Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à LCI le 4 février 2020, sur la gestion de la fin de grève à la SNCF, l'ouverture du débat parlementaire sur la réforme des retraites et le communautarisme.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Baptiste DJEBBARI. Et merci beaucoup d'être ce matin sur LCI, bonjour à vous Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous madame MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes secrétaire d'État aux Transports ; vous avez la SNCF dans votre portefeuille. Justement d'un mot, revenons sur une décision qui a été annoncée la semaine dernière. Est-ce que vous avez validé, vous en tant que Secrétaire d'État aux Transports, la décision d'octroyer une prime aux non-grévistes à la SNCF ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors non. Nous n'avons pas validé en tant que telle une prime qui relève de décision de gestion des managers sur le terrain qui, je le dis, prennent ce type de disposition quand il y a par exemple des intempéries ou des périodes de grève pour des gens qui sont au travail et qui connaissent un surcroît de travail temporaire, là dû à des grèves, parfois dû à autre chose. Nous n'avons pas à valider cette décision mais je la comprends et je la soutiens, et je crois que personne ne comprendrait dans une entreprise classique et a fortiori dans une entreprise publique, que des personnes qui sont au travail et qui ont un surcroît de travail temporaire ne se voient pas rémunéré ou gratifié d'une façon ou d'une autre.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Juste sur le processus de décision, vous êtes le Ministère de tutelle de la SNCF. Vous n'êtes pas consulté pour ce type de décision managériale importante après une grève nationale ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous vous rendez compte du nombre de décisions managériales au jour le jour dans les différents centres qui sont prises en gestion d'attribution de prime ici, de récupération de là. Evidemment que nous ne sommes pas consultés. L'État est actionnaire au nom des Français ; le rôle de l'État, c'est définir les grandes orientations de l'entreprise publique. Nous avons procédé à la nomination notamment d'une nouvelle équipe dirigeante autour de Jean-Pierre FARANDOU. Jean-Pierre FARANDOU a toute la confiance du gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il ne prévient pas votre cabinet ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est bien à lui… Nous discutons quasiment quotidiennement avec Jean-Pierre FARANDOU mais pas dans ce niveau de détail là. Je crois que les Français ne comprendraient pas que le ministre se supplée au patron de la SNCF pour gérer cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour autant pour vous, c'est un management approprié. Dans une entreprise qui est secouée quand même par une crise, le fait qu'on paye davantage des personnes qui n'ont pas fait la grève alors que d'autres qui ont fait la grève ont presque zéro sur leur bulletin de salaire, c'est un management approprié ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai entendu les critiques. Les critiques disent : "Finalement, ça revient à briser la grève." Briser la grève, ça aurait été par exemple de demander à des personnes qui ne travaillaient pas ce jour-là de venir travailler pour tenir le poste d'un gréviste ce jour-là. Ça, ça aurait été effectivement condamnable d'ailleurs sur le plan du droit. Ce n'est absolument pas ce qui s'est passé. Vous avez dans certaines gares eu des surcroîts d'activité très forte pour les personnes qui étaient à ce moment-là en activité. Eh oui, les manageurs responsables en gestion directe de ces personnes ont décidé que, parce qu'ils avaient travaillé deux, trois, quatre heures ce jour-là en plus et sur des périodes assez longues méritaient d'être gratifiés parfois avec des jours de récupération, parfois avec des primes financières. Je trouve cela encore une fois tout à fait normal dans le cadre du droit et relevant de décision de gestion tout à fait classique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais est-ce que c'est bienvenu dans le contexte de tensions sociales interne à l'entreprise ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De ce point de vue-là, à l'entreprise de décider par quelle façon elle entend à la fois préserver l'unité des travailleurs de l'entreprise, effectivement donner, en tout cas rendre compte en quelque sorte de l'engagement des salariés qui pendant cinq, six semaines ont connu des situations très dégradées. Je le dis encore une fois, je suis allé sur le terrain. J'ai vu les personnes qui se mobilisaient, ceux qu'on appelait les Gilets rouges à la SNCF, les Gilets verts à la RATP, qui avaient quand même affaire à des afflux de voyageurs qui étaient considérables, qui ont travaillé dans des conditions extrêmement dégradées. Vous aviez dans le même temps effectivement un certain nombre de personnes qui étaient grévistes, et je le dis, pendant très longtemps minoritaires. Rappelez-vous, vous aviez 15 à 20% de conducteurs qui effectivement parce qu'ils sont nombreux pénalisaient beaucoup le trafic, mais je pense qu'il faut voir tout cela dans un équilibre global. Pendant plusieurs semaines, vous aviez 85% des agents qui étaient non-grévistes à la SNCF et je crois que ces décisions de gestion qui relèvent de la direction de la SNCF ne sont absolument pas entachées, d'une erreur, d'une faute ou entachées par…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, vous validez. Vous dites que ce n'est pas une erreur. Il y a un climat compliqué à la SNCF, non ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, il y a un climat compliqué mais c'est un autre sujet. Il y a un climat…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas tout à fait le même sujet. Ce n'est pas un sujet très différent.