Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Inter le 16 avril 2019, sur la maîtrise de l'incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris et l'évaluation des dégâts sur le monument.

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Paris a perdu sa flèche dans cet incendie terrible hier soir mais pas sa cathédrale. Les deux tours de la cathédrale Notre-Dame toujours là, toujours debout. Elles ont en ce moment en train d'être inspectées par des équipes de spécialistes qui veulent surveiller que le bâtiment évidemment tient bon et qu'on va pouvoir désormais réfléchir à sa reconstruction. Cette question, on va la poser à notre invité. Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Quelles sont les dernières informations dont vous disposez sur les dégâts à l'intérieur de cette cathédrale ? Le ministère de la Culture, je suppose, les recueille minute par minute.

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr. Les équipes du ministère de la Culture sont sur place. L'architecte en chef des monuments historiques, l'architecte des Bâtiments de France et les équipes du ministère en lien avec les sapeurs-pompiers de Paris pour évaluer l'étendue des dégâts et notamment de la structure. Ce qu'on sait, c'est qu'il y a deux tiers de la toiture qui est partie en fumée et qu'au niveau de la voûte, la flèche qui malheureusement a brûlé est tombée à l'intérieur de la cathédrale, créant un trou dans la voûte. La croisée du transept et le transept nord se sont effondrés également. Donc le reste de la voûte est pour l'instant toujours en place si je puis dire, mais il y a évidemment une grande inquiétude parce qu'il y a de l'eau qui est au-dessus de cette voûte, il y a des morceaux de bois carbonisés et gorgés d'eau aussi au-dessus, plus évidemment la perturbation de la stabilité globale de la cathédrale qui a été impactée. Donc il faut encore un peu de temps, quelques heures pour savoir exactement l'étendue des dégâts sur la structure et s'il y a encore des parties qui risquent de s'effondrer ou pas, sachant que la rosace principale nord a pu être aussi pour l'instant préservée. Il y aura sûrement une partie des vitraux de détruits et une partie qui va devoir être démontée, préservée, restaurée. Ainsi qu'un nombre évidemment important d'oeuvres d'art qui restent à l'intérieur, parce qu'il y a un certain nombre d'oeuvres d'art qui sont encore à l'intérieur, des peintures notamment, des grandes peintures. Là aussi, les équipes du ministère de la Culture sont sur place pour évaluer les dégâts et voir de quelle manière on peut les évacuer pour ensuite les dépoussiérer, les déshumidifier, les garder dans un lieu de conservation adapté pour commencer ensuite la restauration. Mais je tiens à dire, notamment à tous les catholiques et les chrétiens qui nous écoutent, c'est que le trésor de Notre-Dame de Paris a été sauvé grâce à un travail d'équipe exceptionnel entre les sapeurs-pompiers de Paris, l'évêché, la ville de Paris et les équipes du ministère de la Culture hier soir et tout est en sécurité à l'Hôtel de Ville de Paris.

MARC FAUVELLE
Sur les causes de cet incendie, Franck RIESTER, ministre de la Culture, que sait-on à cette heure-ci ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, a priori ce n'est pas criminel. Il faut rester évidemment toujours prudent mais a priori ce n'est pas criminel. Et il semble que le feu est parti de l'endroit où il y avait l'échafaudage. L'échafaudage qui est en construction, qui visait à terme à restaurer la flèche de Notre-Dame. Des travaux importants étaient prévus et vraisemblablement c'est à cet endroit-là. Mais enfin, il faut rester très prudent. Il faut laisser faire l'enquête. La police judiciaire est à l'oeuvre avec le parquet de Paris et donc il faut, bien sûr, se garder de toute conclusion hâtive.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, vous restez avec nous. Si vous le voulez bien. Je voudrais qu'on accueille maintenant Stéphane BERN. Bonjour.

STEPHANE BERN, JOURNALISTE, EN CHARGE DE LA MISSION PATRIMOINE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Animateur, chargé de la mission sur le patrimoine par le gouvernement. On a entendu, Stéphane BERN, votre émotion immense hier devant ces images de la cathédrale en feu. Est-ce que l'émotion est un peu retombée ce matin ? Est-ce que vous êtes un tout petit peu rassuré ?

STEPHANE BERN
Oui, rassuré dans une certaine mesure. J'écoutais le ministre à l'instant. Evidemment, il fait un point très précis et il y a des éléments rassurants mais il n'en reste pas moins que ce symbole est terrible. C'est notre histoire de France qui part en fumée d'une certaine manière. Vous savez, tous les événements de notre histoire se sont déroulés à Notre-Dame de Paris depuis la présentation de la couronne d'épines en 1239. Je ne parle même pas de la première pierre en 1163, mais jusqu'à la libération de Paris, les obsèques du général de GAULLE. Donc le coeur des Français saigne et je me fais le relais de ce qu'a dit le chef de l'Etat et de ce que dit Franck RIESTER à l'instant. Il faut que l'on la rebâtisse parce que c'est un symbole. Vous savez, j'ai tourné il y a encore quelques mois en haut de la flèche et, pour monter à la flèche, traverser cette forêt, c'est-à-dire la structure de bois, la charpente de Notre-Dame de Paris. C'était en soi un monument historique. Mais au-delà du monument historique, c'est vraiment un symbole de Paris et c'est un livre d'histoire qui attirait le plus grand nombre de visiteurs. Quatorze millions de visiteurs par an. Je crois le monde entier est sous le choc et nous le sommes tous encore ce matin. J'ai l'impression de vivre dans un cauchemar. Donc je crois que maintenant, toute notre énergie doit être évidemment pour rebâtir cathédrale. Vous savez, ce qui nous fait à nous le plus de peine, c'est qu'on ne la verra jamais reconstruite puisqu'il faudra quarante ou cinquante ans pour le faire.

