Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à Europe 1 le 14 février 2020, sur le dépôt au Parlement du projet de loi de réforme des retraites et les interrogations par rapport à l'utilisation de l'article 49.3.

Texte intégral

INTERVENANTE
Europe 1, il est huit heures dix-neuf, votre invité, Matthieu BELLIARD, c'est Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat chargé des Retraites.

MATTHIEU BELLIARD
La réforme des retraites arrive à l'Assemblée lundi, ce matin on va parler du fond parce qu'il y a beaucoup de points d'interrogation, j'y tiens, mais d'abord la date limite pour déposer des amendements c'est aujourd'hui ce soir à 17 heures, c'est ça, est-ce que vous savez combien d'amendements sont déposés déjà ce matin, Laurent PIETRASZEWSKI ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce matin non mais on est à plus de 20.000 je pense déjà aujourd'hui, donc il y aura beaucoup d'amendements, oui.

MATTHIEU BELLIARD
Plus de 20.000 déjà aujourd'hui et la journée est encore à venir. Cette réforme des retraites c'est pour quand, est-ce que vous savez quand le projet sera adopté, avant l'été, avant les municipales ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il y a un engagement clair du Gouvernement, nous adopterons le projet avant l'été.

MATTHIEU BELLIARD
Quoi qu'il arrive ? Je précise pour nos auditeurs qu'il y a des travaux à l'Assemblée cet été et qu'il ne peut pas y avoir de session extraordinaire.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, c'est vrai qu'il y aura des travaux parce que c'est un patrimoine qu'il faut entretenir et c'est ce que fait le président Richard FERRAND et les questeurs. On a un engagement gouvernemental sur le sujet, on le tiendra, le projet de loi sera adopté avant l'été.

MATTHIEU BELLIARD
Je continue sur les questions de forme presque, le référendum c'est hors sujet ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le référendum est hors sujet parce que notre volonté à nous c'est de débattre, c'est de débattre et d'aboutir. Vous savez, moi je viens de passer plus de 75 heures en commission spéciale non-stop de lundi à mercredi dernier où on a tous les jours, tous les après-midis, toutes les nuits discuté, échangé avec les commissaires spéciaux. La volonté du Gouvernement, ma volonté c'est d'aboutir et d'enrichir le texte, d'enrichir le texte avec l'aide des parlementaires.

MATTHIEU BELLIARD
Ce que je dois comprendre dans ce que vous dites c'est qu'il n'y a aucun risque de recours au 49-3…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Notre sujet ce n'est pas le 49-3, notre sujet c'est le débat de fond, nous on vient pour débattre, on vient pour construire, on vient pour enrichir le texte. L'intérêt de l'échange parlementaire, moi j'ai été parlementaire encore jusqu'à moins de trois mois, l'intérêt du débat parlementaire c'est d'abonder le texte, c'est de l'enrichir, c'est d'essayer de l'impacter s'il n'est pas d'accord, voire de le faire aller dans une autre direction s'il a un autre projet, c'est ça le débat parlementaire.

MATTHIEU BELLIARD
Mais vous savez très bien, on l'a évoqué, plus de 20.000 amendements déposés ce matin déjà, c'est possible de débattre, on sait que beaucoup d'amendements sont là pour faire obstruction au texte !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il faut se mettre à la hauteur de l'enjeu, je crois que si on a une responsabilité collective à l'Assemblée nationale, le gouvernement comme l'ensemble des parlementaires, c'est d'être à la hauteur de l'enjeu. Qu'est-ce que c'est que se mettre à la hauteur de ce texte ? Ce texte qui va refonder la solidarité entre les générations, qui va permettre de faire du vivre-ensemble de notre République un beau projet, ce texte il faut pouvoir en discuter sur le fond ! Alors si l'objectif de certaines oppositions et vous savez très bien que toutes les oppositions ne se comportent pas de la même façon, on a bien vu qu'il y avait un groupe en particulier qui, lui, cherchait à supprimer mot par mot, alinéa par alinéa, qui faisait de l'obstruction…

MATTHIEU BELLIARD
Non mais ils l'assument, La France insoumise, sil l'assument !

LAURENT PIETRASZEWSKI
…et d'autres groupes qui avaient envie de discuter sur le fond, moi j'ai envie de discuter sur le fond.

MATTHIEU BELLIARD
Ce que vous dites ce martin c'est que malgré cette obstruction assumée de La France insoumise il n'y aura pas de 49-3.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il n'y a pas de 49-3, la place est au débat et, croyez-moi, nous venons pour débattre.

