Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à LCI le 10 février 2020, sur l'affaire Mila et le climat au gouvernement suite au rejet du texte concernant le congé pour deuil parental.

Intervenant(s) :

  • Gabriel Attal - Secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

Prononcé le

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin sur LCI, il y a un gros sujet qui arrive sur votre table, celle du gouvernement et surtout d'Emmanuel MACRON, c'est la lutte contre le communautarisme, est-ce que ça devient une priorité du quinquennat ?

GABRIEL ATTAL
Je crois que c'est une priorité depuis le début du quinquennat, il y a un certain nombre de mesures qui ont été prises, il y a plusieurs lois qui ont été votées et en novembre dernier Christophe CASTANER a d'ailleurs réuni l'ensemble des préfets et leur a adressé une circulaire sur notre stratégie d'entrave au repli communautaire dans un certain nombre de territoires. Et là l'idée, c'est d'aller un cran au-dessus, de continuer à avancer dans cette direction et effectivement il y aura un plan sur le sujet qui sera présenté dans les semaines qui viennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a une urgence ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je crois qu'il y a une urgence à continuer à avancer parce qu'on voit dans un certain nombre de territoires des phénomènes qui sont inquiétants pour la République. Des territoires parfois à l'échelle d'un quartier, parfois à l'échelle d'une rue, on a le sentiment que ce ne sont plus les lois de la République qui sont les plus importantes mais que, c'est des lois issu d'une conception dévoyée de la religion qui sont poussées par un certain nombre de personnes qui ont un projet politique autour de ça et évidemment on doit lutter contre ce phénomène partout sur le territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le président est accusé d'avoir esquivé le sujet depuis des mois, des semaines d'ailleurs on savait qu'on annonce son grand discours sur la laïcité depuis 2018, mais peu importe aujourd'hui est-ce qu'il a une doctrine forte et précise ou est-ce qu'il hésite encore ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a aucune hésitation sur ce sujet et d'ailleurs dans ses voeux aux Français le 31 décembre, le président de la République est revenu sur ce sujet. Il a parlé d'unicité du peuple français, il a parlé de séparatisme, de sécession parfois dans un certain nombre de territoires et il a rappelé qu'en tout lieu sur le territoire, c'est les lois de la République, c'est la République qui doit être au premier rang. Et donc je crois que ça c'est assez clair, maintenant il y a eu un certain nombre de mesures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors quel est l'objectif, si vous me dites que sa doctrine est maintenant précise, est-ce que vous pouvez nous la résumer, quel est l'objectif de ce futur plan contre le communautarisme ?

GABRIEL ATTAL
Je crois que l'objectif, c'est deux choses. C'est d'abord d'entraver le projet politique qui est porté par certains, d'un islamisme radical, d'une conception dévoyée de l'islam pour prendre le pas sur les lois de la République et là-dessus vous avez une stratégie d'entrave pour fermer un certain nombre de débits de boissons, de lieux de culte parfois, d'écoles hors contrat, de clubs sportifs quand c'est nécessaire. On a déjà des résultats, on a déjà avancé sur ce sujet-là et on peut continuer à avancer peut-être avec des outils nouveaux sur ce volet-là. Et puis un deuxième volet qui est celui de la promotion de la République dans ces territoires, avoir une présence des services publics, une présence associative, une présence humaine pour que ce projet politique ne puisse pas prospérer sur un vide des institutions de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est en même temps lutter contre l'islam politique, d'ailleurs est-ce qu'il faut dans un discours que doit prononcer le président, est-ce qu'il faut qu'il dénonce clairement d'islamisme, est-ce qu'il faut qu'il le dise, est-ce qu'il faut qu'il dénonce l'islam politique ?

GABRIEL ATTAL
Mais je crois qu'il l'a déjà dit dans un certain nombre d'interviews, dans des interventions et je pense que les choses sont assez claires, c'est bien sur ce sujet-là qu'on souhaite avancer, d'ailleurs il me semble que la stratégie qui avait été annoncée par Christophe CASTANER, il y a quelques mois, dont je parlais tout à l'heure, elle ciblait clairement ce phénomène-là d'islamisme politique. Donc oui, il faut dire les choses de manière très claire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc le en même temps c'est à la fois dénoncer l'islam politique et d'autre part faire en sorte que la République soit respectée dans toutes ces valeurs partout, c'est ça.

GABRIEL ATTAL
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas seulement le répressif, c'est ça que vous dites ?

