Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail, à RTL le 13 février 2020, sur la baisse du taux de chômage en France de 0,4 point, les mesures pour l'accès à l'emploi et le congé deuil parental.

Prononcé le

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin en direct sur RTL, on va tout de suite commencer avec les chiffres du chômage, ils sont, disons-le très simplement, excellents, 8,1 % de chômeurs, on termine l'année en tout cas avec ce chiffre, ça en fait -165.000 sur 1 an, c'est le taux le plus bas depuis 2008. Est-ce que l'objectif de 7 % de chômage à la fin du quinquennat reste dans le viseur ?

MURIEL PENICAUD
Oui, 8,1 % de taux de chômage, et même on passe, en métropole, en dessous de la barre des 8, c'est à 7,9 %, ça montre, c'est la preuve que l'ambition des 7 %, elle n'est pas gagnée d'avance, elle n'est toujours pas gagnée d'avance, mais elle est franchement, je pense, atteignable. C'est une preuve qui est importante parce qu'on voit une dynamique partout sur le territoire, on a, par exemple maintenant, déjà 24 départements qui sont à 7 % ou en dessous de 7 %, je pense par exemple à la Mayenne, à Laval, on est à 5,50 et on cherche du monde, donc c'est très encourageant. Il faut continuer, partout, sur tout le territoire, pour tous les publics, mais c'est bien parti.

YVES CALVI
Quand on est à 5,50 dans certains départements ça veut dire qu'on est dans ce qu'on appelle le chômage résiduel, enfin c'est des chiffres…

MURIEL PENICAUD
Oui, on est au plein emploi.

YVES CALVI
Je vais vous dire ce sont des chiffres allemands, quasiment.

MURIEL PENICAUD
C'est les chiffres allemands, c'est les chiffres de tous les pays qui ont un peu résolu leur problème de chômage.

YVES CALVI
Comment expliquez-vous ces résultats ?

MURIEL PENICAUD
Je crois qu'il y a plusieurs éléments qui jouent, d'abord on n'a jamais embauché autant de CDI, de contrats à durée indéterminée, dans notre pays, on est à 4 millions, plus de 4 millions, 4,2 millions CDI en 2019, on n'a jamais fait ça. La deuxième c'est qu'on n'a jamais formé autant d'apprentis, on a annoncé il y a quelques jours les chiffres, on a formé +16 % d'apprentis, on a embauché +16 % d'apprentis cette année, c'est du jamais vu comme explosion, et là c'est la réforme que nous avons menée, de l'apprentissage, qui le permet, on a maintenant près d'un demi-million d'apprentis. On n'a jamais formé aussi, autant de demandeurs d'emploi, aux métiers d'aujourd'hui et aux métiers de demain, on est proche du million de personnes qu'on forme, et ce qui permet qu'on ait aussi beaucoup de demandeurs d'emploi de longue durée qui retrouvent du travail, parce qu'il faut que l'emploi soit pour tous, ça c'est mon combat, c'est non seulement la baisse du chômage, mais c'est que ce soit accessible à tous, et on n'a jamais autant investi dans tout ce qui est entreprises d'insertion, chantiers d'insertion, entreprises adaptées, qui aident les plus vulnérables à accéder eux aussi à l'emploi.

YVES CALVI
Je m'arrête un instant là-dessus. Le gouvernement a lancé une application pour la formation, comment ça démarre et où en êtes-vous en termes de téléchargements ?

MURIEL PENICAUD
Alors ça démarre de façon assez extraordinaire, puisque l'application MonCompteFormation a moins de 3 mois, il y a déjà 5 millions de visiteurs uniques, et puis il y a surtout près d'1 million de téléchargements, et ce qui moi me donne beaucoup d'encouragement, c'est que l'appli formation qu'on a fait, aux deux tiers c'est les ouvriers et les employés qui utilisent pour leur formation, pour passer le permis B, pour la création d'entreprise, pour du bilan de compétences, pour des langues, pour du numérique, mais ce sont les ouvriers et les employés, qui étaient les laissés pour compte de la formation avant, qui l'utilisent, et la moitié c'est des femmes, et elles étaient aussi les laissées pour compte de la formation, donc on démocratise l'accès à la formation. Ça veut dire, l'accès à la formation c'est quoi ? Plus de sécurité d'emploi et puis c'est la possibilité d'évoluer dans sa carrière, de mieux gagner sa vie, d'avoir des carrières plus intéressantes, donc ça aussi c'est très encourageant, et ça contribue à ce marché du travail plus dynamique et plus solide.

YVES CALVI
Je m'arrête un instant sur le permis de conduire, pourquoi cet engouement ?

