plusieurs sujets qui ont été travaillés de longue date, et je pense que ce serait un peu difficile de ramener un sujet. Mais je voudrais dire que je crois que l'affaire Vincent LAMBERT notamment et beaucoup d'autres, elle nous amène aussi chacune et chacun à connaître nos droits et à faire valoir nos volontés. Je pense que l'éclairage que nous pouvons avoir à travers cette affaire, qui est extrêmement douloureuse d'une famille qui se déchire entre les parents, l'épouse, les neveux, les enfants, pour chacune penser savoir ce qu'aurait été la volonté de Vincent LAMBERT, je pense qu'elle doit nous amener toutes et tous à prendre des dispositions de notre vivant…

RENAUD DELY
Vous l'avez fait ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, je l'ai fait…

RENAUD DELY
A l'occasion de cette affaire ou précédemment ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, je l'avais fait précédemment parce que j'ai été sensibilisée de longue date à cette question, pour des raisons à la fois personnelle et politique. Et oui, je crois que chacun doit pouvoir partager avec ses proches ses volontés sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
Et donc ce que vous dites, c'est que ce projet de loi bioéthique n'est pas le bon véhicule législatif pour porter cette loi, mais qu'il faudra remettre ça sur le tapis pendant le quinquennat ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que dans l'absolu, on pourrait aller vers plus d'informations d'abord et ensuite peut-être plus de clarification en effet.

RENAUD DELY
Dans quelle direction, aujourd'hui la loi Claeys-Leonetti autorise ce qu'on appelle la sédation profonde, vous voudriez qu'on aille dans la direction du suicide assisté qui est pratiqué dans d'autres pays ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, il ne s'agit pas pour moi de suicide assisté. Il s'agit pour moi des gens qui sont très malades, qui sont en grande souffrance et au-delà de très malades, qui non plus la conscience de ce qu'ils font. Et je suis à cet égard le travail par exemple que mène Jean-Luc ROMERO avec l'Association pour le droit à mourir dans la dignité ; et je pense que c'est un débat qui doit à un moment avoir lieu, oui.

RENAUD DELY
Avant la fin du quinquennat, c'est clair !

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, ce n'est pas un engagement que je prends, je m'exprimais à titre tout à fait personnel et eu égard à mon histoire familiale et personnelle. Mais effectivement, c'est un sujet qui va s'imposer oui.

RENAUD DELY
Vous évoquiez tout à l'heure la lutte contre l'homophobie qui fait partie évidemment de vos dossiers. L'Association SOS Homophobie souligne qu'en 2018, on a atteint un record d'agressions homophobes, en l'occurrence 66 % de hausse d'agressions supplémentaires. Pourquoi à votre avis ce climat et ces agressions qui se multiplient, est-ce qu'elles se multiplient de fait ou est-ce que les victimes osent davantage en parler et porter plainte ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il y a plusieurs choses effectivement, vous avez raison de le souligner. D'abord, on observe une montée de toutes les violences liées à la haine de l'autre, vous avez une montée des violences antisémites, une montée des violences envers les femmes et effectivement une montée des agressions homophobes, c'est la première chose. La deuxième chose c'est qu'effectivement maintenant, ces violences sont mieux qualifiées, avant peut-être les victimes osaient moins aller déposer des plaintes, des mains courantes, osaient moins aller en parler ; et avant peut-être que les plaintes étaient moins qualifiées. Avec Christophe CASTANER, nous avons mené un travail important pour faire en sorte qu'il y ait maintenant des référents LGBT dans les commissariats. Et ils sont formés pour faire en sorte de mieux qualifier la plainte, dans le but qu'il y ait davantage de condamnations ensuite en justice et qu'on ne laisse pas passer ces agressions homophobes.

MARC FAUVELLE
On va s'interrompre quelques instants Marlène SCHIAPPA, voici David DAUBA pour le résumé de l'actualité.

(…)

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, votre loi punissant le harcèlement de rue, d'amende, est entrée en vigueur il y a maintenant presqu'un an, c'était en août dernier, il y a 10 mois précisément. Est-ce que vous savez combien d'amendes, combien de PV ont été dressés en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors il y a un mois, on en était à 547 verbalisations pour harcèlement de rue, donc j'imagine que ça augmenté légèrement depuis. Je voudrais souligner que c'est un chiffre qui est en dessous du nombre de harcèlements de rue, d'outrages sexistes qui se produisent bien sûr en France, mais que c'est un chiffre qui est quand même important. Je rappelle qu'au moment où on a voté cette fois, énormément d'opposants et même d'observateurs disaient : c'est une loi gadget, elle ne sera jamais appliquée, vous aurez 1 ou 2 verbalisations dans l'année, pas plus. Or, on voit qu'il y a maintenant plus de 500 verbalisations, ça veut dire qu'il y a un engagement des forces de l'ordre pour la mettre en oeuvre qui est très forte.