GABRIEL ATTAL
Oui parce que le projet politique islamiste qui est porté par certains, il prospère aussi parfois, c'est de moins en moins le cas parce qu'on agit très fortement sur ces quartiers, il prospère parfois sur l'absence de service public, sur un sentiment d'abandon de certains territoires, on est en train de changer ça avec par exemple les Maisons France services qui sont en train de se déployer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous savez combien il y a de quartiers, le gouvernement évalue à combien de quartiers qui sont gangrénés par l'islamisme ou le communautarisme ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une cinquantaine de quartiers de reconquête républicaine qui ont été ciblées, qui ne sont pas uniquement ciblées sur cette question d'islamistes mais globalement sur aussi des faits criminels et sur des indicateurs en termes de délinquances qui ont été ciblées. C'est très difficile vous avez de cibler, ne serait-ce que l'échelle. Moi j'ai fait plusieurs déplacements dans des territoires qui sont concernés par ces phénomènes, parfois c'est à l'échelle d'une rue, de deux rues, parfois c'est à l'échelle de tout un quartier, donc c'est très difficile.

ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple un autre indicateur important, c'est les écoles. Vous êtes secrétaire d'Etat chargé de la Jeunesse auprès de Jean-Michel BLANQUER, donc c'est un sujet pour vous puisque les salafistes ciblent l'éducation, on le sait par un certain nombre de recherches récentes, combien y a-t-il d'écoles qui sont précisément, qui posent problème du fait d'une dimension confessionnelle musulmane excessive ?

GABRIEL ATTAL
Alors il y a une augmentation assez forte ces dernières années du nombre d'écoles hors contrat qui sont ouvertes, je crois que depuis 2014, c'est 80 % d'augmentation d'écoles hors contrat et sur ce flux d'augmentation 60 % sont des écoles confessionnelles musulmanes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça en fait combien, combien posent problème en France ?

GABRIEL ATTAL
Quand elles posent problème par définition, elles doivent être contrôlées, elles doivent être fermées. On en a fermé pour l'instant depuis l'adoption de la loi Gatel en 2018, cinq qui avaient été ouvertes. On a aussi démantelé ce qu'on appelle des écoles de fait, des écoles de fait c'est précisément une école qui n'est pas déclarée en tant que telle, y compris école, hors contrat et on se rend compte que des enfants qui sont déclarés en instruction à domicile, sont en réalité pas dans leur domicile, mais sont dans un lieu où on leur apporte un certain nombre d'apprentissage, qui ne sont pas ceux des valeurs de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
On parle de 70 écoles qui poseraient problème, vous avez vu ces chiffres, vous validez ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis, c'est que quand il y a une école qui pose problème, elle est contrôlée et elle est fermée et on va continuer à le faire. Pour l'instant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Françoise GATEL, vous venez de la citer, c'est une sénatrice UDI, voilà ce qu'elle dit ce matin dans l'opinion, ouvrir une école, c'est plus facile que d'ouvrir un pressing, elle a raison ?

GABRIEL ATTAL
C'est pour ça qu'on a adopté la loi Gatel, qui porte son nom parce que c'est elle qui l'a porté, qui nous donne des instruments supplémentaires, exemple avant il n'y avait pas de contrôle sur l'identité de la personne qui ouvrait l'école, vous pouviez ouvrir une école y compris en ayant pas de diplôme, pas d'expérience dans l'enseignement, y compris en ayant un casier judiciaire. On a changé ça avec la loi Gatel, on a augmenté les contrôles, est-ce qu'il faut aller plus loin et se doter d'outils supplémentaires, par exemple sur l'instruction à domicile, c'est-ce qu'on en train de regarder avec Jean-Michel BLANQUER et évidemment il y aura aussi des annonces sur ce volet-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et par exemple, qu'est-ce que ça peut être comme outil, parce que là vous parlez des écoles clandestines ou même de l'enseignement à domicile effectivement qui échappent à tous les radars éventuellement, comment vous faites pour contrôler ?

