Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, à CNews le 2 septembre 2019, sur l'attaque au couteau à Villeurbanne, la question migratoire, les violences conjugales, les listes communautaires aux municipales et les enquêtes concernant la police.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue, Laurent NUNEZ. C'est presque votre rentrée.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour, bienvenue. Pour cette rentrée, est-ce que toutes les écoles sont assez protégées et sécurisées ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Maintenant depuis plusieurs années, depuis 2015, à chaque rentrée il y a des rondes et patrouilles qui sont prévues. Policiers, gendarmes en fonction du secteur de compétences et puis nous avons des contacts avec des référents sécurité qui existent maintenant dans tous les établissements pour bien organiser cette surveillance aux abords extérieurs des établissements pendant la rentrée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La sécurité se fait autour des écoles…

LAURENT NUNEZ
Autour des écoles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et parfois à l'intérieur des écoles.

LAURENT NUNEZ
A l'intérieur, non. Mais il y a des référents qui peuvent éventuellement faire appel aux forces de l'ordre s'il devait y avoir un problème. Puis j'ajoute que depuis 2016 maintenant, nous avons aussi des plans de mise à l'abri en cas d'attaque terroriste – il faut toujours penser au pire – qui sont testés dans chaque établissement scolaire chaque année et qui sont totalement opérationnels.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Grande vigilance d'autant plus qu'il y a des actes aussi de déséquilibrés.

LAURENT NUNEZ
Bien sûr. Grande vigilance mais la vigilance elle est permanente, elle est totale et nous avons vérifié avec Christophe CASTANER que tout était en place et c'est bien le cas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'Afghan qui a tué et blessé à Villeurbanne et qui provoque un scandale a tourné à travers toute l'Europe pendant plus de dix ans. Qu'est-ce qu'il fait en France ?

LAURENT NUNEZ
D'abord je voudrais, puisque vous parlez de cette affaire, ce drame, je voudrais d'abord avoir une pensée pour les victimes et notamment pour ce jeune homme de dix-neuf ans qui est décédé. Avoir également une pensée pour toutes les personnes qui sont intervenues et qui ont mis un terme à ce périple meurtrier. Et bien sûr féliciter les policiers également qui sont intervenus et qui ont pu l'interpeller.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur ce que vous venez de dire, ces actes fous donnent aussi lieu à des magnifiques gestes d'héroïsme ordinaire comme celui de Sofiane. Il a dix-sept ans et il passait en scooter. Regardez ce qu'il a fait.

SOFIANE, TEMOIN DE L'ATTAQUE DE VILLEURBANNE
Je suis parti prêter assistance à la personne qui était à terre. J'ai tenu sa tête, je lui ai mis des petits tapotements sur la tête pour qu'il se réveille. Je lui ai demandé son âge, il m'a dit : « Je me sens partir, je me sens partir » ; je lui ai dit : « Non, tu ne vas pas partir, frérot. Garde la pêche, tu vas réussir. Tu vas réussir ! Garde la pêche ! Sois fort ! » J'ai essayé que de le mettre bien à l'aise au-delà. Je lui ai tapoté la tête plusieurs fois et je lui ai dit : « Comment tu t'appelles ? Tu viens d'où ? Tu as quel âge ? » Je lui ai posé plein de questions pour le tenir éveillé. Le seul truc qu'il m'a dit, il m'a dit : « 73, 14 » et après il m'a dit : « Festival », c'est les seuls mots qui sont sortis de sa bouche. Après, il est parti. 73, c'est le département d'où il vient. Le festival, j'ai su par la police du coup que c'était à Méribel, que c'était un festival de rock, et son âge c'est dix-neuf ans. Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, il est mort dans ses bras. Il était courageux, Sofiane, et c'est lui qui est allé chercher avec son scooter les policiers. Mais vous ne m'avez pas répondu, Laurent NUNEZ. Qu'est-ce qu'il faisait en France ce type ?

LAURENT NUNEZ
Cette personne…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cet Afghan.

