Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, à RTL le 3 avril 2020, sur le rôle des forces de sécurité intérieure pendant le confinement.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

ALBA VENTURA
C'est donc ce soir que débutent, sur le papier, les vacances de printemps de la zone C, pour les académies de Créteil, Montpellier, Paris, Toulouse et Versailles. Alors, je dis sur le papier, parce que le virus n'est pas en vacances, c'est ce que nous a redit hier soir le Premier ministre, en rappelant qu'il ne doit pas y avoir de départs en vacances. Comment allez-vous empêcher ceux qui veulent partir quand même ?

LAURENT NUNEZ
Oui, alors vous avez raison de rappeler que vous parliez des vacances, et nous, nous parlons des départs en vacances. Donc, le confinement, c'est un confinement qui est effectué à domicile, il y a un certain nombre de cas, de dérogations qui sont prévues, notamment pour aller travailler, pour effectuer certaines certains achats, et le départ en vacances n'est pas un cas de dérogation, c'est-à-dire qu'on ne peut pas quitter son domicile, le domicile où on est confiné, pour se rendre notamment dans un lieu de villégiature ou dans une résidence secondaire. Donc, il n'y a pas il y a pas de départs en vacances, le virus lui ne part pas en vacances, donc on va être extrêmement attentif à faire respecter cette règle. Et ce seront près de 160 000 policiers et gendarmes qui vont être déployés sur tout le territoire national, pour effectuer des contrôles, des contrôles sur les axes de circulation, des contrôles aux sorties des grandes villes, des contrôles sur les péages, des contrôles sur l'ensemble du territoire, et y compris évidemment dans les lieux de villégiatures habituels, donc où ceux qui tenteraient de devenir des vacanciers, seront accueillis par les forces de l'ordre.

ALBA VENTURA
Il y aura des surveillances vidéo ou surveillances par hélicoptère ? Vous mettez les gros moyens comme ça ?

LAURENT NUNEZ
Si je peux reprendre votre expression, effectivement, de gros moyens policiers et de gendarmerie seront mis en place, des moyens au sol évidemment très majoritairement, mais effectivement également des moyens aériens. Voilà. Donc un dispositif de contrôle tout à fait exceptionnel qui est à la hauteur de l'enjeu, qui est celui de faire respecter ce confinement, qui est si important pour la sécurité et la santé de nos concitoyens.

ALBA VENTURA
Et donc les contrôles, ils vont durer combien de temps ? Ça démarre j'imagine aujourd'hui, ça va durer toute la semaine, est-ce qu'il y aura des contrôles cette nuit, la nuit de samedi à dimanche ?

LAURENT NUNEZ
D'une manière générale, vous savez que le contrôle de confinement, en temps normal, il est extrêmement surveillé on a on a près de 100 000 effectifs qui sont déployés en temps normal, qui font des contrôles au quotidien, partout sur les axes de circulation, les axes piétonniers, et ce contrôle il est renforcé pour ce premier week-end de vacances. Donc ces contrôles seront renforcés tout le week-end, c'est-à-dire à partir d'aujourd'hui, samedi et dimanche, donc ce sont 3 jours de contrôles intenses, et évidemment que ces contrôles se poursuivront la semaine prochaine, notamment sur les lieux de rassemblement habituels pendant les vacances, même si beaucoup de préfets, suivis par un certain nombre de maires, ont pris beaucoup d'arrêtés d'interdiction de fréquentation, ici les plages, là des promenades, ou de certains lieu de rassemblements habituels. Donc il y a beaucoup d'arrêtés d'interdiction qui ont été pris.

