Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 18 décembre 2019, sur la nomination du secrétaire d'État en charge des retraites et les discussions en cours sur la réforme des retraites.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin c'est Marc FESNEAU, bonjour.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Ministre chargé des Relations avec le Parlement, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, représentée par Christelle BERTRAND du groupe La Dépêche, bonjour Christelle.

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour Oriane, bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Et on commence donc par l'information de cette nuit, c'est Laurent PIETRASZEWSKI qui va remplacer Jean-Paul DELEVOYE, il a été nommé secrétaire d'Etat en charge des retraites, est-ce que c'est un cadeau empoisonné ?

MARC FESNEAU
Un cadeau empoisonné non, c'est une responsabilité importante puisqu'on est en plein dans le moment de la discussion, et là de la finalisation du texte et du projet de loi sur les retraites. C'est un très bon connaisseur du dossier, moi je l'ai connu à l'Assemblée nationale, il a été rapporteur d'un certain nombre de textes qui traitaient de ces questions, il connaît bien ces sujets-là, il était d'ailleurs en charge de cette question pour le groupe La République en marche, et je lui fais toute confiance, mais c'est vrai que c'est une tâche lourde et ardue, oui, mais il le sait.

CHRISTELLE BERTRAND
Justement… plutôt la nomination d'un poids lourd, est-ce que finalement ça veut dire que c'est Edouard PHILIPPE qui va continuer à piloter le dossier ?

MARC FESNEAU
Mais la question n'est pas d'avoir des poids lourds ou d'avoir des figures médiatiques, la question c'est d'avoir des connaisseurs du dossier, des gens qui connaissent le fonctionnement de ces organisations…

CHRISTELLE BERTRAND
Pour populariser les mesures c'est peut-être mieux d'avoir un poids lourd, non ?

MARC FESNEAU
Non mais, pour populariser les mesures il faut pouvoir les populariser, il n'y a pas besoin d'être un poids lourd ou d'être médiatique, il suffit de dire des choses qui soient compréhensibles pour les citoyens…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que ce n'est pas le signe que c'est Edouard PHILIPPE qui va piloter cette réforme désormais ?

MARC FESNEAU
De toute façon c'est une réforme portée par le gouvernement, le chef du gouvernement c'est Edouard PHILIPPE, il est bien naturel, et vous connaissez Edouard PHILIPPE, il ne fait pas défaut aux responsabilités qui sont les siennes, d'être en première ligne, si je peux dire, sur cette question de la réforme des retraites, mais après il y a besoin de figures et de personnalités qui connaissent le dossier, qui puissent s'en saisir dans des délais qui soient très courts, pour mettre en route et mener à bien cette réforme, et donc cet équilibre-là est très bon, mais le Premier ministre, de toute façon, est celui avec lequel s'organisent les choses.

ORIANE MANCINI
Alors, la mobilisation contre cette réforme se poursuit, l'intersyndicale a annoncé hier soir qu'il n'y aurait pas de trêve de Noël, qu'est-ce que vous en pensez ?