LAURENT NUNEZ
Cet Afghan dont je tiens à rappeler qu'il est totalement inconnu au traitement des antécédents judiciaires. Donc il n'a pas d'antécédents judiciaires, il n'est pas connu des services spécialisés au titre de la radicalisation et il est en situation régulière. Cette personne était en situation régulière sur le territoire national.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jusqu'au 31 janvier 2020. Mais comment se fait-il que débouté dans différents pays du droit d'asile il puisse tourner comme ça en Europe ?

LAURENT NUNEZ
Soyons précis. Il y a une enquête, il y a des investigations qui sont en cours, des investigations judiciaires. Le fait de savoir s'il a été débouté dans d'autres pays de l'Europe, c'est ce que vous affirmez. Moi, je ne suis pas… Nous n'avons pas encore ces informations. Peut-être il aurait fait effectivement un certain nombre de demandes dans d'autres pays mais des vérifications sont en cours pour savoir si la protection avait été attribuée ou pas. Nous ne le savons pas. En revanche ce que je peux vous dire, c'est qu'il était en situation régulière sur le territoire national dans le cadre d'un examen de sa situation qui a donné lieu à vérification de sa situation, y compris au regard des règles de sécurité et de la menace qu'il était susceptible de représenter pour l'ordre public, ce qui n'était pas le cas au moment de cet examen.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il y a un réseau, une filière afghane en Europe et en France ?

LAURENT NUNEZ
Je vais compléter d'ailleurs réponse si vous me le permettez. Je rappelle quand même que les premiers éléments du procureur laissent clairement entendre que cet individu était atteint de démence et c'est ce qui a malheureusement motivé son périple meurtrier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il est en plus irresponsable et qu'il ne sera probablement pas jugé si ça continue.

LAURENT NUNEZ
Il était en état de… Voilà, c'est un individu qui présente un certain nombre de troubles psychiatriques. Je tiens à rappeler cela puisque le procureur l'a dit et ce qui explique sans doute son périple encore une fois qui est en périple absolument dramatique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Encore une fois, il ne faut pas généraliser sur les migrants ni même les Afghans. Mais il y a beaucoup d'Afghans qui sont entrés d'abord en Allemagne et qui tournent sans avoir le droit d'asile. Je reprends : est-ce qu'il y a une filière afghane qui leur permet de vivre, qui leur donne les moyens ? Comment ils vivent ?

LAURENT NUNEZ
Alors il y a parfois des filières… Encore une fois, on parle de personnes, de migrants en situation irrégulière. Il y a parfois des filières effectivement qui permettent d'accéder au territoire français et c'est pour cela que nous travaillons bien évidemment ici en France à démanteler ces filières, mais également avec l'ensemble de nos partenaires européens d'abord et parfois même des pays de départ de ces personnes pour lutter contre ces filières. Et c'est fait de manière très efficace puisque chaque année, nous démentons plus de filières d'immigration clandestine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que quand ils n'ont pas le droit d'asile, est-ce que les Afghans sont reconduits chez eux en Afghanistan ?

LAURENT NUNEZ
Nous reconduisons… Dans ce pays, jamais nous n'avons reconduit autant de personnes. Nous ne cessons d'augmenter le chiffre des reconduites. Les augmentations sont à deux chiffres et ça se poursuit en 2019 et en 2018. Vous savez, la politique de la France en matière d'asile et d'immigration, c'est une politique qui est une politique humaine donc en accueil pour ceux qui sont en besoin de protection. Mais c'est aussi une politique de fermeté qui vise à reconduire ceux qui n'ont pas soit de droit au séjour sur le territoire national, soit qui ne sont pas en besoin de protection.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De l'humanité, oui, mais ne pas laisser se multiplier les clandestins…

LAURENT NUNEZ
Bien sûr. C'est beaucoup de fermeté aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui peuvent commettre des actes de cette nature. Et d'ailleurs, les responsables des centres d'accueil devraient vous dire comment souffrent, comment vivent l'exil l'abandon, la pauvreté, la misère, le dénuement certains de ces migrants qui deviennent déments comme vous l'avez dit.

