Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État chargé des retraites, à LCI le 15 janvier 2020, sur le calendrier, la mise en ligne d'un simulateur individuel et l'étude de l'impact du coût de la réforme des retraites.

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Média : La Chaîne Info

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Laurent PIETRASZEWSKI.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour Elisabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'abord une question puisqu'on en parlait il y a quelques instants avec Pascale de la TOUR DU PIN, fallait-il virer Ségolène ROYAL ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je vois que ça a fait l'objet d'un débat juste avant sur votre antenne, on a bien compris les avis des uns et des autres, pour ma part moi je n'ai pas d'avis en tant que membre du gouvernement, si ce n'est de vous dire que madame ROYAL a une obligation de réserve et que ça fait partie des sujets qui sont sur la table. Moi, je crois que quand on veut porter une cause aussi importante que celle des pôles, il faut se concentrer sur ce que l'on fait et moi j'essaie de faire la même chose ici en ce qui concerne un portefeuille de responsabilités, celui des retraites, de me concentrer sur ce que je fais.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui enfin c'est quand même un petit sujet politique pardon, parce qu'elle a été candidate à la présidence de la République, qualifiée au second tour, que c'est une voix qui porte, qu'elle a été ministre à des portefeuilles importants, donc c'est compliqué juste de balayer ça d'un revers de la main, Ségolène ROYAL dit : « Je gêne ». Certes j'étais soumis à un devoir de réserve mais si je suis virée, entre guillemets, de mon poste de d'ambassadrice des pôles, c'est surtout parce que ma parole dérange, vous lui dites quoi ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Moi je préférerais que la parole de Ségolène ROYAL soit relayée sur sa mission, celle des Pôles, c'est pour cela d'ailleurs, vous savez sur le fond les Français ce qu'ils attendent de leurs représentants, c'est un engagement sur les sujets sur lesquels ils ont pris des responsabilités. Si madame ROYAL souhaite avoir une parole politique nationale, précise, en fonction de ses aspirations personnelles, écoutez qu'elle le fasse, mais qu'elle le fasse dans un cadre qui serait celui adéquate…

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas vous lui donnez de l'élan, là d'une certaine façon vous la virez.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Sa responsabilité, c'est de parler des Pôles et de porter attention à la réalité environnementale de notre planète.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous en parlez comme si elle était encore ambassadrice des Pôles, pardon, vous en parlez comme si elle était encore ambassadrice des Pôles, elle a publié une lettre…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je crois que c'est encore le cas aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est encore le cas aujourd'hui, ce sera acté en conseil des ministres aujourd'hui à votre connaissance ou plus tard, le fait qu'elle soit entre guillemets démissionnée de ses fonctions ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non moi je n'ai pas d'information particulière ce matin à vous donner sur ce sujet-là, j'entends l'actualité, je vous y réponds avec spontanéité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sans grand intérêt, vous dites ce n'est pas un sujet sans grand intérêt pour vous.

LAURENT PIETRASZEWSKI
On peut en parler pendant un quart d'heure, moi je pense que sur le fond ce qui intéresse les Français, c'est de savoir si ce que nous allons transformer profondément, le système de retraites, ils veulent savoir comment ça va fonctionner, ils veulent savoir si ça va être plus juste, ils veulent savoir si les femmes qui sont les grandes oubliées du système actuel vont pouvoir bénéficier de nouveaux droits, c'est ça qui les intéressent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et précisément Ségolène ROYAL a porté des coups assez rudes sur cette réforme des retraites en disant qu'il fallait la retirer et qu'elle était injuste.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, c'est son avis, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise.

