Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, à BFMTV le 25 novembre, sur les mesures envisagées en conclusion du "Grenelle des violences conjugales".

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous, vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, c'est aujourd'hui que se termine le fameux Grenelle des violences conjugales, vous allez annoncer ses conclusions, des mesures, un budget. Je voudrais qu'ensemble on relise les cas, parce que quand on regarde les cas de chacune des femmes, 117 officiellement, tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint depuis le début de l'année, quand on regarde leur parcours, elles ont le plus souvent finalement porté plainte, elles ont appelé à l'aide, elles ont dit leur détresse et elles sont mortes quand même. Est-ce qu'avec les mesures que vous allez annoncer elles auraient pu être sauvées ? On va regarder le parcours de l'une d'entre elles, il s'agit de Gülçin, c'est une jeune femme qui a été tuée, une des premières, dans l'année 2019, elle a été tuée à Annemasse en Haute-Savoie, c'était le 27 janvier dernier, elle avait 34 ans, 4 enfants. Je voudrais d'abord qu'on voit ce qui s'est passé. Elle a porté plainte, elle l'a fait, elle a porté 5 fois plainte contre son ex-mari, aucune de ses plaintes n'avait été suivie d'effet, est-ce que demain, avec vos mesures, ça, ça change ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, moi je voudrais dire que la question de la lutte contre les violences conjugales c'est une question vraiment sérieuse et qu'on aborde avec sérieux et avec méthode, et je crois qu'aucun gouvernement ne peut sérieusement promettre que des hommes, qu'on ne connaît pas, sur tout le territoire français, ne vont pas, demain, tuer leur femme, et que les féminicides seront éradiqués. Néanmoins…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est pour ça, si on part de concrètement ce qui s'est passé, pour voir quelles leçons en tirer.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Néanmoins, ce à quoi je m'engage, et le gouvernement s'engage, c'est de créer les conditions pour protéger ces femmes, et là on est déterminé pour agir. Donc, dans ce cas particulièrement, ce que nous voulons faire c'est que, dès la première plainte, ces femmes soient protégées. C'est pour ça que j'étais avec Christophe CASTANER vendredi, nous avons présenté, nous avons participé à des nouveaux modules de formation dans l'école de Gendarmerie, maintenant il y a 130 heures de formation, pour les sensibiliser à la question des violences sexistes et sexuelles.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, Gülçin, 5 fois elle porte plainte, dès la première fois elle aurait été prise au sérieux ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne veux pas faire de la politique fiction sur un cas comme ça…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce n'est pas de la politique fiction Marlène SCHIAPPA, c'est un cas très concret.

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez, Apolline de MALHERBE, justement c'est un cas concret, il y a peut-être sa famille, ses proches, qui nous regardent, je ne veux pas être là en train de dire si elle avait fait ci elle serait en vie, etc., ce serait irrespectueux de ma part de procéder de la sorte.