MARC FESNEAU
Moi je regrette qu'un certain nombre de syndicats décident finalement de prendre ces fêtes et cette trêve de Noël, trêve des vacances de fin d'année, pour mener des opérations de grève. La mobilisation, hier, a été significative, personne ne le conteste, je constate quand même, au passage, que la CGT a un problème avec la réalité des choses, puisqu'on a des chiffres qui sont, par rapport à des cabinets indépendants qui font des comptages, qui comptent 75 000 à Paris quand la CGT en comptait quasiment 400 000, quand on décrit comme ça la réalité il y a un petit sujet, ce n'est pas en gonflant les chiffres qu'on gonfle le crédit. Il y avait une mobilisation significative, en particulier à Paris, légèrement supérieure, et légèrement inférieure, plutôt inférieure même, en province avec un taux de grévistes qui a baissé. Ça n'empêche pas, quelle que soit cette mobilisation, la volonté du gouvernement de dialoguer, de discuter et de faire en sorte que, on trouve un terrain, qui permette aux uns et aux autres de pouvoir exprimer ce qu'ils voulaient, de pouvoir montrer aussi ce qu'ils ont pu obtenir, à la fois dans les discussions, qui se poursuivent, et aussi dans les propositions qui ont été faites par le Premier ministre. Je crois qu'il y a beaucoup de syndicats qui ont envie, aussi, de poser sur la table leurs demandes, ce qu'ils ont pu obtenir, éventuellement des points de confrontation, mais on est dans une discussion, on est dans une négociation, il est bien normal que chacun fasse des pas. Et je constate aussi les pas qui sont faits par les uns et les autres, mais que certains décident d'aller jusqu'au-boutisme, si je peux dire, des fêtes de Noël, moi je le regrette profondément, parce que je ne crois pas que ce soit la vocation d'un syndicat que simplement d'être jusqu'au-boutiste. Un certain nombre de ceux qui disent il faut passer avec des grèves à Noël, sont ceux qui disent je ne veux pas la réforme à points. Nous on dit qu'il faut une réforme à points, parce que c'est une réforme qui est plus juste. quand on me démontrera, et ce n'est pas le cas, et aucun de ceux qui y sont opposés farouchement ne l'ont démontré jusqu'alors, que le système actuel est juste, alors on pourra en discuter, mais le système, et ils le savent, le système actuel n'est pas juste, et donc on discute avec tout le monde et manifestement il y a un certain nombre de responsables syndicaux, responsables au premier sens du terme, qui ont décidé de poursuivre la discussion pour faire en sorte qu'on aboutisse.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais sur cette trêve de Noël justement, le sénateur qui était juste là avant vous sur ce plateau, Bernard JOMIER, disait c'est aussi la responsabilité du gouvernement que d'avoir choisi ce calendrier, peut-être aurait-il fallu entamer les discussions à un autre moment et donc…

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas le calendrier des vacances ou le calendrier des fêtes qui dicte les réformes, parce qu'après nous avons les trêves de Pâques, nous avons les trêves estivales, nous avons la rentrée scolaire…

CHRISTELLE BERTRAND
Noël c'est quelque chose de très symbolique quand même !

MARC FESNEAU
Non mais, à tout moment dans l'année des Français, qu'on prive de moyens de transport, sont pénalisés, je veux dire, ce n'est seulement la question de Noël. il y a les trêves de Noël, parce que là c'est le moment où les familles se rejoignent, mais il y a aussi tous les jours, et aussi il faut penser à eux, des gens qui essayent de rejoindre leur travail parce qu'ils ont un sens des responsabilités qui fait qu'ils ont envie d'aller travailler, qui savent la nécessité d'aller travailler, toute l'année une grève, en particulier des transports, pénalise les Français, donc ce n'est pas le choix du calendrier en tant que tel. Le calendrier, à tout moment, quelque chose qui empêche des Français de se déplacer d'un point A à un point B est un problème, donc, ce n'est pas… moi je veux bien tout, je veux bien tout entendre, mais enfin qu'on dise que le calendrier est mal choisi, non, je ne crois pas.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, pour en venir au fond du dossier, le gouvernement semble quand même avoir choisi une ligne relativement dure en imposant un âge pivot, dont vous saviez que Laurent BERGER ne voulait pas, il l'a qualifié de ligne rouge. Lui suggérait de faire ça en deux temps, ce n'était pas possible d'amener ça de façon un peu différée ?

