Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à CNews le 20 décembre 2019, sur l'impact de la grève sur la fréquentation des théâtres et la réforme de l'audiovisuel.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Bienvenue à tous. Tout de suite l'interview politique. Gérard LECLERC reçoit Franck RIESTER, le ministre de la Culture.

GERARD LECLERC
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Gérard LECLERC.

GERARD LECLERC
Soyez le bienvenu. Pas de miracle hier à Matignon, Edouard PHILIPPE maintient l'âge pivot de 64 ans, la CGT et FO poursuivent la grève. Ça veut dire qu'il ne s'est rien passé, que la galère continue ?

FRANCK RIESTER
Non, écoutez. Il y a des désaccords qui persistent mais il y a, je crois, une volonté de les surmonter et il y a la volonté de discuter. Il y a eu des discussions, des discussions riches, nourries, sur des points importants comme la pénibilité, comme la transition pour passer pour le système. Je pense que vraiment il y a des choses sur lesquelles concrètement le travail est en cours. D'ailleurs vous avez vu que l'UNSA appelle à faire une pause, une trêve pendant les fêtes de fin d'année. C'est quand même un signe que les organisations syndicales, certaines organisations syndicales, reconnaissent la volonté de dialogue et d'ouverture du gouvernement. On est déterminé à faire cette réforme…

GERARD LECLERC
La réforme ira à son terme.

FRANCK RIESTER
Cette réforme du système de retraite pour avoir un système universel plus équitable, plus juste, plus pérenne et qui soit un système équilibré. Voilà. Et je pense que les Français peuvent l'entendre. On voit bien aujourd'hui…

GERARD LECLERC
Mais pour l'instant, ils sont quand même contre la réforme.

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je ne dis pas que tous sont convaincus, je dis qu'ils peuvent l'entendre. Nous en tout cas, on est convaincu qu'on a besoin de réformer le système, qu'aujourd'hui il est inéquitable, qu'il ne suscite pas la confiance qu'on doit avoir dans un système de retraite et que la seule façon pour permettre dans l'avenir d'avoir un système pérenne, c'est un système universel par points. On comprend bien pourquoi. Regardez dans certains secteurs d'activité la réduction du nombre d'actifs alors même qu'il y a une augmentation du nombre de retraités. Donc on voit bien que le système n'est pas pérenne. Donc un des moyens de garantir la pérennité du système, c'est que tous les secteurs d'activité contribuent, tous les actifs contribuent au système de retraite pour tous. C'est le système universel. Et le fait en plus qu'on puisse garantir financièrement la pérennité du système de retraite devrait rassurer nos compatriotes.

GERARD LECLERC
D'où l'âge pivot mais ça, ça continue à faire débat.

FRANCK RIESTER
Ça continue bien évidemment à faire débat et vous avez vu que le Premier ministre est prêt à regarder en détail ce qu'il en est…

GERARD LECLERC
C'est-à-dire à assouplir cet âge pivot, à l'atténuer.

FRANCK RIESTER
D'abord vous savez que bien évidemment par exemple pour les carrières longues, le système sera évidemment allégé puisque ceux qui ont commencé avant vingt ans pourront continuer de partir plus tôt et on voit bien qu'il y a des spécificités qui continueront d'être prises en compte.

GERARD LECLERC
Alors parmi les régimes spéciaux, il y en a qui vous intéressent tout particulièrement puisque vous êtes ministre de la Culture, c'est ceux de l'Opéra et ceux de la Comédie Française. Les chanteurs, les danseurs ils disent « on ne va pas continuer à faire des vocalises ou des entrechats jusqu'à 64 ans » ; ça s'entend, non ?