ALBA VENTURA
Et il y aura autant, je vous le redemande, il y aura autant d'effectifs la nuit ? On ne sait jamais, si certains envisagent de partir…

LAURENT NUNEZ
Evidemment. Evidemment que ces contrôles auront lieu également la nuit, donc les équipes de police et de gendarmerie s'organisent, il y a des roulements, et ces contrôles auront lieu également la nuit. Et je rappelle, je dis, je mets en garde les personnes qui voudraient braver cette interdiction, vous savez qu'il y a des sanctions qui sont quand même assez fortes, ce sont des peines d'amendes, mais quand il y a réitération, au bout de la troisième réitération, c'est-à-dire à partir de la quatrième, le non-respect du confinement est un délit qui est susceptible d'entraîner une garde à vue, une peine de prison et une amende de 3 750 €. Et évidemment nous n'hésiterons pas à faire application de cette sanction. Et donc quelqu'un qui, en dépit des contrôles, n'accepterait pas de regagner son domicile, peut être verbalisé plusieurs fois, et c'est la sanction qu'il encourt, donc c'est un délit.

ALBA VENTURA
Vous allez pouvoir obliger quelqu'un à faire demi-tour, c'est ça ? Les forces de l'ordre.

LAURENT NUNEZ
Les forces de l'ordre demanderont aux personnes, donc qui ne respectent pas la règle de faire demi-tour, et de regagner leur domicile, leur lieu de confinement, et si ces personnes grugent et essaient de poursuivre leur trajet d'une autre façon, si elles sont verbalisées à nouveau, c'est la sanction qui peut être beaucoup plus lourde.

ALBA VENTURA
Et dans un véhicule, qui sera verbalisé, est-ce que c'est le conducteur ou tous les passagers de la voiture, y compris s'il y a des enfants ?

LAURENT NUNEZ
Alors, ce seront évidemment les adultes qui seront verbalisés, mais ce qu'il faut surtout avoir à l'esprit, ce qu'il faut que vos auditeurs comprennent bien, c'est qu'on ne parle pas d'une infraction routière, là où seul le conducteur est susceptible d'être sanctionné, on parle d'une infraction d'une autre catégorie, donc c'est le non-respect d'une règle de confinement, et évidemment, l'ensemble des personnes présentes dans le véhicule, sont susceptibles et seront verbalisées.

ALBA VENTURA
D'accord. Laurent NUNEZ, apparemment certains conducteurs prennent les routes ou les autoroutes pour des circuits automobiles, compte tenu de la faible circulation. Plusieurs gendarmes ont alerté d'un retour de grands excès de vitesse. Ça c'est un phénomène fréquent ?

LAURENT NUNEZ
Plusieurs gendarmes, plusieurs policiers, plusieurs préfets, nous ont alerté, le ministre de l'Intérieur et moi-même, sur le fait que, ayant une baisse de trafic évidemment, comme vous l'imaginez, avec le confinement qui est très importante, mais la baisse des infractions n'est pas du tout proportionnelle, et elle est… la baisse des infractions routières est beaucoup plus faible, et même quand on prend certaines catégories d'infractions, comme le délit de grand excès de vitesse, il augmente de 16% sur l'ensemble du territoire national, c'est parfois plus en secteur autoroutier. Donc évidemment, cette augmentation alors que le trafic baisse était très préoccupante, les accidents sur les autoroutes demeurent stables, donc effectivement il y a une vraie préoccupation, on sent qu'il y a un relâchement des conducteurs, les axes sont dégagés, ça peut tenter certains de commettre des infractions, donc évidemment nous allons renforcer significativement également les contrôles routiers, notamment les contrôles de limitation de vitesse.

ALBA VENTURA
Monsieur le Ministre, il y a une nouveauté : les attestations de déplacement vont être désormais être présentées via notre téléphone portable, c'est-à-dire on n'a plus besoin d'imprimer, ce sera en service le 6 avril. Donc finalement vous vous êtes rendu compte qu'il fallait un peu simplifier la vie des gens, tout le monde n'a pas une imprimante.

LAURENT NUNEZ
D'abord, c'est une attestation numérique, l'attestation papier demeure évidemment en vigueur, et on facilite un peu la vie des gens, en leur permettant de remplir une attestation numérique, qui peut être présentée aux effectifs. Il y a un code QR qui permet un contrôle par scan en respectant les gestes barrières…

ALBA VENTURA
Un flash code.