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a un climat compliqué parce qu'après les mouvements comme cela a été le cas en 95 et en 2018, il faut retrouver l'unité entre des gens qui se sont mobilisés très fortement contre un projet de réforme. Là en l'occurrence la retraite l'année dernière contre la réforme ferroviaire, donc il faut retrouver l'unité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a un geste que vous trouveriez bienvenu de la part de la direction précisément ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord ça a commencé avant puisque nous avons nommé le 1er novembre Jean-Pierre FARANDOU et que nous avions en quelque sorte tiré le bilan d'un certain nombre de sujets, notamment du dialogue social en disant qu'il fallait réinstaurer par exemple un DRH régional pour répondre plus rapidement à certains sujets dont vous vous rappelez peut-être. Nous avions eu le cas du Technicentre à Chatillon, le cas des TER en conduite seule et donc sur tous ces sujets-là, nous sommes prêts à avancer. Et puis par ailleurs, la SNCF a des enjeux considérables devant elle. Des enjeux sur le fret ferroviaire, des enjeux sur ce qu'on appelle les petites lignes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il va y avoir des annonces sur le fret ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On a une mission qui travaille en ce moment pour définir une stratégie nationale pour le fret et qui rendra ses conclusions dans quelques semaines. Nous travaillons très fortement avec les régions sur un plan pour les petites lignes pour régénérer un grand nombre de petites lignes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Régénérer, ça veut dire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Régénérer, ça veut dire remettre ces voies qui sont aujourd'hui dans un état très vétuste…

ELIZABETH MARTICHOUX
Rouvrir des petites lignes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça veut dire parfois les pérenniser dans le temps. Elles roulent mais elles sont en situation dégradée. Et puis parfois effectivement rouvrir certaines petites lignes. Moi j'ai chez moi j'ai entre Limoges et Brive une petite ligne qui est fermée dans sa partie centrale, Limoges-Angoulême qui est fermée. Vous voyez bien que le réseau s'est très fortement dégradé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous allez rouvrir des petites lignes qui étaient destinées à la fermeture ou qui étaient fermées déjà ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, absolument Madame MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ce sera annoncé quand ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'était l'engagement du gouvernement l'année dernière. C'est d'ailleurs moi comme député qui avait demandé ce rapport au moment de la réforme ferroviaire. Et nous entendons évidemment donner suite à ce grand travail qui a été fait en partenariat avec SNCF RESEAU.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Dans les prochaines semaines. Nous avons ce plan qui est… Alors il y a évidemment la période de réserve électorale, vous le savez, avant le 24 février.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant les municipales ou après les municipales ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je dois en parler au Premier ministre jeudi pour caler les derniers éléments de fond et de calendrier et j'aurai l'occasion de revenir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça pourrait aller vite ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça pourrait tout à fait aller vite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça pourrait être avant les municipales.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça pourrait tout à fait être avant les municipales. Il faut que tout le monde soit prêt. Je calerai ces éléments-là avec le Premier ministre jeudi et je reviendrai vous en parler peut-être.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bien sûr. Ça me semblerait pas mal.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'idée, c'est d'avoir bien une réponse structurelle pour des gens qui ont vu - et c'est le cas par exemple en Limousin ou ailleurs - qui ont vu depuis des années le réseau se dégrader, et depuis plusieurs mois les réseaux parfois, les lignes parfois fermées. Et sincèrement c'est pour les gens qui le vivent assez insupportable et quelque part, ça symptomatise ce qui est parfois perçu comme le recul de la puissance publique, de l'État en premier lieu, et donc il faut y donner une solution rapide.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc c'est un effort que l'État va faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'État, les régions, SNCF RESEAU, l'ensemble des partenaires pour effectivement remettre du ferroviaire partout en France alors qu'il a été en tout sur le réseau secondaire le parent pauvre des politiques du ferroviaire depuis les vingt dernières années.

