Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à BFM TV le 18 avril 2019, sur la réforme de l'audiovisuel public et la suppression de la redevance télévisuelle.

Texte intégral


JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, bonjour.

FRANCK RIESTER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre de la Culture. Notre-Dame évidemment, nous commençons avec Notre-Dame. Avez-vous de nouvelles informations sur l'origine de l'incendie ?

FRANCK RIESTER
Non, aucune information. L'enquête est en cours. Nous attendons le verdict si je puis dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le feu aurait pris à la base de la flèche. Vous ne savez pas ?

FRANCK RIESTER
C'est ce que certains disent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ascenseur peut-être. Néons peut-être.

FRANCK RIESTER
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons. Ne soyons pas impatients.

FRANCK RIESTER
Si, il y a une attente de savoir ce qui s'est passé. Je pense que Monsieur le procureur de Paris et les équipes de la police judiciaire essayent de travailler vite et veulent aussi travailler bien. Donc les Français sont impatients de savoir ce qui s'est passé. C'est normal, nous aussi, mais nous verrons bien. Quand on voit le nombre de polémiques qu'il y a, là de nouveau la théorie du complot : il y avait quelqu'un sur le toit de Notre-Dame, tout cela est ridicule. Essayons de garder un peu de sérénité même si c'est un drame qui nous a tous bouleversés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, est-ce que Notre-Dame est hors de danger ce matin ?

FRANCK RIESTER
Alors la structure principale oui, mais il reste deux points… Trois points de fragilité majeurs. D'abord le pignon du transept nord. Cette nuit, je vous annonce que des travaux importants ont été réalisés pour faire le frettage de la partie supérieure. Le frettage, c'est une sorte d'étayage avec un dispositif en bois pour solidifier la partie supérieure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il menaçait de s'écrouler.

FRANCK RIESTER
Il menaçait de s'écrouler. C'est la raison pour laquelle les cinq bâtiments de la rue du Cloître, cinq immeubles, avaient été évacués. Ce matin, le frettage a été réussi, ce qui veut dire que la situation du pignon nord est bien plus sécurisée qu'il y a quelques heures. Restent deux points sensibles. Le pignon occidental à l'ouest qui est le pignon triangulaire entre les deux beffrois, entre les deux tours, qui lui est aussi très fragilisé. Il penche et il penche notamment parce que l'ange, la statue qui est en haut, est tellement brûlé, la pierre est tellement brûlée, il est fendu sur toute la hauteur. Et donc il y a une opération qui va être conduite aujourd'hui qui vise via un échafaudage qui va être installé à sangler cet ange et le retirer. Troisième point très problématique, c'est l'angle du beffroi sud qui lui a été tellement chauffé que les pierres sont totalement friables et il y a un vrai risque notamment que les chimères s'effondrent. Et si elles s'effondrent, elles pourraient tomber sur le plateau et donc mettre en danger les grandes orgues qui sont en-dessous et qui, pour l'instant, étaient préservées et tomber aussi sur une partie de la voûte, ce qui pourrait entraîner une grande partie de la voûte. Donc il y a un grand problème et une grande menace à cet endroit-là, et là aussi les opérations pour enlever les chimères est lancée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc toute menace… Oui, allez-y.

FRANCK RIESTER
Et dernier point, pardon Jean-Jacques BOURDIN, le reste de la voûte… Vous savez qu'il y a trois endroits très problématiques où il y a eu des trous dans la voûte. La nef du fait de l'effondrement de la flèche, à la croisée du transept et dans le transept nord. C'est trois endroits où la voûte s'est effondrée et il y a un vrai risque qu'elle s'effondre ailleurs. C'est la raison pour laquelle dès aujourd'hui aussi des échafaudages vont être installés pour mettre ensuite des plateaux, on appelle cela le platelage, pour retirer les gravats qui sont sur la voûte et très rapidement la bâcher. Parce que s'il se mettait à pleuvoir, il y aurait une accumulation d'eau et ça pèserait sur la voûte. Voilà l'état des lieux actuellement en ce qui concerne le bâti. Mais objectivement, grâce au travail exceptionnel des pompiers, leur courage, la stratégie retenue d'attaque du feu par les deux officiers généraux qui étaient en charge du commandement des sapeurs-pompiers de Paris, le pire, nous pouvons dire a été évité. Les deux beffrois et la plupart des parois, des murs, des pignons de Notre-Dame ont été préservés notamment aussi les grandes orgues et les grands vitraux magnifiques, les trois roses, celles qui étaient en façade et les deux roses des transept nord et transept sud ont été sauvés. C'est, pardon de le dire, miraculeux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, pour résumer tout ce que vous venez de dire, est-ce que toute menace d'effondrement est écartée ?

