Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Info le 29 mai 2019, sur le climat social et la reconstruction de Notre Dame de Paris.

Texte intégral


MARC FAUVELLE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
GENERAL ELECTRIC a donc confirmé hier la suppression d'un millier de postes sur son site de Belfort. Que peut faire le gouvernement ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, d'abord il faut que le gouvernement s'assure que les engagements pris par GENERAL ELECTRIC seront tenus. C'est ce qu'a rappelé le président de la République, C'est ce dont va s'assurer le ministre de l'Economie et des Finances. Et ensuite, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, la question c'est la stratégie industrielle. C'est la politique industrielle, c'est le travail sur le temps long et, bien évidemment, en tenant compte de la situation individuelle et collective de ceux qui malheureusement sont touchés à un moment donné par une restructuration. On l'a vu dans un certain nombre d'endroits, je l'ai moi vécu en tant que maire de Coulommiers à l'époque avec une grosse imprimerie. C'est des restructurations industrielles qui sont évidemment dramatiques. Ce qui compte, c'est de continuer d'avoir une ambition en matière industrielle. Ça passe par une politique forte française et européenne et puis ça passe par un accompagnement des personnes qui, à un moment donné, sont confrontées à cette restructuration. Sur le cas de GENERAL ELECTRIC, je ne suis pas un connaisseur en détail des engagements pris et de la situation et l'annonce qui a été faite hier par GENERAL ELECTRIC. Ce que je sais, c'est que le ministre de l'Economie et des Finances Bruno LE MAIRE est très concentré sur ce dossier-là et, vous l'avez vu et entendu, le président de la République va aussi veiller à ce que les engagements soient tenus.

RENAUD DELY
Justement vous évoquez les engagements de GENERAL ELECTRIC. On se souvient qu'il y a quatre ans, GENERAL ELECTRIC avait pris un engagement : c'était celui de créer un millier d'emplois. C'était au moment du rachat de la branche Energie d'ALSTOM qui avait été justement négocié et discuté avec le ministre de l'Economie de l'époque qui s'appelait Emmanuel MACRON.

FRANCK RIESTER
Eh bien manifestement, il y aura la possibilité justement de pointer du doigt ce point-là et d'en tirer les conséquences y compris financières.

RENAUD DELY
Donc des pénalités financières.

FRANCK RIESTER
C'est ça. Mais j'avoue que je suis prudent parce que je ne suis pas rentré dans le détail de tous les engagements qui ont été pris à l'époque.

RENAUD DELY
Mais quand on voit que cet engagement-là n'a pas été tenu, est-ce qu'on peut encore aujourd'hui, est-ce que l'Etat peut encore aujourd'hui discuter avec GENERAL ELECTRIC ?

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr.

RENAUD DELY
Est-ce que c'est encore un interlocuteur digne de foi ?

FRANCK RIESTER
Est-ce que c'est un interlocuteur digne de foi ? Ça, ça sera dans les jours et les mois qui viennent qu'on pourra le confirmer ou pas. Mais en tout cas, oui, c'est un interlocuteur avec lequel il faut continuer de discuter et à qui il va falloir mettre la pression maximum pour qu'il tienne ses engagements et qu'il accompagne de la meilleure façon possible les personnes qui seraient concernées par une éventuelle restructuration. Mais encore une fois, j'ai toute confiance dans le ministre de l'Economie et des Finances pour s'assurer - il l'a démontré sur tous les autres dossiers - démontrer le volontarisme de l'Etat en la matière.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, on va évoquer avec vous dans la suite de cette émission plusieurs dossiers qui vous concernent directement, à commencer par le projet de loi sur la reconstruction de Notre-Dame dans quelques instants, mais d'abord la politique et les suites de ces élections européennes. Le mouvement de centre-droit Agir que vous présidez appelle ce matin les maires de droite en France à rejoindre la majorité d'Emmanuel MACRON. Pourquoi ?