LAURENT NUNEZ
(Il acquiesce.)

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu que l'opposition vous accuse de laxisme.

LAURENT NUNEZ
Oui. Enfin, l'opposition surfe à nouveau sur un phénomène très dramatique, un fait dramatique. Encore une fois, je veux avoir une pensée pour les victimes mais c'est totalement irresponsable de leur part. D'abord parce que nous avons une politique qui est vigoureuse, qui est ferme sur ces questions. Et puis ensuite parce que la France est justement un des pays qui est moteur au sein de l'Union européenne pour encore améliorer le système et la gestion de l'asile dans le cadre de Schengen, en ayant un contrôle encore plus renforcé à nos frontières extérieures et en ayant une gestion responsable et solidaire des demandeurs d'asile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que je peux vous demander quand vous, Christophe CASTANER et peut-être même la maire de Paris Anne HIDALGO vous allez libérer la porte de la Chapelle qui est submergée de malheureux migrants et de mineurs marocains qui se développent dans des trafics de toutes sortes - les trafics humains, les trafics de drogue - et qui insupportent les riverains et même tous ceux qui arrivent à Paris ?

LAURENT NUNEZ
Alors la porte de la Chapelle, d'abord une précision. Dans les années passées, sous le quinquennat précédent, on avait parfois plusieurs milliers de personnes porte de la Chapelle et porte d'Aubervilliers aussi puisque le phénomène est sur les deux portes. Actuellement, il y a environ on va dire un millier de personnes entre ces deux portes qui donnent lieu à un traitement et une attention continue de la préfecture de police, de la préfecture de région.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
(Propos inaudibles.)

LAURENT NUNEZ
Non, attention. Il y a des opérations permanentes qui sont menées sur ce secteur. D'abord des opérations de lutte contre la délinquance parce que c'est aussi un lieu de trafics, de trafic de cigarettes, de vente de stups. Donc il y a des opérations de police permanentes qui visent à démanteler un certain nombre de réseaux et puis également des opérations de contrôle. Il y en a encore eu une fin août où il y a eu dix-huit obligations de quitter le territoire français qui ont été notifiées. Et puis on fait des opérations de mise à l'abri aussi qui permettent donc de traiter un certain nombre de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est un souci.

LAURENT NUNEZ
C'est un souci que nous traitons et nous y sommes très attentifs. Et j'insiste : le phénomène est bien évidemment important mais il l'est moins qu'il ne l'a été au cours des années écoulées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez parlé vous-même de délinquance. Est-ce qu'il est vrai qu'elle a augmenté ? Est-ce que vous confirmez que phénomène de la délinquance a augmenté surtout en début d'année ? Les vols, les attaques physiques etc. Parce que vos policiers étaient, les pauvres, bien occupés par d'autres choses sur ronds-points.

LAURENT NUNEZ
Sur la délinquance d'abord. Vous savez, on raisonne toujours d'année en année donc on compare une année par rapport à l'autre. 2018 a été une année excellente. La délinquance a baissé notamment sur les cambriolages, les vols violence, autant d'items qui intéressent la sécurité de nos concitoyens. En 2019, l'année a très mal commencé. Nous ne l'avons jamais contesté avec le ministre de l'Intérieur et le premier trimestre n'a pas été bon, précisément sur les cambriolages, les vols violence et d'autres items. On impute en partie cette augmentation de la délinquance à la mobilisation de nos forces de l'ordre sur le mouvement des gilets jaunes. Mais le deuxième trimestre est plutôt très bon, notamment justement sur les cambriolages et les vols violents qui se remettent à baisser. Les cambriolages sont maintenant quasiment à la stabilité. Donc la délinquance s'améliore et nous allons poursuivre cette action résolue pour lutter contre ces faits.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous voulez dire ce matin que vous allez rattraper le temps perdu et rétablir l'ordre perdu ?