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr ça s'entend. Et d'ailleurs c'est pour ça qu'on discute avec les représentants des différentes professions et professionnels qui sont concernés par la réforme. Le principe c'est un système universel, donc la fin effectivement des régimes spéciaux, ce qui ne veut pas dire qu'on ne prend pas en compte les spécificités des métiers. A l'Opéra de Paris, c'est l'excellence en matière lyrique en matière de ballet. Et on sait bien qu'un danseur il ne peut pas avoir à 50 ans le même niveau qu'à 30 ans en matière de danse. C'est évidemment totalement compréhensible. Est-ce que ça doit se régler par un départ en retraite à 42 ans ? On voit bien que non, dans le nouveau système. Ça doit permettre par contre d'ouvrir, et c'est ce que nous faisons, des réflexions sur les reconversions, sur la prise en compte de la pénibilité. Parce que bien évidemment, au-delà de la capacité physique, il y a une vraie pénibilité pour les danseurs d'ailleurs mais aussi pour les techniciens. Donc la question de la pénibilité doit être prise en compte et c'est ce qu'on essaye de faire d'une façon très concrète, très opérationnelle avec les organisations syndicales pour s'assurer que dans l'avenir l'Opéra de Paris, la Comédie Française restent deux grandes institutions représentant l'excellence en matière d'art pour la France.

GERARD LECLERC
Alors quinze de grève dans les transports ont forcément un impact, un impact important sur les spectacles, notamment les théâtres et en particulier ceux qui sont souvent juste à l'extérieur de Paris par exemple. Est-ce que vous avez des chiffres ? On parle de 30 à 50 % de baisse de fréquentation.

FRANCK RIESTER
Alors on sait bien que les grèves évidemment c'est perturbant à la fois pour ceux qui prennent les transports, et je pense particulièrement à eux, je pense aux commerçants qui sont touchés et touchés parfois durement. D'ailleurs j'appelle nos compatriotes à vraiment aller au moment des courses de Noël, aller dans leurs commerces de proximité, et puis il y a les théâtres et effectivement les activités culturelles d'une façon générale. Alors c'est très variable objectivement en fonction des théâtres, en fonction des soirées mais c'est vrai qu'il y a parfois des théâtres qui sont très touchés en termes d'activité. Et donc nous regardons avec eux les différents dispositifs qui pourraient être mis en place pour les accompagner.

GERARD LECLERC
Les aider, oui, d'une façon générale.

FRANCK RIESTER
Alors concrètement, je ne peux pas vous dire de quelle manière exactement mais en tout cas on est à leur écoute. On veut essayer, surtout qu'ils ont eu à vivre l'an dernier les Gilets jaunes, donc c'est évidemment complexe. Il y a la partie d'accompagnement des spectateurs parce que les spectateurs, on doit pouvoir trouver des solutions pour reporter le spectacle ou éventuellement avoir des remboursements. Et puis après voir de quelle manière on peut accompagner dans le temps long les spectacles.

GERARD LECLERC
Qu'est-ce que ça pourrait être par exemple ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je ne vais pas rentrer en détail sur ce point-là mais en tout cas, on est très ouvert à réfléchir à des solutions pour accompagner les théâtres.

GERARD LECLERC
On a une idée quand même sur la baisse de fréquentation de ces théâtres, des spectacles, des concerts, des monuments, des visites ?

FRANCK RIESTER
C'est très variable, c'est très variable. On a eu un certain nombre d'abord de spectacles qui ont été annulés pour cause de grève. Il y en a d'autres qui ont été avec une jauge, c'est-à-dire un nombre de spectateurs réduit, mais il y a quand même des spectacles qui marchent très bien et tant mieux. Et là aussi j'invite celles et ceux qui nous regardent à aller au spectacle, à continuer d'aller au spectacle parce qu'on a besoin de continuer à faire vivre ces théâtres.

GERARD LECLERC
Alors vous avez présenté au début du mois au conseil des ministres votre grande réforme de l'audiovisuel qui organise les relations entre les producteurs, les acteurs et les chaînes de télévision. Qui crée une nouvelle autorité, l'ARCOM, et qui réorganise la gouvernance de l'audiovisuel public. Alors tout ça, c'est à la fois vaste, c'est compliqué. Si vous deviez résumer en quelques mots l'intérêt, le pourquoi de cette réforme et ce qu'elle va changer ?