ELIZABETH MARTICHOUX
Malgré le milliard qui manque dans les caisses de la SNCF à cause de la grève, vous allez annoncer la réouverture de petites lignes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi, je distingue quand même tous ces sujets, il y a effectivement le coût de la grève qui est très dommageable à l'entreprise publique, vous avez raison de le dire, c'est un milliard d'euros, c'est 200 milliards d'euros pour la RATP, c'est donc massif, et c'est quelque part aussi de la responsabilité de ceux qui font la grève de se dire qu'ils impactent aussi l'avenir de leur entreprise. Mais pour autant, le gouvernement est déterminé sur ces sujets, de petites lignes de fret ferroviaire, d'apporter des solutions structurées, et je crois sur des sujets qui sont souvent identitaires pour les cheminots, pour les agents, et d'une manière générale, pour les usagers.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question, parce qu'il y a beaucoup de sujets, Jean-Baptiste DJEBBARI, est-ce que la SNCF doit faire un geste pour ses salariés qui, certes, ont choisi de faire la grève, mais n'ont pas un sou ou presque sur leur compte ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais d'abord, il y a des gestes qui sont faits au cas par cas, et c'est d'ailleurs la discussion que j'ai pu avoir avec à la fois le DRH, Benjamin RAIGNEAU, qui vient de quitter ses fonctions, et Jean-Pierre FARANDOU, quand il y a un problème de trésorerie pour des gens effectivement qui se retrouvent en difficulté pour payer leur loyer, ils ont tout à fait possibilité d'aller voir le DRH et ses équipes et de trouver des solutions pour faire des avances sur le mois d'après, de manière à survivre ou à vivre convenablement, donc ces gestes sont évidemment faits, ce sont des pratiques qui sont régulières et qui d'ailleurs vont bien au-delà des cas de grève. A chaque fois qu'il y a une difficulté dans une grande entreprise publique, les portes des DRH sont grandes ouvertes et les solutions sont trouvées au cas par cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Baptiste DJEBBARI, combien d'amendements ont été examinés hier en commission spéciale sur la réforme des retraites ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors je plaide l'ignorance du nombre d'amendements, j'ai vu que ça avait commencé, j'ai vu quelques extraits, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, eh bien, je vais vous le dire…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
… 20.000…

ELIZABETH MARTICHOUX
4h de réunion, 245 amendements, je vous le dis, sur…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
20 000, un peu plus de 20 000…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur 22 000. A ce rythme-là, vous ne tenez pas le calendrier ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, d'abord, 1°) : c'est souvent le cas que les premiers amendements, pour l'avoir vécu, prennent un peu plus de temps à être débattus, mais moi, je le dis, je me rappelle qu'il y a quelques jours, Les Insoumis notamment disaient vivre en régime autoritaire, je voudrais bien qu'on me cite un régime autoritaire dans lequel un groupe minoritaire à l'Assemblée peut proposer 20 000 amendements. Donc déjà, j'observe que, quelque part, par l'absurde, le caractère démocratique de notre régime est consacré, après, je pense qu'effectivement, 20 000 amendements, qui sont quand même des amendements où on supprime des phrases et des virgules, c'est assez absurde sur le principe, et surtout, ça "impossibilise" en quelque sorte le débat…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un outil, Jean-Luc MELENCHON vous dit : pardon, il vous dit : eh bien, les grévistes font la grève, nous, les parlementaires, on a cet outil là, qui est à notre disposition, il est dans un cadre démocratique, on l'utilise.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui sauf que, il m'a semblé que les députés étaient élus pour débattre, pour débattre démocratiquement, pas pour…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas un débat ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ah, quand vous faites de l'obstruction parlementaire, quand vous déposez une pile de trois mètres d'amendements qui – je le dis – suppriment des virgules, des alinéas, des bouts d'articles, vous ne débattez absolument pas du fond. D'ailleurs, vous finissez par faire quelque chose d'un peu baroque, vous supprimez des avancées ou des progrès sociaux. Vous supprimez le minimum contributif à 1 000 euros par exemple, ce qui, sur le fond, devrait quand même interroger. Donc c'est leur responsabilité…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il fait quoi, Jean-Luc MELENCHON ? Ils font quoi les députés, là ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais c'est leur responsabilité, moi, je ne donne de leçon à personne, je constate : je crois que sur les 22 000 amendements, 19 000 de La France Insoumise, bon, je constate que les autres mouvements politiques ne pratiquent pas cela, et qui vont débattre sur le fond. Donc je pense qu'ils sont un peu aveuglés par leur détestation de la personne du président et qu'ils se retrouvent dans ce genre d'impasse, soit à soutenir la radicalité dans la rue, soit à pratiquer l'obstruction parlementaire dans un lieu où doit vivre le débat, et non pas une forme de guérilla, à mon avis et à mon sens tout à fait inféconde.