LAURENT NUNEZ
… avec un une distance, qui pour les effectifs, correspond bien au respect des gestes barrières. C'est une facilité évidemment pour les usagers, et pour les forces de l'ordre aussi, ça va simplifier le contrôle, puisque vous savez qu'avec les attestations papier, on pouvait avoir un certain nombre d'abus, c'est-à-dire des personnes qui remplissaient leurs attestations au dernier moment. Là, les informations qui figureront, qui seront données aux policiers, permettront de vérifier l'heure à partir du moment, enfin, où l'attestation a été remplie. Donc, quant à dire que nous facilitons la vie des usagers, effectivement c'est bien le but, mais dans les 15 premiers jours, il fallait d'abord que les règles soient bien comprises, bien appliquées sur l'ensemble du territoire, c'est le cas, le confinement est beaucoup mieux respecté, et puis il fallait aussi que nous travaillions à une solution numérique qui soit protectrice des personnes évidemment, et éviter tout dispositif de captation de données, ce qui ne sera pas le cas dans le cadre de l'attestation numérique que nous mettons en place, puisqu'il n'y a pas de stockage de données personnelles évidemment.

ALBA VENTURA
Voilà, d'accord, ça ne garde pas les données personnelles.

LAURENT NUNEZ
Absolument pas.

ALBA VENTURA
Laurent NUNEZ, il y a parfois des tensions, ça nous remonte ici à RTL, un cas d'une personne âgée qui a été interpellée un peu sévèrement, à la campagne ils nous remontent aussi des cas de gens verbalisés pour être allés à l'hypermarché moins cher, mais à peine un peu plus loin que le supermarché. Il n'est pas bien sûr question d'autoriser quoi que ce soit, mais 135 € pour quelqu'un qui gagne un SMIC, ou qui a une petite retraite, c'est beaucoup. Est-ce qu'il n'y a pas parfois des consignes de tolérance à avoir ?

LAURENT NUNEZ
Non, il n'y a pas de consigne, sur un sujet aussi grave que le confinement, il n'y a pas de consigne de tolérance, il y a des consignes évidemment de pédagogie et de discernement. Ça oui. Evidemment et majoritairement les contrôles se passent très bien, et l'exemple que vous donnez, vous savez, quand on se déplace pour des achats alimentaires, enfin les achats dits de première nécessité, si je reprends les termes du décret, ce n'est pas forcément à proximité immédiate du domicile, donc voilà, on peut aussi se rendre dans un hypermarché parce que c'est moins cher, on peut se rendre dans un magasin bio parce qu'on préfère le bio, etc. Ce qui compte c'est de respecter ce cadre de dérogation, il n'y a pas de distance par rapport au domicile, la distance par rapport au domicile c'est pour les déplacements personnels, et on demande évidemment aux policiers et aux gendarmes de faire preuve de discernement, et c'est ce qu'ils font dans la très très très grande majorité des cas. On n'a relativement peu d'incidents qui nous remontent à l'occasion des contrôles.

ALBA VENTURA
Combien de contraventions ont été dressées, maintenant, on le sait, depuis le début du confinement ?

LAURENT NUNEZ
Oui, alors depuis le début du confinement, le nombre de contrôles est tout à fait exceptionnel. Nous sommes à 6,7 millions de contrôles réalisés, et on a eu 406 000 verbalisations depuis le début, et ce chiffre augmente évidemment tous les jours, même si l'augmentation est moins soutenue, le confinement commence vraiment à rentrer dans les habitudes de nos concitoyens, et c'est très bien.

ALBA VENTURA
Une question. Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat à l'Egalité hommes/femmes, a indiqué que les violences conjugales avaient été multipliées par 5. Alors, je sais que vous avez mis en place plusieurs dispositifs. Ce n'est pas facile de se signaler quand on vit avec un conjoint violent. Est-ce que le dispositif des pharmacies, par exemple, fonctionne bien ?

