Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à Public Sénat le 29 janvier 2020, notamment sur le coronavirus, l’arrivée au Parlement du projet de loi de réforme des retraites et la SNCF.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et l'invitée politique ce matin, c'est Elisabeth BORNE. Bonjour !

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Ministre de la Transition écologique et solidaire. Merci d'être avec nous ce matin. On est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, représentée par Christelle BERTRAND, du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle.

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour Oriane. Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Les sujets sont nombreux avec vous, Elisabeth BORNE, on va bien sûr longuement parler d'écologie, de la réforme des retraites, mais d'abord, un mot sur ce coronavirus, la Commission européenne qui a donc annoncé hier que deux avions seraient affrétés pour rapatrier 250 Français et une centaine d'Européens présents dans la région de Wuhan, en Chine, berceau de l'épidémie. Est-ce que vous en savez plus sur ce rapatriement ?

ELISABETH BORNE
On est en train de caler le dispositif, donc comme vous l'avez vu, à la fois, on est vigilant sur la situation en France avec des consignes très claires qui ont été passées, si on revient de Chine, qu'on a des problèmes respiratoires, de la fièvre, il ne s'agit pas d'aller aux urgences ou chez son médecin, il faut appeler le 15. Et puis, la France se préoccupe de la situation de ses ressortissants qui sont effectivement en Chine, on va organiser un rapatriement de ceux qui le souhaitent, mais on est en train de caler le dispositif, à la fois de voir combien de personnes sont concernées, et puis, vous l'avez souligné, on s'occupe évidemment des Français, mais aussi, à la demande d'autres pays européens qui n'ont pas forcément la même organisation, on pourra prendre en charge d'autres ressortissants européens.

ORIANE MANCINI
Vous avez une date précise pour ce rapatriement ?

ELISABETH BORNE
La date n'est pas encore calée, le dispositif se met en place.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, un nouveau cas a été confirmé en France, est-ce que des dispositions supplémentaires vont être prises au regard de ce nouveau cas ?

ELISABETH BORNE
Enfin, les dispositions, elles sont claires, c'est vraiment de rester chez soi si on a effectivement des symptômes, d'appeler le 15, vous avez vu qu'on a été très réactif pour mettre en place des tests, donc c'est l'institut Pasteur qui a réussi à avoir des tests, donc ça permet vraiment d'avoir une réponse au plus juste adaptée en fonction de la situation des personnes qui présentent des symptômes.

ORIANE MANCINI
Allez, l'autre sujet, c'est la réforme des retraites, la commission spéciale de l'Assemblée nationale a commencé ses travaux hier, mais le Parlement est en colère contre le calendrier de cette réforme, le Sénat notamment demande la fin de la procédure accélérée, c'est une seule lecture par chambre, il demande plus de temps pour examiner cette réforme des retraites, le gouvernement ne le souhaite pas, est-ce que le gouvernement empêche le Parlement de travailler correctement ?

ELISABETH BORNE
Enfin, vous savez, ce débat, il va se poursuivre jusqu'à l'été, donc je pense que maintenant, tout le monde a les éléments, le texte de loi, une étude d'impact très copieuse qui a été également transmise au Parlement, et puis, donc, il y a plusieurs mois avant l'examen au Sénat. Donc je pense que tout le monde aura le temps de prendre connaissance de tous ces éléments.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais des projets de loi parfois moins importants et moins fondamentaux que ce projet de loi sur les retraites, bénéficient de plusieurs lectures au Parlement, pourquoi cette procédure accélérée sur un texte dont le gouvernement dit qu'il est fondamental ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, la procédure accélérée, ça peut aussi vouloir dire une lecture… enfin, pardon, deux lectures dans chaque assemblée, on peut supposer que la CMP ne sera pas nécessairement conclusive, donc chacun aura le temps de débattre du texte.

ORIANE MANCINI
La CMP, juste, la Commission Mixte Paritaire, où députés et sénateurs sont censés se mettre d'accord. Sur la nouvelle journée de mobilisation, il y a une nouvelle journée de mobilisation qui est prévue aujourd'hui, apparemment peu de conséquences sur le trafic, est-ce que les perturbations dans les transports, c'est derrière nous, est-ce que la grève est derrière nous ?

