Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'action et des comptes publics, à France Info le 3 mars 2020, sur l'épidémie de COViD-19 et le recours au 49.3 pour la réforme des retraites.

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Intervenant(s) :

  • Olivier Dussopt - Secrétaire d'État auprès du ministre de l'action et des comptes publics

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Texte intégral

SEBASTIEN THOMAS
Le coronavirus ou encore la réforme des retraites et le passage par le 49.3, on a beaucoup de questions à poser à Olivier DUSSOPT, bonjour.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

SEBASTIEN THOMAS
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics. Vous étiez au Conseil des ministres samedi ?

OLIVIER DUSSOPT
Non. Les secrétaires d'Etat n'étaient pas au Conseil des ministres.

SEBASTIEN THOMAS
Les secrétaires d'Etat ne le sont pas toujours. Je dis ça, parce que le préfet de l'Oise est confiné parce qu'il a été en contact avec l'épidémie, le préfet de l'Oise a rencontré le ministre de la Santé, qui du coup était en conseil des ministres, est-ce qu'il faut confiner tout le gouvernement ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas qu'il faille confiner tout le gouvernement dans ce domaine, pour les membres du gouvernement comme pour tous les Français, ce qui compte ce sont les avis médicaux et les expertises, c'est ce qui présume, c'est-ce qui préside plus exactement à toutes les décisions que nous prenons.

SEBASTIEN THOMAS
Donc tout le monde va bien autour de la table du conseil des ministres. Emmanuel MACRON a allégé son agenda pour suivre la situation, ce n'est pas parce qu'il est malade ?

OLIVIER DUSSOPT
Rassurez-vous.

SEBASTIEN THOMAS
Bon. L'épidémie progresse, trois clusters, on l'a dit, identifiés l'Oise, le Morbihan et en Haute-Savoie, un nouveau décès hier, on est au stade 2 de l'épidémie, on a l'impression que le gouvernement est en train de préparer l'opinion à un passage au stade 3, c'est pour quand ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous ne savons pas pour quand est le passage au stade 3 et s'il adviendra. Il est probable qu'il advienne puisque l'épidémie se développe, le virus circule et toutes les mesures que nous prenons ont un objectif, c'est de ralentir la propagation de l'épidémie, faire en sorte qu'il y ait le moins de Français contaminés possible, le moins de Français infectés par ce virus et que cette épidémie puisse être la plus maîtrisée possible. Par définition nous ne pouvons pas tout faire et nous savons qu'il y a des contacts, nous savons qu'il y a des clusters pour reprendre cette expression et des cas qui augmentent en nombre comme partout en Europe. Notre travail, notre responsabilité, c'est de ralentir cette propagation et c'est de protéger les Français, soigner celles et ceux qui sont malades.

SEBASTIEN THOMAS
Le stade 3, on y est prêt ?

OLIVIER DUSSOPT
On y est prêt et nous nous préparons au sein du gouvernement avec l'ensemble des administrations à toutes les éventualités.

SEBASTIEN THOMAS
Cela veut dire quoi très concrètement pour les gens qui nous regardent ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est par exemple s'assurer que dans tous les ministères il y ait des plans de continuité de l'activité des services, faire en sorte d'identifier, c'est un travail que nous ne faisons pas aujourd'hui, qui a été fait de manière permanente, identifier quelles sont les fonctions les plus stratégiques, les agents dont nous avons le plus besoin, prendre des mesures de précaution spécifiques, faire en sorte tout simplement que l'Etat puisse continuer à fonctionner quand bien même l'épidémie gagnerait une partie importante de ses agents.

SEBASTIEN THOMAS
Vous êtes notamment en charge de la fonction publique, est-ce que vous vous attendez dans la fonction publique a des masses de droit de retrait, on a par exemple des chauffeurs de bus en région parisienne qui choisissent de ne pas sortir de leurs entrepôts parce qu'ils estiment avoir un risque pour la santé, est-ce que vous vous attendez à ce genre de chose ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est un vrai débat qui va s'ouvrir puisque le droit de retrait n'est valable si l'on peut dire, que si l'administration concernée n'a pas mis en oeuvre les préconisations du gouvernement, qu'elles soient médicales ou en termes de protection. Et donc il y ait un véritable débat sur la notion même de droit de retrait. On peut comprendre l'inquiétude. On peut comprendre la peur puisqu'il y a une épidémie, il y a un virus, il faut aussi rappeler les modalités de propagation, les gestes barrières, le fait de ne pas se serrer la main, le fait de ne pas avoir de contact physique, de garder un peu de distance et pour toute personne qui ressent des symptômes, qui a le moindre doute le fait d'appeler, de consulter sans aller dans un lieu de consultation collectif, sans aller aux urgences, sans aller dans une salle d'attente pour éviter la promiscuité avec d'autres patients qui seraient éventuellement…

SEBASTIEN THOMAS
Mais vous dites quoi aux gens qui nous regardent qui sont en train de prendre leur petit déjeuner, qui se disent, mais moi si je vais au travail je vais être en contact potentiellement des gens infectés, je préfère rester chez moi.

