Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, à France Ô le 22 janvier 2020, sur les dossiers concernant Saint Pierre et Miquelon.

Texte intégral

CLAUDIO ARTHUR
Annick GIRARDIN bonsoir.

ANNICK GIRARDIN
Bonsoir.

CLAUDIO ARTHUR
Merci encore une fois d'être avec nous. Alors, l'inquiétude est grande à Miquelon, on vient de le voir avec ce reportage, de nombreux Miquelonais ne veulent pas construire dans le village actuel, ne veulent pas non plus d'un lotissement provisoire dans le cap de Miquelon. Construire de l'autre côté du pont, dès maintenant, c'est envisageable ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, quand est un jeune à Miquelon et qu'on veut investir aujourd'hui, effectivement c'est du bon sens que de vouloir sortir du périmètre qui est celui du village aujourd'hui et de se dire passons le pont, c'est sans doute là qu'il faut étendre le village. Moi je suis venue ici il y a six mois, j'ai fait une réunion publique à Miquelon, c'était exactement le sujet. Qu'est-ce que j'ai dit en tant que ministre des Outre-mer ? C'est que cette réflexion, qui devra être menée, le projet qui doit se construire… moi, à l'époque c'était un certain nombre de jeunes qui me posaient la question de, est-ce que vous pouvez nous financer pour réfléchir à un éco-quartier ? C'était une excellente idée, et moi je suis toujours partante effectivement pour soutenir ce type de réflexion. Aujourd'hui la préoccupation est encore plus grande, la demande est plus importante, les jeunes sont soutenus par leurs parents, par leurs grands frères, par leurs grandes soeurs, et c'est important aussi que Miquelon connaisse une évolution démographique, ou du moins ne baisse pas en nombre de jeunes sur le territoire, donc il faut soutenir ces projets. C'est une mission de la collectivité territoriale, puisque l'urbanisme est de sa compétence, et je crois savoir que le président de la collectivité se rendra à la rencontre des Miquelonais et des Miquelonaises dans les jours qui viennent. Moi, ce que je voulais leur réaffirmer, c'est mon total soutien à ce projet. Je ne peux dire qu'une chose…

CLAUDIO ARTHUR
Que peut faire l'Etat ?

ANNICK GIRARDIN
Imaginons, par rapport à effectivement les premières fois où j'ai parlé du dérèglement climatique et des conséquences sur Miquelon, regardes comment on a évolué. Moi je me rappelle effectivement qu'on a souri beaucoup à ce que je pouvais dire de ce qui arriverait dans l'avenir au village de Miquelon, parce que malheureusement on est victime du dérèglement climatique, et il y a eu des incidents dernièrement qui ont montré que c'était bien le cas et que c'était irréversible, et qu'il fallait penser autrement, construire autrement, s'étendre en dehors du village. Donc, moi je serai aux côtés, parce que c'est l'Etat, le ministère des Outre-mer, mais au-delà le ministère du MTES également, on sera aux côtés de la collectivité qui doit, effectivement, faire ce type de choix, enfin d'abord le penser, le réfléchir et le mettre en place.

CLAUDIO ARTHUR
D'accord, donc l'Etat est prêt à soutenir ce projet, mais c'est à la collectivité maintenant de prendre le dossier en main.

ANNICK GIRARDIN
Mais l'Etat est toujours aux côtés de la collectivité sur ses projets, et se doit d'être aux côtés de la collectivité sur ses projets.

CLAUDIO ARTHUR
Autre dossier important du programme de votre visite, Annick GIRARDIN, c'était aujourd'hui la remise du rapport de l'IGAS, l'Inspection générale des Affaires sociales, au conseil d'administration de la CPS, la Caisse de prévoyance sociale, rapport demandé l'an dernier par votre collègue ministre des Solidarités et de la Santé Agnès BUZYN. L'objectif de ce rapport était de réaliser un diagnostic de la gestion du régime de Sécurité sociale géré par la CPS et de formuler des propositions pour améliorer notamment la maîtrise des dépenses. On parle de 42 millions de déficit en 2018, on y revient avec vous tout de suite, tout d'abord cette réaction, celle du président de la CPS, André ROBERT, à la sortie de ce conseil d'administration.
(…)

CLAUDIO ARTHUR
Alors, ces préconisations devraient permettre de mieux maîtriser les dépenses, on sait que le déficit, Madame la ministre, a doublé en 10 ans. Quelles sont les pistes avancées dans ce rapport pour plus d'efficacité aujourd'hui ?