APOLLINE DE MALHERBE
Demain, une femme qui porte plainte, dès la première plainte, sera prise au sérieux.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, ce que je peux vous dire c'est que demain, dès la première plainte, il y aura, un, face à elle des gendarmes et des policiers formés, deux, qu'ils auront une grille d'évaluation du danger, avec 23 critères, qui leur permettront de guider la conversation et de ne passer à côté d'aucun indice, pour qu'on ait des faisceaux d'indices concordants qui les protègent, et trois, qu'il y aura un protocole d'actions à mettre en oeuvre, par exemple la saisie des armes dès la plainte, 31 % des féminicides sont produits par armes à feu, si on saisit les armes on enlève déjà un mode opératoire.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parliez des policiers qui vont être formés, est-ce que les médecins vont l'être aussi ? J'en reviens à ce cas concret pour voir ce qui se passe dans les faits. Gülçin elle a plusieurs fois consulté des médecins, mâchoire brisée, des violents coups de pied, des agressions à la bombe lacrymogène, les pneus de son véhicule régulièrement crevés, elle a vu des médecins. Est-ce que demain, le cas de Gülçin, qui voit des médecins, qui a la mâchoire brisée, des conséquences en seront tirées ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est ce que nous voulons mettre en place, et donc nous sommes en train de travailler avec la ministre de la Justice, la ministre de la Santé, et l'Ordre des médecins, pour avoir une rédaction très précise qui permette aux soignants de faire des signalements. Il ne s'agit pas de toucher au principe du secret médical, qui est un principe important, et qui fonde aussi le lien de confiance entre les soignants et les patients, il s'agit simplement de faire en sorte que lorsqu'il y a un danger de mort imminent, et ça les soignants le repèrent, ils puissent faire un signalement pour protéger ces femmes et ne pas les laisser repartir dans la nature.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils puissent le faire ou ils soient obligés de le faire ? Est-ce que ce médecin aurait dû le faire ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, là nous sommes en train de travailler justement à la rédaction précise, la ministre de la Santé a rencontré l'Ordre des médecins, je vois moi- même le président de l'Ordre des médecins demain, mardi, pour justement voir avec les soignants eux-mêmes quelle est la formulation précise et quels sont les enjeux.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que ce n'est pas la même chose d'avoir la possibilité de signaler ou d'être responsable obligé de signaler.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Ecoutez, si je vous donne ma conviction personnelle, ma conviction personnelle c'est que toute personne qui a connaissance de violences conjugales doit intervenir, parce qu'on voit que dans la plupart des femmes, que nous avons pu recevoir, celles qui ont été sauvées et qui ont échappé à des féminicides, c'est souvent grâce à l'intervention d'un tiers. Ce tiers ça peut être un médecin, un soignant, ça peut être un parent d'élève qui la croise à la sortie de l'école, ça peut être un voisin qui entend du bruit. Encire hier, sur les réseaux sociaux, il y a une dame qui a expliqué qu'elle avait appelé la police parce qu'elle a entendu « arrête de m'étrangler, arrête de m'étrangler », et des bruits sourds, et la femme est ensuite allée la remercier en lui disant qu'elle lui avait sauvé la vie en appelant la police à ce moment-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Marlène SCHIAPPA, on vient de parler des policiers, on vient de parler des médecins, il y a aussi la question des juges, revenons au cas de Gülçin. Le 13 décembre, un mois avant sa mort, une juge aux affaires familiales a accordé la garde exclusive des enfants à Gülçin et un week-end sur deux au père, mais chez lui, à son domicile, au lieu que ce soit dans un lieu neutre, ce qui veut dire que Gülçin elle était obligée d'amener ses enfants chez leur père alors qu'il avait dit, dans le bureau de la juge, qu'il promettait à son ex-femme « une fin sanguine. » Demain, je vous repose la question, avec vos mesures, est-ce que ça, précisément, est-ce que cette situation-là, ne pourra plus exister ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il faut en finir avec ces situations absolument et radicalement, je pense que c'est vraiment un changement de paradigme qu'il convient de mettre en place, y compris dans le système judiciaire, et la garde des Sceaux s'y emploie, d'abord en faisant en sorte d'avoir une meilleure coordination entre les différentes juridictions, ensuite en nommant des gens qui sont des référents, spécialisés, par parquets, sur la question des violences conjugales, qui soient formés, qui sachent par exemple que, un ex-mari violent il va très souvent se servir des enfants pour cela. Et puis ensuite, il y a un point très important pour nous, c'est la question de l'autorité parentale, nous voulons pouvoir faire en sorte que l'autorité parentale soit aménagée, qu'on puisse conserver les devoirs, par exemple que l'ex-mari continue la contribution, la pension alimentaire, mais perde ses droits, notamment de visite et d'hébergement, non pas comme une sanction…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'il ait des devoirs vis-à-vis des enfants, mais que les enfants n'aient pas de devoir vis-à-vis de leur père.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, non pas envisagé comme une sanction, mais parce que trop souvent l'approche c'était de dire il faut préserver le lien père-enfant, nous nous croyons qu'un mari qui frappe la mère de ses enfants, qui la menace de mort, n'est pas un bon père, et même qu'il est en danger pour les enfants, et donc il faut protéger les enfants, c'est un principe de précaution, et nous sommes en train d'y travailler.