FRANCK RIESTER
Parce qu'on a vu qu'avec cette recomposition politique, avec la situation du pays, avec la situation de l'Europe, les enjeux et les défis qu'il y aura dans les mois, les années qui viennent dans tous les territoires, nous avons besoin de faire de la politique différemment. Etre clair sur nos idées, de droite en l'occurrence pour Agir-la droite constructive, de centre-droit. Une droite pro-européenne, libérale et humaniste mais qui veut travailler de façon constructive avec des partenaires. Parce que la politique, ce n'est pas simplement se recroqueviller sur une partie dure de sa sensibilité. En l'occurrence ce qu'on fait les LR en se recroquevillant sur la partie identitaire, eurosceptique et ultraconservatrice. C'est au contraire de s'ouvrir, c'est être fier de ses idées, fidèle à ses idées mais en même temps de tendre la main à d'autres qui ont peut-être une culture politique différente, une histoire politique différente, des sensibilités différentes mais qui veulent travailler main dans la main pour l'intérêt du pays, pour l'intérêt de l'Europe ou pour là en l'occurrence, pour les prochaines municipales départementales et régionales, pour l'intérêt du territoire.

MARC FAUVELLE
Pour être clair, vous leur dites quoi à ces maires ? Vous leur dites : « Si vous nous rejoignez aujourd'hui, vous aurez l'investiture En Marche aux municipales » ?

FRANCK RIESTER
Non. Je leur dis : si vous voulez être fidèles aux valeurs et aux principes et aux idées qui étaient les idées de la droite républicaine voulue par les pères fondateurs de l'UMP : Jacques CHIRAC, Alain JUPPE, Jean-Pierre RAFFARIN et même Nicolas SARKOZY, d'être bien dans ses idées, venez nous rejoindre. Et si en plus vous voulez bâtir comme c'est le cas dans les territoires, comme c'est le cas quand on est maire d'une ville - j'ai été maire pendant dix ans, je sais ce que c'est – on travaille avec toutes les bonnes volontés.

MARC FAUVELLE
Ça ne vous suffit pas, Franck RIESTER, d'avoir siphonné le Parti socialiste, d'avoir siphonné Les Républicains ? Aujourd'hui vous dites : « Que les derniers viennent encore avec nous. »

FRANCK RIESTER
Quand on veut travailler avec toutes les bonnes volontés, il faut être dans un état d'esprit constructif. Or vous voyez bien qu'aujourd'hui, les LR sont dans un état d'esprit de s'opposer systématiquement. Regardez, ils viennent de voter contre en grande majorité à l'Assemblée nationale la réforme proposée par Gérald DARMANIN et Olivier DUSSOPT qui vise à réformer le fonctionnement de l'administration. C'est ce qu'a demandé la droite depuis des années. On le fait, ce gouvernement le fait à l'initiative du président de la République et du Premier ministre et la droite ne vote pas pour. Quand vous êtes dans une opposition systématique, vous ne pouvez pas construire des majorités au niveau local. Donc on dit à ces élus-là : soyez fiers de vos idées. Et j'en ai combien qui me disent : mais attendez, on ne supporte plus la ligne identitaire, eurosceptique de la droite.

RENAUD DELY
Vous dites : soyez fiers de vos idées de droite, soyez fidèles aux valeurs fondatrices de l'UMP, soyez vraiment de droite, rejoignez Emmanuel MACRON.

FRANCK RIESTER
Non, rejoignez Agir qui est un parti…

RENAUD DELY
Donc le macronisme aujourd'hui, il est bien de droite.

FRANCK RIESTER
Non. Je dis : rejoignez Agir-la droite constructive qui est un parti de droite et de centre-droit et qui est partenaire du Premier ministre, du président de la République pour les élections européennes pour refonder l'Europe, pour aujourd'hui le gouvernement pour permettre de transformer le pays et demain, je l'espère…

RENAUD DELY
Le centre de gravité du macronisme aujourd'hui, il est bien à droite. On l'a vu lors de ces élections avec le résultat des Européennes. Le centre de gravité du macronisme aujourd'hui, vous le confirmez, c'est bien la droite pro-européenne et libérale.

FRANCK RIESTER
C'est un rassemblement de femmes et d'hommes qui, malgré peut-être des cultures politiques différentes, des parcours politiques différents, ont décidé de dépasser à un moment donné simplement ces clivages politiques pour travailler à l'intérêt général. Voilà. C'est être constructif et c'est ce qu'on fait depuis maintenant 2017 avec Agir-la droite constructive. C'est ce qu'on a démontré avec cet accord et cette alliance pour les Européennes et c'est ce que j'appelle tous les élus locaux, et même au-delà des élus locaux, à venir finalement nous rejoindre dans cet état d'esprit-là.