ANNICK GIRARDIN
Alors peut-être il faut rappeler, aux Saint-pierre-et-Miquelonais qu'une réforme a été portée en 2016, qu'elle a totalement avorté, chacun se rappelle ici un mécontentement général au sein du conseil d'administration, et un projet d'ordonnance qui devait passer en Conseil des ministres, que j'ai pris l'initiative de retirer parce que ce travail n'avait pas été suffisamment coordonné ou co-construit avec la Caisse, les partenaires, les membres du conseil d'administration. Ça fait maintenant depuis 2 ans que je suis, plus de 2 ans que je suis à la tête de ce ministère des Outre-mer, je travaille avec la Caisse de prévoyance sociale sur comment on reconstruit cette réforme, comment on porte une réforme ensemble, comment on la construit ensemble, et ce rapport s'intègre bien effectivement dans ce rapport, enfin dans son retour à la confiance de ce travail collectif. Il a deux objectifs ce travail. D'abord, effectivement, de permettre aux Saint-pierre-et-Miquelonais d'avoir l'ensemble des droits qui sont ouverts aujourd'hui à l'ensemble des Français, y compris des départements d'Outre-mer, l'exemple de la carte Vitale est bien connu…

CLAUDIO ARTHUR
On en parle beaucoup, depuis longtemps.

ANNICK GIRARDIN
Eh bien oui on en parle beaucoup et depuis longtemps, celui qui est en métropole et qui doit faire l'avance des frais médicaux il sait bien de quoi on parle exactement. Et puis c'est aussi, par exemple, l'installation des médecins traitants, on voit bien que là on travaille sur le suivi médical. C'est aussi, effectivement, la volonté de mieux gérer l'offre de soins dans l'archipel, avec la Caisse de prévoyance sociale, mais également son centre de santé, l'hôpital et ses satellites, mais aussi les libéraux. Et puis ce rapport c'est aussi comment on travaille mieux. L'idée ce n'est pas de faire des économies, ce n'est pas une réforme budgétaire, l'idée c'est de dire comment on utilise mieux les crédits mis à la disposition de la Caisse de prévoyance sociale, au bénéfice de la Caisse de prévoyance sociale, mais aussi de l'hôpital et surtout de tous les assurés.

CLAUDIO ARTHUR
Quelles sont les pistes ?

ANNICK GIRARDIN
Les pistes aujourd'hui c'est vraiment ces nouveaux droits, mais c'est aussi d'être davantage efficient, c'est d'aller regarder par exemple, avec un nouveau système informatique, comment on travaille plus vite, comment on permet effectivement de travailler sur les consommations de médicaments à outrance, comment on peut réguler davantage un système, le rendre plus performant, plus efficient. L'Etat ne demande pas, aujourd'hui, d'économies, ce n'est pas l'idée, l'idée c'est vraiment qu'on soit plus performant. C'est pour les Saint-pierre-et-Miquelonais que ce travail doit être fait, c'est comme ça que moi je le vois.

CLAUDIO ARTHUR
André ROBERT semble dire que les cotisations n'augmenteront pas, pour le moment en tout cas, est-ce que c'est sûr, y aura-t-il des contreparties à s'aligner avec le régime de métropole ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, on vient s'adosser à un système national. Moi j'ai deux lignes rouges. Un, la non-augmentation des cotisations salariales, patronales et salariales, et un système qui reste quand même, ou qui prend en compte les spécificités, d'abord un conseil d'administration avec plus de compétences que ce que l'on peut trouver en métropole, parce que c'est important qu'on garde cette spécificité. Vous savez, en 2016, je me suis fâchée, on a retiré l'ordonnance, eh bien je n'irai pas jusqu'au bout de ce travail s'il y avait un risque quelconque. Je suis Saint-Pierraise-et-Miquelonaise, et je regarde l'intérêt du territoire. La ministre de la Santé a souhaité effectivement qu'on puisse travailler ensemble sur ce dossier, je souhaite nommer le directeur de l'ATS comme coordinateur sur le territoire pour écrire, parce qu'il faut écrire ce texte, qu'on va proposer très certainement au PLF 2021, ça veut dire octobre-novembre, eh bien il faut écrire ce texte avec la DSS, la Sécurité sociale, mais aussi avec la DGOM, le ministère des Outre-mer, dans cette écriture, nous allons le faire en lien complet et direct, en permanence, avec le territoire. Oui, il faut qu'on donne espoir, oui il faut qu'on avance, oui il faut qu'on reste vigilant, et je resterai.