ELISABETH BORNE
Le mouvement tel qu'on l'a connu avec effectivement une très forte mobilisation à partir du début décembre, eh bien, je pense que maintenant, c'est sans doute derrière nous, il y a des actions ponctuelles, bon, je pense que les Français, partout en France, et spécifiquement en Ile-de-France, ils en avaient assez, ils avaient envie de reprendre une vie normale, et voilà, moi, j'espère qu'effectivement, ça va être le cas. Je pense qu'aujourd'hui, le trafic est quasi-normal.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que vous êtes favorable à l'étalement des retenues sur salaires pour les grévistes ?

ELISABETH BORNE
Non, je pense que ça a été dit très clairement, enfin, d'abord, il n'y a pas eu de négociation de sortie de conflit, puisque les organisations syndicales ne l'ont pas souhaitée, ensuite, chacun prend ses responsabilités. Il y a eu un conflit très long, très pénalisant, c'est toujours pénalisant pour tout le monde ce genre de conflit, à la fois pour les usagers qui ont été en galère pendant des semaines, et puis, aussi, pour les salariés qui, finalement, perdent de l'argent, c'est aussi des choix en responsabilité qu'on fait dans ce cas-là…

ORIANE MANCINI
Et aussi pour les entreprises…

CHRISTELLE BERTRAND
C'est ce que j'allais dire…

ORIANE MANCINI
Et aussi pour les entreprises. La présidente de la RATP a annoncé hier 200 millions de pertes, est-ce que vous avez un nouveau chiffre pour la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Enfin, on sait pour la SNCF, ça va être de l'ordre du milliard, donc c'est évidemment une très mauvaise nouvelle, alors que l'entreprise doit avoir une trajectoire qui lui permette évidemment de ne pas se ré-endetter, alors qu'on va reprendre 35 milliards de dettes dans le quinquennat, ce qui est évidemment énormément d'argent. Moi, mon objectif, c'est vraiment que la SNCF fasse les investissements qui étaient prévus. Moi, je pense qu'il faut qu'il y ait de plus en plus de gens qui prennent le train plutôt que la voiture, le transport, c'est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, en plus, c'est des galères pour tout le monde quand on doit prendre sa voiture pour aller… on a encore vu des résultats dans toutes nos grandes villes en France, où il y a des embouteillages, donc il faut plus de trains, des investissements massifs de la SNCF. Donc mon objectif, c'est que, évidemment, on ne remettra pas en question les programmes d'investissements très importants qui sont prévus…

ORIANE MANCINI
Mais investissements sur quoi, est-ce que, encore une fois, c'est les petites lignes qui vont être pénalisées, c'est une inquiétude dans les territoires, est-ce que ce milliard de pertes supplémentaires, ça va avoir une incidence sur les investissements dans ce domaine ?

ELISABETH BORNE
Enfin, ça ne peut pas être le cas, ça ne sera pas le cas, on est très attentif, Jean-Baptiste DJEBBARI a continué le travail avec les régions pour qu'on apporte des solutions il y a besoin, enfin, il faut sortir, il fallait sortir de cette logique du tout TGV où on a négligé le réseau, celui qui dessert nos villes, je pense à Rouen, je pense à Clermont-Ferrand, je pense à Limoges, voyez, où on a beaucoup de Français qui ont vu leur temps de trajet s'allonger pendant qu'on promettait des TGV à tout le monde. Il faut développer, il faut plus de TER autour des grandes villes, et donc, voilà, et puis, par ailleurs, il y a des petites lignes qui sont très importantes pour la desserte des territoires, ce sur quoi, on travaille, c'est aussi d'avoir des réponses adaptées, parce que pendant trop longtemps, il y avait une vision de ce qu'était une ligne ferroviaire, la même, qu'on soit sur un RER en région parisienne, ou qu'on soit dans un territoire moins dense. Et tout le travail qui est mené, c'est d'avoir des réponses adaptées, peut-être des trains plus légers, c'est le travail qui est mené avec les régions pour qu'on apporte les bonnes réponses adaptées dans chaque territoire.