FRANCK RIESTER
Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la législation de l'audiovisuel, il a été défini d'une façon très précise en 1986 c'est-à-dire avant l'internet. Donc tous nos compatriotes peuvent bien comprendre que nous devons moderniser la législation pour prendre en compte la révolution numérique. Et donc c'est finalement préparer la télévision du XXIème siècle. C'est préparer la ultra HD pour que par exemple aux Jeux olympiques tout le monde puisse avoir accès à des programmes en ultra HD. C'est avoir davantage de cinéma à la télévision. Vous savez qu'aujourd'hui à la télévision, vous ne pouvez pas avoir de cinéma le mercredi soir, le jeudi soir, le vendredi soir ou le samedi soir. Demain, ça sera possible, à partir de début 2020. C'est faire en sorte aussi de s'assurer qu'on puisse continuer d'avoir un choix de programmes, de diversité de programmes de qualité dans l'avenir. Donc c'est pérenniser le système de financement très spécifique français de la création, du cinéma et de l'audiovisuel qui fait que les diffuseurs, la télévision finance la production. Eh bien demain, ils vont continuer de le faire mais aussi les plateformes comme NETFLIX vont financer la création. Et puis c'est créer des champions. Des champions de la télé payante, des champions de la télé gratuite et des champions de l'audiovisuel public. C'est pour ça qu'on fait une grande réforme de l'audiovisuel public qui va permettre de réaffirmer les missions de service public, pour que ça soit bien différencié de l'offre privée : la culture, l'information, les offres de proximité, le rayonnement de la France dans le monde, l'éducation. Et aussi de permettre que nous puissions avoir un groupe public qui permette de mieux organiser l'audiovisuel public pour toucher les publics dans leur diversité.

GERARD LECLERC
Alors parmi les conséquences, il y a quand même la suppression de deux chaînes, France 4 et France Ô. Du coup, il y a des demandes de chaînes d'info pour que l'on change la numérotation sur la TNT. Est-ce que vous allez le faire ?

FRANCK RIESTER
Vous dites à quelque chose de vrai, c'est-à-dire qu'à partir de l'été 2020, vraisemblablement deuxième semestre mais sûrement été 2020, France 4 et France Ô ne continueront pas à émettre et les programmes d'animation et les programmes Outre-mer bien évidemment seront présents dans les autres chaînes de FRANCE TELEVISIONS.

GERARD LECLERC
Et alors…

FRANCK RIESTER
Attendez. Et ce qui est important, c'est qu'on veut renforcer l'offre numérique parce que les usages de nos compatriotes dont on parlait tout à l'heure évoluent vers plus d'accès quand ils le souhaitent, de n'importe quel endroit où ils le souhaitent et de n'importe quel support, et donc pour ça, il faut renforcer l'offre numérique. Ça va libérer deux canaux effectivement à la TNT, et donc on va donner sur la TNT, et donc on va donner au CSA futur ARCOM, fruit de la fusion entre le CSA et l'Hadopi, les moyens d'éventuellement renuméroter les chaînes pour tenir compte de la suppression de ces deux chaînes, France 4 et France Ô, pour par exemple permettre aux télés locales d'être plus présentes parce qu'aujourd'hui on voit bien que notamment sur les box ce n'est pas évident de trouver les télés locales ou pour regrouper par thème par exemple l'information.

GERARD LECLERC
Donc c'est l'ARCOM qui décidera ça.

FRANCK RIESTER
C'est l'ARCOM, pas le gouvernement. C'est l'ARCOM. Le gouvernement à travers ce projet de loi va juste donner les outils à l'ARCOM de pouvoir le faire.

GERARD LECLERC
Un mot sur RADIO FRANCE qui entre dans sa quatrième semaine de grève. Les salariés protestent contre 300 suppressions d'emplois.

FRANCK RIESTER
Oui. Il y a une trajectoire financière qui a été définie pour l'audiovisuel public. Vous savez que le gouvernement souhaite rétablir les comptes publics. Chacun doit faire un effort, l'audiovisuel public aussi.