LAURENT NUNEZ
Ce n'est pas une question d'ordre. La délinquance c'est autre chose, ce n'est pas l'ordre public. Mais nous devons cette protection à nos concitoyens et nous avons bon espoir d'inverser à nouveau la courbe et espérer, en 2019 comme en 2018, avoir une nouvelle baisse de la délinquance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A la veille du Grenelle contre les violences conjugales, nous avons invité hier Marlène SCHIAPPA dans l'émission « Sans détours » de CNews. Elle a dit qu'il allait y avoir un budget de 530 millions chaque année parce que le Premier ministre et le président de la République… Et elle demande l'écoute les policiers, la vigilance, l'empathie des policiers et qu'il y ait moins de mains courantes mais plus de plaintes. Est-ce que les policiers sont en état de les accueillir et comprennent assez le problème de ces femmes qui viennent se plaindre ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Sur ce sujet, nous avons quand même fait beaucoup d'efforts. Les policiers et les gendarmes sont formés pour accueillir les femmes victimes de violences. Nous avons des référents violences conjugales dans chacune des structures de proximité. Nous avons des psychologues, des intervenants sociaux donc qui sont en mesure de faire en sorte qu'une main courante puisse se transformer en plainte. Mais il faut faire beaucoup plus et c'est bien pour ça que nous aurons un Grenelle sur les violences conjugales qui va se tenir demain. Il est tout à fait important que nous puissions encore faire mieux, encore faire plus pour que systématiquement les femmes victimes de violences soient prises en compte. Soit dans le cas d'une plainte au niveau judiciaire et aussi avec un dispositif associatif d'accompagnement qui permette de leur offrir un logement et une solution, un plan B, un plan pour quitter le conjoint violent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que ça veut dire que les policiers n'hésiteront pas maintenant contrôler davantage les familles, les couples en danger quand les voisins signalent etc ? Ce n'est pas de la délation mais c'est sauver des vies.

LAURENT NUNEZ
Je ne vais pas révéler ce que seront les mesures du Grenelle de l'environnement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dites-le, dites-le.

LAURENT NUNEZ
Le Grenelle, pardon, des violences conjugales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au moins une. Dites au moins une pour rassurer. Alors ?

LAURENT NUNEZ
Mais effectivement dans le cadre du Grenelle sur les violences conjugales, effectivement le fait d'avoir une vraie suite sur ce que sont les mains courantes est une piste de travail et nous annoncerons tout cela demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La plupart des assassinats se font par arme à feu. Marlène SCHIAPPA vous demande des engagements. Vous les prendrez ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Les armes à feu sont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La réduction.

LAURENT NUNEZ
Les armes à feu sont très contrôlées dans ce pays. Vous savez que la détention est réglementée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On n'est pas chez Donald TRUMP ici.

LAURENT NUNEZ
Quelqu'un peut commettre un homicide avec une arme à feu qu'il détient légalement ; c'est la difficulté de l'exercice. Mais d'ores et déjà, sachez que toutes les préfectures, les services de police, de gendarmerie exercent un contrôle rigoureux sur les personnes qui sont en détention d'armes, y compris légales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aux prochaines élections municipales, est-ce qu'il faut s'attendre à des listes communautaires ou communautaristes ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, je ne sais pas s'il y aura des listes communautaires. Il a pu y en avoir, il y en a eu aux élections européennes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous le craignez ?

LAURENT NUNEZ
Je rappelle quand même que la liberté de se présenter est totale. Pour se présenter aux municipales, il suffit d'avoir dix-huit ans, d'être en capacité, une attache avec la commune.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord. Mais est-ce que vous confirmez vous aussi, comme Jean-Michel BLANQUER, qu'il y a une progression de l'islamisme politique avec parfois presque des provocations ? Regardez, dans le XIème à Paris hier, on a été obligé de fermer une piscine parce qu'une quinzaine de jeunes femmes sont arrivées en burkini et on fait un peu de chahut. D'abord est-ce qu'elles ont le droit de se baigner en burkini ou est-ce que vous dites « c'est de la provoc' » ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord, on ne va pas se voiler la face : c'est une forme de provocation. Il y a un certain nombre de règlements qui s'appliquent dans les piscines et qui valent pour tous sur l'ensemble du territoire de la République. Il y a des règles d'hygiène, il y a des règles de sécurité qui font qu'on ne peut pas porter de burkini. Mais je crois que le problème de l'islam politique et du communautarisme, comme l'a dit d'ailleurs le président de la République dans son discours post-grand débat, c'est quelque chose auquel il faut que nous nous attaquions globalement. Il ne faut pas prendre le sujet par petits bouts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'on attend l'islam de France et on attend un grand discours du président de la République. Et ils ne viennent pas.