MARC FAUVELLE
Et s'ils viennent, Franck RIESTER, ils auront l'investiture aux municipales ?

FRANCK RIESTER
Mais attendez, ce n'est pas une histoire d'investiture. Là, on en est à dire : écoutez, comment on fait de la politique ? Quand on s'engage, c'est pour faire bouger les choses. C'est pour faire changer les choses, c'est pour défendre des idées. Je leur dis : vous pourrez vous défendre les idées, celles de la droite républicaine issue de l'UMP et en même temps vous pourrez bâtir…

RENAUD DELY
Mais ça les intéresse l'investiture aussi.

MARC FAUVELLE
Je crois qu'on n'aura pas de réponse là-dessus, Renaud DELY.

FRANCK RIESTER
Mais si. Vous pourrez bâtir des rassemblements…

RENAUD DELY
Mais je pense que eux, la réponse les intéresserait, de savoir si effectivement ils auront l'investiture ou est-ce qu'ils peuvent avoir une liste de La République en Marche face à eux, même s'ils vous rejoignent.

FRANCK RIESTER
Ecoutez, on n'en est pas à une question d'investiture. On est sur une démarche politique. On voit bien que Les Républicains vont dans le mur en prenant à l'initiative de Laurent WAUQUIEZ mais aussi un certain nombre de dirigeants des Républicains, parce que c'est trop facile de pointer tout le temps du doigt Laurent WAUQUIEZ. Laurent WAUQUIEZ il est président des Républicains pas seulement parce qu'il était seul et qu'il est le seul à porter le chapeau. Il y a des dirigeants qui autour de lui ont souhaité que ce soit Laurent WAUQUIEZ qui soit président des Républicains. Et cette ligne identitaire, eurosceptique, ultraconservatrice qui en fait sert de marchepied au Front national, au Rassemblement national est suicidaire pour ce parti-là. Mais la droite, ce n'est pas simplement les LR et moi je refuse de laisser la droite aux identitaires et aux ultraconservateurs. La droite, elle est bien différente et donc j'appelle toutes celles et ceux qui se sentent de droite ou du centre-droit de venir rejoindre mes amis et moi-même à Agir et de travailler d'une façon constructive pour bâtir demain des majorités de travail, de bonne volonté au service des territoires. Il y a tellement de défis à relever dans les territoires : des défis écologiques, des défis économiques, des défis d'urbanisme que nous devons nous rassembler entre bonnes volontés. (…)

RENAUD DELY
Franck RIESTER, vous portez un projet de loi spécifique pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, un projet de loi qui vise notamment à accorder la possibilité de déroger à certaines règles en matière d'urbanisme et puis aussi qui peut donner au gouvernement la possibilité d'agir par ordonnance. Pourquoi est-ce que cette reconstruction de Notre-Dame est une telle course de vitesse ? Une course de vitesse qui inquiète de nombreux professionnels du patrimoine ?

FRANCK RIESTER
Alors 1. ce n'est pas une course de vitesse. Le président de la République a donné une ambition, cinq ans pour reconstruire Notre-Dame et cette ambition, c'est d'abord une ambition de mobilisation de toutes et de tous, mais la priorité c'est de faire une restauration de grande qualité. Donc on ne mélangera pas vitesse et précipitation.

MARC FAUVELLE
Donc tant pis si on est un peu en retard. C'est important ce que vous dites. Tant pis si ce n'est pas 2024 précisément.

FRANCK RIESTER
Non mais bien sûr. Mais ça sera peut-être avant. Là, c'est une ambition. Attendez, il l'a annoncé deux jours après le sinistre donc on n'a pas encore fini d'établir le diagnostic, donc on voit bien que c'est une ambition qui est donnée.

MARC FAUVELLE
Si c'est 2025, il n'y a pas mort d'homme.

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr que non, il n'y a pas mort d'homme. Et si c'est 2023, eh ben il n'y a pas mort d'homme non plus. Ce qui compte, c'est que ça soit bien fait et que ça soit à la hauteur de ce qu'est Notre-Dame en termes de symbolique, en termes de patrimoine historique, patrimoine architectural, et donc nous devons faire en sorte que cette restauration soit exemplaire.