MARC FESNEAU
Alors il y a plusieurs éléments. D'abord ce n'est pas une ligne dure au sens… la réforme Touraine, menée par les socialistes, était une réforme dure parce que c'était uniquement du paramétrique, augmentation de la durée de cotisation sans aucune compensation sociale, donc ça c'est une ligne qui paraît une ligne dure à ceux qui sont les plus fragiles. Deux, nous avons fait le choix de faire un choix de transparence, de visibilité et de sincérité vis-à-vis des Français. Vous ne pouvez pas poser une réforme de cette ampleur, pour des pluri-décennales, pour des dizaines d'années, et à la question, que vous nous auriez posée, vous m'auriez posée ce matin, de comment vous financez ? Ah, on verra bien plus tard ! Parce que là c'est une question de décrédibilisation. Deuxièmement, Laurent BERGER avait dit il faut distinguer le systémique du paramétrique, pour faire des mots que maintenant on emploie comme ça, c'est-à-dire la réforme de système, et les paramètres, c'est-à-dire ce qui équilibre le système, on le met à côté, ce qui avait quelque chose d'assez paradoxal, me semble-t-il, parce que, le système ne fonctionne que si les paramètres sont stabilisés, et à vrai dire, le point c'est un paramètre, tout est paramètre et tout est système. Donc moi je refuse de rentrer dans ce débat-là, parce qu'au fond c'est un débat de techniciens, que je ne suis pas. Et par ailleurs, je trouve intéressante l'évolution qu'a eue Laurent BERGER, je la salue, il y a 2 mois il nous avait dit il n'y a pas de sujet paramétrique, donc ne parlons pas du paramétrique. Hier, dans une interview, au fond il parle d'autres paramètres, mais il parle bien de sujet paramétrique. Et deux, il avait dit la question de la dette, du déficit, c'est une question, c'est l'épaisseur du trait. j'ai le sentiment, dans ses déclarations aussi, qu'il ne considère plus que c'est l'épaisseur du trait parce qu'il le sait, comme beaucoup de gens le savent, c'est qu'il a besoin, pour ce que ce système marche, c'est qu'il soit à l'équilibre, et donc ce n'est pas une question de ligne dure, c'est une question de la responsabilité d'un gouvernement qui, quand il pose une réforme, il dit aussi les moyens de financement. Après, le Premier ministre, dans sa déclaration au CESE, il a donné, il a dit si les partenaires sociaux proposent d'autres pistes que cet âge d'équilibre, ou cet âge pivot, je regarde et je suis prêt à prendre, dès lors que c'est crédible.

ORIANE MANCINI
Alors, Laurent BERGER il propose une hausse de cotisations, et pourtant Gérald DARMANIN, hier matin, il a tout de suite fermé la porte.

MARC FESNEAU
Mais, on regardera, le Premier ministre voit en bilatéral, toute la journée…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'il a eu tort de fermer la porte Gérald DARMANIN, est-ce que c'est une mesure qui est sur la table cette hausse de cotisations ou pas ?

MARC FESNEAU
Ce n'est pas une question de tort… la volonté du gouvernement n'est pas d'augmenter la pression sociale sur les cotisations sociales ou les impôts.

ORIANE MANCINI
Donc ça ce n'est pas une bonne piste, les cotisations ?

MARC FESNEAU
Non, non mais, laissez-moi juste finir ma phrase, c'est notre volonté. Si les partenaires sociaux disent nous on pense que c'est un bon système parce que finalement c'est assez faible en termes d'augmentation et que c'est tenable, et que ça permet d'équilibrer le système, regardons. Je ne vais pas ce matin, alors que nous discutons…

ORIANE MANCINI
Donc oui, à condition que ce ne soit pas massif, comme disait Edouard PHILIPPE.

MARC FESNEAU
Mais, c'est la question que ce ne soit pas massif, comme l'a d'ailleurs dit je crois, et rappelé Edouard PHILIPPE. Par ailleurs, j'ai cru comprendre que Laurent BERGER, et d'autres, disaient il y a aussi des réserves qui permettent de lisser le système, donc regardons l'ensemble des paramètres, et ce qui est plutôt réjouissant c'est que tout le monde est en train, enfin beaucoup de gens sont en train de regarder la question des paramètres, il n'y a bien que quelques ultras qui pensent que la question de l'équilibre est seconde. La question de l'équilibre elle n'est pas seconde. On a fait cette réforme pour que des jeunes qui rentrent sur le marché du travail ils aient le sentiment que le système est crédible, si vous allez devant des jeunes et que vous leur expliquez que vous ne savez pas comment vous financez, que de toute façon il y a du déficit, ou de la dette, ils vous expliqueront que le système n'est pas crédible.

ORIANE MANCINI
Mais juste, pour qu'on sait bien clair, cette question de l'âge d'équilibre elle est sur la table des négociations cet après-midi, est-ce que vous pourriez y renoncer ou pas ?