GABRIEL ATTAL
Il y a des choses très concrètes, vous savez, quand on est sur le terrain, qu'on échange avec les acteurs par exemple, quand aujourd'hui vous avez un enfant qui est déclaré en instruction à domicile, que les services de l'Etat veulent faire un contrôle à domicile pour vérifier que c'est bien le cas, il faut prévenir un mois à l'avance, vous prévenez de la date à laquelle vous venez et donc par définition il y a les possibilités de s'organiser pour y compris masquer une instruction qui n'est pas à domicile, mais qui est dans une école de fait, ça c'est des choses sur lesquelles on peut avancer, qu'on peut changer, mais ce n'est pas moi qui vais ici faire les annonces, c'est évidemment le président de la République avec les propositions de Jean-Michel BLANQUER.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'ouvrir une école c'est facile, la fermer, c'est compliqué. Le cas est d'ailleurs un peu similaire pour une association, c'est fermé parce qu'aujourd'hui le droit donne des outils juridiques qui sont très nombreux pour différer la fermeture effective. Donc là aussi il faut que ce soit plus facile, que le préfet puisse avoir la main plus lourde, plus vite ?

GABRIEL ATTAL
Sur la question des associations sur lesquelles vous m'interrogez, c'est évidemment sur ce sujet-là que je travaille beaucoup puisque je suis en charge de la vie associative au gouvernement et moi ma conviction, c'est que les associations sont aujourd'hui parfois présentées comme un problème dans ces quartiers, précisément qui permettrait de faire un peu ce qu'on veut et de se servir du statut de, association loi 1901 comme bouclier pour avoir d'autres projets.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'avez constaté où vous sur le terrain par exemple ?

GABRIEL ATTAL
Je ne veux pas cibler ici des villes en tant que telle et faire du name and shame.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes quand même allé sur le terrain.

GABRIEL ATTAL
J'ai fait plusieurs déplacements depuis plusieurs semaines, je suis allé à Vénissieux, je suis allé à Maubeuge, je vais continuer à en faire. Mais je pense que c'est souvent ciblé comme un problème, pour moi ça doit être la solution. Il y a des associations qui sont un rempart justement au repli communautaire dans ces territoires et qui sont un rempart républicain, il faut sans doute mieux les soutenir, identifier les bonnes pratiques. Exemple à Maubeuge, j'ai rencontré une association qui s'appelle mots et merveilles qui fait un travail absolument exceptionnel, qui donne des cours de français aux mamans issues de l'immigration, qui parfois ne parlent pas français et qui leur donnent des cours dans l'école de la République, dans l'école de leurs enfants, ce qui agit aussi sur la confiance entre les familles et l'école de la République. Il y a des actions extrêmement positives qu'il faut soutenir. C'est tout l'enjeu aussi de l'éducation populaire dans ces quartiers.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a aussi des associations, pardon Gabriel ATTAL, qui sont noyautées comme les écoles.

GABRIEL ATTAL
Aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous en avez vu, c'est compliqué à fermer. Aussi alors est-ce que là par exemple il faut donner droit dans le cadre de la loi 1901 qui régit le droit des associations, est ce qu'il faut renforcer ça ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il faut renforcer à la fois nos capacités de contrôle, je pense qu'il y a un point qui est à cibler, c'est les associations qui s'adressent à un public mineur. Vous avez aujourd'hui des associations qui disent par exemple, on va faire des cours de soutien scolaire, ce qui sur le papier est évidemment très positif et finalement dans les faits, vous vous rendez compte que ce n'est pas tout-à-fait du soutien scolaire mais que c'est une école hors contrat qui ne dit pas son nom avec l'apprentissage de valeurs qui sont pas celles de la République. Et là-dessus on peut et c'est ce qu'on en train de faire, regarder comment on peut aller plus loin dans nos capacités de contrôle et de fermeture si c'est nécessaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc en modifiant éventuellement la loi 1901 ?

GABRIEL ATTAL
On va regarder tout ce qui est possible de faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est votre souhait, vous allez regarder ça.

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire mon souhait, c'est que ce soit efficace. S'il faut une modification à la loi de 1901, on regardera évidemment, il ne faut pas se fermer de portes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parmi les mesures du président, est-ce qu'il y aura une réponse sur le voile, le voile, il y a eu un gros débat sur le voile dans les sorties scolaires, est-ce qu'il faut une loi puisque l'absence de loi manifestement fait que les choses ne sont pas claires ?

GABRIEL ATTAL
Moi je crois qu'il ne faut pas tout confondre, vous savez, on ne va pas revenir sur le débat sur le voile, qui là n'est pas le débat sur la sécession dans la République, il y a un débat sur la laïcité, sur le droit à chacun d'exercer son culte et de porter le voile si on le souhaite, il y a eu effectivement un débat, je crois qu'il est derrière nous, que les choses ont été tranchées, la question-là, c'est comment est-ce qu'on fait en sorte que dans un certain nombre de territoires et de quartiers, on n'a pas une sécession vis-à-vis des valeurs de la République et ça pour moi, ce n'est pas la question du voile qui est posée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors questions encore précisément et rapidement pardon, le plan est prêt ?