RENAUD DELY
Et pour ça, il fallait une loi d'exception.

FRANCK RIESTER
Non. Il fallait faire en sorte d'abord de pouvoir très vite avoir une loi pour prendre en compte la décision qu'ont pris le président de la République et le Premier ministre d'avoir un dispositif fiscal spécifique pour répondre fortement à cet élan de générosité suscité par l'incendie de Notre-Dame. Elan exceptionnel de Français et de Françaises mais aussi plus largement de personnalités dans le monde qui souhaitent aider à la restauration de Notre-Dame de Paris.

MARC FAUVELLE
Vous savez à combien se montent aujourd'hui les dons des Français ?

FRANCK RIESTER
Il y a un dispositif… La promesse de dons est autour de 850 millions d'euros.

MARC FAUVELLE
D'accord. Donc il faut arrêter maintenant ? Il faut arrêter ? On a assez pour le chantier ou il faut continuer ?

FRANCK RIESTER
Alors non. On ne peut pas dire qu'on a assez pour l'instant. D'abord parce qu'il a pu y avoir une différence entre les promesses de dons et les dons effectivement versés.

MARC FAUVELLE
C'est comme le Téléthon.

FRANCK RIESTER
Et puis deuxièmement, on ne sait pas quel est le montant total des travaux puisque nous n'avons pas encore fini le diagnostic, l'état des lieux du sinistre. Donc c'est beaucoup trop tôt pour pouvoir chiffrer le montant des travaux. Et donc, moi j'appelle toujours à beaucoup de prudence et j'appelle à maintenir la mobilisation des donateurs pour Notre-Dame et pour restaurer Notre-Dame. Je reviens sur cette loi. D'abord c'était de rentrer dans la loi le dispositif fiscal spécifique qui améliore le dispositif de mécénat classique pour les particuliers.

RENAUD DELY
Jusqu'à 75 %.

FRANCK RIESTER
75 % jusqu'à un plafond de mille euros de dons au lieu de 66 % pour un dispositif de mécénat classique. Au-delà des mille euros de dons, on revient aux 66 % classiques. Et donc c'était pour répondre à cet élan de générosité et comme cette loi est rétroactive, il ne fallait pas tarder. Et dans cette loi, on a aussi pris la décision de mettre la possibilité de créer un établissement public spécifique pour la restauration de Notre-Dame de Paris, et d'autre part de pouvoir nous donner la possibilité de modifier quelques procédures pour permettre d'améliorer la qualité de la restauration de Notre-Dame de Paris.

RENAUD DELY
Mais c'est ça qui a inquiété de nombreux spécialistes du patrimoine. C'est de pouvoir déroger à des règles d'urbanisme ou de rénovation.

FRANCK RIESTER
Je comprends que ça puisse inquiéter parce que nous n'avons pas eu le temps étant donnée l'urgence de faire voter cette loi en matière fiscale, nous n'avons pas eu le temps de mettre noir sur blanc quelles sont les dérogations que nous souhaitons mettre dans la loi. Et donc du coup, on a donné la possibilité de déroger très largement.

RENAUD DELY
Ça vous allez le faire ? Vous êtes en train de le faire ?

FRANCK RIESTER
On est en train de le faire. J'espère que pour la discussion à l'Assemblée nationale, nous pourrons avoir le détail de cette écriture, des ordonnances. J'espère. Si ce n'est pas le cas, de toute façon tout ça sera fait en transparence avec le Parlement et avec les Français. Parce que bien évidemment qu'on ne veut pas s'asseoir sur les règles de préservation du patrimoine, les règles de protection de l'environnement qui sont des garanties pour l'avenir. Simplement, je vous donne un exemple…

MARC FAUVELLE
Mais il y aura bien une exception Notre-Dame, Franck RIESTER. Ce ne sera pas valable pour les autres chantiers à venir.