FRANCK RIESTER
Non, je vous le dis. Non, ce n'est pas le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
… effondrement de la cathédrale.

FRANCK RIESTER
Non, effondrement de la cathédrale. Effondrement des points sensibles qui risquerait d'aggraver la situation actuelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà.

FRANCK RIESTER
Le pignon du transept nord, le pignon occidental, une partie du beffroi sud et la voûte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. L'échafaudage déformé par le feu, cet immense échafaudage que l'on a vu sera bientôt démonté j'imagine.

FRANCK RIESTER
Oui. Vous savez, il y a tout un plan d'action qui va être mis en place. Là c'est urgence après urgence. Mais cet échafaudage qui était dans les flammes a relativement tenu. Parce qu'à un moment donné, on se disait : est-ce qu'il ne va pas tomber, cet échafaudage, et il a tenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
500 tonnes, je le rappelle. 500 tonnes.

FRANCK RIESTER
500 tonnes, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cinq ans, la reconstruction. Pourquoi cinq ans ?

FRANCK RIESTER
Si je peux me permettre, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. La rénovation, ce n'est pas de la reconstruction.

FRANCK RIESTER
Si je peux me permettre, encore un point sur les oeuvres qui étaient à l'intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

FRANCK RIESTER
Parce qu'il y a non seulement le bâti mais aussi les oeuvres. Le trésor notamment avec la sainte couronne et la tunique de Saint Louis est en sécurité au Louvre. Dès lundi soir ils étaient en sécurité à l'Hôtel de Ville de Paris, ils sont en sécurité au Louvre. Et à partir de vendredi, donc de demain matin, vont être retiré les grands Mays, ces grands tableaux exceptionnels, qui sont dans la nef et dans les chapelles autour et qui ont été préservés des flammes. Ils sont… Evidemment ils contiennent des poussières, ils ont eu des fumées. Ils sont là dans l'humidité donc il faut les retirer rapidement. On ne pouvait pas le faire parce qu'il y avait un risque d'écroulement. A partir de demain si les pompiers et les architectes en chef des monuments historiques nous disent qu'on peut intervenir avec les équipes du ministère de la Culture, les tableaux vont être retirés et mis en sécurité dans des réserves. Ce qui veut dire qu'en matière d'oeuvres artistiques, nous aurons a priori tout préservé grâce au travail exceptionnel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien perdu.

FRANCK RIESTER
Rien perdu grâce au travail exceptionnel encore une fois des sapeurs-pompiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l'incendie, nous n'avons rien perdu. La France, parce que la cathédrale c'est la France, la cathédrale Notre-Dame.

FRANCK RIESTER
La France, l'église catholique, l'humanité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'humanité n'a rien perdu.

FRANCK RIESTER
A priori non en matière d'oeuvres artistiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En matière d'oeuvres artistiques.

FRANCK RIESTER
Si ce n'est la flèche qui est une oeuvre architecturale et la voûte et la charpente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la charpente évidemment. Donc le président de la République a fixé un objectif pour la rénovation, reconstruction - on dira ce qu'on veut - cinq ans. Cinq ans, pourquoi cinq ans ? Parce qu'il fallait fixer un objectif ou est-ce cinq ans parce que les Jeux olympiques ont lieu en 2024 et que… ? Franchement, Franck RIESTER ?