LAURENT NUNEZ
Sur le communautarisme, notre action elle est résolue. Le président de la République nous y invite. Chaque fois qu'il y a des comportements d'une communauté - je dis bien d'une communauté, il ne s'agit pas de stigmatiser une religion plutôt qu'une autre - chaque fois qu'il y a des comportements qui placent la loi de Dieu au-delà des lois de la République et qu'il en découle des faits qui peuvent être des faits délictueux comme des faits de discrimination, des faits de déscolarisation qui sont aussi une réalité même si on parle de quelques cas, même si on ne peut pas parler d'un phénomène global, c'est aussi une réalité. Chaque fois que nous avons ce genre de fait, il y a des contrôles qui sont exercés. Il peut y avoir des fermetures d'écoles hors contrat et parfois même des poursuites pénales quand il y a matière à poursuite pénale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous sentez la progression y compris dans les clubs sportifs et un peu partout ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr que nous la sentons. Il faudrait être très naïf pour le nier. Mais je veux simplement vous dire que nous menons une action extrêmement résolue contre cet islam politique et ce communautarisme qui n'est pas acceptable dans notre République qui est surtout celle du vivre ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là je vais aborder un sujet peut-être délicat. L'Inspection générale de l'administration, l'IGA, enquête sur les violences à Nantes lors de la dramatique nuit de la Fête de la musique. Des manifestants assez durs, des assauts policiers, quatorze jeunes qui sautent dans l'eau, treize en reviennent, il y en a un qui ne revient pas et qui disparaît : Steve. Quand il disparaît et pourquoi il disparaît ? Comment il disparaît ? Est-ce que vous direz toute la vérité ?

LAURENT NUNEZ
Oui, mais nous nous sommes engagés depuis le début à la transparence sur ce sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui.

LAURENT NUNEZ
D'abord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça tarde, ça tarde.

LAURENT NUNEZ
D'abord une pensée pour le jeune Steve qui a disparu ce soir-là bien évidemment. Ensuite, pardon, mais il y a eu… L'IGPN a été saisie immédiatement, a rendu des premières conclusions. Christophe CASTANER a saisi l'Inspection générale de l'administration qui elle est plus précisément chargée de regarder dans quelles conditions a été organisée cette Fête de la musique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. C'est ce qu'a été demandé par Christophe CASTANER et le Premier ministre qui avait été impressionnant. Alors est-ce qu'il y aura le rapport ? Est-ce qu'il sera rendu public ? Est-ce qu'on saura tout ?

LAURENT NUNEZ
Il y a par ailleurs des investigations judiciaires qui sont en cours donc on a quand même trois actions qui ont été menées. L'IGPN, l'IGA, l'action judiciaire qui est menée. Sur le rapport de l'Inspection générale de l'Administration, ce rapport donc qui est en… L'IGA y travaille actuellement, le chef de service a demandé au ministre de l'Intérieur un délai complémentaire pour rendre ses conclusions. Ce délai complémentaire, on lui a naturellement accordé. C'est une affaire complexe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire quand ?

LAURENT NUNEZ
Au plus tard au 15 septembre donc nous aurons ce rapport de l'IGA. Et comme nous nous y sommes engagés, les conclusions de ce rapport seront bien évidemment rendu publiques et toutes les conséquences en seront tirées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire que s'il y a des sanctions, on les connaîtra en même temps que le rapport.