GERARD LECLERC
Et donc RADIO FRANCE quand même.

FRANCK RIESTER
190 millions d'euros pour l'audiovisuel public en cinq ans, c'est un effort qui nous paraît soutenable. La direction, Sibyle VEIL, que je soutiens dans ses choix, a pris la décision de proposer un plan de transformation qui tient en compte, qui prend en compte, pardon, l'effort financier mais qui prend en compte la nécessaire transformation numérique dont a besoin RADIO FRANCE. Et c'est toute l'ambition et l'objet de ce plan de transformation présenté par Sibyle VEIL.

GERARD LECLERC
Il y a eu une vive polémique à l'Assemblée autour du Loto du patrimoine puisque la majorité a supprimé une exonération de taxe qu'avait prévu le Sénat et Stéphane BERN est furieux. Il dit « le gouvernement ne comprend rien aux enjeux du patrimoine. » C'est vrai ? Pourquoi taxer un truc, quelque chose qui marche bien ?

FRANCK RIESTER
Le Loto comme tout loterie a un mode de fonctionnement qui n'est pas différent pour le Loto du patrimoine comme pour tout autre tirage ou pour tout autre jeu qui dépend de LA FRANÇAISE DES JEUX. Simplement ce qu'on dit, c'est que les taxes qui sont prélevées pour le Loto du patrimoine seront compensées par le gouvernement…

GERARD LECLERC
C'est une usine à gaz. On les prélève et on compense après ?

FRANCK RIESTER
Mais vous savez, ce n'est pas que celle-là. C'est complexe.

GERARD LECLERC
Mais ce sera compensé.

FRANCK RIESTER
Ce qui compte, c'est que financièrement l'argent aille bien au patrimoine.

GERARD LECLERC
Voilà.

FRANCK RIESTER
Et l'argent va bien aller au patrimoine. Nous en avons reparlé encore avec le président de la République qui est déterminé à investir dans le patrimoine. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a voulu le Loto du patrimoine. Stéphane BERN et la Fondation du patrimoine font un travail remarquable et non seulement les Français… Le Loto du patrimoine va bénéficier du rendement du Loto qui est prévu par le dispositif, mais en plus, l'Etat va abonder pour que l'équivalent de ce qui est prélevé en termes de fiscalité soit bien mis sur le patrimoine. Ça représente plus de 40 millions d'euros qui viennent en plus des 338 millions d'euros de l'Etat pour les monuments historiques en 2020.

GERARD LECLERC
Voilà. Il y a beaucoup de monuments en France et il y a notamment Notre-Dame…

FRANCK RIESTER
On a beaucoup de chance.

GERARD LECLERC
Avec Jean-Louis GEORGELIN qui pilote la restauration et qui annonce qu'il y aura un Te Deum le 16 avril 2024 pour les cinq ans, c'est-à-dire que les délais seront tenus. Vous le confirmez ?

FRANCK RIESTER
L'ambition est cinq ans et tout le monde est mobilisé à commencer par le général GEORGELIN et… pour y arriver.

GERARD LECLERC
Sur la restauration, on est dans les…

FRANCK RIESTER
Oui. Alors on a eu évidemment des difficultés notamment par rapport au plomb qui ont complexifié les process de restauration, en tout cas de conservation puisqu'on n'est pas encore à la restauration. Aujourd'hui ce qu'on peut dire à nos compatriotes, c'est que nous sommes à la fin du dispositif de conservation de Notre-Dame. On en train d'enlever un certain nombre de déchets qui sont sur la voûte de Notre-Dame et va commencer en début d'année l'enlèvement de l'échafaudage qui était autour de la Flèche, qui s'est soudé avec la chaleur. Et c'est la dernière opération périlleuse avant de pouvoir dire que la sauvegarde de Notre-Dame est totale et que nous pouvons commencer la restauration pour que dans cinq ans nous puissions retrouver Notre-Dame.

GERARD LECLERC
Merci Franck RIESTER. Bonne journée, bon week-end.


Source : Service d'information du Gouvernement,le 2 janvier 2020