FRANCK RIESTER
Il faut un objectif ambitieux. Dans la vie, si on n'a pas un projet, si on n'a pas un objectif, on ne peut pas mobiliser les équipes. Ce qui ne veut pas dire que ça sera cinq ans pile. Effectivement, ça sera peut-être plus parce qu'il ne faut pas mélanger vitesse et précipitation. Il ne faudrait pas que pour tenir les cinq ans, on ne fasse pas une restauration qui soit à la hauteur de ce qu'on peut attendre de la restauration de ce monument d'exception. Donc cinq ans, c'est un objectif qui est un objectif ambitieux et qui est un objectif que nous allons essayer de tenir, tout en respectant la restauration pour qu'elle soit la meilleure possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la cathédrale sera rouverte au public avant cinq ans ?

FRANCK RIESTER
Alors c'est un objectif aussi. On va voir, ça va dépendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un objectif, on pourrait rouvrir avant cinq ans. Est-ce qu'on ne peut pas imaginer, je ne sais pas, des visites de chantier ou un chantier public ?

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr. D'abord c'est formidable, vous voyez Jean-Jacques, vous avez fait des propositions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

FRANCK RIESTER
Tous les Français, tous les Européens, je dirais l'humanité entière, on fait des belles propositions d'innovation. Oui, il faut sûrement faire visiter le chantier. Oui, il faut faire de la pédagogie sur ces métiers exceptionnels, ces couvreurs, ces charpentiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Transformer le drame en une forme de bonheur. De bonheur, de valoriser le savoir-faire français.

FRANCK RIESTER
Bien sûr. Les métiers, les oeuvres d'art, il va falloir les exposer. Il va falloir aussi avoir une espèce de lieu où les Français, où les touristes, où toutes celles et ceux qui en auront envie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vont affluer du monde entier.

FRANCK RIESTER
Pourront affluer, voir ce qui s'est passé, essayer de comprendre ce qui s'est passé, regarder ce miracle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura donc une sorte d'un chantier ouvert, oui ?

FRANCK RIESTER
Chantier ouvert, lieu d'exposition, lieu d'accueil du public. On en a parlé lors de la réunion qu'a organisée le président de la République à l'Elysée hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous en parle.

FRANCK RIESTER
Et oui, tout ça il faut qu'on regarde ce qui est possible de faire. Je discutais avec Roland CASTRO dans vos couloirs. Il dit : « Ça serait formidable que pour le 14-Juillet, au-dessus du parapluie parce qu'il va falloir faire un grand parapluie pour protéger les travaux… »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le chantier, oui.

FRANCK RIESTER
Le chantier. Pourquoi ne pas couvrir avec un grand drapeau bleu, blanc, rouge pour le 14-Juillet ? Enfin, plein d'initiatives vont avoir lieu. Il faut associer tous les Français, tous les catholiques, tous les chrétiens, tous les Européens à cette restauration…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un projet national, projet mondial même.

FRANCK RIESTER
Projet européen. Il faut que l'on profite de ça pour se rassembler, pour se réunir autour de ce beau projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, Notre-Dame n'était pas assurée.

FRANCK RIESTER
Non. Comme aucun bien du patrimoine de l'Etat. L'Etat est son propre assureur, notamment parce que c'est des biens inestimables. L'Etat est propriétaire de biens inestimables qu'aucune compagnie d'assurances n'assurerait. C'est donc lui qui assure sa propre assurance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vois qu'une cathédrale éphémère en bois sera construite sur le parvis.

FRANCK RIESTER
Ça fait partie des idées qui ont été émises hier. Pour l'instant la décision n'est pas formellement prise, mais cathédrale éphémère, lieu d'accueil, lieu qui permette aussi aux fidèles de pouvoir prier. Là actuellement, vous savez que c'est l'église Saint-Sulpice qui accueille les fidèles de Notre-Dame. Vous l'avez vu hier, il y a une messe. Tout ça est en discussion, tout ça est en préparation, tout le monde a envie de travailler ensemble. La Ville de Paris, l'évêché, l'Etat, la région, tout le monde a envie de faire en sorte que chaque Française, chaque Français, chaque Européen, chaque habitant du monde ait la possibilité de retrouver d'une manière ou d'une autre Notre-Dame le temps des travaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre-Dame ne sera pas fermée pendant cinq ans pour résumer. Non.