ELIZABETH MARTICHOUX
A vous de convaincre du contraire.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ça aurait été bien qu'elle s'exprime pour sur les Pôles, ça aurait été intéressant, c'était sa responsabilité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Précisément à vous de convaincre qu'effectivement, c'est une réforme juste. Philippe MARTINEZ l'avait dit hier, l'a dit hier sur le plateau de LCI, la grève n'est pas terminée, vous verrez le taux de grévistes va remonter. De fait il a légèrement remonté hier à la SNCF et de fait la mobilisation continue, vous ne venez pas à bout de la grève, Laurent PIETRASZEWSKI.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Elizabeth MARTICHOUX, il y a peut-être deux choses. La première, c'est qu'il y a des mouvements de grève dans des entreprises de transport essentiellement parisiennes d'ailleurs, parce qu'on ne voit pas tout à fait la même chose à Armentières, à Lille ou à Lomme, vous savez où je suis élu, que lorsqu'on est ici en région parisienne. Et moi je comprends bien la gêne des Franciliens pour se déplacer, pour venir à leur travail et je partage ces difficultés. Maintenant qu'est-ce qu'on peut dire ? Il y a des propositions qui ont été faites par les directions des deux entreprises, RATP SNCF, des propositions sérieuses qui ont été faites pour les collaborateurs de ces deux entreprises en lien avec le secrétaire d'Etat, mon collègue, Jean-Baptiste DJEBBARI. Ces propositions, elles sont sur la table, elles préservent les droits acquis parce que oui nous allons mettre fin aux régimes spéciaux. Il n'y a pas d'ambiguïté, c'était notre engagement politique, nous mettrons fin aux régimes spéciaux, mais nous voulons le faire dans le respect des contrats moraux qui ont pu être passés entre ceux qui ont choisi d'aller travailler à la RATP ou à la SNCF et leur entreprise. Donc nous le faisons, nous le faisons sereinement et tranquillement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce qui se passe à la RATP, Laurent PIETRASZEWSKI, qu'est-ce qui se passe à la RATP précisément ? On voit bien que si le trafic s'améliore d'ailleurs de façon sensible à la SNCF, à la RATP ça coince, qu'est-ce qui coince ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je crois que le dialogue social est propre à chaque entreprise. Chaque entreprise, vous savez, a son histoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qu'est-ce qui coince à la RATP plus qu'à la SNCF ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je pense qu'il faudrait peut-être poser la question plutôt aux personnes qui sont en charge, en responsabilité à la RATP.

ELIZABETH MARTICHOUX
La direction de la RATP ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je crois que le sujet, c'est aussi un sujet de communication. J'entendais d'ailleurs Laurent ESCURE récemment sur le sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
De l'UNSA.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Voilà, je pense qu'il faut se dire concrètement les choses, à la RATP comme la SNCF, nous ne remettons pas en cause le contrat qui a été passé pour tous ceux qui sont à moins de 17 ans de la retraite. Nous prenons en compte pour tous ceux qui sont à plus de 17 ans dans la retraite, la réalité des engagements acquis, donc nous sécurisons ces engagements acquis. Je crois très franchement, moi j'ai discuté, vous le savez, j'ai fait un débat assez récemment sur une antenne publique, avec une personne qui est à la RATP qui est non syndiquée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur France 2 oui.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Elle a eu la gentillesse de passer un peu de temps avec moi, une petite demi-heure à l'issue de ce débat, vous savez la réalité, je ne veux pas parler à sa place, la réalité de du débat pour cette personne-là, ce n'est pas forcément qu'elle était inquiète pour sa retraite, elle avait bien compris les propositions, la sécurisation, mais elle me parlait globalement de ses conditions de travail, de ses rythmes de travail, de la façon dont elle peut organiser son équilibre vie privée- vie personnelle, de la façon dont elle vit les horaires à roulement. Et c'est cela qu'il faut travailler à la RATP comme ailleurs parce que la réalité, c'est qu'il faut avoir une lecture sur la qualité de vie au travail…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est plus les conditions de travail aujourd'hui…