MURIEL PENICAUD
Je crois que pour beaucoup de Français, notamment dans les zones rurales ou dans les petites villes, si on n'a le permis B, c'est clair, si vous n'avez pas votre permis B sur votre CV, il y a plein d'emplois que vous ne pouvez pas prendre, parce que vous ne pouvez pas accéder à l'emploi, donc c'est aussi, dans l'accès à l'emploi, avoir mis le permis B, c'est pour ça que je l'ai mis, c'est aussi un levier pour l'emploi.

YVES CALVI
Donc c'est une forme de retour sur investissement ?

MURIEL PENICAUD
C'est un retour sur investissement de la nation. Moi je crois qu'on est dans une évolution où les métiers vont changer tout le temps, les entreprises ont leur rôle à faire, en plus elles sont plus confiantes, parce que c'est aussi grâce à la réforme du code du travail qu'elles se sentent confiantes pour embaucher, elles le disent, mais il faut aussi que chacun ait les moyens de pouvoir évoluer et faire ses choix.

YVES CALVI
Pour ceux qui nous écoutent et qui entendent parler pour la première fois de cet accès au téléchargement pour la formation, en trois mots s'il vous plaît, ils y vont comment et pourquoi ? 

MURIEL PENICAUD
Alors, vous y allez sur l'appli ou sur Internet, MonCompteFormation, il faut juste votre numéro de Sécurité sociale, vos droits sont déjà téléchargés, en moyenne il y a plus de 1000 euros pour chacun des 20 millions de salariés, au mois d'avril y aura 500 euros de plus, chaque année il y aura 500 euros de plus, 800 pour ceux qui sont handicapés ou qui n'ont pas de diplôme, et donc ça c'est collectif, donc ça vous arrive, et sur l'appli vous avez aussi l'accès, évidemment gratuit, à plusieurs centaines de milliers de formations, de votre choix, en sachant où elles sont localisées, combien elles coûtent, et vous pouvez directement vous enregistrer.

YVES CALVI
On quitte les bonnes nouvelles sur la formation et le chômage pour aboutir à des dossiers plus délicats. Alors, on ne vous avait pas entendue, Muriel PENICAUD depuis le couac sur le congé deuil parental, le gouvernement, Edouard PHILIPPE en tête, ont fait bloc pour vous soutenir, est-ce que vous concédez avoir mal apprécié ce texte ?

MURIEL PENICAUD
Alors, je rappelle, mais je crois que c'est derrière nous, que c'est une erreur collective, on était sept ministères concernés, il y avait des partis politiques concernés, on a sous-estimé, non pas la chose, parce qu'il y a eu beaucoup de propositions de notre majorité, dès le début au Parlement, pour mieux prendre en compte les familles, et ce que je peux vous dire c'est que, avec Adrien TAQUET, nous concertons avec les familles et avec les associations de parents, on les revoit cet après-midi. Ils ont apporté beaucoup de propositions, qui vont bien au-delà du sujet du congé, sur la prise en compte des obsèques, sur l'aide psychologique, et sur l'aide retour à l'emploi, donc on va en rediscuter aujourd'hui, et une chose dont je suis sûre c'est que la loi sera bien meilleure que le projet initial, et moi, le plus important, c'est que les parents – c'est un sujet de société, ça ne concerne pas que quelques parents, c'est un sujet de société – qu'à la fin on les entoure mieux et on les aide mieux à passer cette épreuve qui est la plus tragique qui soit.

YVES CALVI
Vous me dites on va s'en sortir honorablement, mais ça a été perçu comme une forme d'affront affectif, et je suis sûr que vous vous en rendez parfaitement compte, donc je ne vous demande pas de faire amende honorable, je vous dis est-ce qu'on s'est embarqué vraiment très très mal sur un dossier qui était particulièrement sensible ?

MURIEL PENICAUD
Alors ce n'était pas un projet de loi du gouvernement, maintenant il y a un travail commun, une concertation du gouvernement, du député Guy BRICOUT qui avait lancé cette initiative, de notre majorité qui a fait des propositions, et des associations et des partenaires sociaux qui le souhaitent, et donc je pense que l'important c'est que, à la fin, pour les parents en deuil, franchement, la loi soit meilleure et que l'accompagnement soit meilleur, pour moi il n'y a que ça qui compte.

YVES CALVI
Laurent BERGER n'est pas de cet avis, il a quitté la table de concertation hier soir.

MURIEL PENICAUD
Oui, vous savez, moi je crois que, vraiment, le temps n'est plus aux polémiques, ça fait 10 jours que ces concertations sont en place, les associations elles-mêmes disent que ça va être mieux, que ce qu'elles espéraient, à la fin, moi la seule chose qui compte c'est les parents en deuil, le reste, les polémiques on les oubliera, les parents ils n'oublieront pas si la nation fait quelque chose pour eux.