FRANCK RIESTER
D'abord on peut partager ensemble l'idée que le chantier de Notre-Dame, ce n'est pas un chantier classique. On l'a vu. C'est quelque chose qui est exceptionnel. Ce n'est pas pour ça qu'il faut une loi d'exception mais il faut des dispositifs exceptionnels, ce qui est quand même très différent. Et donc ce que je dis, c'est que par exemple sur l'archéologie, bien sûr que s'il faut faire des travaux dans le sol, s'il faut faire des consolidations dans le sol, il faudra faire des fouilles comme on le fait partout en France quand il y a besoin de faire des travaux dans le sol. Mais en revanche, on veut par exemple donner la responsabilité de ces travaux à l'INRAP qui est l'organisme national, qui a l'expérience et les moyens et les compétences nécessaires pour toucher éventuellement au sous-sol parisien à cet endroit-là. Voilà. C'est sur l'archéologie un exemple. Sur la préservation de l'environnement, on est en train de finaliser les choses mais évidemment qu'on ne va pas se mettre à mettre les déchets dans la Seine.

MARC FAUVELLE
Ça paraît une évidence.

FRANCK RIESTER
Eh bien voilà.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, de tous les projets que vous avez vu défiler sur votre bureau ou dans la presse ces dernières semaines, sans préjuger évidement de celui qui va être retenu, mais est-ce qu'il y en a un qui vous a particulièrement séduit ?

FRANCK RIESTER
Eh bien il y a déjà celui qui m'a séduit : c'est le projet de VIOLLET-LE-DUC.

MARC FAUVELLE
Celui-là, il est déjà fait.

FRANCK RIESTER
Oui, mais il est magnifique.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que ça pourrait être ça le projet ?

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr.

MARC FAUVELLE
Restaurer à l'identique.

FRANCK RIESTER
Bien sûr. La décision de ne pas restaurer à l'identique n'a pas été prise. Et donc on se donne la possibilité, une fois que le concours d'architectes d'idées aura été réalisé…

MARC FAUVELLE
Ça vaut le coup de lancer un projet d'architecte si c'est pour en revenir à ce qu'on a fait il y a cent ans ?

FRANCK RIESTER
Oui. Parce que vous savez, à chaque fois vraiment… A chaque fois qu'il y a une restauration patrimoniale, en tout cas dans la plupart des cas, il y a un débat patrimonial. Est-ce qu'il faut faire exactement à l'identique ? Est-ce qu'on peut faire à l'identique ? Si on peut, est-ce qu'il faut faire à l'identique ou est-ce qu'il faut apporter un geste architectural nouveau ?

MARC FAUVELLE
Alors sans préjuger, vous votre position…

FRANCK RIESTER
Et sur un dossier comme celui-là, il y a tellement une effervescence d'idées des gens qui veulent contribuer, des architectes, des étudiants dans les écoles d'architectes, des Françaises et des Français qui ont envie de dire : moi j'aimerais bien comme ça. Eh bien laissons le débat patrimonial se faire…

MARC FAUVELLE
Et vous, si vous aviez une feuille et un crayon ?

FRANCK RIESTER
Et le moment venu, vous connaîtrez l'avis du ministre de la Culture. Pour l'instant, il est bien trop tôt. Moi je dois être celui qui veille à ce que le débat patrimonial soit à la hauteur de ce qu'est Notre-Dame pour nos compatriotes et pour le monde entier et de veiller que la restauration soit exemplaire. C'est le général GEORGELIN qui vraisemblablement... C'est le général GEORGELIN qui a été désigné par le président de la République et qui va vraisemblablement être le président de l'EPIC, de l'établissement public qui ne sera pas forcément un EPIC, qui peut être un EPA, qui serait créé spécifiquement pour la restauration de Notre-Dame et avec lui, avec les services du ministère de la Culture, avec le reste du gouvernement et bien sûr avec le président de la République et les différents partenaires de cette restauration, à commencer par la Ville de Paris et le diocèse, et en concertation avec les Français, la décision sera prise : soit de restaurer à l'identique soit d'apporter un geste architectural nouveau.

MARC FAUVELLE
On le saura quand ?

FRANCK RIESTER
Sachant que le président de la République a souhaité et il a la raison, à ce qu'on prenne aussi en compte dans la réflexion les abords de Notre-Dame de Paris. Parce que c'est l'écrin dans lequel Notre-Dame de Paris est et donc on doit regarder aussi comment faire en sorte que ces abords soient améliorés.

MARC FAUVELLE
Et d'un mot Franck RIESTER, à quel moment on saura le projet qui est retenue ?