ORIANE MANCINI
Mais vous dites : il n'y aura pas de conséquences sur les petites lignes, mais il y aura forcément des conséquences à la SNCF, ce milliard, du coup, il va se faire sentir où ce milliard qui manque ?

ELISABETH BORNE
Je pense que la SNCF réfléchit à des cessions qui pourraient être faites, vous savez que la SNCF, elle est dans le transport ferroviaire, et je pense que c'est ce que tous les Français attendent d'elle, et puis, elle est présente dans d'autres activités, le transport routier de marchandises. Voilà, moi, ce que je souhaite, c'est que la SNCF soit au service des Français pour un meilleur transport ferroviaire…

ORIANE MANCINI
Et se désengage du transport routier…

CHRISTELLE BERTRAND
Elle pourrait céder le transport routier de marchandises ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, je pense que, voilà, elle peut y réfléchir, je ne vais pas vous faire une annonce ce matin, mais il y a des actifs qui ne sont pas indispensables à ce que tous les Français attendent, et donc il faut qu'elle y réfléchisse…

ORIANE MANCINI
Juste dernière question là-dessus, vous avez dit : l'État va reprendre 35 milliards de dette de la SNCF, ce milliard supplémentaire, la SNCF va devoir se débrouiller toute seule ?

ELISABETH BORNE
Je pense que 35 milliards, vous savez, c'est beaucoup d'argent, et à la fin, c'est quand même nous tous qui allons financer cette reprise de dette.

ORIANE MANCINI
Donc pas d'aide de l'État sur les conséquences de la grève ?

ELISABETH BORNE
Non.

CHRISTELLE BERTRAND
Passons à une autre de vos préoccupations, l'environnement, ce devait être un marqueur du quinquennat, en juin 2017, le président proclamait : “make out planet great again”, or, finalement, jusqu'à présent, pas de très grandes annonces, est-ce que le chef de l'État s'en remet entièrement sur la convention climat, la convention citoyenne qui est en train de se tenir ?

ELISABETH BORNE
Alors, peut-être qu'on n'a pas suffisamment mis en valeur ce qu'on a fait, vous savez, mais, moi, je crois à une écologie de l'action, pas des promesses en l'air, et on est en train d'agir à la fois sur une transformation sans précédent, on veut sortir de la civilisation des énergies fossiles, et c'est le document, la feuille de route que j'ai mise en consultation, il y a une dizaine de jours, qui nous place, qui va faire que la France sera un pays neutre en carbone, donc elle n'émettra pas plus de gaz à effet de serre que ce que notre planète, nos sols, nos forêts peuvent absorber, et cette feuille de route…

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, très concrètement, ça se traduit comment ?

ELISABETH BORNE
Très concrètement, mais c'est des transformations profondes, on évoquait la mobilité, vous savez, on va investir comme on ne l'a jamais fait dans les transports du quotidien pour remettre en état les réseaux ferrés, pour développer des solutions alternatives à la route dans tous les territoires. Donc ça, c'est un exemple…

CHRISTELLE BERTRAND
Des solutions alternatives à l'avion aussi par exemple ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, l'avion vous savez, on a des TGV en France, et a priori, effectivement, il faut qu'on ait un usage plus raisonné de l'avion, je précise qu'on était avec Jean-Baptiste DJEBBARI en début de semaine, parce que le transport aérien, comme tous les secteurs, doit aussi réduire ses émissions de gaz à effet de serre, et par exemple, l'appel à manifestation d'intérêt, donc la mobilisation de tous les acteurs pour nous proposer des biocarburants, qui peuvent être une solution de court terme, pour réduire les émissions, en attendant l'avion à hydrogène demain…

CHRISTELLE BERTRAND
Oui, puisqu'on sait que les biocarburants, ce n'est pas la solution miracle, on manque de terres agricoles, on sait que ça prend beaucoup d'espaces sur la planète…