MARC FESNEAU
Mais le Premier ministre, relisez sa déclaration du CESE, a dit moi je mets une mesure d'âge d'équilibre pour dire que le système doit s'équilibrer et voilà la solution qu'on propose.

ORIANE MANCINI
Si les partenaires sociaux en trouvent d'autres…

MARC FESNEAU
Le Premier ministre a rajouté, si les partenaires sociaux ont d'autres solutions on regarde. Je ne peux pas vous dire mieux que le verbatim strict du Premier ministre.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça veut dire qu'aujourd'hui des discussions peuvent s'ouvrir sur le niveau des cotisations et sur les réserves ?

MARC FESNEAU
Mais c'est une discussion, d'abord de bilatérales et de multilatérale. La discussion… il y a d'autres sujets qui ont été ouverts par les représentants syndicaux, la pénibilité, enfin c'est un tout, c'est… la question, enfin on ferait un peu défaut à cette réforme, enfin un peu, quand je dis un peu c'est un peu beaucoup, à ne pas regarder les autres paramètres, la question des carrières longues, la question de la pénibilité, il y a des tas de questions qui sont posées par les syndicats…

ORIANE MANCINI
Le travail des seniors.

MARC FESNEAU
Le travail des seniors, tout ça c'est des sujets qui sont liés à la réforme de système qu'on fait, et donc c'est l'ensemble des sujets qui sont posés sur la table, il n'y a pas de sujet tabou. En tout cas, on n'entre pas dans ces discussions, depuis le début, avec l'idée qu'il y avait des sujets tabous. Nous, le sujet principal c'est, pardon d'être un peu long, mais je pense que c'est important, c'est système universel, maintien du système par répartition, et par ailleurs il faut que le système soit crédible, c'est-à-dire qu'il soit, à terme, à l'équilibre.

ORIANE MANCINI
Puisque vous le dites, on est dans les négociations, on est dans les concertations, est-ce que ces négociations elles peuvent entraîner un report de l'arrivée du texte au Parlement, ou, quoi qu'il arrive, ce sera en février comme l'a dit Edouard PHILIPPE ?

MARC FESNEAU
Le calendrier qui a été donné par le Premier ministre, qui est 22 janvier au Conseil des ministres, puis au mois de février sans doute à l'Assemblée nationale, n'a pas lieu d'être remis en cause.

ORIANE MANCINI
Ça, ça ne bougera pas ?

MARC FESNEAU
Les éléments de la réforme sont sur la table. Vous voyez bien que, quand vous êtes dans une discussion comme celle-là, il peut y avoir des apports, on a eu déjà d'ailleurs, je rappelle, sur la réforme de la SNCF, un certain nombre de discussions, en cours de route, qui ont permis d'ailleurs de trouver des accords, donc ça ne bloque pas le processus, au contraire, ça alimente le processus, me semble-t-il.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça veut dire que les partenaires sociaux ont un mois pour se mettre d'accord avec le gouvernement aujourd'hui, c'est ça ?

MARC FESNEAU
Non, on ne met pas des oukases comme ça, personne ne dit vous avez 30 jours pour être d'accord sinon…

ORIANE MANCINI
Si le texte doit être en Conseil des ministres le 22 janvier.

MARC FESNEAU
Mais vous savez qu'il y a des navettes, je sais sur quelle chaîne je suis, il me semble qu'il y a plusieurs lectures, voyez, enfin il ne faut pas non plus ne pas faire confiance au sens des responsabilités du gouvernement, certainement pas, et des partenaires sociaux, pour essayer de trouver des voies d'équilibre.

ORIANE MANCINI
Donc les choses peuvent changer, y compris pendant la discussion parlementaire.

MARC FESNEAU
Eh bien, ministre des Relations avec le Parlement, si je vous disais les choses ne changent pas au cours de la discussion parlementaire, vous auriez une drôle idée de mon travail.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le calendrier toujours.

CHRISTELLE BERTRAND
Justement, sur le calendrier, ce texte va être discuté juste avant les élections municipales, est-ce que vous ne craignez pas que ça pollue un petit peu les campagnes des différents candidats sur le territoire ?