MARC FAUVELLE
Avec toujours une difficulté à prouver ce qui s'est passé !

MARLENE SCHIAPPA
Non parce que justement, nous avons beaucoup travaillé sur cette fois pour faire en sorte… c'est un engagement de campagne du président de la République, on a travaillé sur plusieurs années en s'inspirant des lois qui avaient été produites à l'étranger notamment. Et nous sommes le premier pays au monde à verbaliser le harcèlement de rue sur flagrant délit, c'est ça la différence, c'est-à-dire que les femmes n'ont pas besoin… ou les hommes n'ont pas besoin d'aller au commissariat déposer des plaintes, c'est sûr flagrant délit. Lorsque les forces de l'ordre observent un outrage sexiste ou du harcèlement de rue, immédiatement ils peuvent verbaliser et dresser cette amende.

RENAUD DELY
Marlène SCHIAPPA, depuis le 1er janvier, 70 femmes en France ont été tuées par leur conjoint ou par leur ex-conjoint. Il y a un collectif de proches, de familles de victimes qui vous lancent un appel, qui vous interpellent. Cet appel s'intitule : protégez-les. Il appelle le gouvernement à organiser un Grenelle des violences faites aux femmes qui réunisse toutes les parties prenantes dans ce dossier. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

MARLENE SCHIAPPA
Plusieurs choses. D'abord, je ne veux pas me lancer dans un débat par médias interposés, parce qu'avant tout moi je respecte profondément la douleur de ces familles et de ces proches de victimes. L'une d'elles d'ailleurs que j'entendais ce matin sur une autre antenne est une proche de Julie DOUIB, la femme qui a été tué à Ile Rousse par son ex-compagnon. Et juste après justement ce meurtre, j'avais réuni au ministère les proches, les familles, les élus, les représentants des associations, des pouvoirs publics pour voir quels étaient les dysfonctionnements qui avaient survenu. Parce que ce qui est complètement insupportable pour nous, les pouvoirs publics, c'est d'entendre que des femmes ont déposé des plaintes parfois 1 fois, parfois 2, 3, 5 fois dans son cas mais que rien n'a été fait suffisamment fortement pour la mettre à l'abri, la protéger et empêcher qu'on en arrive à ça.

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qui doit se passer après une plainte, quand on vient porter plainte contre son compagnon ou son ex-compagnon, quelle doit être la réponse ?

MARLENE SCHIAPPA
Plusieurs choses, d'abord nous, nous travaillons pour l'accès à la plainte parce qu'il y a énormément de violences conjugales qui ne sont pas dénoncées. C'est pour ça que nous avons augmenté le budget du 39.19, numéro d'urgence de 120.000 euros avec un objectif de 100 % des appels pris. C'était insupportable pour moi quand je suis arrivée de constater qu'il y avait parfois un téléphone qui sonne dans le vide…

MARC FAUVELLE
Qui fonctionne 24 heures/24 ?

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, qui fonctionne la journée mais nous avons lancé pour 24 heures/ 24 une plateforme avec Christophe CASTANER et Nicole BELLOUBET, qui est une plateforme qui mobilise 2 unités de gendarmes et de policiers, une vingtaine, là 24 heures/24, 7 jours/7…

MARC FAUVELLE
Pour dire les choses simplement, si on est témoin ou si on est victime, on appelle quel numéro ?

MARLENE SCHIAPPA
Le 39.19 pour avoir des recommandations…

MARC FAUVELLE
Qui répond donc toute la journée ou qui bascule vers une autre ligne ?

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, mais surtout vous pouvez contacter directement – quand vous êtes témoin – la police ou la gendarmerie. Quand vous êtes témoin d'un cambriolage, vous appelez la police, quand vous êtes témoin de violences conjugales appelez la police, allez au commissariat, déposez des témoignages, ça aidera ces femmes. Et c'est pour ça qu'on a créé cette plateforme de dialogue avec les policiers et les policières, il y a plus de 5.000 signalements qui ont été faits, plus de 1.000 ont donné lieu à des plaintes directes. Donc ça veut dire que là, vous avez au bout du chat des policiers qui vous aident à construire votre plainte, à la qualifier et à prendre un vrai rendez-vous. D'ailleurs le ministre de l'Intérieur a lancé le recrutement de 73 psychologues sur tout le territoire, pour accompagner ces femmes au moment des plaintes dans les commissariats.