LAURENT PIETRASZEWSKI
… que les entreprises proposent à l'ensemble de leurs collaborateurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est un message que vous adressez à la direction de la RATP. Laurent PIETRASZEWSKI, où en êtes-vous du simulateur ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors le simulateur, c'est un sujet aussi qui est récurrent. Vous savez Elisabeth MARTICHOUX qu'il a déjà plus d'une trentaine de cas qui sont des cas généraux, qui sont en ligne sur retraite.gouv.fr. J'invite tous ceux qui nous suivent ce matin à aller sur le site retraites au pluriel.gouv.fr pour regarder la bonne trentaine de cas, qui d'ailleurs sont les cas qui permettent de voir par profession, les réalités avec des positions moyennes médianes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qui qu'il y aura un simulateur individuel et si oui quand ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
On va d'abord mettre de nouveaux cas, pour la fin du mois, on va rajouter plus d'une centaine de cas, on est à presque 40, on va en rajouter plus d'une centaine. On va élargir la vision parce que les Français ont bien compris, on a eu des retours d'ailleurs sur les connexions sur ce site, les Français ont bien compris qu'il y avait de l'intérêt parce qu'ils voyaient une situation qui pourrait être une solution générale. Ils ont envie de plus de détails, donc plus de cas, plus de situations.

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez fin janvier, on aura 140 profils grosso modo.

LAURENT PIETRASZEWSKI
On essayera même de dépasser les 150, on est en train de les fabriquer, on est en train de vérifier les éléments qu'on met en ligne parce que ce qu'on veut faire, c'est mettre en ligne à la fois des situations qui parlent aux Français et des situations qui sont bien sûr vérifiées, exactes. Vous savez la difficulté des simulateurs qui ont tourné aujourd'hui, c'est que c'était essentiellement des simulateurs un peu fantaisistes et anxiogènes, pourquoi ils étaient fantaisistes ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, d'où votre intérêt à y répondre, mais on attend toujours.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr, mais mon intérêt à répondre, c'est de le faire en responsabilité et de le faire de façon précise. Quand je dis que je peux mettre des cas, je le fais et je le fais de façon précise. Quand on me dit est-ce que vous pourrez nous donner un simulateur qui permettra de mettre ma situation personnelle, votre situation personnelle, de la tester, oui je pourrais le faire lorsque l'ensemble des paramètres au final seront connus. Vous le savez que nous avons un certain nombre de débats encore aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ce sera quand, dans 6 mois ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Eh bien nous nous sommes engagés que 6 mois au plus tard après l'application de la loi, un simulateur individuel permettrait à chacun de tester et de vérifier pour lui-même.

ELIZABETH MARTICHOUX
Combien de temps dites-vous, 6 mois ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
6 mois après la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Après la promulgation de la loi, donc c'est dans un an.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, fin de l'année 2020, on aura sans aucun doute ce simulateur.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. On continue sur les questions qui pourraient vous permettre Laurent PIETRASZEWSKI de vraiment crédibiliser votre projet, combien coûte cette réforme des retraites ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le sujet du coup il est intéressant parce que nous ne faisons pas à une réforme budgétaire. Nous ne sommes pas dans une réforme d'économie. Alors évidemment je comprends votre question, on va y venir. Qu'est-ce qu'on a posé, qu'est-ce que Jean-Paul DELEVOYE avait posé, qu'est-ce que le gouvernement a repris, que nous faisons à enveloppe constante. Qu'est-ce que ça veut dire enveloppe constante ? En France on est parmi les pays l'OCDE qui consacrent la plus grosse part de sa richesse nationale aux retraites, près de 14 % de notre richesse que nous produisons collectivement, ce qu'on appelle le Produit Intérieur Brut.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc plus de 320 milliards.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Absolument vous avez raison Elizabeth MARTICHOUX. C'est une donnée dynamique par que tous les ans nous produisons plus, donc ça veut dire que cela évolue. Nous avons plus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est la réponse à ceux qui disent, il faut augmenter le taux par rapport au PIB, vous dites 14 % du PIB, ce sera plus chaque année, combien coûtera la réforme, Laurent PIETRASZEWSKI ? Est-ce que vous le savez ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
La réforme n'est pas un coût, la réforme est un investissement, sur quoi …

