Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à Europe 1 le 11 juin 2019, sur la démographie médicale et sur les maires.

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Prononcé le

Texte intégral

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Agnès BUZYN, la ministre de la Santé, a critiqué les urgentistes qui se sont mis en arrêt maladie pour protester contre leurs conditions de travail. Ne croyez-vous pas que les urgentistes ont de vraies bonnes raisons d'être au bout du rouleau ?

JACQUELINE GOURAULT
Ils ont des raisons, effectivement, et on ne peut pas dé-corréler la crise des urgentistes de la crise démographique des médecins libéraux sur le territoire. Naturellement, par manque de médecins généralistes, par manque aussi de permanences des soins, je dirais, eh bien, beaucoup de malades vont vers les urgences alors qu'ils ne devraient pas y aller.

AUDREY CRESPO-MARA
A Lons-le-Saunier, par exemple, la gendarmerie a réveillé des soignants au milieu de la nuit, chez eux, pour les contraindre à rejoindre leur poste de travail. La méthode ne vous choque pas ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien, c'est possible, la loi le permet, parce que, quand il y a des urgences, comme le nom l'indique, et des malades, il faut absolument réquisitionner, c'est le droit de réquisition, des urgentistes pour faire le job, sinon, il y a risque…

AUDREY CRESPO-MARA
Les forces de l'ordre, ça ne vous choque pas ?

JACQUELINE GOURAULT
Mais il y a... enfin, forces de l'ordre…

AUDREY CRESPO-MARA
Qu'on aille chercher eux les soignants ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est une décision administrative de la part du préfet. Et il faut effectivement faire en sorte qu'il n'y ait pas... s'il y avait des gens qui mourraient par manque de soins, ce serait aussi dramatique.

AUDREY CRESPO-MARA
Jacqueline GOURAULT, ministre est territoires, en février, 35 maires de la Nièvre ont dû menacer de démissionner pour empêcher la fermeture des urgences à l'hôpital de Clamecy, trouvez-vous normal qu'ils aient dû en arriver au chantage ?

JACQUELINE GOURAULT
Je connais bien la Nièvre, avec Agnès BUZYN, d'ailleurs, nous avons décidé, avec l'aide de la région, de la présence d'un hélicoptère sanitaire permanent à Nevers, puisque c'est un département très enclavé, et que tout malade est à 3h de route d'un CHU, donc nous avons déjà regardé de très près la situation de la Nièvre, et je sais que là aussi, il y a des problèmes d'urgentistes…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais on a l'impression que ça craquelle de partout quand même…

JACQUELINE GOURAULT
Mais encore une fois, le problème de la démographie médicale et de l'insuffisance des médecins généralistes dans certains territoires, mais il y a des mesures aussi qui ont été prises par Agnès BUZYN dans la loi Santé, et notamment pour répondre en urgence, je dirais, en salariant 400 médecins généralistes qui vont être envoyés sur les territoires les plus…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui sont payés par l'Etat ?

JACQUELINE GOURAULT
Absolument, et qui vont être envoyés sur les territoires où il y a la plus grande déficience.

AUDREY CRESPO-MARA
Plus de trois millions de Français vivent à plus de 30 minutes d'un service d'urgences, sachant qu'à Paris, les secours mettent en moyenne 5 minutes pour intervenir, comment corriger cette inégalité devant la santé ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien, ce que nous venons de dire, c'est de mieux répartir le nombre de médecins sur le territoire, alors, je me permets de dire…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est 450 médecins, ça ne va pas résoudre tout le problème…

JACQUELINE GOURAULT
Je me permets de dire que pendant de très longues années, il y a eu l'existence d'un numerus clausus, c'est-à-dire qu'on limitait le nombre de médecins qui sortaient de l'université, ça date de 1971, et qu'on est arrivé à une situation où il y a insuffisance de médecins, il y a insuffisance, et pour être très juste aussi, les médecins ont tous envie de s'installer au même endroit. Et donc ça pose des problèmes, il faut donc faire toute une politique, supprimer le numerus clausus, bien sûr, vous allez me dire, ça va être dans dix ans, je sais, mais…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais on met dix ans à former un médecin…

JACQUELINE GOURAULT
Je sais, mais c'est mieux de le supprimer tout de même pour prévoir l'avenir, parce qu'on peut dire que ceux qui étaient avant nous ne l'ont pas tellement prévu.