ELISABETH BORNE
Alors, attendez, moi, j'ai dit très clairement que ces biocarburants aériens, ils doivent se développer avec des réponses qui ne créent aucune déforestation directe ou indirecte, pas en France, et pas ailleurs, et qui ne peuvent pas effectivement se développer en concurrence avec l'alimentation. Donc les solutions qui ont été regardées, puisqu'on avait lancé, j'avais lancé déjà un travail entre tous les acteurs, c'est par exemple des huiles usagées, des graisses animales, voilà, donc ce n'est certainement pas des ressources qui pourraient être en concurrence avec l'alimentation, ni a fortiori contribuer à la déforestation, donc voilà, il y a ces actions très fortes sur les transports…

ORIANE MANCINI
Juste sur cette question…

ELISABETH BORNE
Et puis, dans tous les secteurs, on a engagé des transformations profondes, par exemple, dans la loi énergie-climat, on se donne les moyens de mettre fin à ces logements qui sont des passoires thermiques d'ici 2028, donc on a ces transformations profondes, et puis, peut-être aussi vous dire qu'on a des actions immédiates, la fin des centrales à charbon dans le quinquennat, un million de chaudières fioul qu'on va remplacer en cinq ans, un million de voitures, un million de ménages qui vont pouvoir passer à des voitures qui polluent moins et qui consomment moins, donc c'est aussi important pour le budget des ménages. Dès cette année, le forfait mobilité, 400 euros pour ceux qui vont au travail en vélo ou en covoiturage. Donc vous voyez, c'est préparer les prochaines décennies avec des actions structurelles, et puis, des actions immédiates.

ORIANE MANCINI
On a compris vos mesures, juste, je reviens un petit peu en arrière, je vous ai laissé développer, mais sur cette question des biocarburants, qu'on soit bien clair, vous avez annoncé un objectif de 50% de biocarburants dans les avions d'ici 2050. Et il y a un téléspectateur qui vous a posé une question à ce sujet sur Twitter, on va la regarder ensemble. C'est une question Twitter donc de Charlotte VASSANT, la France veut créer une filière de biocarburants pour les avions, pourquoi ne pas faire confiance à la filière éthanol française la plus durable au monde ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je pense que les ressources éthanol, elles ne sont pas non plus en quantité illimitée, a fortiori, si on ne veut pas que ça vienne en concurrence avec l'alimentation. Donc du coup, moi, enfin, le sens de l'appel à manifestation d'intérêt, c'est que tous ceux qui ont des bonnes idées, qui répondent au cahier des charges que j'ai dit : pas de déforestation, pas de concurrence avec l'alimentation, sont les bienvenues. Quand on dit 50% de biocarburants en 2050, moi, je précise, c'est peut-être 50% de biocarburants ou de carburant de synthèse, et puis, j'espère qu'on va annoncer au plus vite des avions à hydrogène ; je pense qu'à partir de 2035, je souhaite qu'on ait des avions neutres en carbone à cette échéance…