MARC FESNEAU
Quelle pourrait être la crainte, c'est que nous n'assumions pas une réforme ? Moi je pense que…

CHRISTELLE BERTRAND
Que ce soit compliqué.

MARC FESNEAU
Quand vous allez devant les Français…

CHRISTELLE BERTRAND
Pour les candidats expliquer sur le terrain.

MARC FESNEAU
Oui, et donc nous ne mettons pas en discussion et vous faites toute la campagne en disant on ne sait pas quel est votre texte que vous allez discuter au mois d'avril.

ORIANE MANCINI
Mais pour vous il sera voté avant les municipales, en tout cas à l'Assemblée ou pas ?

MARC FESNEAU
On verra, l'objectif c'est de, oui… l'objectif c'est que, une fois que les choses seront stabilisées, qu'on puisse aller assez vite, il n'y a pas lieu non plus, dans le respect de la programmation parlementaire, il n'y a pas non plus de raison de faire des municipales un point d'obstacle. Je vous rappelle que l'an dernier, au moment des européennes, on a fait la réforme de la fonction publique, on nous avait dit la même chose, est-ce que vous ne craignez pas que, mais moi je pense que quand vous êtes en vérité devant les gens et que vous leur dites les choses que vous comptez faire en termes de réforme, vous êtes plus crédible que quand vous dites on en parlera après les municipales, parce que là vous donnez le sentiment de quelque chose de caché. Rien n'est caché, rien n'est sous la table, tout est sur la table, les discussions sont sur la table, et moi je ne trouve pas malsain, y compris dans un process municipal, même si, au fond, on y reviendra peut-être, ce n'est pas à cette question-là que les gens répondront, mais en tout cas si les candidats que nous soutenons sont aussi en capacité d'assumer une réforme et de ne pas la cacher sous une table, je pense que ce n'est pas plus mal pour tout le monde. C'est d'ailleurs sain, d'un point de vue démocratique, que tout le monde sache ce qu'on a devant nous.

ORIANE MANCINI
Dernier mot. Vous qui connaissez bien les parlementaires de votre majorité, est-ce que vous pensez qu'à La République en marche, au MoDem, notamment la République en marche d'ailleurs, il y a des voix de gens issus de la gauche qui vont manquer sur ce texte ?

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas des voix issues de la gauche, parce que les voix issues de la gauche, je n'en suis pas, mais les voix issues de la gauche elles voient aussi les avancées sociales, le point de discussion il est comment on est sur l'équilibre, mais on voit bien que c'est un des points de discussion qui est sur la table publique. Mais aucun des députés de la majorité, et même je crois qu'une partie des parlementaires de l'opposition, ne peuvent discuter du fait qu'il y a quand même des avancées sociales significatives dans ce texte, et donc, d'une certaine façon c'est une des réformes les plus empreintes de justice sociale, et d'ailleurs on est au rendez-vous des promesses qu'avait fait le président de la République.

CHRISTELLE BERTRAND
On a quand même senti un certain flottement sur l'âge pivot au sein du groupe parlementaire La République en marche, certains disaient on s'est engagé sur un système universel, mais l'âge pivot, on n'a pas été élus là-dessus.

MARC FESNEAU
Mais ça fait partie des discussions puisque, je le répète, je ne vais pas faire toute la matinée du verbatim du Premier ministre, il a dit que, voilà la solution que nous préconisions, il y a peut-être d'autres solutions, et que des gens, y compris dans la majorité, se disent est-ce qu'il n'y a pas d'autres solutions, ce qui est intéressant c'est que tout le monde est en train de converger vers l'idée, en tout cas les progressistes comme on dit, représentants syndicaux y compris, vers l'idée qu'il fallait un équilibre du système. Eh bien écoutez, déjà si on a fait un pas vers, il faut que le système s'équilibre, on a fait un grand pas, parce que reconnaissons que ce n'était pas la position d'un certain nombre d'entre eux il y a 2 mois. Bon, eh bien si on a fait oeuvre de pédagogie collective et qu'on dit il y a besoin d'équilibrer le système pour qu'il soit crédible, tant mieux.