ELIZABETH MARTICHOUX
Combien d'argent faut-il pour financer la réforme, c'est-à-dire toutes ces transitions que vous mettez en place, plus les compensations financières pour les enseignants, etc, est-ce que vous avez une idée de la facture ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Pour répondre à votre question, tout ce qui concerne les enseignants qui est un point important puisque vous savez que les enseignants notamment, il y a des cas généraux pour les enseignants dans le simulateur que vous avez évoqué tout à l'heure, pour lequel d'ailleurs nous montrons qu'il y a nécessité d'avoir une refonte de leur rémunération et c'est ce que fait Jean-Michel BLANQUER aujourd'hui, puisque depuis le début de la semaine, il est parti dans des concertations avec les enseignants et vous savez que l'ambition du gouvernement, c'est d'écrire une voie de programmation pluriannuelle pour sécuriser les enseignants sur l'investissement qui va être fait. Et c'est en cela que je vous réponds, parce que pour les enseignants on parle de plus d'une dizaine de milliards nécessaires…

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne parle pas, vous vous êtes engagés.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Absolument quand je dis on parle, parce que tout cela…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sauf à ce que vous disiez aujourd'hui que ce n'est pas ça.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Elizabeth MARTICHOUX, on ne peut pas dire qu'on souhaite le dialogue social et préempté ce dialogue social en permanence en disant voilà comment ça va se passer. Le gouvernement et la nation va investir et c'est un investissement auprès de ces enseignants. Et nous souhaitons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous me permettez une question, je vous pose une question personnelle.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Jean-Michel BLANQUER le souhaite aussi le faire dans le cadre d'une reconstruction globale de ce que les enseignants ont …

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord c'est Jean-Michel BLANQUER qui négocie, mais je ne vous pose pas une question personnelle, je vous demande votre avis. Les enseignants, effectivement ils sont perdants, ils vont avoir des compensations, ils y croient où ils n'y croient pas, mais pourquoi ils n'y croient pas, pourquoi ils refusent votre copie pour l'instant, parce qu'ils disent on va nous faire travailler plus. La contrepartie des 500 millions par an que nous promet le gouvernement pendant assez longtemps, c'est qu'on va nous faire travailler plus, est-ce qu'il faut faire travailler plus les enseignants en contrepartie de leur hausse de salaire ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Moi je n'entends pas ça, Elizabeth MARTICHOUX, quand je rencontre les enseignants à Armentières ou à Lomme. Vous savez, j'ai travaillé 4 ans dans l'éducation nationale et j'ai gardé de bons contacts…

ELIZABETH MARTICHOUX
Si on nous paie deux heures en plus mais qu'on doit travailler deux heures de plus, ça c'est par exemple le SNALC, on n'en veut pas. Si on nous paie deux heures en plus mais qu'on nous fait travailler deux heures de plus, ça c'est le SNALC, c'est un des syndicats.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous nous décrivez une position syndicale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça s'entend.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous sommes à l'entrée du dialogue que construit Jean-Michel BLANQUER, donc vous avez des positions qui sont des positions que je peux entendre, qui sont des positions syndicales, laissons construire le dialogue, laissons le dialogue avancer et nous allons voir ce que nous pouvons en sortir, mais ce qui est sûr, c'est que nous en sortirons une reconnaissance accrue pour les enseignants qui portent et vous savez bien une responsabilité forte dans la construction de notre démocratie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je reviens au coût de la réforme parce que vous n'avez pas répondu à ma question, est-ce que vous avez fait une étude d'impact et si oui elle est où ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il y a une étude d'impact, il y a aura une étude d'impact et c'est normal qui sera préalable à la loi lorsque nous allons déposer la loi, il y aura aussi une étude d'impact.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous en avez une là aujourd'hui que vous n'avez pas transmise aux partenaires sociaux ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Les éléments principaux ont été transmis aux partenaires sociaux, il y a des éléments qui sont à destination de l'Assemblée nationale et du Sénat, ils leur seront destinés. Il faut aussi respecter un certain nombre de choses dans notre Ve République et c'est bien aussi d'avoir un petit peu de formalisme. Rien en la matière n'est caché, je pense, je comprends votre question…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais vous comprenez celle des parlementaires, vous étiez parlementaire il y a encore quelques semaines, Laurent PIETRASZEWSKI, on vous demandera de voter une réforme sans que vous sachiez vers quoi elle engage le pays financièrement, vous trouveriez ça sain ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce sera l'objet de l'étude d'impact qui sera communiqué aux parlementaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Lorsqu'on déposera la loi sur le bureau de l'Assemblée nationale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le 3 février.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Et qui sera également communiqué au Sénat. L'étude d'impact, elle est concomitante au projet de loi, donc elle sera déposée en même temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
En même temps que le projet de loi qui vient à l'Assemblée le 3 février en commission.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, lorsqu'il sera déposé sur le bureau, alors un peu plus, un peu plus tôt que le 3 puisque…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc avant le 3 février, il y aura une étude d'impact qui sera posée sur le bureau du Sénat et de l'Assemblée nationale.