CLAUDIO ARTHUR
Alors, il y avait des inquiétudes, Annick GIRARDIN, des inquiétudes concernant des prestations comme le portage des repas, qui ne sont plus financées par la CPS pour ceux qui ne cotisaient pas à cette caisse. Est-ce qu'elles vont perdurer ces prestations ?

ANNICK GIRARDIN
Alors c'est un autre point qu'on a évoqué au conseil d'administration de la Caisse de prévoyance sociale cet après-midi, ce sont ces aides extralégales que la Caisse de prévoyance sociale assurait, y compris pour des personnes retraitées qui ne dépendaient pas de son régime. On parle de qui ? On parle des marins, l'Enim, on parle des fonctionnaires territoriaux retraités, on parle de la Fonction publique hospitalière, les retraités de la Fonction publique hospitalière, ou encore les retraités de la Fonction publique Etat. Depuis juillet dernier, parce qu'il n'y avait pas de base légale, la Caisse de prévoyance sociale a cessé de prendre en charge ces prestations, le ministère des Outre-mer, j'ai décidé qu'il fallait nous donner le temps de pouvoir solutionner cette problématique, et depuis juillet dernier et jusqu'au 31 décembre 2019 le ministère des Outre-mer a pris en charge cette prestation, le temps effectivement, cette semaine, d'annoncer effectivement le résultat du travail, qui a pris un peu plus de temps, qui, c'est vrai, a cafouillé, on va dire, un certain moment, sur certains niveaux avec des refus, et puis au ministère des Outre-mer, au cabinet, on a pris notre téléphone, et puis ces dernières semaines on a réglé un certain nombre de situations. Normalement, pour l'ensemble de ces retraités qui ne sont pas affiliés à la Caisse de prévoyance sociale, une convention sera signée entre les différentes caisses nationales et la Caisse de prévoyance sociale, la reprise de ces aides devrait se faire sous peu, je dis sous peu parce que les conseils d'administrations des différentes caisses se font cette semaine, j'aurais voulu que ce soit la semaine dernière, mais certains n'ont même pas eu le quorum, on se demande effectivement si ce n'est pas de l'humour, mais ce sera fait cette semaine et je peux garantir que tout le monde sera couvert désormais.

CLAUDIO ARTHUR
Autre question, autre sujet d'actualité, la réforme des retraites. Le territoire, vous l'avez vu, se mobilise ici aussi contre la réforme des retraites, on s'inquiète, ici, sur les conditions d'application, on parle d'une ordonnance spécifique pour l'archipel. Que devra-t-elle contenir cette ordonnance, selon vous ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, il y aura une ordonnance spécifique, d'ailleurs pour tous les Outre-mer, puisque c'est un groupe de travail qui se met en place et qui doit effectivement faire des propositions, pour Saint-Pierre-et-Miquelon nous pourrions relever effectivement de cette ordonnance spécifique si c'était nécessaire. Par contre, nous parlons bien du système local des retraites dépendant effectivement de la Caisse de prévoyance sociale, si on parle des fonctionnaires du territoire, eux verront effectivement la réforme s'appliquer automatiquement. C'est pour ça qu'au-delà de cette réforme, qui est portée par le gouvernement, par un certain nombre de mes collègues, moi j'ai poussé pour qu'on aille beaucoup plus loin dans la réflexion sur le sujet Outre-mer et j'ai nommé une mission flash sur deux sujets, puisque là il s'agit effectivement de la fonction publique, qui sera de toute façon touchée par cette réforme, c'est de dire quid – on va le dire comme ça – des cotisations sur la sur-rémunération - les fonctionnaires, dans l'archipel, ont une sur-rémunération. On a toujours dit, y compris depuis la suppression de l'ITR, qu'il était intéressant de trouver un autre modèle – eh bien c'est l'occasion de discuter de la cotisation, de cotiser sur la sur-rémunération. Jusqu'où ? C'est le débat qu'on doit avoir, est-ce que c'est sur 40%, ou plus, ou moins, parce que ça va concerner bien sûr les patrons, donc les collectivités territoriales, l'Etat dans les cotisations patronales, et aussi les salariés, qui devront cotiser plus, mais pour toucher plus à leur retraite. Et puis il y a la bonification retraite, c'est-à-dire que c'est 1 an pour 3 ans de présence Outre-mer de bonification, là on rentre, on n'est pas pris en compte aujourd'hui dans le système qui est prévu, donc il faut savoir comment on peut donner des équivalences points pour ce système particulier de l'Outre-mer. La ministre des Outre-mer elle est sur ce créneau-là, avec l'ensemble des élus des territoires d'Outre-mer, que je vais rencontrer dans les jours qui viennent, à qui j'ai écrit il y a maintenant une semaine et demi, pour les alerter sur ces sujets spécifiques liés aux Outre-mer, et ça c'est important que l'on puisse le faire.