APOLLINE DE MALHERBE
Gülçin, le 16 janvier, deux semaines avant sa mort, elle a tenté le tout pour le tout, elle a demandé une audience au procureur de la République de Thonon-les-Bains, le rendez-vous lui a été refusé, elle a réclamé une ordonnance de protection de la justice, le rendez-vous et la protection lui ont été refusés, elle a ensuite été tuée par son mari. Est-ce que précisément, ces étapes-là, qui ont raté, pour lesquelles il y a eu à chaque fois systématiquement des ratés, des quiproquos, des incompréhensions, des non prise au sérieux, est-ce que ça, demain, ça change ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, notamment pour ce qui concerne les ordonnances de protection. Il y a énormément de dispositifs en fait, en France, qui existent, de lois qui ont été votées, de dispositifs, mais dont on ne se saisit pas, qui ne sont pas mis en oeuvre et c'est pour ça que la ministre de la Justice a adressé une circulaire, à tous les magistrats, en leur demandant de délivrer davantage d'ordonnances de protection. mais on va au-delà de l'ordonnance de protection, il faut délivrer aussi davantage de téléphones « grave danger », ils sont financés par l'Etat, mais un tiers, environ, dorment dans des placards, ne sont pas attribués faute de décision justice, et puis nous allons plus loin, les députés ont voté récemment, et c'est en discussion, la discussion s'est terminée au Sénat, le bracelet d'éloignement, un bracelet anti-rapprochement pour les ex-conjoints violents, qui permet d'alerter les forces de l'ordre immédiatement, de façon proactive. Tous ces dispositifs ils doivent être mis en oeuvre justement pour protéger les femmes dans ces cas-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui est quand même frappant, quand on regarde le dramatique cas de cette femme, mais c'est le cas pour de nombreuses femmes qui à chaque fois ont porté plainte, ont alerté, n'ont pas été entendues, n'ont pas été écoutées, c'est que, vous nous le dites, au fond, vous allez annoncer de nouvelles mesures, mais des mesures il y en avait déjà, des outils il y en avait déjà, le problème c'est juste qu'ils n'ont pas été appliqués, qu'ils n'ont pas été mis en oeuvre, est-ce que le problème ce n'est pas simplement l'incompétence, l'irresponsabilité, à chacun des échelons de cette chaîne ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi il ne m'appartient pas de blâmer tel ou tel, je suis assez mal à l'aise dans les débats autour des féminicides quand je vois que les premiers qu'on blâme ce sont les gendarmes, les magistrats, etc. il faut que chacun prenne ses responsabilités, que chacun monte en compétences, pour pouvoir prendre ses responsabilités, mais le premier coupable, le coupable c'est celui qui tenait le couteau, qui tenait l'arme, donc qui a tué cette femme. Ensuite, pour vous répondre, oui, je crois que c'est une question de priorités. Trop longtemps on a considéré que les violences conjugales c'était une affaire privée, que les féminicides c'était une fatalité, et au fond beaucoup de gens, y compris certains professionnels, se disaient « cela ne me regarde pas, c'est une histoire de couple, je ne vais pas m'en mêler. » Il faut que maintenant on considère que c'est un fait de société et que c'est un combat politique. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre, Edouard PHILIPPE lui-même, a lancé le Grenelle des violences conjugales, le conclura dans quelques minutes, avec une grande partie de son gouvernement, avec le président de l'Association des maires de France, avec des soignants, la police, la justice, des associations, des proches de victimes de féminicides, pour que tous ensemble nous disions : c'est une priorité, prenez au sérieux ces femmes, écoutez-les quand elles parlent.