ORIANE MANCINI
Mais les conducteurs sont prêts à ça ? AIRBUS notamment…

ELISABETH BORNE
Ils y travaillent, ils y travaillent. AIRBUS, SAFRAN, toute la filière y travaille, vous savez, on est un des seuls pays qui a toute la chaîne de compétences dans le domaine de l'aéronautique, on a su faire des choses formidables dans l'aérospatiale, dans l'aéronautique, moi, je pense que le défi aujourd'hui pour l'aéronautique, comme pour tous les secteurs, c'est de devenir neutre en carbone.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors, la fin du glyphosate qui avait été actée dans la loi EGalim, c'est pour demain presque, dans un an, est-ce que les délais seront tenus, est-ce que les agriculteurs ont pu, puisque c'était une des raisons de repousser cette échéance, ont pu s'adapter aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez qu'il y a des études qui sont faites à la fois par l'INRA, pour regarder quelles sont les alternatives, et puis, tout ça sera évalué par l'Agence nationale de sécurité de l'environnement, l'ANSES, donc des premières évaluations ont été faites, c'est fait filière par filière, il s'agit d'apporter des réponses concrètes aux agriculteurs, donc des premières évaluations ont été faites dans la viticulture, on aura prochainement les évaluations pour l'arboriculture, et on attend d'ici l'été les évaluations sur les grandes cultures. Donc moi, je pense qu'il faut tenir cet objectif sur le glyphosate, évidemment, s'occuper aussi des usages non agricoles, je pense que les agriculteurs ne comprendraient pas que par exemple continue à utiliser du glyphosate, donc elle est engagée pour sortir du glyphosate, et puis, peut-être, dire que, de façon générale, il y a le glyphosate, et puis, il y a l'objectif que moi je porte de réduire l'usage des pesticides, et donc ça, on a eu l'occasion de faire un point récemment qui nous a montré qu'on n'était pas sur la bonne trajectoire, donc il faut un nouveau souffle, et on va y travailler avec évidemment les représentants des agriculteurs, avec les organisations de protection de l'environnement, avec le ministère de l'Agriculture, il faut, il y a une aspiration très forte, je pense, de nos concitoyens et des agriculteurs, à ce qu'on consomme moins de ces produits chimiques qui ont un impact sur la santé et qui ont un impact évidemment sur l'environnement…

CHRISTELLE BERTRAND
Donc les délais seront tenus ou ils pourraient être repoussés un petit peu si tout le monde n'avait pas réussi à trouver le moyen de s'adapter ?

ELISABETH BORNE
Enfin, on est sur la feuille de route qui a été tracée par le président de la République, de dire qu'on sort de l'essentiel des usages en trois ans, et puis, de tous les usages, en cinq ans.

ORIANE MANCINI
Un mot sur cette demande d'une quarantaine de députés de tous bords qui vous ont adressé une lettre pour demander une évaluation climatique des lois, est-ce que vous êtes pour ?

ELISABETH BORNE
Ah, moi, j'y suis favorable, c'était aussi le sens des échanges qu'on a avec cette nouvelle instance, le Haut Conseil pour le climat, que le président de la République a souhaité mettre en place. Je pense que, évaluer toutes les lois sur leur impact climatique, c'est indispensable, parce que sinon, vous savez, si… à la fois, moi, je me bats pour qu'on ait des mesures fortes pour effectivement réduire les émissions de gaz à effet de serre, et puis, dans le même temps, il y a des projets de loi qui vont dans le mauvais sens, c'est un peu comme si moi, je remplissais la baignoire et qu'elle se vide de l'autre côté, donc je pense qu'il faut vraiment maintenant évaluer toutes nos lois sur cet impact, comme on le fait quand on a des études d'impact aujourd'hui, on s'occupe des enjeux économiques et sociaux, il faut prendre l'impact sur le climat, moi je n'ai pas de doute.

CHRISTELLE BERTRAND
Le gouvernement souhaite un congrès mondial de la nature, qui pourrait avoir lieu en juin à Marseille, quel est l'objectif de ce congrès ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez que 2020, c'est une année importante pour le climat, c'est une année aussi cruciale pour la biodiversité, puisque se tiendra en Chine à la fin de l'année la COP sur la biodiversité, où on doit arriver à l'équivalent de l'accord de Paris, qu'on a eu pour le climat en 2015. On veut la même chose pour protéger notre biodiversité dans les dix prochaines années. Et ce congrès de l'UICN, qu'on accueille effectivement, c'est un événement très important, le dernier, s'était tenu en 2016 à Hawaï, et il y avait eu des décisions importantes, par exemple, la fermeture de l'importation d'ivoire en Chine, donc c'est des temps très importants, ça sera près de 20.000 personnes qui seront accueillies à Marseille. Et l'objectif, c'est qu'on puisse commencer à mobiliser, pas commencer, mais en tout cas, acter déjà une forte mobilisation à ce moment-là de tous les pays qui doivent s'engager pour la biodiversité, comme on s'était engagé en 2015 pour le climat.

CHRISTELLE BERTRAND
Quelle pourrait être une des grandes décisions par exemple en matière de biodiversité ?