MATTHIEU BELLIARD
Le débat justement, deux ans et demi qu'on débat sur ce texte, vous n'étiez pas là au tout début, deux mois de grève et pourtant tous les jours une profession qui se plaint dans les médias, des économistes qui contestent vos chiffrages et perspectives. Il y a deux députés de la commission des finances, deux députés de votre camp qui ont écrit au Premier ministre en posant 16 questions qui soulignent les zones d'ombre, les doutes. Est-il possible pour présenter une telle réforme que vous soyez si impréparés ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
On est très préparés, Matthieu BELLIARD, la question c'est nous touchons à un certain nombre de sujets qui concernent l'ensemble de la société, vous voyez bien que quand on parle de retraite on parle de la rémunération des enseignants, on parle de la façon dont on construit notamment l'emploi des seniors, on parle de la façon dont on gère les deuxièmes parties de carrière. Vous voyez, les retraites en fait c'est un sujet extrêmement vaste et donc on est très bien préparés, l'équipe de Jean-Paul DELEVOYE et Jean-Paul DELEVOYE ont réussi à construire en près de deux ans les structures d'un système universel de retraite qui revisite complètement un dispositif qui date de plus de 75 ans, donc, croyez-moi, il y a du travail qui a été fait ! Aujourd'hui et maintenant ce sont les débats sur les transitions notamment et c'est cela qui amène un certain nombre de questions et d'interrogations qui sont légitimes !

MATTHIEU BELLIARD
Mais vous vous sentez certainement préparés, clairement vous n'êtes pas assez convaincants dans votre propre camp. Tiens, des questions de ces deux députés de la commission des finances, députés de La République en Marche, je ne vais pas faire les 16 évidemment, « existe-t-il des fonctionnaires qui y perdent soit au niveau du salaire net soit au niveau de la pension future ? »

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous avons traité cela dans la commission spéciale, ce qu'on voit bien c'est que les fonctionnaires qui ont des niveaux de primes importants, qui donc seront intégrées demain dans le revenu et les cotisations vieillesse vont voir leur revenu moyen en matière de pensions progresser !

MATTHIEU BELLIARD
Non mais est-ce qu'il existe des fonctionnaires qui vont y perdre au niveau du salaire ou de la pension ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
La réalité c'est que si nous ne faisons rien sur les fonctionnaires, notamment les fonctionnaires de catégorie A, je pense aux enseignants, aux chercheurs qui eux ont des faibles niveaux de pension effectivement il y a un risque pour eux que la réforme ne soit pas positive ! C'est bien pour cela que Jean-Michel BLANQUER et Frédérique VIDAL sont au travail, vous savez qu'on a pris un engagement très fort dans le premier article qui est devenu maintenant un article 1bis en la matière !

MATTHIEU BELLIARD
Mais donc ce n'est pas encore tranché !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais, si, c'est tranché, c'est tranché parce qu'il y a un engagement du Gouvernement de faire que, un, nous allons revoir la structure de rémunération des enseignants et nous le faisons avec eux dans le cadre d'un échange de fond ! Jean-Michel BLANQUER est en pleine concertation et nous allons aussi leur garantir leur niveau de pension.

MATTHIEU BELLIARD
Une autre question que vous posent ces députés, « les indépendants et les libéraux vont connaître des hausses de cotisations, en échange un abattement de 30 % est prévu sur d'autres cotisations, comment sera financée la réduction des recettes, est-ce que les autres branches de la Sécu vont voir leurs ressources baisser ? »

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je me suis exprimé là aussi en commission spéciale sur le sujet, le Gouvernement compensera à l'euro près ce qu'il pourrait manquer dans les caisses de la Sécurité sociale en la matière ! Vous savez, cette refonte sur le fond de l'assiette de CSG c'est juste une remise à niveau parce que les indépendants, professions libérales payent de la CSG y compris sur leurs charges sociales, ce qui n'est pas le cas des salariés. Donc on remet simplement entre guillemets « à égalité » les salariés et les indépendants, écoutez, c'est juste une mesure de bon sens et d'égalité entre les Français !

MATTHIEU BELLIARD
Sur la pénibilité le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, saluait hier des avancées sociales dans les discussions avec les partenaires sociaux. Le Premier ministre salue des avancées sociales et dans le même temps la CFDT regrette l'absence d'avancées et dénonce le blocage du patronat, où se situe la vérité ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il y a des avancées incontestables, Matthieu BELLIARD.

MATTHIEU BELLIARD
Lesquelles ? Quelques-unes…

LAURENT PIETRASZEWSKI
On va donner un élément, très concrètement la retraite progressive qui sera maintenue à 60 ans c'est la volonté du Gouvernement de créer des passerelles entre l'activité et la retraite et la retraite progressive en est un élément. Il y a des éléments très significatifs notamment dans la fonction hospitalière vis-à-vis des aides-soignants et des infirmières qui, pareil, bénéficieront d'une cessation progressive d'activité dans les deux dernières années. Il y a des éléments très positifs sur la façon de mobiliser notamment l'expérience des seniors dans le mécénat, il y a des éléments très positifs sur l'ouverture de la pénibilité à toute la fonction publique, à toutes les entreprises qui sont concernées par les régimes spéciaux aujourd'hui. Vous voyez, franchement, Matthieu BELLIARD, il y a beaucoup de travail.