CLAUDIO ARTHUR
Et on suivra évidemment ce dossier très important. Avant de partir pour Miquelon ce matin, vous vous êtes rendue dans les locaux du CLEF à Saint-Pierre pour un petit déjeuner, le CLEF c'est cette association qui prend en charge les femmes victimes de violences, l'occasion de parler des problèmes, mais aussi des projets de l'association. Pour Marion UGHUETTO, coordinatrice du lieu d'accueil du CLEF, le soutien de l'Etat est primordial.

(…)

CLAUDIO ARTHUR
Vous avez rencontré de nombreuses associations sur les deux îles durant ces deux jours, elles semblent satisfaites du mode d'attribution des subventions, mais certaines demandent plus d'accompagnement notamment sur le plan administratif, on connaît la lourdeur des dossiers aujourd'hui, ça prend beaucoup de temps. A quoi vous êtes-vous engagée sur ce plan bien précis ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, mon déplacement il avait effectivement trois objets, santé, social, on en a parlé, et vie associative, vie associative qui rejoint d'ailleurs les deux premiers sujets dans certains cas, on l'a vu effectivement avec le CLEF ou alors on l'a vu aussi avec "Restons chez nous", puisque j'ai fait un travail particulier sur ces deux associations, qui sont actuellement fragiles et qu'il nous faut effectivement conforter, conforter ça ne veut pas dire plus de moyens financiers, ça veut dire un meilleur accompagnement de la part de l'Etat pour ces associations. Plus globalement, la vie associative elle est dynamique, il y a une grande vitalité dans le territoire, d'ailleurs la vie associative par tête d'habitants à Saint-Pierre-et-Miquelon reste quand même quelque chose de très fort et il faut s'en féliciter, il faut s'en féliciter, faire un bilan régulier, voir comment on peut avancer sur cet accompagnement. Aujourd'hui l'Etat apporte 1,5 million d'euros aux associations sur le territoire, c'est les budgets, effectivement, qui sont présents sur le territoire, on y ajoute 220.000 euros, on a doublé la somme du ministère des Outre-mer. La question elle n'est pas que financière, vous l'avez dit, c'est des accompagnements plus larges. Cet accompagnement, souvent il est une réflexion sur la mutualisation, on a bien vu depuis quelques années que la question de la mutualisation des moyens, que ce soit effectivement en termes de ressources humaines, matérielles ou locaux, est une vraie question, ou encore sur la question de la formation des bénévoles, l'Etat fera des appels à initiative, là, dans les jours qui viennent, pour effectivement qu'on avance sur ces deux sujets. Il a été question aussi d'investissements lourds et de capacité d'emprunt des associations, et de capacité à garantir les emprunts des associations. Il a été effectivement question aussi d'une visibilité des actions que l'on pouvait mettre en place ou encore d'une programmation sur l'année des différentes manifestations organisées par les associations. Et puis c'était l'occasion aussi de dire que, en termes de ressources humaines l'Etat s'était renforcé avec un poste de chargé de mission culture, avec un conseiller de jeunesse et d'éducation populaire, qui devrait arriver dans l'archipel en mars, avec d'autres services d'Etat qui ont des conseillers, qui peuvent accompagner les associations. Le véritable problème il est là. Bien sûr que le volet administratif il est toujours lourd, mais plus globalement on en demande beaucoup aux bénévoles, il faut qu'on les accompagne davantage, on aura les ressources humaines, on a les moyens financiers, il faut maintenant qu'on puisse avancer ensemble.

CLAUDIO ARTHUR
Alors une dernière question, d'actualité aussi celle-là., à quelques semaines des élections municipales. On sait que Cap sur l'avenir présentera une liste pour ces élections 2020, qui sera en tête de liste pour Cap sur l'avenir ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, vous comprendrez qu'en tant que ministre je ne vous répondrais pas sur ce plateau, le député CLAIREAUX vous a annoncé effectivement la présence de Cap sur l'avenir dans ces élections, le reste se fera pas le mouvement et pas par moi.

CLAUDIO ARTHUR
Merci beaucoup Annick GIRARDIN d'avoir répondu à nos questions ce soir.

ANNICK GIRARDIN
Merci Claudio, merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 janvier 2020