ORIANE MANCINI
Allez, on va faire un bilan des trois derniers mois de session parlementaire, on arrive à la fin de l'année, l'heure du bilan. Principal, l'un des principaux changements en tout cas, c'est la séance de questions d'actualité qui désormais est une fois par semaine, le mardi à l'Assemblée nationale, elle dure 2 heures, quel bilan vous faites de ce changement, est-ce que finalement ce n'est pas le Sénat qui en sort gagnant ?

MARC FESNEAU
Non, enfin je ne crois pas. Alors, ce n'est pas à moi d'en faire le bilan pour tout vous dire, parce que je suis ministre des Relations avec le Parlement, mais c'est les prérogatives et c'est le choix de l'Assemblée nationale et du Sénat, dans un dialogue d'ailleurs qui a été, je crois, respectueux des uns et des autres, que d'avoir modifié ainsi les questions au gouvernement. Le président FERRAND, hier, a dit en Conférence des présidents, qu'il ferait un bilan de ces questions, pour voir ce qu'il y avait éventuellement à calibrer…

ORIANE MANCINI
Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez ?

MARC FESNEAU
Je trouve intéressant le, pardonnez-moi du terme, le ping-pong qui s'exerce sur les questions, parce que ça en fait un exercice moins formel, certains trouvent que le format est peut-être un peu long…

CHRISTELLE BERTRAND

MARC FESNEAU
Enfin, les questions au gouvernement sont un moment important, le gouvernement est au banc, je comprends que 2 heures d'attention soit compliqué, mais je pense que ce n'est pas ça le sujet principal, la question c'est, en quoi ça participe d'éclairer les citoyens ? Parce qu'au fond les questions au gouvernement elles ne sont pas eu un objet qui est un objet interne, c'est, on ne se parle pas entre nous, on parle à l'extérieur, au moment des questions au gouvernement, c'est un des moments importants de la vie parlementaire, en tout cas visible pour les citoyens, et donc il faut en faire un moment qui soit vivant, je crois qu'il est vivant, et que ça améliore ça. Le président FERRAND et la Conférence des présidents se saisira de la question pour regarder comment on peut ajuster. Il avait dit que c'était une expérimentation, il n'a jamais dit autre chose, que on regarde comment ça fonctionne, comment ça se calibre, comment ça s'équilibre, et à partir de là on fera éventuellement des ajustements. Quant à avoir une série, mardi, mercredi, Assemblée nationale et Sénat, moi je pense que c'est plutôt une bonne chose, ça permet que les deux Assemblées soient réunies dans un moment démocratique qui tourne souvent, en termes d'actualité politique, autour du mardi jusqu'au jeudi matin.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, le PLFSS rejeté avant la fin, l'affaire STRZODA-SUEUR, les relations avec le Sénat sont-elles légèrement dégradées ces derniers temps ?

MARC FESNEAU
Ecoutez, moi je suis ministre des Relations avec le Parlement, donc je suis un de ceux qui fréquentent le plus cette maison, que je connais par ailleurs.

ORIANE MANCINI
Vous êtes le mieux placé pour répondre.

MARC FESNEAU
Le mieux placé, je ne sais pas, mais en tout cas moi je ne constate pas une dégradation des relations. Il peut arriver, dans la vie démocratique, dans la vie parlementaire, qu'il puisse y avoir des désaccords, j'assume qu'il puisse y avoir des désaccords, ce n'est pas parce qu'on est en désaccord avec le Sénat qu'on est en querelles avec le Sénat. Ce n'est pas parce que le Sénat, parfois, est en désaccord avec le gouvernement, que je sache le Sénat n'est pas dans la majorité présidentielle, donc je ne suis pas surpris que parfois nous ayons des querelles politiques, très bien. Eh bien, assumons les querelles politiques, essayons d'avancer sur les sujets, comme ministre des Relations avec le Parlement, on verra les taux, peut-être on fera un bilan un peu plus tard mais, le taux de commission mixte paritaire conclusive est un taux assez élevé, sans doute assez inédit, eh bien ça prouve que les deux Assemblées se parlent et qu'on trouve des compromis. Eh bien c'est plutôt ça qui est important, que parfois des querelles que certains cherchent à nouer, qui me paraissent assez inutiles, donc… le Sénat cherche à, et c'est normal, à tenir son rang, si je peux dire, dans le champ démocratique, c'est normal, il y a deux Chambres - le système il est bicaméral, vous me trouverez jamais pour dire autre chose que c'est bien qu'il y a un système bicaméral - comme l'Assemblée nationale cherche elle aussi à tenir son rang et la place qui est la sienne dans la démocratie qui est la nôtre, très bien. Alors du coup ça fait parfois des espaces et ça peut frotter, mais c'est normal.