FRANCK RIESTER
Eh bien écoutez, dans les mois qui viennent.

MARC FAUVELLE
C'est cette année en tout cas ?

FRANCK RIESTER
Non, non, je ne sais pas vous dire ça. Mais ça va dépendre du temps qu'il faut pour d'abord finaliser le diagnostic de l'état des lieux exacts de Notre-Dame de Paris. Vous savez qu'aujourd'hui il y a encore des interrogations sur la voûte et on n'a pas encore fait l'état des lieux. Il y a encore des incertitudes sur la solidité de la voûte. Mais il faut aussi qu'on regarde tous les autres murs, toutes les autres structures pour voir ce qui a été véritablement l'impact de l'incendie. Et ensuite on pourra chiffrer, ensuite on pourra lancer l'appel, le concours d'architectes.

RENAUD DELY
Fixer un objectif de cinq ans, c'était un peu risqué quand même.

FRANCK RIESTER
Et ensuite prendre notre décision. (…)

RENAUD DELY
Franck RIESTER, le président du directoire du journal Le Monde et une journaliste du même quotidien doivent être entendus aujourd'hui par la DGSI, par les services dans le cadre d'une enquête qui est ouverte pour révélation d'identité d'un membre des unités des forces spéciales dans le cadre de la publication de papiers liés à l'affaire Benalla. Il y a aussi plusieurs autres journalistes, notamment d'ailleurs des journalistes de Radio France, qui ont été entendus ces dernières semaines par la DGSI aussi dans le cadre de papiers, d'articles ou de sujets ayant trait à la vente d'armes françaises à l'Arabie Saoudite. Des armes qui ont pu servir lors de la guerre au Yémen. Est-ce qu'il y a aujourd'hui une menace qui pèse sur la liberté de la presse comme beaucoup de journalistes et de professionnels de ce métier le supputent ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, d'abord la liberté de la presse c'est un élément fondamental d'une démocratie. Et donc nous devons veiller à ce que la liberté de la presse soit garantie en France et je pense qu'elle l'est.

RENAUD DELY
Ces convocations, ce ne sont pas des intimidations ?

FRANCK RIESTER
C'est une convocation demandée par la justice. Alors c'est la justice qui a demandé que la DGSI entende ces journalistes. C'est donc une affaire judiciaire. Je ne me prononcerai évidemment pas sur est-ce que cette décision est légitime ou pas et si l'éventuelle décision est légitime ou pas. Je respecte la justice. Néanmoins en tant que ministre de la Culture et donc en charge des questions de presse et de la liberté de la presse, je travaille avec mes services à tout ce qui peut, de près ou de loin, garantir encore davantage la liberté de la presse. Je pense notamment au secret des sources.

RENAUD DELY
Le secret des sources.

FRANCK RIESTER
Là, il s'avère qu'en ce qui concerne ce dossier-là, ce n'est pas lié à une question de secret des sources. C'est une question d'un nom qui a été mentionné dans l'article et qui, d'après le plaignant, est quelque chose qui n'aurait pas dû être fait parce que ça le met en danger dans ses fonctions de membres des forces spéciales. Voilà. C'est ça et ça, ça ne peut être que la justice qui tranche. Moi je suis attaché à la liberté de la presse, très attaché. Je dois moi-même être le garant en tant que ministre de la Culture. Je suis pour autant respectueux aussi de la loi. Ce n'est pas parce qu'on est journaliste qu'on ne doit pas respecter la loi. Est-ce que la loi a été respectée ou pas ? Ça, c'est à la justice de le déterminer. Est-ce qu'ensuite…

RENAUD DELY
Il y a un climat, il y a une succession. Il y a eu aussi des convocations.

FRANCK RIESTER
Attendez. Est-ce qu'ensuite on doit améliorer, notamment en ce qui concerne le secret des sources des journalistes, la loi ? Ça, c'est une autre question et j'ai demandé une analyse bien spécifique…

RENAUD DELY
Vous envisagez éventuellement une réforme pour conforter le secret des sources des journalistes ?