GABRIEL ATTAL
Il est en train d'être finalisé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non donc il n'est pas tout-à-fait prêt.

GABRIEL ATTAL
Il y a des propositions qui continuent à remonter, moi je veux faire des propositions que je suis en train de finaliser sur la question de la vie associative qu'on évoquait à l'instant et dans les prochaines semaines…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc tout n'est pas encore arbitré, quand est-ce qu'il va être présenté ce plan, avant ou après les municipales, puisque c'est une borne de calendrier ?

GABRIEL ATTAL
Je ne peux pas vous faire d'annonce puisque je ne suis pas d'abord porte-parole du gouvernement, ni de l'Elysée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour ce que vous en savez.

GABRIEL ATTAL
Dans les prochaines semaines.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant les municipales ?

GABRIEL ATTAL
Je crois.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord parce qu'il y a une question très précise à propos des municipales, le 27 février, il y a le dépôt des listes, il y a certaines listes par exemple à Laval, on en a parlé, d'Europe Ecologie-Les Verts qui accueille des femmes voilées, ce n'est pas du tout interdit sauf que si elles sont élues éventuellement elles auront affaire à un personnel administratif, des collectivités territoriales, qui lui n'a pas le droit, en l'occurrence les femmes, de porter le voile, donc est-ce que là il faut être un peu plus clair ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez là-dessus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il peut y avoir une contradiction entre une élue qui porte et une fonctionnaire qui travaille pour elle et qui n'a pas le droit de le porter ? Ça vous choque ?

GABRIEL ATTAL
Cette question ne s'est pas présentée à moi récemment, c'est Sébastien LECORNU qui est chargé des relations avec les collectivités locales et c'est lui qui s'exprime sur ce sujet-là. Il y a eu un gros débat sur la question des listes communautaires. On a expertisé ce sujet-là, on est arrivé à la conclusion que ce qui était proposé par certains souvent de manière un peu de politique était finalement pas possible constitutionnellement et que ce qu'on allait faire, c'est un contrôle a posteriori, y compris en regardant les délibérations qui pourrait être adoptées par certains conseils municipaux et qui reviendraient sur la question des valeurs de la République. Et c'est ça, c'est ce vers quoi on va avancer, sur la question que vous posez, qui est qui est très, qui est très précise, je n'ai pas de réponse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas de réponse. Nicole BELLOUBET a quand même, la ministre de la Justice a un peu troublé le débat en parlant dans un premier temps d'une atteinte à la conscience, après les injures de 2001 contre l'islam, d'ailleurs où en est-elle cette jeune fille d'un point de vue de la scolarisation ?

GABRIEL ATTAL
Alors la jeune Mila est rescolarisée à partir d'aujourd'hui, on lui a trouvé une solution.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle va, elle retourne au lycée aujourd'hui.

GABRIEL ATTAL
Oui, on lui a trouvé une solution qui garantit sa sécurité, qui lui permet de continuer sa vie et de continuer à être dans un cadre d'enseignement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous avez trouvé une solution dans le cadre de l'enseignement public, évidemment j'imagine, géographiquement faisable, tenable ?

GABRIEL ATTAL
Ça, je ne peux évidemment pas donner de détails sur le lieu géographique puisque précisément ce qui a été compliqué, c'est qu'elle est menacée, elle fait l'objet de menaces depuis la polémique qu'on connaît et donc pour sa sécurité évidemment on ne communique pas sur le lieu de sa rescolarisation, mais ça a été évidemment partagé avec elle, avec sa famille et donc c'est quand même une solution positive, puisque c'était très difficile pour elle de ne pas pouvoir reprendre le chemin de l'école, maintenant c'est le cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est protégée ?

GABRIEL ATTAL
Oui, elle fait l'objet d'une protection et le fait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle a une protection physique ?

GABRIEL ATTAL
Je ne sais pas si au quotidien, elle a une protection physique, je crois que c'était le cas pendant la polémique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'elle a un garde du corps, est-ce qu'il y a des policiers qui entourent ses mouvements ?