ELISABETH BORNE
Il y a des objectifs, un objectif, je pense, qui est largement porté, en tout cas, moi, que je porte, c'est 30% d'aires protégées, donc à la fois sur terre et en mer, c'est l'objectif qu'on se donne au niveau national, 30% de notre territoire en aires protégées avec 10% de protections fortes.

ORIANE MANCINI
Mais à l'issue de ce congrès mondial pour la nature, vous espérez un accord au niveau international ?

ELISABETH BORNE
Absolument, absolument.

ORIANE MANCINI
A quelle échéance ? Juin, ça paraît court ?

ELISABETH BORNE
Donc c'est à la fin de l'année, non, non, mais donc juin, c'est, on va dire, le tremplin pour la COP biodiversité qui se tient en Chine, en octobre.

ORIANE MANCINI
Donc accord espéré en octobre, novembre.

CHRISTELLE BERTRAND
En parlant d'aires protégées, un nouveau délai a été accordé à l'usine ALTEO de Gardanne, qui déverse des boues rouges dans les calanques, on le sait, depuis… la polémique dure depuis 2015, pourquoi avoir accordé un nouveau délai ? Les associations parlent du énième délai ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je pense que, il faut maintenant que ces rejets, ils soient aux normes, l'objectif, c'est au plus tard au mois de juin, que ces rejets respectent l'ensemble des paramètres…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais pourquoi un nouveau délai jusqu'en juin, ça devait s'arrêter en en décembre, là ?

ELISABETH BORNE
Moi, je comprends que l'industriel a une mise en service au mois de juin d'une station qui va permettre de tenir le dernier paramètre qui manque, mais voilà, il n'y aura pas de nouveau délai, ça, c'est clair.

CHRISTELLE BERTRAND
D'accord. Autre sujet qui a fait polémique, il y a quelques années, lors d'un déplacement le 17 janvier dans le Tarn, le ministre de l'Agriculture a annoncé la reprise du projet de barrage à Sivens, est-ce que vous soutenez cette initiative ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est un projet effectivement qui a un historique très lourd, on se souvient tous du décès de ce jeune militant…

CHRISTELLE BERTRAND
De Rémi FRAISSE…

ELISABETH BORNE
Le travail s'est continué dans le territoire entre les agriculteurs et les associations de protection de l'environnement, je pense que c'est un sujet qu'il faut prendre évidemment avec beaucoup de précaution, il y a des attentes qui peuvent sembler irréconciliables, je pense que ce travail, qui se poursuit maintenant depuis longtemps, doit permettre de trouver un projet de territoire équilibré où on entend le besoin des agriculteurs d'avoir un apport en eau, quand on a en tête les sécheresses, en même temps, d'avoir des pratiques aussi qui s'adaptent et de respecter évidemment…

CHRISTELLE BERTRAND
Et il y aura un barrage à Sivens ?

ELISABETH BORNE
La discussion est en cours, et je vous dis, dans une association…

CHRISTELLE BERTRAND
Rien n'est tranché pour l'instant…

ELISABETH BORNE
Enfin, entre les associations de protection de l'environnement et les agriculteurs pour trouver une bonne réponse.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler des municipales pour terminer, qu'est-ce que la ministre que vous êtes en charge de l'Ecologie et des Transports a pensé de la proposition de Benjamin GRIVEAUX de faire un Central Park parisien à la place de la Gare de l'Est ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est une proposition qui fait écho à une attente très forte de nos concitoyens de donner une place plus importante à la nature en ville. Et moi je n'ai aucun doute que toutes les, tous les candidats porteront des programmes forts sur l'écologie et évidemment je m'en réjouis et puis pour ceux qui sont dans des grandes villes, auront à coeur de trouver des réponses pour répondre à cette aspiration, de pas être coupé de la nature quand on est dans les villes.

ORIANE MANCINI
Mais à la place d'une gare.

ELISABETH BORNE
Ecoutez voilà, il y a ce débat qui s'engage, qui doit être mené avec les Parisiens et puis avec tous ceux qui sont concernés.

CHRISTELLE BERTRAND
Ce n'est pas contraire à ce que vous disiez tout à l'heure qui était, il faut plus utiliser le train et moins peut-être l'avion et les voitures individuelles ?