OLIVIER DUSSOPT
Je leur dis tout simplement de mettre en oeuvre les préconisations qui sont diffusées par le gouvernement après les avis médicaux, faire en sorte de se laver les mains très régulièrement, faire en sorte de ne pas serrer la main de leurs collègues, ça n'est pas une marque de…

SEBASTIEN THOMAS
On peut aller travailler, on peut prendre les transports en commun aujourd'hui ?

OLIVIER DUSSOPT
Bien sûr.

SEBASTIEN THOMAS
Il n'y a pas d'inquiétude à ce niveau-là.

OLIVIER DUSSOPT
Il n'y a pas d'inquiétude et s'il y en avait, nous prendrions les mesures adéquates.

SEBASTIEN THOMAS
Vous avez des inquiétudes concernant l'économie et les impacts, on a entendu Bruno LE MAIRE un hier sur la croissance française, on voit que par exemple dans l'hôtellerie-restauration, ça commence un petit peu à patiner mais tous les secteurs sont concernés.

OLIVIER DUSSOPT
Tous les secteurs sont concernés et nous avons aussi à en tête le fait que l'embargo, la mise sous blocus de telle ou telle région du monde notamment en Chine peut poser les difficultés d'approvisionnement en matières premières pour les entreprises, donc évidemment cette épidémie aura un impact sur notre croissance, aura un impact sur la croissance mondiale et la croissance européenne. Aujourd'hui il est trop tôt pour dire quel sera l'impact réel.

SEBASTIEN THOMAS
Bruno LE MAIRE disait ce sera sans doute au-dessus du 0,1 point.

OLIVIER DUSSOPT
C'est probable.

SEBASTIEN THOMAS
Est-ce qu'on met en place des mesures pour soutenir notamment les entreprises ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons toujours mis en place des mesures pour soutenir les entreprises, je pense notamment aux difficultés rencontrées par celle-ci lors des mouvements de gilets jaunes, il y a un peu plus d'un an. Nous avions mis en place les échéanciers et parfois même des dégrèvements en matière de fiscalité. Nous avons mis en place des cellules d'accompagnement pour faire en sorte d'accompagner le modèle économique et puis je crois surtout et c'était dit par la présidente de la Commission européenne ce matin dans la presse quotidienne, cette épidémie n'est pas française, elle concerne tous les pays européens, elle concerne le monde entier et la présidente de la Commission dit elle-même qu'il faut avoir une riposte collective.

SEBASTIEN THOMAS
Une réponse globale.

OLIVIER DUSSOPT
Au sein l'OCDE, au sein de la Commission européenne, il faut pouvoir mettre en place les outils budgétaires qui sont nécessaires au maintien de l'activité dans cette période de difficultés.

SEBASTIEN THOMAS
Et réunion des ministres de l'Eurogroupe, des Finances, réunion téléphonique prévue. On en vient à l'actualité politique, vous êtes toujours de gauche ?

OLIVIER DUSSOPT
Bien sûr.

SEBASTIEN THOMAS
Je dis bien sûr parce que le recours au 49.3 pour faire passer la réforme des retraites, vous allez nous dire que c'est pour faire avancer le débat qui était bloqué, mais est-ce que vous êtes vraiment, vraiment à l'aise ?

OLIVIER DUSSOPT
Oui, je suis à l'aise, d'abord c'est une modalité Constitutionnel et puis j'ai été député pendant 10 ans notamment au cours des 5 années…

SEBASTIEN THOMAS
Député socialiste.

OLIVIER DUSSOPT
Député socialiste, mandat de François HOLLANDE avec le recours au 49.3 à six reprises sur deux textes différents. C'est une modalité constitutionnelle. Elle est peut-être utilisée lorsqu'il y a un problème de majorité, c'était le cas sous le mandat de François HOLLANDE, elle peut aussi être aussi utilisée lorsqu'il y a une obstruction caractérisée. Nous ne sommes pas face à une absence de débat au sein de la majorité et avec les partenaires sociaux, nous sommes face à une volonté délibérée de quelques députés du groupe La France insoumise et du groupe communiste de tout simplement bloquer le débat, d'empêcher que ce texte soit examiné, d'empêcher qu'il soit voté. Et là où nous montrons parce que c'est finalement le plus important à mes yeux, là où nous montrons que nous faisons confiance à la fois à la démocratie parlementaire quand elle fonctionne et à la démocratie sociale…

SEBASTIEN THOMAS
C'est que vous reprenez des amendements de l'opposition.