GABRIEL ATTAL
Non, je crois que dans le cadre de sa scolarisation qui reprend aujourd'hui, elle ne fait pas l'objet de protection spécifique dans sa scolarisation mais ce qui est certain c'est que si des menaces continuent, évidemment elle et sa famille sont suivies.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord mais par exemple est-ce que l'établissement dans lequel elle est réintégrée ce matin ou intégrée puisqu'elle n'y était pas auparavant, si je comprends bien, a droit à une surveillance pour prévenir le moindre trouble à l'ordre public par exemple.

GABRIEL ATTAL
Evidement si on constate des menaces contre sa personne, évidemment qu'on met tous les moyens en oeuvre pour la protéger et d'ailleurs je pense que l'établissement le fait évidemment de son côté.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas vous nous annoncez ce matin qu'elle a retrouvé le chemin de l'école, ce qui est pour elle sans doute…

GABRIEL ATTAL
C'est un dénouement heureux puisque comme elle le disait sa vie était en pause, elle avait le sentiment d'être hors la vie pendant plusieurs jours, plusieurs semaines et c'est important que ça puisse repartir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et dernière question, vous présentez les mesures contre le communautarisme, alors que le gouvernement quand même subi la crise de la réforme des retraites, ce n'est pas ouvrir un nouveau front, est-ce que c'est vraiment le moment ?

GABRIEL ATTAL
Non moi je ne crois pas que ce soit ouvrir un nouveau front, l'important c'est d'avancer sur l'ensemble des chantiers qui nous semblent prioritaires. Il y a effectivement la réforme des retraites qu'on poursuit, qui est examinée au Parlement. Il y a cette question qui n'est pas nouvelle mais ce qu'on va amplifier à l'occasion de ce plan et puis il y a d'autres chantiers qui arrivent sur la question de l'écologie par exemple avec les résultats de la Convention citoyenne pour le climat, on avance sur les fronts prioritaires que nous avons déterminés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quelle mouche a piqué Marlène SCHIAPPA ce matin, la ministre chargée des Droits des femmes au gouvernement déclare dans Le Figaro à propos de l'erreur sur le deuil pour enfant, la crise qui a secoué la majorité et le gouvernement, elle déclare, je fais face à l'inertie et à l'entrave. Ça témoigne d'une grande lassitude.

GABRIEL ATTAL
Ecoutez-moi je n'ai pas vu ces déclarations, ni le contexte dans lequel elles ont été…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils sont entre guillemets, c'est une citation.

GABRIEL ATTAL
… elles ont été prononcées, ni au sujet de quoi, moi je côtoie régulièrement Marlène SCHIAPPA au gouvernement, elle s'est exprimée publiquement d'ailleurs récemment, elle ne semble pas être lasse de son action au gouvernement, au contraire elle agit beaucoup notamment sur la question de la lutte contre les discriminations, il y a un certain nombre de mesures qui ont été annoncées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'on peut être au gouvernement, Gabriel ATTAL et déclarer publiquement ainsi une forme de dépit, je fais face à l'inertie et à l'entrave.

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, je ne sais pas dans quel contexte ces déclarations ont été faites, peut-être qu'elle parle d'un climat général…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous bottez en touche. Vous comprenez cette phrase ?

GABRIEL ATTAL
En tout ça, moi, je vais vous dire, je pense que tous les membres du gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sont fatigués…

GABRIEL ATTAL
Non, même si parfois, c'est difficile et même si parfois, on peut être un peu frustré sur tel ou tel point. Ils ont envie de continuer à faire avancer le pays, ils ont envie de continuer sur les chantiers que je viens d'évoquer, agir pour les Français, et c'est ça pour moi qui est le plus important…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de déprime dans l'air ?

GABRIEL ATTAL
Ah non, pas du tout. Je ne sens pas ça du tout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un peu de crise quand même, les parlementaires sont reçus par Emmanuel MACRON demain soir. Le président a beaucoup à se faire pardonner ?

GABRIEL ATTAL
Non, mais on voit bien que sur cette question notamment du deuil, il y a eu un moment difficile pour la majorité, on l'a dit, il y a eu une erreur d'appréciation collective qui a été faite. Ça a été dur pour les parlementaires sur le terrain, ça a été difficile pour eux…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, Gabriel ATTAL, il n'y a pas seulement une erreur qui a été faite, il y a aussi une phrase qui a quand même choqué, le président a dit qu'il fallait plus d'humanité, quand le président déclare : je demande au gouvernement de faire preuve de plus d'humanité. Vous pouvez faire la langue de bois que vous voulez, ça veut quand même dire qu'à un moment donné, il en a manqué d'humanité !