APOLLINE DE MALHERBE
Parmi les mesures que vous allez donc rajouter à celles dont on vient de voir qu'elles existaient, mais qu'elles n'étaient pas forcément mises en oeuvre, il y a notamment la création de centres de prise en charge des hommes agresseurs pour faire baisser la récidive. Ils seront pris en charge par qui, sur quelle base, est-ce que c'est du volontariat, est-ce qu'il faut qu'ils disent « je suis violent, soignez-moi », ou est-ce qu'il y aura une obligation ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a les deux. En fait, pour être très honnête avec vous, moi ça fait maintenant presque 20 ans que j'accompagne des femmes dans différentes situations et j'ai toujours été du côté des femmes, et le Grenelle des violences conjugales m'a permis de changer de vision par rapport à cet accompagnement des hommes violents, auparavant j'ai pu considérer que ce n'était pas forcément une priorité, je voulais me concentrer sur les femmes, mais j'ai visité un centre Home Rosati, le centre Clotaire à Arras dans le Nord, et j'ai été très convaincue par ce qu'ils font, parce qu'ils ont obtenu des résultats, ils ont fait baisser la récidive en prenant en charge ces hommes. Donc il y a les deux, ils peuvent venir volontairement, et certains hommes que j'ai rencontrés là-bas étaient vraiment souffrance et avaient besoin d'un accompagnement psychologique, surtout ça permet de faire en sorte qu'ils soient hébergés et donc éloignés du domicile. Et pour les cas dans lesquels la femme veut rester au domicile, dans ce cas, l'homme est hébergé, il est accompagné et, in fine, la récidive baisse considérablement avec cet accompagnement.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ce sera des centres fermés, est-ce que c'est une alternative à la prison, est-ce que c'est en plus de la prison ?

MARLENE SCHIAPPA
Il ne s'agit pas d'une alternative à la prison, il ne s'agit évidemment pas de mettre les cas les plus graves, les meurtriers, etc., dans ces centres, il s'agit par exemple pour tous les cas dans lesquels vous avez une première plainte, pour des premières menaces, des premiers coups, de faire en sorte de faire chuter la récidive, il ne s'agit pas d'absoudre qui que ce soit, il s'agit simplement de prendre en compte cela et d'avoir à la fois un hébergement, mais aussi un accompagnement, avec des règles strictes, par exemple dans ce centre à Arras il n'y a aucun contact possible entre ces messieurs et leurs ex-femmes ou leurs femmes.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous parlez du centre qui est à Arras, qui existe déjà, ces centres que vous allez développer, est-ce qu'il y en aura partout sur le territoire ? On se rend bien compte, quand on regarde la carte de France, qu'il y a une inégalité, y compris face à cette question des féminicides.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, vous avez tout à fait raison, il y a un maillage territorial qui est insuffisant partout en France, et c'est pour ça qu'on travaille en direction des toutes petites associations. pour ce qui concerne les centres, l'objectif et l'appel à projet, l'appel à candidatures, que va lancer Premier ministre tout à l'heure, il vise à ouvrir au moins deux centres par région d'ici la fin du quinquennat, et donc nous allons lancer, nous lançons un appel à candidatures, à la fois en direction des collectivités, pour que les communes, les départements, les régions, nous disent s'ils souhaitent s'engager sur leur territoire pour cela, mais aussi en direction des partenaires privés qui souhaiteraient accompagner le financement de ces centres.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça va coûter combien ?

MARLENE SCHIAPPA
Le budget sur lequel on se base c'est environ un coût de 200.000 euros par an pour un centre qui accompagne entre 35 et 40 hommes par an, l'Etat prendra en charge la moitié du financement et l'autre moitié sera prise en charge par les partenaires que j'ai cités.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils auront les moyens, les partenaires en question ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on va voir.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi vous ne prenez pas tout en charge ?