OLIVIER DUSSOPT
C'est que nous ne reprenons plus de 350 amendements pour enrichir le texte, dont 65 du groupe communiste, 25 du groupe LR. Nous ne reprenons des amendements qui vont avoir trait à la situation par exemple des égoutiers pour lesquels nous devions trouver des solutions et le groupe communiste en a proposé une tout à fait satisfaisante.

SEBASTIEN THOMAS
Avec un départ anticipé.

OLIVIER DUSSOPT
Nous proposons, nous reprenons pardon des amendements du groupe LR sur les indépendants et les artisans. Nous avons aussi repris des amendements sur les modalités de transition et puis nous avons inscrit dans le texte par la loi et par les amendements déposés toutes les dispositions sur lesquelles il y a des convergences lorsque nous avons réuni les partenaires sociaux, syndicats et patronat il y a à peu près 3 semaines à Matignon sur des questions de fin de carrière, sur les questions de mécanismes de transition, partout où la démocratie sociale avait permis d'aboutir et d'avoir des convergences, nous avons tenu parole, repris ces dispositions.

SEBASTIEN THOMAS
… mais je reprends ce que vous dites, nous on n'a pas de problème de majorité, vous n'avez vraiment pas de problème de majorité ? Il y a encore deux députés qui ont décidé de quitter En Marge Delphine BAGARRY ou Hubert JULIEN-LAFERRIERE.

OLIVIER DUSSOPT
Vous savez une majorité c'est très mathématique et nous n'avons pas de problème de majorité, nous avons des députés qui peuvent s'interroger, la période est compliquée, le mandat n'est pas simple lorsqu'on est parlementaire, après un mouvement gilets jaunes dans un climat de violences aussi avec beaucoup de permanences parlementaires qui se sont dégradées, avec des élus qui sont pris à partie. La vie politique aujourd'hui n'est pas simple et elle est certainement moins simple qu'il y a 10 ans.

SEBASTIEN THOMAS
C'est anecdotique, il y a de plus en plus de députés qui quittent le parti.

OLIVIER DUSSOPT
Il n'y a pas de difficulté de majorité, il y a même une volonté de tenir les engagements du président de la République et cette réforme des retraites fait partie des engagements du président de la République. Nous aurions voulu que le Parlement puisse aller au bout du débat, ça a été rendu impossible par celles et ceux qui ont déposé plus de 40.000 amendements et des milliers de sous-amendements uniquement pour enliser ce même débat.

SEBASTIEN THOMAS
Le dialogue social, c'est aussi avec les syndicats, Force Ouvrière, la CGT qui ont claqué la porte de la commission de financement qui doit rendre ses conclusions en avril, est-ce que ça ne veut pas dire que de la même manière qu'on avait vu venir le 49.3, on voit venir le retour de l'âge pivot ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas, je pense que les deux syndicats que vous avez évoqués depuis le début ne veulent pas de cette réforme. Ils veulent garder 42 régimes, ils veulent garder des régimes spéciaux, ils ne veulent pas d'une réforme qui met en place un système universel qui est le seul à garantir l'égalité.

SEBASTIEN THOMAS
Vous êtes confiant sur les conclusions de cette commission ?

OLIVIER DUSSOPT
Et donc il n'y a aucune surprise à ce qu'il quitte la commission à la conférence de financement, ils ne veulent pas son aboutissement. Aujourd'hui les syndicats réformistes continuent à discuter, continuent à discuter avec les organisations patronales sur des questions de minimum contributif, sur les questions de financement, bien sûr, sur les questions de pénibilité.

SEBASTIEN THOMAS
Mais sur l'âge pivot, est-ce qu'on va arriver à trouver une alternative ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais l'âge pivot, c'est une mesure d'équilibre économique, d'équilibre financier. Nous avons dit et le Premier ministre l'avait dit dès son discours devant le Conseil économique et social, que nous pensons que c'est une mesure qui garantit cet équilibre, mais que si les partenaires sociaux ou d'autres modalités d'équilibre, nous prenons. Laissons la conférence de financement travailler, il y a dans cette conférence de financement aujourd'hui des hommes et des femmes de bonne volonté qui veulent que cette réforme réussisse et qui veulent trouver les bonnes modalités et la faire réussir, laissons les travailler.

SEBASTIEN THOMAS
Merci beaucoup Olivier DUSSOPT d'avoir été avec nous.

OLIVIER DUSSOPT
Merci.

SEBASTIEN THOMAS
On retiendra que la France n'est pas encore au stade 3 mais que vous l'estimez, son passage, probable et que selon vous, nous y sommes prêts, merci d'avoir accepté l'invitation de France Info.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mars 2020