FRANCK RIESTER
Non, je ne le pense pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Franck RIESTER, il y a évidemment tous les projets architecturaux qui commencent à naître ici ou là. On le voit, les querelles entre anciens et modernes sur la flèche, sur la charpente.

FRANCK RIESTER
C'est bien, mais bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La charpente. Un grand concours d'architecture est lancé international pour la flèche. Vous voulez quoi là ? Vous demandez quoi ou souhaitez quoi ?

FRANCK RIESTER
Qu'on continue d'avoir des idées. Qu'on continue à ce que toutes celles et ceux qui peuvent avoir une idée, qui sont des professionnels ou pas d'ailleurs puissent émettre des idées, participer au débat. C'est bien qu'il y ait ces débats. Est-ce qu'il faut la flèche ? Est-ce qu'il ne faut pas la flèche ? Est-ce que s'il ne faut pas la flèche, pourquoi il ne faut pas la flèche ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du bois, du béton, du métal pour la charpente ?

FRANCK RIESTER
Bien sûr. La forêt de France pourrait absolument fournir le bois nécessaire avec la condition quand même que le bois soit sec. Enfin, il y a des conditions très spécifiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et plus que centenaire, les chênes.

FRANCK RIESTER
Voilà. Bon, tout ça est formidable. Sur l'architecture, il y a un con il y a un concours qui va permette de faire réfléchir des architectes du monde entier pour savoir s'il faut maintient la flèche, s'il faut faire une flèche nouvelle ou s'il faut maintenir plutôt la flèche telle qu'elle était conçue par VIOLLET-LE-DUC. Ce qui est certain, peut-être aussi que les écoles d'architectes de France, d'Europe voudront participer, contribuer à cette réflexion-là. Ça serait formidable. Et donc, il faut ces initiatives et après il faudra décider. Ce qui est certain, c'est que la décision qui sera prise ne pourra pas être prise simplement parce qu'il faut faire nouveau pour faire nouveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui va décider ?

FRANCK RIESTER
L'Etat. Nouveau pour faire nouveau. Parce que le chef d'oeuvre que nous a légué VIOLLET-LE-DUC est exceptionnel. Mais les cathédrales à chaque fois qu'elles ont été restaurées dans le monde entier, et notamment en France, ont toujours été restaurées d'une manière un peu différente de ce qu'elles étaient auparavant. Donc il ne faut surtout pas se dire : il faut absolument par dogmatisme refaire la cathédrale telle qu'elle était. Il faut laisser le débat se faire, voir les propositions et ensuite trancher. Mais encore une fois, on ne tranchera pas simplement pour faire moderne ou pour faire nouveau alors que VIOLLET-LE-DUC nous a laissé un chef d'oeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on a une première estimation du montant des travaux ?

FRANCK RIESTER
Non. Mais par expérience de ces restaurations- là, c'est des centaines de millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ça va dépasser le milliard.

FRANCK RIESTER
Peut-être.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le milliard, c'est le montant des dons.

FRANCK RIESTER
Oui, c'est exceptionnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on aura le financement. Ça, vous n'avez pas de doute.

FRANCK RIESTER
De toute façon à travers les dons et à travers ce que l'Etat mettra, l'Etat sera au rendez-vous du financement de la restauration de Notre-Dame.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Les dons, 75 % de réduction d'impôts pour les dons de moins de mille euros. On est bien d'accord.

FRANCK RIESTER
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
66 % pour les dons plus importants des particuliers…

FRANCK RIESTER
Jusqu'à 20 du revenu imposable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'à 20 % à hauteur du revenu imposable.