FRANCK RIESTER
Je ne suis pas en train de vous dire que j'envisage une loi. J'envisage d'abord de voir en détail quel est l'état de la législation française. Je continue, puisque je le fais depuis mon arrivée en fonction et je le faisais même avant quand j'étais député, d'avoir des contacts avec à la fois les sociétés de journalistes, à la fois avec Reporters sans frontières et à la fois avec toutes celles et ceux qui connaissent bien les questions juridiques qui permettent de garantir l'exercice de la liberté de la presse pour voir de quelle manière éventuellement il faudrait encore améliorer le dispositif français.

RENAUD DELY
Il y a une autre réforme qui concerne la presse que vous portez, Franck RIESTER, c'est la réforme de la distribution, la réforme de la fameuse loi Bichet.

FRANCK RIESTER
Oui.

RENAUD DELY
On a vu la semaine dernière et d'ailleurs quelques semaines précédentes un syndicat, la CGT, perturber la parution de certains hebdomadaires notamment Le Point, Paris Match. On ne vous a pas entendu protester à ce moment-là. Est-ce que c'est à un syndicat de choisir quels titres peuvent ou non paraître ?

FRANCK RIESTER
Alors il y a plusieurs choses. Il y a d'abord un blocage qui avait été fait de la distribution de la presse.

RENAUD DELY
Qu'est-ce qu'il vous inspire ce blocage ?

FRANCK RIESTER
Ça m'inspire que je pense qu'on défend mieux l'avenir de la distribution de la presse écrite en ne bloquant pas justement cette distribution-là. Première remarque. Deuxième remarque, il y a eu effectivement à un moment donné un choix qui avait été opéré dans les titres. Ça, c'est totalement scandaleux parce que ce n'est absolument pas comme ça qu'on doit se comporter. Il faut absolument garantir la neutralité de la distribution de la presse.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez dit à la CGT ?

FRANCK RIESTER
Oui, oui. Je l'ai dit d'une façon interposée mais je dois dire contrairement à ce que parfois certains disent, j'entretiens des relations correctes et constructives avec les différentes organisations syndicales que j'ai rencontrées dans le cadre de la préparation de la réforme de la loi Bichet. Et donc je continue à les appeler, à être dans cette démarche constructive. Pourquoi ? Parce que ce projet de loi vise…

RENAUD DELY
… ne remet pas en cause vos relations correctes ?

FRANCK RIESTER
Non, non, pas du tout pour l'instant parce que c'est l'intérêt général qui compte. Et l'intérêt général, c'est que le gouvernement continue d'avoir un fil de dialogue riche avec les organisations syndicales. Pourquoi ? Parce que l'avenir de la distribution de la presse c'est fondamental pour l'avenir de la presse et donc de la démocratie. On a un système en France qui date de cette loi Bichet, donc qui date de 1947, et qui est une loi essentielle qui a permis de garantir le pluralisme de la distribution de la presse et qui a garanti que chaque Français partout dans le territoire peut avoir facilement accès à sa presse. A sa presse, notamment à sa presse quotidienne nationale et notamment à sa presse d'information politique et générale qui est la garantie de la vitalité de la démocratie française. Malgré tout, cette distribution de la presse écrite est attaquée par l'évolution des usages de nos compatriotes qui lisent moins la presse…

RENAUD DELY
Ce système, il est en danger de mort aujourd'hui, ce système de distribution.

FRANCK RIESTER
Danger de mort. Parce que les Français lisent moins la presse et ils lisent de plus en plus quand ils continuent de lire la presse via le numérique. Et donc il y a moins de titres distribués et donc il y a un chiffre d'affaires plus faible. Et donc il faut restructurer les choses pour continuer de garantir cette distribution. C'est tout l'objectif de ce projet de loi en donnant davantage de souplesse de gestion aux marchands de journaux qui sont ces têtes de pont à la fois de la distribution de la presse et des têtes de pont culturelles dans les territoires et des lieux de cohésion sociale. Et deuxièmement, en modernisant les outils donnés aux éditeurs de presse pour distribuer leur presse. Et donc c'est ce qu'on va permettre avec la possibilité que d'autres messageries entrent dans la distribution de la presse mais qu'à partir de 2023 pour laisser la place aux deux messageries actuelles notamment PRESTALIS, de pouvoir s'adapter à l'évolution de la distribution de la presse écrite.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Franck RIESTER, ministre de la Culture, invité ce matin de Franceinfo radio et télé.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2019