CHRISTELLE BERTRAND
Et lorsque Gérard LARCHER reçoit les partenaires sociaux en pleine mobilisation sur la réforme des retraites, c'est son rôle, c'est bien, c'est la vie démocratique ?

MARC FESNEAU
C'est une personnalité éminente, il connaît le sujet, me semble-t-il, assez bien pour avoir été, sur ces sujets-là longtemps, il est président du Sénat, qu'il reçoive les partenaires sociaux, y compris dans…

CHRISTELLE BERTRAND
Lui il dit je fais ce que le gouvernement n'a pas suffisamment fait.

MARC FESNEAU
Alors, s'il dit ça, là je ne partage pas… alors, il me semble, pour le coup, qu'on pourrait sommer le nombre d'heures, et je pense que Gérard LARCHER à lui tout seul ne pourrait pas faire autant d'heures que ce qui a été fait par le gouvernement, et c'est bien normal, puisque le gouvernement s'est démultiplié sur ces sujets. Non là, je n'ai pas lu qu'il avait dit ça, mais je ne crois pas, d'ailleurs, que ça puisse susciter polémiques.

CHRISTELLE BERTRAND
Laurent BERGER, lui, dit je n''ai pas été suffisamment reçu, notamment de façon informelle.

MARC FESNEAU
Non, mais la question n'est pas d'être reçu, la question c'est d'être écouté, et il me semble que Laurent BERGER il a été écouté, et d'ailleurs il y a un certain nombre des éléments, qu'il avait mis sur la table, de la réforme des retraites, qui ont été pris, et il a été beaucoup reçu. La question n'est pas, si vous voulez… les caméras, les tables rondes, le rêve du grand soir où on met tout le monde autour de la table et on signe en bas d'un papier, ce n'est pas comme ça que ça se passe dans la vie. dans la vie réelle, c'est une discussion avec les syndicats, on se respecte et on essaye d'échanger sur un certain nombre de sujets, et je crois que, pour le coup, un certain nombre de syndicats, il n'y a pas que la CFDT, il y a l'UNSA, il y a la CFTC, il y a un certain nombre de syndicats qui ont fait oeuvre et montrent… d'envie de travailler ensemble, et ils ont retrouvé un certain nombre de leurs propositions, y compris dans les mécanismes de transition, dans le texte, dans les propositions qui ont été faites par le Premier ministre.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le calendrier des réformes à venir. Est-ce que l'examen de la réforme des retraites va décaler l'examen de la loi audiovisuelle ou pas ?

MARC FESNEAU
Par mécanique c'est un jeu, vous savez, de dominos notre affaire, donc on verra… on est en train de travailler sur un calendrier, c'est pour ça que je ne peux pas vous répondre, d'ailleurs je le fais généralement en bonne intelligence avec les Assemblées, les deux Assemblées, pour regarder comment tout cela s'emboîte. Evidemment, quand vous intercalez un texte alors que d'autres textes étaient prévus, pardon de dire cette vérité un peu simple, forcément ça pousse d'autres, mais la volonté c'est que ce texte soit examiné par le Parlement parce que c'est un texte important pour l'audiovisuel, il y a des contingences…

ORIANE MANCINI
Avant quand, dites-nous ?

MARC FESNEAU
On verra, parce que je suis en train de travailler sur ce calendrier, il y a des contingences calendaires, et il est bien normal qu'on y travaille sérieusement.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur ce qui s'est passé au Sénat avant de parler politique, le Sénat qui a adopté cette nuit la loi Avia, la loi qui lutte contre la haine sur Internet, mais en enlevant la mesure-phare du texte, c'est-à-dire l'obligation pour les plateformes de retirer en 24 heures des contenus illicites. Qu'est-ce que vous pensez du texte qui sort du Sénat ?

