Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France Bleu Drôme le 6 février 2020, sur la mobilisation contre la réforme des retraites et les mesures d'abattage de loups.

Texte intégral

ROMAIN AMBRO
Un ministre à la rencontre des agriculteurs et des élus ruraux dans la Drôme aujourd'hui, il est avec nous ce matin Florence BEAUDET.

FLORENCE BEAUDET
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

FLORENCE BEAUDET
Ministre en charge des Relations avec le Parlement, vous serez aujourd'hui dans une ferme bio à la Motte Chalancon, avec des éleveurs de moutons à La Roche-sur-le-Buis, avec des élus du parc à Buis-les-Baronnies. Alors vous n'êtes pas le ministre qu'on attend dans ces endroits-là, pourquoi vous ?

MARC FESNEAU
Au fond le ministre des Relations avec le Parlement, il suit l'ensemble des textes qui se déroulent au Parlement et je trouve que c'est toujours bien qu'un ministre, en particulier celui des relations avec le Parlement puisse regarder comment les choses sont perçues, comment les textes se sont perçus. Et puis j'ai été maire d'une commune de 700 habitants et je connais bien les sujets agricoles et donc c'est une confrontation qui est intéressante.

FLORENCE BEAUDET
Les éleveurs justement, les éleveurs ovins vous le diront tout à l'heure, ils sont épuisés de se battre contre le loup. Il y a un problématique qui est apparue et qui va monter dans les prochaines années, ils ont déjà 600 chiens de protection pour leurs troupeaux, c'est la solution la plus efficace, du coup le nombre de patous va augmenter mais ça risque de devenir dangereux pour les randonneurs et les vététistes, qu'est-ce qu'on choisit, l'élevage extensif, le tourisme, l'abattage de plus de loups, comment on avance sur cette question ?

MARC FESNEAU
C'est toute la difficulté de l'équation entre des activités agricoles et vous l'avez dit les activités touristiques et la nécessité de préserver une forme de biodiversité. Et c'est cette combinaison là qu'il faut essayer de faire, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures notamment des mesures d'abattage dans les endroits où il y avait une pression sur les troupeaux qui était trop forte, des mesures de protection…

FLORENCE BEAUDET
Oui mais qui sera toujours jugée insuffisantes par les éleveurs qui travaillent sur place.

MARC FESNEAU
Il faut qu'on essaie de trouver un équilibre, mais je crois que dans ce domaine, on n'a pas été insensible du tout à la question qui était posée. J'avais été en Isère il y a quelques mois pour rencontrer aussi des éleveurs confrontés aux problèmes du loup et j'avais fait remonter la perception qui était la mienne, qui était celle d'une détresse profonde des agriculteurs, avec le sentiment qu'ils n'étaient pas compris dans les difficultés pratiques que posait la présence du loup. Je pense qu'on a avancé sur un certain nombre de mesures.

FLORENCE BEAUDET
Sur quelles mesures ?

MARC FESNEAU
Sur les mesures d'abattage et sur les mesures qui sont faites pour protéger les troupeaux quand la pression du loup est trop forte, je ne dis qu'il y a des solutions toutes faciles sur ce sujet-là parce que vous voyez bien qu'il y a des demandes de la société qui sont de nature, la société veut des activités agricoles, elle veut pouvoir exercer des activités touristiques, en même temps elle est soucieuse de biodiversité. Donc le rôle du politique, c'est d'essayer de trouver une voie qui permet à chacun de se retrouver, parce que je comprends et je perçois très bien la détresse d'agriculteurs qui ont le sentiment qu'ils reculent au fond devant le loup et c'est une perspective qui n'est pas acceptable à mon sens.

FLORENCE BEAUDET
Marc FESNEAU, l'actualité aujourd'hui c'est aussi la nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Alors il y a moins en moins de participants mais il y a encore du monde dans la rue, est-ce la bonne méthode de jouer le pourrissement sur ce dossier ?

MARC FESNEAU
Nous ne jouons absolument pas le pourrissement, des réunions sont en cours avec les organisations syndicales sur un certain nombre de sujets comme ça avait été annoncé par le Premier ministre. Notre volonté, c'est d'avancer, d'avancer à la fois dans les négociations qui ont été lancées et puis d'avancer sur le texte qui est examiné actuellement en commission à l'Assemblée nationale.

FLORENCE BEAUDET
Justement la commission spéciale qui doit travailler sur le texte, elle n'avance pas, mais elle n'a qu'une semaine pour s'en occuper, donc c'était un peu couru d'avance en fait qu'ils n'auraient pas le temps de travailler.

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas couru d'avance parce qu'il n'y a qu'un seul groupe, qui est que la France insoumise qui a fait le choix et d'ailleurs qu'il revendique, d'une obstruction. L'obstruction pour moi, ce n'est pas de travail parlementaire.

FLORENCE BEAUDET
De déposer 19 000 amendements effectivement.

MARC FESNEAU
19 000 amendements, il faut quand même que les auditeurs sachent que les 19 000 amendements, c'est 17 fois les mêmes amendements qui sont reproduits à l'identique et qui visent simplement à supprimer alinéa par alinéa le texte.

FLORENCE BEAUDET
Oui mais finalement ils poussent les choses jusqu'à l'absurde.

MARC FESNEAU
Je considère, j'ai été parlementaire, oui donc l'absurdité elle est là.

FLORENCE BEAUDET
Oui mais est-ce que vous aviez prévu suffisamment de temps, aviez-vous prévu suffisamment de temps ?

MARC FESNEAU
Mais il a du temps commission, on est aujourd'hui jeudi, on aura du temps supplémentaire puisque la Commission va siéger ce week-end et puis on verra, moi je ne désespère jamais quand même de la volonté qu'ont les… y compris les oppositions et d'ailleurs la majorité de l'opposition n'est pas dans cet exercice-là, d'essayer d'aller au fond du dossier et de ne pas simplement se contenter de supprimer alinéa par alinéa, quand vous pensez qu'il y a des alinéas qui visent à monter le minimum contributif à 1 000 euros ou à tenir compte mieux de la pénibilité notamment dans la fonction publique et que les députés de la France insoumise les suppriment, vous dites qu'on touche quand même à l'absurdité de l'obstruction. Franchement je le regrette parce que je pense qu'au fond, c'est dévoyer le débat parlementaire et c'est dévoyer le débat démocratique. Et dans ce pays on a besoin de débats démocratiques, mais au fond des sujets pas sur la forme.

FLORENCE BEAUDET
Mais vous pensez que vous pouvez convaincre la majorité des Français que c'est une bonne réforme ?

MARC FESNEAU
Oui parce que je pense que le texte et c'est tout l'exercice que nous devons faire en commission et en séance publique porte un certain nombre d'avancées sociales, de grandes mesures de redistribution et qu'il s'attache plutôt à ceux qui sont les plus fragiles dans notre société. Et donc ça je pense que le débat parlementaire permettra de l'exposer, de le dire et nos contradicteurs diront ce qu'ils ont à dire, mais on verra ce qu'ils ont à dire de concret et non pas simplement de l'obstruction.

FLORENCE BEAUDET
On verra bien donc à partir du 17 février à l'Assemblée nationale, merci Marc FESNEAU, donc ministre en charge des Relations avec le Parlement et bonne visite dans la Drôme aujourd'hui, merci à vous.

MARC FESNEAU
Merci, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2020