MATTHIEU BELLIARD
Dans la fin de ma phrase la CFDT dénonce le blocage du patronat, aujourd'hui, parce qu'il faut lire entre les lignes, aucune cotisation ne sera augmentée à l'issue de cette réforme des retraites ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous savez qu'on a donné une feuille de route très claire pour la conférence sur l'équilibre et le financement du système de retraite, le coût du travail ne peut pas augmenter. Après, la façon…

MATTHIEU BELLIARD
Ni les cotisations sociales ni les cotisations patronales ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le coût du travail ne doit pas augmenter, après il faut laisser à la démocratie sociale, aux partenaires sociaux la possibilité d'en discuter entre eux, c'est ce qu'ils vont faire d'ici le 6 avril, laissons-les discuter ! Il ne faut pas préempter ou interdire les choses mais ce qui est clair c'est que nous sommes cohérents avec les décisions politiques que nous avons prises. Matthieu BELLIARD, on ne peut pas ici hier matin, et j'espère que vous allez encore le faire aujourd'hui, se féliciter des excellents chiffres du chômage dans notre pays…

MATTHIEU BELLIARD
C'est pour ça que je vous posais la question !

LAURENT PIETRASZEWSKI
…d'avoir moins de 8 % de taux de chômage en France métropolitaine. Vous savez, ça ne tombe pas du ciel, c'est parce que le Gouvernement a pris depuis plus de deux ans et demi sous la conduite du président de la République et du Premier ministre des dispositions très fortes qui facilitent l'emploi et qui permettent d'actualiser notre pays et qui fait qu'il est un pays très intéressant pour les investissements étrangers.

MATTHIEU BELLIARD
C'est ce que vous dîtes ce matin, pas de renchérissement du coût du travail. Vous avez promis une retraite à 1.000 euros pour tous les agriculteurs carrière complète au SMIC…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui.

MATTHIEU BELLIARD
Quelle est la part des agriculteurs qui a une carrière complète au SMIC ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Elle est certainement inférieure à ce que nous pourrons souhaiter mais ce que nous construisons…

MATTHIEU BELLIARD
Vous savez bien qu'il y a beaucoup d'agriculteurs qui ne se payent pas au SMIC.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, c'est pour ça que je vous le dis, à ce que nous pourrons souhaiter parce que ça renvoie à un élément important qui est celui de la rémunération des agriculteurs. Donc votre question sous-jacente c'est est-ce que nos agriculteurs peuvent vivre de leur travail ? Et vous savez que c'est cela que nous travaillons avec Didier GUILLAUME avec un certain nombre de dispositions que nous prenons depuis deux ans. Maintenant ce n'est pas suffisant si c'est ça que vous voulez pointer du doigt et sur le fond j'entends, j'entends parce que…

MATTHIEU BELLIARD
Ils n'auront pas tous une retraite à 1.000 euros, il faut être clair, ils n'auront pas tous une retraite à 1.000 euros.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ils n'auront pas tous une retraite à 1.000 euros dans un premier temps puisque ce que nous construisons dans le système universel de retraite pour 2037, et c'est ce que j'ai expliqué aussi à la commission spéciale, c'est qu'à partir de 50 heures par mois équivalent SMIC, soit moins, l'équivalent d'un tiers temps, on bénéficiera au moment de la liquidation de 85 % du SMIC. Donc cette retraite minimum va donc s'adresser dès 2037 à un maximum d'agriculteurs y compris ceux qui ont des tous petits revenus.

MATTHIEU BELLIARD
Un tout dernier mot, on a fait état ce matin du malaise à La République en Marche, Benjamin GRIVEAUX qui annule ses rendez-vous, réunion de crise après la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel, vidéo à laquelle il pourrait être lié, simplement est-ce que Benjamin GRIVEAUX est toujours candidat à la mairie de Paris ce matin ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr que Benjamin GRIVEAUX est candidat et très franchement, Matthieu BELLIARD, je pense qu'on on a mieux à faire que commenter des rumeurs de presse et si on veut parler de Paris parlons de la propreté de la ville, parlons de la façon dont les Parisiens sont accueillis dans leur quotidien, de leur capacité à faire leurs courses, à vivre ensemble, moi ça me paraît être un bon sujet.

MATTHIEU BELLIARD
Et avec vous on a surtout parlé de la réforme des retraites évidemment, Laurent PIETRASZEWSKI, merci beaucoup d'être venu répondre à nos questions ce matin, secrétaire d'Etat en charge de cette réforme.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Merci, bonne journée à tous.

MATTHIEU BELLIARD
Qui arrive à l'Assemblée lundi, je le rappelle.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 février 2020