LAURENT PIETRASZEWSKI
De l'Assemblée nationale et du Sénat puisque le Sénat sera aussi consulté en son temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et quand débutera la conférence de financement ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
La conférence de financement, elle est prévue pour débuter fin du mois de janvier, je crois que là pour l'instant monsieur MARETTE fait un certain nombre…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est lui qui va la présider.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il connaît très, très bien les systèmes de retraite par points, il a une grande capacité à dialoguer avec les partenaires sociaux et je crois qu'il les connaît bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous n'avez pas, vous dites fin janvier, ce n'est pas plus précis que ça.

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est très précis parce qu'il faut aussi laisser le temps à monsieur MARETTE de s'installer, de prendre ses contacts préalables et tout ça doit se faire en lien avec le gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, qui représentera l'Etat ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Les décisions sont en cours en la matière, on verra qui représentera l'Etat, mais vous avez raison de rappeler que l'Etat sera représenté, ne serait-ce que parce qu'il est employeur aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ce sera au niveau gouvernemental ou…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il y aura une décision qui sera prise en la matière.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça peut être quel profil, non c'est une question…

LAURENT PIETRASZEWSKI
J'ai compris votre question et on laissera le gouvernement y répondre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Hier il y a eu un front commun des oppositions à l'Assemblée, vous avez d'ailleurs répondu vous-même à une question du socialiste, Boris VALLAUD sur une question qui est extrêmement claire, pertinente, c'est le vote en première lecture, Laurent PIETRASZEWSKI, aura lieu avant les municipales. La conférence de financement s'achèvera en avril, autrement dit les décisions concernant le financement du système ne seront pas connues au moment où les députés voteront le texte en première lecture, là encore, est-ce que ça n'est pas, alors c'est Christian JACOB qui en parle ce matin d'ailleurs dans Le Figaro, il parle de mépris, de volonté d'humilier le Parlement par le gouvernement.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non Christian JACOB est sans doute aussi dans une posture politique, mais que je peux comprendre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il se trouve qu'encore une fois le Parti socialiste, La France insoumise, Jean-Luc MELENCHON sont tous d'accord là-dessus.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais je vais vous répondre, Elizabeth MARTICHOUX, on ne peut pas décemment dans ce pays être heureux de voir le gouvernement faire confiance aux partenaires sociaux, les partenaires sociaux prendre leurs responsabilités, demander du temps, vous venez de me poser la question juste avant sur la conférence de financement, demander du temps, avoir 3 mois pour construire la réponse du dialogue social, la réponse de la démocratie sociale à ce grand projet de société. Et ils ont 3 mois pour le faire, le gouvernement l'a dit, il y aura une ordonnance qui permettra de reprendre l'ensemble des propositions de la conférence des financeurs et si il n'y avait pas de proposition de la conférence des financeurs qui permette de revenir à l'équilibre, le gouvernement, le Premier ministre l'a dit, il prendra ses responsabilités, mais de toute façon il les prendra de façon éclairée au regard de ce qu'aura dit la conférence des financeurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, est-ce que ça veut dire que dans notre esprit l'âge pivot sorti par la porte, peut revenir par la fenêtre ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le débat qui est posé avec les partenaires sociaux pour la partie la confiance des financeurs, c'est comment allons-nous faire pour revenir au système à l'équilibre…