MARC FAUVELLE
On va poser la question à Franck RIESTER, Stéphane BERN. Restez avec nous si vous le voulez bien.

STEPHANE BERN
Bien sûr.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, c'est un chantier qui se compte en décennies qui débute aujourd'hui ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je suis incapable de vous le dire pour l'instant. Mais oui vraisemblablement que ça va prendre des mois, des années. C'est vraiment trop tôt pour dire la durée de la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Mais en tout cas, évidemment, ça va prendre très longtemps. Ça va représenter des budgets très importants. Mais je voudrais quand même aussi tirer un grand coup de chapeau, cela a été fait mais il faut le redire, un grand coup de chapeau aux sapeurs-pompiers de Paris. Quatre cents mobilisés hier ; un général, le général GALLET à la tête de ces hommes, qui a pris les bonnes décisions pour préserver l'essentiel, c'est-à-dire préserver les deux beffrois, les deux tours de Notre-Dame de Paris qui à un moment donné étaient en danger. Le feu avait commencé à gagner à l'intérieur de la tour nord. Ils ont été exemplaires. Ils ont eu évidemment un courage extraordinaire. Ils ont fait des choix stratégiques, tactiques de lutte contre l'incendie qui se sont avérés les bons. Et on a une chance exceptionnelle d'avoir des pompiers en France et des sapeurs-pompiers de Paris exceptionnels.

MARC FAUVELLE
Un mot encore, Stéphane BERN, si vous le voulez bien. Qui doit payer pour ce chantier aujourd'hui ? Est-ce que ce sont les Français comme l'a demandé Emmanuel MACRON hier à travers une souscription ? Ou est-ce que c'est l'Etat qui doit débloquer des fonds d'urgence ? Ou est-ce que c'est, tiens ! Pourquoi pas, le Loto du patrimoine que vous animez ?

STEPHANE BERN
Ecoutez, franchement, il va falloir réfléchir tous ensemble et on va y travailler avec le Ministre dans les prochains jours. Mais je pense que c'est à tous les Français de se mobiliser de façon… Quand on parle du budget de l'Etat, on oublie un peu que ce sont les Français. Le budget, c'est les contribuables qui le constituent. Maintenant, le Loto du patrimoine est là pour sauver aussi les petites églises. Ce n'est pas parce que… Vous voyez, je ne voudrais pas que…

MARC FAUVELLE
Ne mélangeons pas tout.

STEPHANE BERN
Ne mélangeons pas tout. Il y a tout ce patrimoine local, rural et on l'a vu ces dernières semaines avec la volonté des Français de sauver tous ces monuments de la ruralité. Donc non, il faut maintenir la pression. J'espère en tout cas que ça fera prendre conscience aux Français de l'importance de leur patrimoine, et que c'est au moment où la maison brûle qu'on se rend compte à quel point nous l'aimions et nous y étions attachés.

MARC FAUVELLE
Oui. Et ça, on le voit dans les regards qui sont autour de nous, je peux vous le dire Stéphane BERN. Les gens, des touristes, des Parisiens, des gens qui sont là tout simplement en vacances aussi - ce sont les vacances scolaires en ce moment pour certains Français - et qui viennent voir ce matin cette cathédrale Notre-Dame, alors qu'on passait peut-être certains jours à côté sans même plus y prêter attention. Merci beaucoup, Stéphane BERN, d'avoir réagi ce matin sur Franceinfo. Franck RIESTER, la priorité ce matin, quelle est-elle désormais ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, la priorité c'est de s'assurer que le feu est bien maîtrisé partout. Il y a encore évidemment des endroits où le feu peut repartir et les pompiers sont sur place et veillent à ce que ça ne reparte pas. Deuxièmement, c'est faire l'état des lieux des dommages, notamment des dommages de structure. S'assurer que la voûte ne continue pas de s'effondrer et qu'il n'y ait pas une partie des murs qui s'effondrent eux aussi. De préserver les vitraux et de préserver les oeuvres qui sont encore à intérieur.

MARC FAUVELLE
On sait dans quel état ils sont, ces vitraux ? Vous nous avez dit tout à l'heure que la rosace nord est préservée.

FRANCK RIESTER
Semble préservée. Attendez, vous savez il faut être très prudent.

MARC FAUVELLE
Evidemment. Il y en a trois des rosaces sur Notre-Dame.

FRANCK RIESTER
Oui. C'est beaucoup trop tôt pour vous le dire mais a priori, oui, les grandes roses, les grandes rosaces, sont préservées mais il faut être très prudent. Rapidement vraisemblablement, les vitraux les plus menacés seront démontés pour être préservés et remontés le moment venu. Il faut évacuer les oeuvres d'art qui sont encore à l'intérieur pour, encore une fois, les dépoussiérer, les déshumidifier et les conserver dans un endroit adapté et évaluer l'état de la structure, et ensuite commencer à évaluer le coût, la durée, l'étendue des travaux pour rebâtir Notre-Dame de Paris. Le président de la République l'a dit hier : l'Etat évidemment assumera ses responsabilités. Une grande souscription nationale pour répondre à cet enthousiasme, cet engouement, cette volonté de solidarité. Cette preuve de solidarité de nos compatriotes va être évidemment… va trouver une issue avec la création de cette grande souscription nationale qui va permettre de collecter un montant financier très important. Il y a un site, rebatiernotredamedeparis.fr, qui va permettre de le faire et cette formidable solidarité de nos compatriotes est exemplaire, j'en suis certain.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Franck RIESTER, ministre de la Culture, pour cette première réaction ce matin en direct sur Franceinfo.

FRANCK RIESTER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 avril 2019