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, nous verrons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, c'est ça.

LAURENT NUNEZ
En même temps, concomitamment, je ne sais pas. Mais s'il y a des fautes, nous en tirerons toutes les conséquences. Ça, nous l'avons toujours dit au-delà bien évidemment des sanctions judiciaires qu'il pourrait y avoir le cas échéant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous dites que personne ne sera épargné ?

LAURENT NUNEZ
Mais personne n'est jamais épargné dans ce pays quand il y a un lien direct entre un fait grave et une action de la police ou de la gendarmerie. Encore faut-il établir ce lien direct et ne pas le supposer établi. Enfin, nous avec Christophe CASTANER, nous avons confiance dans les policiers et les gendarmes de notre pays. Il n'y a pas de raison d'en douter mais encore faut-il que ces faits, le lien de causalité direct soit établi. C'est le b.a-ba des règles juridiques dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même si la mairie est en cause, même si la préfecture est en cause, même si les policiers sont en cause ?

LAURENT NUNEZ
L'organisation, c'est autre chose. Il ne faut pas tout mélanger. Il y a l'action de la police qui actuellement, par une certaine forme d'opposition et parfois les milieux ultra-radicaux critiquent, font le lien clairement entre cette action de la police et la disparition de Steve. Ce lien pour l'instant, il n'est pas établi. Encore une fois, l'affaire n'est pas close. Il y a des investigations qui se poursuivent. L'organisation de cette Fête de la musique à l'endroit où elle se trouvait en bord de Loire, c'est autre chose. C'est autre chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Le G7 de Biarritz s'est plutôt bien déroulé. Les craintes étaient peut-être exagérées. Tout le monde vous a félicité une fois n'est pas coutume. Quelle leçon vous tirez pour les prochaines manifs ?

LAURENT NUNEZ
Alors les craintes n'étaient pas exagérées. On a eu… On avait effectivement sur le Pays basque plusieurs centaines de militants de mouvance ultra qui étaient là pour en découdre et qui en ont été empêchés, par exemple des Black-blocs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez discuté avec eux, discuté avec eux ou vous les avez repérés ?

LAURENT NUNEZ
On ne discute pas avec les Black-blocs, on ne discute pas avec les Black-blocs. Certains ont été empêchés de venir sur le territoire national, plusieurs centaines… Enfin 430, pour être précis, interdictions administratives du territoire grâce aux informations aussi fournies par les partenaires étrangers. Beaucoup d'étrangers qu'on a empêchés de venir, beaucoup de contrôles qui ont été effectués sur le Pays basque à ce moment-là et puis un dispositif de maintien de l'ordre très mobile qui a parfaitement joué son rôle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça va servir de leçon pour d'autres fois ?

LAURENT NUNEZ
Ça servira sans doute de leçon, je pense, pour les pays à venir qui auront à organiser le G7. Parce que je rappelle que précédemment, il y a toujours eu des incidents pendant les G7. Nous, nous n'en avons quasiment pas eu. Enfin, il n'y en a pas eu du tout et je pense que ça servira aussi de modèle pour d'autres pays qui organiseront le G7 dans les années à venir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les policiers vont avoir une nouvelle doctrine d'action. C'est ce qu'a dit Christophe CASTANER et que vous allez confirmer. C'est-à-dire qu'il y aura des armes moins mutilantes, il y aura peut-être une organisation des policiers telle qu'ils sont peut-être moins épuisés et on leur demandera un peu moins. Qu'est-ce qui va se passer ?

LAURENT NUNEZ
On réfléchit effectivement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il n'y a pas un petit peu de mea-culpa dans l'exécutif à l'égard de ce qui s'est fait ?