MARC FESNEAU
Je ne l'ai pas regardé, parce que là, pour le coup, je sais que le débat se nouait autour de cette disposition en particulier, il y a une navette parlementaire, il y a un dialogue entre les deux Assemblées…

ORIANE MANCINI
Pour vous un accord est possible ?

MARC FESNEAU
Je ne sais pas si un accord est possible, mais en tout cas il faut que ça dialogue. sur ces sujets-là, de libertés publiques, il est toujours intéressant de regarder ce que dit le Sénat, on peut même être en désaccord et trouver intéressant ce que dit le Sénat, enfin je veux dire, la démocratie c'est ça, il faut être… c'est un peu normal ce que je dis, mais parfois c'est bien de rappeler des choses aussi simples que celle-là, et donc… l'Assemblée nationale, il y a une CMP, l'Assemblée nationale se saisira aussi de la question pour regarder s'il y a des voies de convergence et sinon il y a deux lectures.

CHRISTELLE BERTRAND
Parlons de votre parti politique, le MoDem. François BAYROU a été mis en examen pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants des députés européens, est-ce que votre parti est fragilisé, est-ce que sa position au sein de la majorité est fragilisée aujourd'hui ?

MARC FESNEAU
Je ne le crois pas du tout, la voix de François BAYROU est écoutée d'ailleurs depuis très longtemps. il a un parcours, des combats, qui sont reconnus par les uns et les autres et qui continuent d'être reconnus par les uns les autres, on est dans une procédure, et donc une mise en examen elle doit respecter aussi quelque chose qui est simple, qui est la question de la présomption d'innocence, c'est une procédure qui est en cours, ça lui permet d'accéder au dossier et de pouvoir se défendre, ce qu'il cherchait, ce qu'il voulait faire, avec ceux qui ont pu être, qui sont mis dans cette situation au sein du mouvement, ça ne fragilise pas le mouvement dans son expression politique. François BAYROU, dès qu'il s'exprime, on sait que cette voix est entendue, parce qu'il porte quelque chose de l'équilibre qui a été trouvé en 2017.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que dans ce contexte il peut être candidat à la mairie de Pau ?

MARC FESNEAU
Evidemment, c'est pour moi une absolue non-question. Par ailleurs, la question à laquelle devront répondre les Palois c'est, est-ce que la ville a changé, et a changé positivement depuis 6 ans ? Alors, pour le coup, je n'ai aucun doute sur la réponse qui sera apportée à cette question.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur les municipales. Votre collègue au gouvernement, Didier GUILLAUME, va se présenter à Biarritz contre le maire sortant, le maire sortant il est MoDem, qui soutiendrez-vous ?

MARC FESNEAU
La logique c'est de sortir les sortants de ma formation politique. Vous savez, moi je suis un peu basique, et assez simple dans mon raisonnement, quand j'ai un sortant, qu'il n'y a pas griefs, qu'il a envie de se représenter, on est plutôt à le soutenir, libre à chacun de prendre ses dispositions, moi je ne…

ORIANE MANCINI
Et la candidature de Didier GUILLAUME ?

MARC FESNEAU
Manifestement Biarritz est une cité qui intéresse beaucoup, c'est intéressant, en tout cas je regarde ça avec un grand intérêt. Moi je serai, pour ma part, pas candidat à Biarritz, en tout cas ça je peux vous l'annoncer, et si on pouvait s'éviter ce genre d'exercice ça serait mieux.

ORIANE MANCINI
En revanche votre nom circule pour lui succéder au ministre de l'Agriculture, vous êtes intéressé ou pas ?

MARC FESNEAU
Très bien, mais là aussi on va laisser ces choses de côté. Je n'ai jamais, j'ai toujours refusé de rentrer dans ce genre de petit jeu, et alors pas ce matin plus que demain matin.

ORIANE MANCINI
On reviendra, vous reviendrez nous en parler, merci beaucoup Marc FESNEAU d'avoir été avec nous ce matin, merci Christelle BERTRAND.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 décembre 2019