ELISABETH BORNE
Le projet, enfin je ne vais pas faire l'expertise du projet moi-même.

ORIANE MANCINI
Mais sur le principe.

ELISABETH BORNE
Dans le principe, évidemment…

ORIANE MANCINI
Sur le principe, est-ce que sortir les gares des centres-villes, ce n'est pas pousser les gens à prendre l'avion parce que l'intérêt d'une gare, c'est qu'elle est en centre-ville, le côté pratique du train par rapport à l'avion, c'est le centre-ville.

ELISABETH BORNE
Vous savez, ça dépend, enfin le centre ça peut être l'emplacement actuel, ça peut être la porte de la Villette, je ne suis pas très sûre que ce soit fondamentalement différent, ce qu'il faut c'est qu'il ait de très bonnes connexions avec les transports en commun, c'est ça que les gens qui viennent par le train notamment de l'Est de la France cherchent. Et donc moi je vous dis le débat il va se dérouler d'abord avec les Parisiens, mais on voit bien qu'il n'y a pas que les Parisiens qui sont concernés, il y a tous ceux…

ORIANE MANCINI
La SNCF.

ELISABETH BORNE
Il y a la SNCF, et puis, il y a tous les citoyens, les habitants…

ORIANE MANCINI
Vous avez des retours de la part de la SNCF sur ce sujet ?

ELISABETH BORNE
Mais franchement, moi, je veux dire, le débat, il doit se dérouler. C'est un des thèmes de débats des municipales, je ne vais pas faire le débat des municipales à Paris.

ORIANE MANCINI
Anne HIDALGO, elle veut supprimer, elle l'a annoncé, la moitié des places de stationnement dans Paris pour les transformer en piste cyclable, est-ce que vous dites oui c'est une bonne idée ?

ELISABETH BORNE
Moi, je pense que c'est le sens de l'histoire de réduire la place de la voiture en ville et donc ça va dans le bon sens, développer le vélo vous savez pour la première fois que je pense que je suis la première des ministres en charge notamment des Transports qui affirmait que le vélo ce n'était pas juste un loisir que c'était un mode de déplacement à part entière. Donc moi je crois énormément que le vélo peut avoir une place plus importante, on s'est donné l'objectif de tripler la part du vélo d'ici 2024. Je n'ai pas de doute qu'il faut faire des aménagements parce que, un des freins à l'usage du vélo, c'est qu'il n'y a pas assez d'itinéraires sécurisés. Donc il faut faire ces aménagements. Je pense que ce qui est important c'est évidemment…

ORIANE MANCINI
On a un peu l'impression d'entendre le programme d'Anne HIDALGO, quand on vous entend, finalement elle mène une bonne politique à Paris ?

ELISABETH BORNE
Ce qui est important, ce qui est important et dans les images, j'étais un petit peu inquiète dans ce que j'ai vu, ce qu'il faut aussi permettre que les transports en commun circulent. Et puis, vous savez, il faut s'occuper des Parisiens quand on est au coeur de l'agglomération parisienne, et puis, il faudra aussi s'occuper des réponses qu'on apporte pour tous ceux qui ont besoin de venir à Paris.

CHRISTELLE BERTRAND
Plusieurs membres du gouvernement se présentent pour ces élections municipales, pourquoi pas vous ?

ELISABETH BORNE
J'ai beaucoup réfléchi parce que je pense que c'est important un mandat local, c'est important de se confronter effectivement aux attentes des citoyens, aussi de pouvoir mettre en oeuvre des projets localement. Mais je le disais, je pense que l'année 2020, c'est vraiment une année cruciale pour le climat, pour la biodiversité et donc moi je souhaite être à 100% à ma tâche cette année, mais il y a d'autres échéances d'élections locales l'an prochain, donc on pourra en reparler.

ORIANE MANCINI
Vous visez les départementales ?

ELISABETH BORNE
On pourra en reparler le moment venu.

ORIANE MANCINI
On aura l'occasion d'en parler, merci beaucoup Madame la Ministre d'être venue sur ce plateau.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2020