FRANCK RIESTER
Ce qui est le dispositif classique du mécénat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 60 % pour les entreprises.

FRANCK RIESTER
C'est ça. Avec un plafond de 0,5 % du chiffre d'affaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains donateurs renoncent à la réduction d'impôts. Je pense à la famille PINAULT, d'autres aussi ? Vous avez connaissance d'autres donateurs ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, c'est le choix de chacun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Pourquoi pas un euro par Français aussi ? Il y a des idées qui émergent de tous les côtés.

FRANCK RIESTER
C'est formidable. Et ce qui est certain, c'est que par exemple une idée a été évoquée hier aussi par le Premier ministre. C'est que par exemple il y ait une espèce de cercle, de groupe, de communautés de toutes celles et ceux qui ont donné d'une manière ou d'une autre pour associer tous les donateurs à toutes les étapes aussi de la restauration. Je trouve que c'est formidable cet engouement exceptionnel, cet élan de générosité qui dépasse même ce qu'on pouvait imaginer. C'est ce qui montre ce que signifie pour les Français, pour les Européens, pour les chrétiens, Notre-Dame de Paris. Ça nous a tellement tous bouleversés. C'est tellement une part de nous-mêmes qu'il y a une générosité exceptionnelle qui s'est mise en place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et un cadre légal à la souscription nationale sera présenté en Conseil des ministres la semaine prochaine je crois.

FRANCK RIESTER
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Débat Polémique autour de ces dons. Tiens, je lis Philippe MARTINEZ de la CGT : « En un clic, 200 millions d'euros par-ci, 100 millions par-là, ça montre les inégalités dans ce pays. Qu'ils arrêtent de nous dire qu'il n'y a pas d'argent pour satisfaire l'urgence sociale. » Que répondez-vous ?

FRANCK RIESTER
Moi je réponds qu'il ne faut surtout pas de compétition entre les générosités. Surtout pas. De grâce, ne mettons pas de compétition entre les générosités. Ne créons pas des polémiques vaines. C'est toujours… Laissons la générosité s'exprimer pour Notre-Dame de Paris, pour le patrimoine, pour la culture, pour bien sûr le social.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous comprenez tout de même que quelqu'un qui souffre dans sa vie quotidienne d'une urgence sociale, qui n'a plus d'argent pour finir ses fins de mois, soit surpris et peut-être même choqué de voir un milliardaire donner comme ça dans la seconde 100 millions d'euros ou 200 millions d'euros ? Franchement ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, Cesare PAVESE disait qu'il est très difficile d'exercer le métier de vivre. Et exercer le métier de vivre, ce n'est pas seulement… Bien évidemment que c'est important, les conditions matérielles : avoir un toit, avoir de quoi manger, avoir de quoi boire. Bien évidemment, mais ce n'est pas seulement ça qui fait qu'on arrive à exercer ce métier de vivre. C'est aussi des dimensions immatérielles. Et donc, nous devons comprendre que ce qui fait la force de Notre-Dame de Paris, c'est que ce n'est pas simplement des vieilles pierres. C'est une part de notre identité. C'est une part de ce qui est notre nation, de ce qui est notre culture européenne, de ce qui peut être parfois une part de notre spiritualité ou d'une certaine dimension religieuse. Nous ne pouvons pas réduire Notre-Dame de Paris à simplement refaire des vieilles pierres, comme on ne peut jamais réduire la restauration du patrimoine à la restauration de vieilles pierres. Et donc bien évidemment qu'il ne faut pas opposer la générosité, et que bien évidemment il faut s'occuper de celles et ceux qui n'ont pas de toit. Et bien évidemment, il faut s'occuper de celles et ceux qui ont des difficultés. Il y en a tant dans notre pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les milliardaires portent-ils une responsabilité dans les inégalités sociales ?