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qui pourrait être efficace, et si l'obstruction est efficace, Jean-Baptiste DJEBBARI, vous prolongez les débats ou vous sortez le 49.3, c'est-à-dire qu'il n'y a pas besoin de soumettre le texte au vote ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais la ficelle est un peu grosse, on voit bien la raison, ou en tout cas, les arrière-pensées de La France Insoumise sur le sujet pour effectivement construire une forme de guérilla parlementaire dans laquelle le gouvernement viendrait brandir le 49.3. Non, je crois que nous avons une majorité qui est très solide, quoi qu'on en dise, 300 députés, les alliés du MoDem…

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez, ça veut dire que c'est un jeu de "il pousse au crime", mais que jamais vous utiliserez cette arme ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi, ce que je vous dis pour l'avoir vécu, c'est que les députés de la majorité, les 300 députés de la majorité forment une majorité solide qui comprend ces jeux parlementaires, qui ne s'y laissera pas prendre, et qui veillera aussi tard que possible pour satisfaire les besoins du débat démocratique et passer ce texte, parce que ce texte est important.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous préféreriez, pour être clair, rallonger le calendrier plutôt que de dégainer le 49.3, pour être clair ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Déjà vous verrez que, parmi les 22 000, il doit y en avoir à peu près 10 000 ou 15 000 qui sont strictement identiques, ce sont des amendements que vous débattez en même temps…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais enfin à chaque fois il faut… la règle veut que vous les examiniez à chaque fois.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, oui, d'accord, mais quand vous supprimez un amendement, souvent 50 ou 100 tombent, donc vous verrez qu'à la fin il n'y a pas 22 000 amendements individuels qui vont être débattus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Au cas où.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et je le dis, la majorité parlementaire est maintenant rompue à l'exercice, ne se laisse pas prendre par des stratégies qui, je le dis encore, sont cousues de fil blanc, et je ne doute pas qu'elle sera au rendez-vous, avec le soutien du gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous excluez le 49.3 ? Est-ce que vous, ministre du gouvernement d'Edouard PHILIPPE, ancien parlementaire…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai écouté Marc FESNEAU, hier matin, ministre en charge des Relations avec le Parlement, qui a clairement exclu l'hypothèse du 49.3.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous aussi, ça vous paraîtrait absolument…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
A fortiori, n'étant pas ministre en charge des Relations avec le Parlement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Contre-nature par rapport au groupe et vos intentions ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense simplement, je comprends parfaitement les intentions d'un groupe comme celui de la France Insoumise, qui aujourd'hui pratique l'obstruction parlementaire, pour quelque part déclencher des contre-mesures qui, dans le débat démocratique, seraient perçues tout à fait délétères.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le Parlement toujours. Le Sénat, hier, a présenté deux propositions de loi sur le communautarisme, "nul individu, ou nul groupe, ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour s'exonérer du respect de la règle commune", c'est, en gros, le but de ces propositions de loi, de faire en sorte qu'un maire, un directeur d'usine, je ne sais pas moi, un directeur de piscine, un principal de collège, un médecin, ne soit pas démuni face à une demande de communautarisme. Est-ce que vous voteriez cette proposition de loi…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je regarderai en détail…

ELIZABETH MARTICHOUX
Du Sénat, pardon, proposition du groupe LR ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, j'ai vu cette proposition, j'ai lu quelques extraits. Ce que je pense sur le fond c'est que, sur le constat ils ont raison de dire qu'il y a, en République, dans certains territoires, des formes de séparatisme, autour de faits communautaires, qui viennent contester, voire abîmer les valeurs de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a du séparatisme sur certains territoires ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, mais je crois que tout le monde… dans certaines entreprises, dans la société française…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est au-delà du communautarisme, le séparatisme !