JACQUELINE GOURAULT
Jacqueline GOURAULT, en fin de semaine, vous vous rendrez au congrès des villes de France, à Albi, la moitié des maires n'envisagent pas de se représenter aux prochaines municipales dans 9 mois, comment expliquez-vous cette brutale désaffection pour la fonction de maire ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, ce n'est pas une brutale désaffection, puisque c'est un phénomène qui s'est déjà produit, je rappelle qu'aux dernières…

AUDREY CRESPO-MARA
... La moitié des maires ne veulent pas se représenter…

JACQUELINE GOURAULT
Aux dernières municipales, il y a eu 40 % de renouvellement, donc il y a aussi des rythmes de renouvellement qui se font, et c'est bien normal, et il y a besoin d'accompagner les maires dans l'exercice de leur mandat, c'est d'ailleurs l'objet d'une loi qui va être présentée au mois de juillet par Sébastien LECORNU…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui travaille avec vous sur les territoires…

JACQUELINE GOURAULT
Oui, qui travaille à mes côtés dans les relations avec les collectivités territoriales. Donc il faut accompagner les élus, assurer l'environnement, si je puis dire de la vie d'un élu sur le plan professionnel, etc., de façon plus assumée, et puis aussi, renforcer la mission qu'ils ont au niveau des mairies.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, on va essayer d'être précis justement là-dessus, les maires des petites communes se plaignent de la loi NOTRe, qui a permis de créer de grosses intercommunalités dans lesquelles ils se sentent dépossédés de leurs pouvoirs. Quelle mesure prendre pour remédier à cela ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, il y a plusieurs mesures qui vont être prises dans cette loi, mais prenons deux ou trois exemples, la création de conférences des maires, c'est-à-dire de rendre obligatoire au niveau de l'intercommunalité, comment dire, un espace, une institution, entre guillemets, où les maires siègent, puisque, naturellement, la représentation des communes dans l'intercommunalité fait que tous les maires ne siègent pas dans l'intercommunalité, donc il faut un endroit, un espace pour qu'ils puissent siéger.

AUDREY CRESPO-MARA
Par exemple, à Souillac, en janvier, le président a plaidé pour une intercommunalité choisie et non pas forcée. Ça veut dire que les maires vont pouvoir quitter une intercommunalité librement ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, on peut déjà quitter une intercommunalité, mais on va assouplir…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, plus facilement ?

JACQUELINE GOURAULT
Effectivement, dans ce projet de loi, on va assouplir la possibilité de sortir des intercommunalités, ceci dit, je ne crois pas qu'il faille faire un big-bang territorial, puisque des maires aussi sont très attachés à l'intercommunalité. Et l'intercommunalité, quand elle est bien faite, bien vécue, elle apporte aussi beaucoup de choses aux territoires.

AUDREY CRESPO-MARA
Sébastien LECORNU, dont vous parliez il y a un instant, qui travaille avec vous au niveau des territoires, redoute que dans certaines petites communes, il n'y ait aucun candidat dans 9 mois pour le poste de maire, est-ce que la manière la plus efficace de rendre la fonction de maire plus attractive, ce ne serait pas qu'il gagne plus ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, c'est un sujet, et surtout, il faut comprendre qu'en France, nous avons un système qui fait que les maires ont des indemnités, puisque la culture française c'est qu'on est agriculteur, ingénieur, ouvrier, pharmacien, ce que l'on veut, et on est en même temps élu, c'est une culture particulière, différente des autres pays où quand vous êtes maire, vous êtes payé comme un fonctionnaire de l'Etat…

AUDREY CRESPO-MARA
Je donne juste donc exemple pour nos auditeurs, le maire d'une commune de moins de 1.000 habitants perçoit une indemnité de 1.000, 1.200 euros. Ça vous paraît suffisant ?

JACQUELINE GOURAULT
Ça ne me paraît pas vraiment suffisant, mais je vais vous dire quelque chose pour préciser quelque chose, il y a les élections municipales, la première réunion du conseil municipal derrière, on vote les indemnités pour les maires, parce qu'il faut passer par un vote, et ce n'est pas facile parfois de se faire attribuer les indemnités parce qu'il y a des gens qui pensent que vous êtes assez riche pour cela, que vous avez suffisamment de revenus, etc., et c'est la raison pour laquelle, moi, j'avais fait voter, quand j'étais sénateur, l'automaticité de la rémunération des maires…

AUDREY CRESPO-MARA
Je rappelle que vous, vous étiez maire un d'une petite commune pendant de longues années et que vous étiez prof aussi à mi-temps, et qu'il fallait combiner les deux.

JACQUELINE GOURAULT
Absolument, eh bien, oui, et heureusement qu'on a des indemnités pour compenser le mi-temps que vous n'exercez plus professionnellement, et donc, il faut trouver, il faut accompagner l'exercice des mandats avec un certain nombre de mesures d'accompagnement social, je veux dire, des maires, il y a les indemnités, mais il y a beaucoup d'autres choses, le crédit d'heures, les autorisations d'absence, la Sécurité sociale, enfin, des tas de choses qui vont être traitées ou... comment dire... perfectionnées dans cette loi qui va être portée pas Sébastien LECORNU cet été.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019