FRANCK RIESTER
Non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question, dénoncée par les gilets jaunes, notamment…

FRANCK RIESTER
Non, mais écoutez, vous vous rendez compte, vous vous rendez compte, on en est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, je vous pose la question, parce que certains la posent, moi, je me fais le porte-parole…

FRANCK RIESTER
Oui, mais, je comprends, Jean-Jacques BOURDIN, mais permettez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De celles et ceux qui aussi souffrent…

FRANCK RIESTER
Permettez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Franck RIESTER, allez-y…

FRANCK RIESTER
Oui, oui, mais permettez-moi, avec le drame, encore une fois, qui dépassent des vieilles pierres, que nous avons tous vécu, que ces polémiques vaines sur le fait de dire : il faudrait, c'est trop d'argent pour Notre-Dame alors qu'il y a des besoins ailleurs, bien sûr qu'il y a des besoins ailleurs, bien sûr qu'il y a des besoins dans le social, dans la santé, dans tous les… dans la lutte contre le réchauffement climatique, là, laissons ce formidable élan générosité aller jusqu'à son terme, associons tout le monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et s'il y a de l'argent en plus, est-ce qu'il sera utilisé pour le patrimoine ?

FRANCK RIESTER
Non, il est très clair que tout ce qui est collecté sera affecté à la restauration, et ensuite, s'il y a de l'argent en plus, à l'entretien sur le temps long de Notre-Dame de Paris, il ne faut pas trahir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Uniquement…

FRANCK RIESTER
Il ne faut pas trahir l'engagement des Français. D'ailleurs, j'en profite, Jean-Jacques BOURDIN, pour dire que le gouvernement a pris des dispositions parce qu'il commençait à y avoir certains aigrefins qui étaient en train d'escroquer nos compatriotes, que nous avons labellisé, identifié quatre institutions qui sont habilitées à recevoir les dons, ces quatre institutions, fondations ou institutions, sont regroupées sous un même portail : www.rebatirnotredame.gouv.fr, c'est la Fondation de France, c'est la Fondation du patrimoine, c'est la Fondation Notre-Dame, et c'est le Centre des monuments nationaux. Ces quatre institutions sont les seules à recevoir… enfin, nous les avons labellisées pour qu'elles puissent recueillir les dons. Et ces dons, et c'est très clair avec ces institutions, seront intégralement fléchés vers la restauration de Notre-Dame et son entretien. Sachez que c'est important de labelliser ces institutions, parce qu'il est important de garantir la sécurité du paiement, la transparence des financements, et ensuite, de permettre à ses donateurs de bénéficier du dispositif spécifique qu'a voulu le gouvernement en matière de dons, ces fameux 75 % de réduction d'impôts jusqu'à 1.000 euros de dons pour les particuliers et les entreprises individuelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franck RIESTER, j'ai deux autres questions sur deux autres sujets, est-ce que la redevance audiovisuelle sera supprimée ?

FRANCK RIESTER
C'est votre sujet de prédilection, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas moi, c'est Gérald DARMANIN qui, ici…

FRANCK RIESTER
Vous posez cette question à tous les ministères que vous recevez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pas du tout, Gérald DARMANIN vient ici, je lui pose la question, il me dit oui…

FRANCK RIESTER
Je sais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il me dit, c'est une bonne idée…

FRANCK RIESTER
Je sais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vous a fait réagir d'ailleurs…

FRANCK RIESTER
Oui, je sais, et vous aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, aujourd'hui, je…

FRANCK RIESTER
D'ailleurs, ma réaction vous a fait réagir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, alors, je vous pose la question : est-ce qu'elle sera supprimée ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, nous avons une grande ambition pour l'audiovisuel public, plus que jamais nous avons besoin de l'audiovisuel public, en matière d'informations, en matière d'éducation, en matière de lutte contre la désinformation, en matière de culture, nous avons besoin de l'audiovisuel public, pour le rayonnement de la France dans le monde. Ça nécessite des financements, à la hauteur des ambitions, et des financements qui soient prévisibles, c'est-à-dire dans le temps, pérennes et qui garantissent l'indépendance de l'audiovisuel public, voilà. Alors, aujourd'hui, ce financement est assuré par la redevance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la redevance audiovisuelle sera supprimée ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, Jean-Jacques BOURDIN, parce que vous connaissez ces choses-là par coeur, que la redevance est adossée à la taxe d'habitation, la taxe d'habitation va être supprimée en 2022, donc il faut bien à cette échéance-là, et à cette échéance-là seulement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
2022…