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr, ce sont des gens qui pensent, qui refusent les valeurs de la République, qui pensent effectivement vouloir faire prospérer, ou qui sont en quelque sorte motivés pour faire prospérer un autre projet que celui du vivre ensemble républicain, et donc, oui, ce sont des gens qui veulent vivre séparés de notre socle de vie commune. Et donc, il y a la capacité d'agir par le droit, ce qu'ils proposent, ou d'agir par les actes, et moi je regarde ce qui a été fait récemment sur les écoles hors contrat par exemple, qui permettent de mieux les contrôler, parfois de les fermer, ça me paraît être un acte tout à fait positif. Je regarde ce qu'on doit pouvoir faire avec les associations dans ce qu'on appelle les quartiers de reconquête républicaine, et je crois beaucoup plus, dans le moment politique que nous vivons, aux actes, forts, dans certains quartiers, ciblés, de manière à remettre de l'humain et de la proximité plutôt qu'à des projets ou des propositions de loi qui visent à modifier la Constitution, puisque c'est ça en fait qui est proposé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous modifiez la Constitution effectivement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est ça qui est proposé. On sait très bien par nature que c'est compliqué à faire, qu'il faut une majorité des trois cinquièmes et qu'en plus, je pense que ça ne répond pas au sujet de fond qui est la façon dont on arrive à impulser une action efficace dans certains territoires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ils vous mettent la pression, les sénateurs, là aussi. Ils vous mettent la pression. Ils mettent la pression sur le gouvernement et sur le président. Vous n'avez toujours pas annoncé un plan fort, un arsenal solide contre le communautarisme.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je parlais des écoles hors contrat, je parle de tout le travail qui est fait en ce moment dans les quartiers avec les associations, et puis vous savez que le président de la République va annoncer un certain nombre de mesures dans les prochaines semaines sur ce sujet précisément, et que ce travail est à l'oeuvre depuis maintenant plusieurs mois. Il aura évidemment la primeur de ces annonces mais qui se veulent de mon sens, à mon sens, être des annonces opérationnelles visant à effectivement - alors peut-être parfois pas par le droit mais singulièrement par l'action de proximité - à avoir des résultats concrets et je crois que les Français attendent des résultats concrets.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas une urgence quand même ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais il y a une urgence à laquelle on doit répondre par des actions concrètes, résolues dans les territoires en proximité avec l'humanité nécessaire et je ne crois pas que ça passe toujours par le droit, et alors singulièrement pas par une révision constitutionnelle qui, comme vous le savez, sont par nature très compliquées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pour moi ils tapent à côté les sénateurs ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour moi, ils ont une partie de la solution mais je crois que les Français attendent des résultats rapides et que, je le disais, ces résultats rapides s'acquièrent davantage sur le terrain que par un débat pour le coup essentiellement sur le droit et parlementaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et les annonces présidentielles, elles seront rapides ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense qu'il s'agit maintenant de semaines, oui, effectivement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant la fin du mois de février ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas l'information exacte donc je ne vais pas ici me tromper…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant les municipales ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne sais pas si c'est avant ou après les élections municipales.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah bien rapide.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais en tout cas, c'est rapide. Mais rapide, ça ne veut pas dire dans les deux, trois mois qui viennent. C'est suffisamment rapide, il faut le temps de les élaborer, il faut le temps de les mettre en oeuvre, de préparer les choses sur le plan opérationnel donc je ne doute pas que ce ne sera jamais suffisant pour votre célérité journalistique mais, en tout cas, ce sera fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais pour l'urgence effectivement qui se manifeste sur le terrain…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, nous y répondons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et dont vous nous avez confirmé qu'elle existait. Trois questions, trois réponses rapides, si vous le permettez, hier, Mila, sur le plateau de Yann BARTHES dans "Quotidien" sur TMC a dit qu'elle ne regrettait pas le blasphème, mais qu'elle s'excusait un peu si elle avait pu effectivement faire un peu de peine à ceux qui pratiquent leur religion de façon apaisée. Marine LE PEN a immédiatement déclaré sur Twitter que ce n'était pas à elle de s'excuser mais à ceux qui la menacent de mort depuis des jours et des jours. Est-ce que vous n'avez pas laissé le terrain à l'extrême droite en tergiversant par rapport à cette jeune femme qui pour avoir insulté l'islam s'est retrouvée dans une situation d'exclusion même…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, je crois d'abord que Marine LE PEN n'a pas à contrôler la liberté d'expression de cette jeune fille qui effectivement a dit les paroles que vous avez rappelées, qui a dit maintenir son appréciation d'une religion, et on est tout à fait en droit en France de critiquer toutes les religions qui sont à l'oeuvre dans le territoire français, c'est un droit constitutionnel, il n'y a pas de délit de blasphème, ça a été rappelé à de multiples reprises, elle s'est effectivement excusée des propos…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, il y a eu un petit flottement, vous vous rappelez, la semaine dernière, avec la Garde des sceaux, qui a reconnu une erreur d'expression.