MARLENE SCHIAPPA
A un moment, l'Etat fait énormément, et il n'est pas de la responsabilité de l'Etat de prendre tout en charge, tout le temps, sinon ce sont des…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il n'est pas de la responsabilité de l'Etat de protéger les femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais bien sûr que si, vous me dites ça à moi, je me suis battue pour que le budget soit sans cesse plus haut, on est à 1,116 milliards d'euros pour l'année 2020, c'est fois 2 par rapport à 2012 en ce qui concerne la lutte contre les violences, on a rajouté 800.000 euros spécialement pour l'Outre-mer, on a rajouté 1 million d'euros pour les micro-associations des zones rurales et périurbaines, on a rajouté 4 millions d'euros pour interpeller les témoins, le financement des modules de formation que j'évoquais, avec Christophe CASTANER, nous avons créé une plateforme qui s'appelle arretonslesviolences.gouv.fr, vous avez deux unités, de police et de gendarmerie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, disponibles, et nous avons à trois reprises augmenté les moyens du 39.19 avec des écoutes…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui me frappe Marlène SCHIAPPA, quand je vous écoute, j'entends bien, évidemment, il y a des sous par-ci, il y a des sous par-là, il va y avoir plus d'écoutes, mais quand on voit qu'il y a déjà eu des écoutes, j'en reviens à ce cas de Gülçin, qui est quand même extrêmement frappant, des contacts avec la police elle en a eus, des contacts avec des médecins, elle en a eus, des contacts avec les juges, elle en a eus, donc ce n'est pas une question de téléphone, ce n'est pas une question d'appel, ce n'est pas une question de plateforme Internet, les contacts humains ont eu lieu, les états d'alerte ils ont eu lieu, et pourtant elle est morte.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne partirai pas de ce principe-là. Plusieurs choses. D'abord, la première, on change ces contacts justement, là je vous parle de choses qui vont vraiment changer la donne, de formation, parce que manifestement les contacts ont eu lieu, elle, comme beaucoup d'autres, ont porté plainte une fois, deux fois, parfois sept fois, parfois les entourages sont venus déposer plainte, Julie DOUIB, à l'Ile-Rousse, elle, elle a porté plainte sept fois, son père deux fois, son frère une fois, sans que ça n'ait été même transmis au Parquet, donc il y a véritablement une question de prise de responsabilités. Et j'en reviens à ce que vous je vous disais, le gouvernement fait tout ce qui est son pouvoir pour éradiquer les violences conjugales. Mais le gouvernement ne pourra pas tout, tout seul, on a besoin que chaque professionnel prenne ses responsabilités, priorise ce sujet, prenne au sérieux la parole des femmes, et c'est pour ça qu'on crée ces plateformes. Là vous me parlez des femmes qui ont déjà porté plainte, des Gülçin, des Marie, des Julie, il y en a énormément, en ce moment, qui sont dans le silence et qui n'ont pas parlé des violences conjugales qu'elles vivent, certaines n'ont pas déposé plainte, plus de 60 % ont déposé plainte.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi en parleraient-elles, celles qui en ont parlé, pour autant, elles n'ont pas été sauvées !

MARLENE SCHIAPPA
Mais, d'abord, ce n'est pas vrai, pardon de le dire, mais je suis, comme vous, révoltée par ce qui a conduit à des féminicides, il y a aussi des femmes qui ont été sauvées. Tous les jours des forces de l'ordre interviennent dans des foyers et sauvent des femmes et les protègent. Il y a 5000 femmes environ, en ce moment, qui sont dans des centres d'hébergement partout en France, protégées par les pouvoirs publics, donc je crois qu'il ne faut pas non plus décrédibiliser cela vis-à-vis de ces femmes et il faut leur dire que l'Etat se mobilisera, que les pouvoirs publics se mobiliseront, pour les protéger.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez parlé des millions supplémentaires, les associations, notamment #NousToutes, l'organisme qui a mobilisé dans les rues de France de manière historique ce week-end, demandent 1 milliard supplémentaire, on en est loin.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je voudrais saluer cette mobilisation et adresser un message de soutien à toutes les femmes qui ont souhaité marcher, notamment celles qui ont vécu des violences sexistes et sexuelles, ça me semble important. Elles demandent effectivement 1 milliard d'euros, je vous l'ai dit, sur 2020 c'est 1,116 milliard d'euros pour l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est-à-dire à la fois pour la lutte contre les violences conjugales, mais aussi pour la formation, la sensibilisation. Je serai avec Jean-Michel BLANQUER dans un établissement scolaire jeudi, parce que je crois qu'il est aussi important de prendre le mal à la racine et d'éduquer, face aux inégalités, et face aux violences sexistes et sexuelles de tous genres.