YVES CALVI
Excusez-moi, Laurent BERGER est un partenaire essentiel, et à divers titres en ce moment, donc vous ne pouvez pas écarter ça de la main. Brigitte MACRON, qui était à votre place hier, espérait, elle aussi une nette amélioration, bien entendu, concernant ce projet, vous comprenez bien qu'il y a une tension très importante. Quand BERGER s'en va il y a un gros souci, vous vous en rendez compte Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Alors, l'essentiel des mesures n'est pas dans le champ du travail, beaucoup des mesures sont dans le champ plutôt de la solidarité, avec les associations, et il y a quelques mesures dans le champ du travail, notamment l'aide à reprendre le travail, par exemple de façon progressive, qui est une forte demande des parents. Je crois que là-dessus il y a des choses à faire avec les partenaires sociaux, ils n'avaient pas été initialement consultés par le député qui portait la loi, donc du coup nous on les a associés – ce n'est pas comme une loi qu'on porte, quand je porte une loi, moi pendant des mois je travaille avec les partenaires sociaux – ce n'est pas nous qui la portions, et donc les formes, évidemment, ne ressemblent pas à d'habitude. Mais je crois que vraiment la polémique est derrière nous, ce n'est pas le sujet.

YVES CALVI
Le temps file vite. La réforme des retraites, il faut qu'on en parle, dites-moi c'est une drôle d'affaire. Le journal Le Monde a révélé hier le contenu de la lettre qu'ont adressé deux piliers de la commission des Finances, deux élus La République en marche, au Premier ministre Edouard PHILIPPE, dans cette lettre ils ont listé 16 questions sans réponse, ce sont des questions parfois à plusieurs milliards d'euros. Est-ce que vous comprenez qu'on soit stupéfait devant une pareille information, et est-ce que ça ne dit pas le mauvais traitement de cette affaire depuis le départ, qui est pourtant tellement importante pour nous et pour notre pays ?

MURIEL PENICAUD
Alors, d'abord c'est important pour tout le monde, parce que ça concerne tout le monde, la réforme des retraites, et comme vous l'avez vu, la Conférence de financement va commencer ses travaux, donc il y a des questions financières, sur lesquelles, effectivement, la position n'est pas arrêtée puisqu'on a demandé à la Conférence de financement, le Premier ministre a demandé à la Conférence de financement, avec les partenaires sociaux, les experts, de faire des propositions sur ces différents sujets. Donc, on est… je suis d'accord qu'on est dans un contexte où il n'y a pas encore tous les éléments financiers, parce que le texte évolue en parallèle de la Conférence de financement, ce qui peut tout à fait, et légitimement, expliquer que des députés disent on veut en savoir plus, mais en même temps on ne peut pas aller plus vite que la Conférence de financement, donc il faut articuler les deux en même temps.

YVES CALVI
Mais vous comprenez que ça jette un flou total sur une réforme qui est majeure et qui fait l'objet en plus d'une contestation très importante dans la rue, et à l'Assemblée, on a vu le comportement de la France Insoumise. Je vous le dis autrement : ce n'est vraiment pas rassurant.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais je vais vous donner un exemple. Par exemple sur la pénibilité et l'emploi des seniors, qui est la part de concertation que je mène dans cette réforme. On a travaillé avec les partenaires sociaux, il y a des idées sur la table, maintenant il faut voir comment elles pourront être financées, et ça, ces idées-là, elles n'y étaient pas il y a 3 mois puisque c'est le fruit de cette concertation, et évidemment ça devra être intégré dans la Conférence de financement. Donc, le texte va, au fur et à mesure, s'améliorer, se densifier, et se préciser, en fonction des éléments financiers.

YVES CALVI
Une question très concrète, est-ce qu'on peut espérer des avancées concernant la pénibilité dans les débats qui commencent ce matin ?

MURIEL PENICAUD
Oui. Tout à l'heure, avec le Premier ministre, nous recevons les partenaires sociaux, on a beaucoup travaillé sur le sujet emploi des seniors et pénibilité, et on va leur faire des propositions à discuter, sur la base évidemment de leurs propositions.

YVES CALVI
Donc vous allez vous réconcilier avec Laurent BERGER alors !

MURIEL PENICAUD
Mais je ne suis pas fâchée avec Laurent BERGER.

YVES CALVI
Il quitte une table pour en retrouver une autre.

MURIEL PENICAUD
Je ne suis pas fâchée avec Laurent BERGER.

YVES CALVI
On sent que c'est sensible quand même ! Merci beaucoup en tout cas, Muriel PENICAUD, d'être venue commenter notamment ces très bons chiffres du chômage ce matin sur l'antenne de RTL. Vous allez encore avoir beaucoup de travail, mais ça ce n'est pas une surprise pour vous. Bonne journée à vous.

MURIEL PENICAUD
Je suis là pour ça, pour mes concitoyens.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 février 2020