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais le droit est clair, pour le coup, le droit est clair, et la liberté d'expression en France, elle est, certes, non absolue, encadrée par la loi, mais ces paroles qui ont été proférées ne sont pas contraires au droit. Ce qui est insupportable, pour le coup, et ce qui est contraire au droit, c'est qu'effectivement, une jeune fille, quel que soit ce qu'elle ait dit, se retrouve menacée de mort, de viol soient déscolarisée, et elle a le droit, cette jeune fille, quoi qu'elle ait pu dire, à retrouver une vie normale, et c'est ce à quoi le gouvernement s'attache, en lien avec les services du rectorat, de manière à ce qu'elle puisse être rapidement re-scolarisée, et surtout, qu'elle puisse évoluer en paix, puisque vous savez qu'aujourd'hui, son visage est connu et qu'elle fait l'objet de multiples pressions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour Xavier BERTRAND, Jean-Baptiste DJEBBARI, les seuls qui mèneraient une politique pire que celle qui est menée par Emmanuel MACRON, c'est précisément Marine LE PEN, il a fait des déclarations dans le JDD notamment très fortes pour dénoncer le fiasco d'Emmanuel MACRON sur le plan de la sécurité.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh oui, ça s'appelle l'incohérence politique, parce que je rappelle que Xavier BERTRAND a appartenu aux gouvernements – au pluriel – de Nicolas SARKOZY, qui a démantelé le système de sécurité, si nous remettons aujourd'hui, pour la durée du quinquennat, 10 000 forces de sécurité, policiers et gendarmes, si nous renforçons le système, le service public de la justice, c'est bien parce qu'il a été démantelé à un moment donné, et ce moment, c'était précisément le moment pendant lequel Xavier BERTRAND était au gouvernement à des postes importants en étant un homme politique important. Donc on peut toujours donner, si vous voulez, des leçons a posteriori, quand on a soi-même, en quelque sorte, fauté, bon, je crois que Xavier BERTRAND, aujourd'hui, il est dans un calendrier extrêmement clair, il est tout à fait déterminé à être candidat à l'élection présidentielle, donc il joue le jeu rhétorique pour se positionner, c'est absolument son droit, je crois que personne n'est tout à fait dupe de ce jeu-là, et que les Français ont la mémoire longue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI. Il y a au moins vainqueur que vous avez dû apprécier, ce week-end, vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ah, la France, le rugby, et nous avons gagné.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que vous êtes un rugbyman, vous faites partie d'une équipe parlementaire de rugby…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et nous avons gagné dimanche matin. 21-0 contre les Anglais.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous avez gagné. Et donc voilà…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce qui me vaut une côte un peu douloureuse…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, ça fait plaisir, au moins, en rugby, vous gagnez !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Au moins, en rugby, on gagne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au moins, c'est déjà ça…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais le rugby, c'est un peu comme la politique, c'est un sport de combat collectif, et donc ce sont des belles valeurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et le collectif, il marche bien ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, le collectif parlementaire, d'ailleurs transpartisan, marche très bien…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, enfin, l'histoire du deuil, on n'a plus le temps d'y revenir, mais de l'histoire du deuil pour congé… enfin du congé pour deuil a montré que le collectif avait parfois des gros bugs…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, le collectif sait s'amender, l'erreur est humaine, ce qui est diabolique, comme on dit, c'est de persévérer, voilà, je pense qu'on a fait une erreur collective, nous nous amendons, nous allons corriger cela, je crois, dès le 3 mars, dans un projet de loi ou dans une proposition de loi au Parlement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Errare ou manumest, perseverare, diabolicum…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument. Votre latin est meilleur que le mien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ne prenez à votre compte la deuxième proposition latine. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, Jean-Baptiste DJEBBARI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2020