APOLLINE DE MALHERBE
Autre mesure, le 39.19, le numéro d'appel d'urgence d'alerte d'accompagnement pour les femmes victimes, il fonctionnera désormais 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 jours, vous nous le confirmez ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument, c'est une mesure sortie du Grenelle des violences conjugales, nous voulons faire en sorte que ce numéro soit disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, il faut pour cela…

APOLLINE DE MALHERBE
A partir de quand ?

MARLENE SCHIAPPA
J'allais y venir – il faut pour cela passer par un marché public, il y a quelques règles au niveau de l'Etat, donc nous allons lancer ce marché public là, et je souhaite que pour fin 2020 ce soit mis en oeuvre très clairement.

APOLLINE DE MALHERBE
Fin 2020 ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez, il y a quelques règles, au niveau de l'Etat, je ne suis pas auto-entrepreneur, je ne peux pas, moi, aller acheter une prestation de service, il y a des règles notamment de marchés publics, si je m'affranchis des marchés publics, nous aurons tous énormément de problèmes, donc il faut respecter c règles, il y a un marché public qui sera passé, des réponses seront faites, c'est la même chose pour les bracelets d'éloignement, il y aura un appel, un marché public, nous verrons qui répondront, il y a des règles, et ensuite il y a une commission indépendante qui attribuera ce marché public.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'au bout du fil vous allez aussi accélérer le processus, quand on voit par exemple que, en Espagne, désormais pour des demandes, l'Espagne qui est considérée comme un modèle récemment dans la lutte contre les féminicides, quand on appelle, quand on fait appel au tribunal, on est traité dans les 2 jours, est-ce que ce sera le cas en France ?

MARLENE SCHIAPPA
On est en train d'accélérer les process, avec un objectif de 15 jours de délai de traitement, pour avoir quand même le temps de faire une instruction sérieuse, mais très restreinte. Actuellement le constat c'est que vous avez des femmes qui ont parfois déposé plainte, et entre le moment du dépôt de plainte, et le moment du procès, elles ont été tuées. Les délais de la justice sont trop longs. Donc, avec la garde des Sceaux, nous serons cet après-midi au TGI, au tribunal de grande instance de Créteil, qui a mené une expérimentation, menée des dispositions en tout cas, pour faire en sorte qu'en 15 jours, en moyenne, avec cet objectif, les sujets soient traités et qu'on puisse…

APOLLINE DE MALHERBE
Et pourquoi l'Espagne ils arrivent à le faire en 2 jours et nous on n'y arriverait pas ?

MARLENE SCHIAPPA
L'Espagne ils ont pris à bras-le-corps ce sujet en 2004, nous c'est devenu une grande cause du quinquennat en 2019 et nous avons commencé à travailler sur les violences conjugales en 2018. C'est un fléau qui existe, d'après les anthropologues, depuis l'Antiquité, moi depuis 2,5 ans je me démène, et tout le gouvernement se démène, pour faire en sorte de lutter contre les violences conjugales, il faut qu'on aille plus vite, plus fort, mais on ne peut pas régler d'un coup de baguette magique, ni même au lendemain du Grenelle. Je ne crois pas une seule seconde que le 26 novembre, au lendemain du Grenelle des violences conjugales, les violences conjugales vont cesser d'un seul coup, c'est un travail de longue haleine, sans relâche, que nous devrons continuer à mener dans la durée.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA d'être venue sur RMC et BFM TV.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, et vous rejoignez tout de suite Matignon puisqu'Edouard PHILIPPE va faire les annonces dans un instant.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2019