RENAUD DELY
Et est-ce qu'ils sont aujourd'hui déjà suffisamment formés, suffisamment à l'écoute les policiers ou est-ce qu'ils doivent encore justement progresser ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne vais pas vous dire que tout va bien, ce n'est pas le cas, sinon on n'aurait pas plus de 70 femmes tuées par leur conjoint. Ca veut dire qu'il doit y avoir un ressaisissement de la société, le président a déclaré…

RENAUD DELY
De la justice aussi, de la justice, des magistrats qui prennent les décisions…

MARLENE SCHIAPPA
De toute la société… bien sûr, de toute la société dans son ensemble, y compris aussi des témoins qui doivent pouvoir alerter. Le gouvernement fait et fera tout ce qui est en son pouvoir et le gouvernement ne peut pas tout tout seul, nous avons vraiment besoin d'être aidés et soutenus et à cet égard. Mais je ne vais pas vous dire que… je pense que le gouvernement peut encore plus et nous y travaillons.

RENAUD DELY
Et quel est le montant du budget consacré à ce dossier ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a 530 millions sur l'égalité femme homme au global, pas uniquement contre les violences. Mais je crois que ce n'est pas uniquement une question de budget, vous voyez on a augmenté les montants des subventions des associations de façon très forte et ça n'a pas fait réduire mécaniquement le nombre de meurtres. Donc je crois… et là si on faisait un chèque et que ça réglait tous les problèmes on le ferait, ce n'est pas le cas. Donc je pense qu'il faut qu'on travaille davantage les politiques publiques pour aller en face des moyens. Je vous donne un exemple très rapidement, qui est un peu technique mais qui illustre ce sujet, les téléphones « grave danger », vous savez ces téléphones qu'on peut attribuer à des femmes, il y a actuellement plus de téléphones « grave danger » financés par l'Etat que de téléphones « grave danger » en circulation. Vous avez quelque part dans un placard, si je schématise, des téléphones « grave danger »…

MARC FAUVELLE
Des téléphones qui ne servent pas !

MARLENE SCHIAPPA
Pas attribués, parce qu'il n'y a pas la décision de justice en face qui l'attribue à la femme. C'est ce sur quoi nous devons travailler et nous sommes tous pleinement mobilisés là-dessus.

MARC FAUVELLE
Un mot si vous voulez bien Marlène SCHIAPPA du parcours de l'équipe de France féminine de foot, éliminée – comme chacun sait – en quart de finale il y a quelques jours de la compétition, au Parc des Princes. Renaud DELY me regarde toujours avec un air suspicieux quand je parle de football, est-ce qu'elles ont fait avancer pour vous la parité dans ce pays ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr je le crois, je pense que ça passe beaucoup par des rôles modestes, un combat culturel et le fait de montrer des femmes vaillantes qui gagne, parce qu'elles ont gagné beaucoup de matchs jusqu'à arriver face aux Etats-Unis, c'est quelque chose de très positif. Montrer qu'elles aussi une technicité importante, c'est aussi positif et je crois que la meilleure réponse ce sont les audiences et c'est l'engouement qu'on a pu connaître dans le pays vis-à-vis de ça. Donc à cet égard, je tire mon chapeau aux Bleues avec un e à la fin.

MARC FAUVELLE
Vous les recevrez ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, j'aimerais beaucoup oui.

RENAUD DELY
L'écart se creuse entre les primes versées aux joueurs et aux joueuses, les primes versées par la FIFA, plus de 10 fois plus pour les joueurs l'année dernière à la Coupe du monde en Russie que pour les joueuses cette année. Qu'est-ce qu'il faut y faire, est-ce que la Fédération française doit verser exactement les mêmes primes aux joueuses et aux joueurs ?

MARLENE SCHIAPPA
On a là un équilibre économique qui de base est différent. Et pour avoir un cercle économique, un cercle vertueux de l'économie, ça fait plusieurs années maintenant que nous nous mobilisons. Nous avons commencé avec Laura FLESSEL et continué avec Roxana MARACINEANU et l'ensemble des parties prenantes, pour justement créer un cercle vertueux économique pour le football féminin. Ca veut dire des beaux stades, des belles équipes, des beaux centres de formation pour avoir des joueuses performantes à recruter dans les équipes, une diffusion en télévision et des audiences. Là, je crois que tout ça était au rendez-vous, donc effectivement il serait naturel et normal d'augmenter maintenant les rémunérations des joueuses, oui.

MARC FAUVELLE
Le patron de la fédération a exclu de le faire hier.

MARLENE SCHIAPPA
C'est dommage.

MARC FAUVELLE
C'est le message que vous lui transmettez ce matin ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, parce que je crois qu'on ne peut pas dire d'un côté : oui il faut qu'il ait d'abord des beaux stades, des beaux jeux, des belles audiences etc., et ensuite quand on a des audiences, des financements conséquents et sans doute des sponsors qui vont également se manifester, dire qu'on est au statu quo. Donc je pense qu'effectivement, on pourrait être amené à reconsidérer cette position.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Marlène SCHIAPPA.

RENAUD DELY
Merci.

MARC FAUVELLE
Dans une minute il sera 9 h 00 sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juillet 2019