ELIZABETH MARTICHOUX
En toute hypothèse, est-ce qu'il peut revenir, en toute hypothèse où vous ne le souhaitez pas vous par exemple ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
En toute hypothèse, Elizabeth MARTICHOUX, le gouvernement prendra ses responsabilités au regard, il faudrait faire, et je comprends votre question, mais de politique fiction en permanence, il y aura trois mois de débats.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, c'est une forme de clarté aussi dans la façon dont vous posez…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais la forme de clarté, c'est de laisser la possibilité à ceux qui sont en responsabilité, les partenaires sociaux, de construire leur réponse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous fais conscience, vous dites aux syndicats, vous insistez, le gouvernement dit, je vous fais confiance aux syndicats, mais il n'y a pas de meilleure solution que l'âge pivot, c'est ce qu'a répété hier Edouard PHILIPPE à l'Assemblée.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais si nous avons écrit, Elizabeth MARTICHOUX, si nous avons écrit, si le gouvernement a écrit cette proposition autour de l'âge d'équilibre, c'est bien parce que nous pensons que c'est une proposition qui est à la fois réaliste, juste et équilibrée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est un objectif.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Elle a été contestée, les partenaires sociaux ont souhaité reprendre la main, nous avons rebondi sur leur proposition de conférence des financeurs, nous leur donnons le temps, nous leur faisons confiance et nous ne le mettons pas sous contrainte, il y a là vraiment la possibilité pour eux de réussir une vraie concertation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Juste encore une fois, votre souhait, vous êtes parlementaire, vous connaissez très bien cette réforme, vous avez des convictions, est-ce que vous souhaitez qu'en toute hypothèse, l'âge pivot ou vous dites quoi qu'il en soit on trouvera des solutions, une mesure d'âge, une autre durée de cotisation, mais pas l'âge pivot, vous ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais il n'y a pas d'ambiguïté, l'âge d'équilibre, il est, il fonctionnera dans le système lorsqu'il tournera à plein dans le système universel, c'est d'ailleurs dans le projet de loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais vous ne répondez pas à ma question.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Si j'y réponds, la question, moi je pense que l'âge d'équilibre était une bonne proposition, je comprends que les partenaires sociaux aient envie de proposer une autre solution, eh bien je leur laisse le temps de proposer cette autre solution et je ne les mets pas sous contrainte de ma propre vision, mais qu'ils connaissent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon vous ne répondez pas à ma question. Laurent PIETRASZEWSKI, vous êtes au gouvernement depuis un peu moins d'un mois maintenant, je crois, qu'est-ce que vous ferez quand cette réforme, un jour cette réforme, elle sera votée, elle entrera en vigueur, vous resterez au gouvernement chargé des retraites ou ça s'arrêtera quand la réforme sera votée ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Eh bien moi je suis à la disposition du président de la République et du Premier ministre. Je suis venu pour travailler sur ce projet de société, je serai là autant que le gouvernement estimera que c'est utile et que le président de la République le décidera.

ELIZABETH MARTICHOUX
Aux municipales, vous souhaitez jouer un rôle, vous venez du Nord, vous l'avez dit, Lambersart, Lille, vous serez sur une liste ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, je ne serais pas sur une liste, je suis très, très occupé par le dossier des retraites, tout le monde sait mon avis, tout le monde sait que je pense qu'il est grand temps de faire respirer Lille, et pour le reste je vais me consacrer à ma charge.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot, ça risque de vous coûter cher politiquement cette réforme des retraites aux municipales, il y aura un coût politique ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, je pense exactement l'inverse, Elizabeth MARTICHOUX, nous sommes ici parce que les citoyens ont souhaité renouveler ceux qui étaient à la tête du pays. Ils ont souhaité renouveler, donner leur chance à ceux qui viennent non pas parce qu'ils ont fait 35 ans de politique, non pas parce qu'ils sont des personnes qui se sont inscrites dans un parti, mais parce que ce sont des femmes et les hommes qui ont envie de transformer les choses. Moi je suis là pour transformer les choses, donc je vais vous dire très franchement, aller au bout de ce que nous avons choisi collectivement de faire et pour lequel nous avons été mandatés par les Français, c'est une preuve de confiance que les Français reçoivent et qui nous renvoient.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'avoir été ce matin sur le plateau de LCI, Laurent PIETRASZEWSKI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 janvier 2020