GABRIEL ATTAL
Mais précisément, il parle dans sa phrase du gouvernement et pas des parlementaires. Les députés, ils ont…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ceux qui ont voté la consigne du gouvernement peuvent se sentir visés aussi…

GABRIEL ATTAL
Mais ils ont voté…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça a été le cas…

GABRIEL ATTAL
Ils ont suivi un avis du gouvernement, je ne vais pas revenir sur le fond du sujet, on en a beaucoup parlé, mais il y avait des raisons sur le fond…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais est-ce que cette phrase-là n'est pas maladroite ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Faute avouée, à moitié pardonnée…

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas qu'elle soit maladroite, je pense que c'était important de dire que suite à cette décision qui a été incomprise par une grande majorité de Français, c'était important de montrer qu'il n'y avait pas d'inhumanité de la part du gouvernement et de la majorité, et que, évidemment, aucun député, aucun membre du gouvernement n'est insensible à cette question du deuil des parents, évidemment, c'est important de le réaffirmer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, non, mais je vous parle de la phrase du président…

GABRIEL ATTAL
C'est important de le réaffirmer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je demande au gouvernement de faire preuve de plus d'humanité, ça veut dire qu'il en a manqué à un moment donné…

GABRIEL ATTAL
Mais collectivement, y compris de la part du gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc il faut recoller les morceaux entre le président et les parlementaires ?

GABRIEL ATTAL
C'est important qu'il puisse y avoir une discussion, un dialogue, globalement, on est dans une majorité, et voilà, c'est important que les députés et le président puissent se rencontrer régulièrement, c'était le cas il y a quelques mois, je crois, à la rentrée au ministère des Relations avec le Parlement, où le président était venu devant les députés de la majorité, il avait échangé avec eux, ça a été l'occasion d'autre fois avant, c'est important d'avoir régulièrement cet échange direct. Moi, j'étais parlementaire il y a un an et demi maintenant avant de rentrer au gouvernement, c'est vrai que c'est précieux pour les députés de la majorité de pouvoir échanger directement avec le président, d'entendre aussi sa vision des choses, de lui faire remonter un certain nombre de points, et évidemment, je pense que tous les députés seront très intéressés par cet échange.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes en campagne pour les municipales ?

GABRIEL ATTAL
Sur le peu de temps que j'ai à côté de mes fonctions gouvernementales, oui, le week-end notamment, je suis candidat à Vanves, dans la commune où je suis conseiller municipal sortant.

ELIZABETH MARTICHOUX
A Vanves, et puis, évidemment, vous soutenez Benjamin GRIVEAUX, perdre Paris, ce sera un coup dur pour la majorité, c'est votre candidat, il fait un meeting bientôt, il présente son programme cette semaine, est-ce que c'est sa dernière chance éventuellement de revenir fort, lui qui est classé, entre guillemets, troisième dans les sondages ?

GABRIEL ATTAL
C'est un moment évidemment très important, une forme de moment de vérité un programme, puisque vous êtes dans le très concret, et moi, ce que je constate au quotidien, y compris dans ma campagne à Vanves, c'est que les Français sont très attachés à ces questions locales, ils veulent savoir quelle destination on donne au voyage pour leur ville de manière très concrète, donc c'est un moment de vérité. Et je pense qu'il sera au rendez-vous sur les propositions qu'il fera, puisqu'il y a une méthode qui a consisté à aller interroger les Parisiens, à faire une forme de grande marche, comme on l'avait fait pendant l'élection présidentielle, en allant demander aux Parisiens très concrètement ce dont ils ont besoin dans leur commune. Il y a eu un certain nombre de cafés, débats auxquels il a participé personnellement, et je pense qu'à travers cette méthode, les propositions qu'il fera répondront aux attentes des Parisiens.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est jouable ?

GABRIEL ATTAL
Je pense, sinon, vous savez, quand on considère que ce n'est pas jouable, on ne fait pas campagne, on ne se lance pas dans une élection…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, c'est sûr, mais il…

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, vous avez une majorité de Parisiens dans les sondages, les mêmes sondages que vous citiez qui disent qu'ils ne souhaitent pas la reconduction de la maire sortante Anne HIDALGO, donc c'est bien qu'il y a un chemin, maintenant, il reste, je crois, 5 ou 6 semaines, et il faut convaincre pendant ces semaines-là…

ELIZABETH MARTICHOUX
5 ou 6 semaines, ce n'est pas beaucoup. Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été ce matin sur le plateau de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2020