FRANCK RIESTER
Définir un dispositif de substitution. Et donc nous allons y travailler avec Gérald DARMANIN, avec Bruno LE MAIRE, avec le Premier ministre et le président de la République qui, in fine, prendront la décision d'assurer un financement pérenne garantissant l'indépendance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc jusqu'en 2022, il n'y aura pas de suppression de la redevance audiovisuelle ?

FRANCK RIESTER
En tout cas, on a techniquement la possibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, oui, c'est ce que je comprends…

FRANCK RIESTER
C'est bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends bien ?

FRANCK RIESTER
Vous comprenez très bien, Jean-Jacques BOURDIN, ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc il n'y aura pas de suppression jusqu'en 2022 ?

FRANCK RIESTER
Parce qu'il faut adosser, parce que la redevance est adossée à la taxe d'habitation, qui n'est supprimée qu'en 2022.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de suppression, on est bien d'accord, pour mettre un point final, de la redevance audiovisuelle avant 2022.

FRANCK RIESTER
Et si ça devait être le cas avant 2022, il y aurait un financement de substitution à la hauteur des ambitions, qui soit pérenne, prévisible et qui garantisse l'indépendance de l'audiovisuel public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une autre question, Franck RIESTER, le festival de Cannes, pourquoi Netflix est interdit et pas Amazon Prime ?

FRANCK RIESTER
Ce n'est pas Netflix qui est interdit, c'est Netflix qui ne veut pas venir, c'est différent, pourquoi, parce que nous avons bâti depuis des années, en France, un dispositif, un cadre au financement de la création, et notamment du cinéma, qui permet de financer la création française, européenne, et d'assurer la diversité de la création. Nous avons, vous le savez bien, ça fait partie aussi de notre identité, une exception culturelle, nous sommes attachés à ça en France et en Europe, nous ne pouvons pas seulement avoir la culture anglo-saxonne qui inonde le monde, c'est très bien, j'aime « Game of Thrones » vous aussi peut-être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous êtes abonné à Netflix, franchement ?

FRANCK RIESTER
Le foyer, mon foyer est abonné, moi, à titre personnel, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est abonné. Amazon Prime aussi, non ?

FRANCK RIESTER
Parce que c'est important, parce que c'est important de regarder ce qui se passe aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et parce que vous aimez…

FRANCK RIESTER
Et parce qu'il y a un certain nombre de séries que j'aime…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais évidemment…

FRANCK RIESTER
Mais ce n'est pas pour autant qu'on doive se satisfaire d'uniquement avoir ces contenus-là. Et donc moi, je suis absolument déterminé à ce que nous continuions à avoir des dispositifs spécifiques dans notre pays pour permettre le financement de la création, et si des acteurs étrangers n'acceptent pas ces règles-là, eh bien, ils prennent leur décision, c'est ce qu'a fait Netflix, et j'ajoute qu'il y a eu un combat européen qui était magnifique, menée par le gouvernement, bien sûr, le président de la République, qui était le combat pour la directive Droits d'auteur, c'est un combat exceptionnel, avec les acteurs de ces secteurs-là, avec les Français, avec les parlementaires européens, on a réussi à voter cette directive qui va donner des droits aux auteurs, aux créateurs, aux producteurs, aux éditeurs de presse, parce que nous devons partager la valeur de ce qui est créé sur Internet ; les géants du numérique apportent un certain nombre de services, mais ils doivent partager la valeur avec les auteurs, avec les créateurs, avec les producteurs, bref, avec ceux qui leur permettent de gagner beaucoup d'argent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Franck RIESTER d'être venu nous voir.

FRANCK RIESTER
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 avril 2019