LAURENT NUNEZ
On réfléchit à une doctrine de maintien de l'ordre qui, pour partie, va reprendre ce que nous avons déjà mis en oeuvre dans l'urgence en décembre dernier suite à ce qui s'était passé à l'Arc de Triomphe. Et on aura effectivement des mesures qui vont venir améliorer la gestion de l'ordre public sur, par exemple, les sommations, sur la formation de nos effectifs. Voilà. Donc il y a une doctrine, comme nous y a d'ailleurs invité le président de la République, qui est à l'étude, qui est d'ailleurs examinée avec de nombreux experts : membres de police de services étrangers, journalistes, magistrats, et donc nous allons poursuivre ce travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous êtes place Beauvau, c'est-à-dire au ministère de l'Intérieur. Dans six mois, les premières élections municipales du quinquennat d'Emmanuel MACRON. Quels sont les objectifs et la stratégie pour essayer, vous, de bloquer l'influence de Marine LE PEN et du Rassemblement national et surtout de l'influence grandissante des écologistes ?

LAURENT NUNEZ
Pas une stratégie pour bloquer. Nous, nous développons un projet. La République en Marche donc présentera des candidats, va soutenir un certain nombre de candidats en se basant sur des projets locaux, essayer d'obtenir un maximum d'élus. Vous savez en 2017, on entendait souvent dire que le président MACRON avait été élu par un hasard de circonstances. Je crois que les élections européennes ont remis les pendules à l'heure là-dessus. L'action résolue que mène ce gouvernement le démontre au quotidien et nous allons maintenant, dans le cadre des élections municipales, bien évidemment essayer d'avoir des élus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Essayer de confirmer.

LAURENT NUNEZ
Bâtir des projets et montrer que cette majorité, elle s'appuie aussi sur d'autres partenaires et parfois sur des maires sortants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, est-ce que vous allez vous présenter dans votre ville natale, Bourges ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, voilà, d'abord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour la mairie.

LAURENT NUNEZ
D'abord, je suis donc secrétaire d'Etat auprès de Christophe CASTANER, donc c'est déjà un job qui occupe beaucoup. Mais bien évidemment en tant que membre du gouvernement, je serai très présent sur la campagne des élections municipales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous allez vous engager mais est-ce que vous voulez la mairie où est le premier adjoint de Bourges ?

LAURENT NUNEZ
J'irai soutenir nos candidats partout sur le territoire national, bien sûr à Bourges qui est ma ville natale pour laquelle j'ai beaucoup d'affection, comme j'ai beaucoup d'affection pour Marseille dont est originaire mon épouse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous aviez une tête de liste, un visage de tête de liste pour Marseille, préfet, toutes les sortes d'habitude non ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, pour l'instant je vais m'engager à soutenir nos candidats et ma situation personnelle viendra dans un second temps. Mais en tout cas, je suis bien évidemment résolu à m'engager en politique et bien évidemment dans le cadre de ces élections municipales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire vous engager en politique ?

LAURENT NUNEZ
L'engagement en politique, l'implication auprès de nos candidats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que vous rentrez dans le parti ? Parce que vous étiez Radical, machin, on ne sait pas où vous êtes. Vous n'êtes pas encore En Marche. Est-ce que vous annoncez…

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr. Oui, je compte adhérer dans les jours qui viennent maintenant au mouvement la République en Marche et je participerai d'ailleurs au Campus des territoires qui se tient ce week-end et qui réunit tous élus et tous les militants de la République en Marche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ici vous révélez ce matin que c'est en tant que En Marche auquel vous allez adhérer que vous allez aller la semaine prochaine avec le parti En Marche.

LAURENT NUNEZ
Absolument. Et sur le terrain pour, avec d'autres, battre campagne pour les élections municipales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous n'allez pas vous battre pour être maire mais peut-être que vous attendez – je vais être indiscret - mais peut-être que vous attendez les élections régionales à Marseille en 2021, c'est ça ?

LAURENT NUNEZ
Voilà, ma situation personnelle n'est… Voilà, je réfléchis beaucoup mais la République en Marche, le parti sait qu'ils peuvent compter sur mon engagement total pour ces campagnes qui arrivent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la moindre des choses mais là, cette fois-ci, ils ont un adhérent de plus. Merci d'être venu Laurent NUNEZ.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2019