LAURENT NUNEZ
Oui, alors d'abord, le dispositif habituel de signalement des violences faites aux femmes est maintenu, notamment l'appel 17, le numéro 39 19, qui continuent à fonctionner, évidemment, y compris en période de confinement, d'ailleurs on a une augmentation des interventions notamment sur appel au 17, c'est assez important, donc les choses fonctionnent bien, mais nous avons décidé de le renforcer pendant cette période de confinement. Il y a quatre dispositifs supplémentaires qui ont été mis en place, ce qui est important. D'abord effectivement la possibilité de signaler des violences en pharmacie, qui est un lieu où il peut y avoir une certaine confidentialité, et qui marche bien effectivement, puisqu'on a eu une personne, un conjoint violent qui a été interpellé suite à un signalement en pharmacie. Et puis on a mis en place aussi un dispositif, un numéro 114 qui peut être actionné par SMS, et de la même façon que dans les centres commerciaux, Marlène SCHIAPPA l'a annoncé, nous aurons des points d'accueil qui seront tenus par des associations, pour les femmes victimes de violences.

ALBA VENTURA
Dans les pharmacies, c'est si seulement on est toute seule, parce que si on est à côté du conjoint, vous vous souvenez de l'histoire du code que la personne violentée devait prononcer, ça, ça ne marche pas.
LAURENT NUNEZ
Si, enfin on est en train de bâtir le dispositif, et d'ailleurs c'est plus qu'on est en train, il a été bâti avec l'Ordre des pharmaciens. Vous comprendrez qu'il y a un certain nombre de choses que je ne peux pas dire au micro, mais effectivement que la confidentialité est totalement assurée.

ALBA VENTURA
Bien sûr.

LAURENT NUNEZ
Et j'oublie d'ailleurs de signaler un autre dispositif, c'est que nous avons demandé aux policiers et aux gendarmes de prendre contact, évidemment discrètement, avec un certain nombre de femmes, qui étaient connues comme étant victimes de violences, et là aussi ce dispositif a fonctionné, puisque ça nous a permis d'interpeller un conjoint violent sur la base d'un appel de précaution, de prévention, on va dire, d'un de nos effectifs.

ALBA VENTURA
Monsieur le Ministre, où en êtes-vous de l'approvisionnement des masques pour les forces de l'ordre ? Les policiers et gendarmes estiment qu'ils sont exposés inutilement, même Interpol a recommandé qu'ils portent des masques et des gants.

LAURENT NUNEZ
D'abord… Bien sûr, oui oui, Interpol c'est un organisme qui vise à avoir une… à ce qu'il y ait une plus grande coopération entre les polices d'Europe et du monde entier. Donc ça c'est le premier point. Donc c'est sa mission à Interpol. Pour ce qui est de la doctrine de l'emploi des masques pour les forces de l'ordre, je veux d'abord rappeler évidemment que ce qui est le plus important c'est les gestes barrières, c'est la capacité à maintenir une certaine distance, à ne pas prendre une attestation à la main…

ALBA VENTURA
Donc vous n'avez pas de masques.

LAURENT NUNEZ
… et ça, les Forces de l'ordre sont parfaitement informées, Et le dispositif concernant les masques est le suivant : c'est un dispositif qui vise à ce que chaque équipage qui effectue des contrôles sur la voie publique, police comme gendarmes, soit dotés de kits de masques, de kids de gels, de façon…

ALBA VENTURA
Mais il parait qu'on leur dit de ne pas les utiliser, ou seulement s'ils sentent que la personne est malade.

LAURENT NUNEZ
Oui, alors, je termine si vous voulez, donc ils ont à leur disposition des masques, donc qu'ils doivent revêtir quand ils ont le sentiment qu'ils sont, voyez on les laisse apprécier évidemment cette situation, quand ils ont le sentiment qu'ils sont confrontés à une personne malade. Et donc nous avons distribué 800 000 masques au départ, 300 000 de plus viennent de l'être dans ces jours écoulés. Nous avons effectué une commande de réapprovisionnement, et puis nous travaillons…

ALBA VENTURA
Combien ?

LAURENT NUNEZ
Nous travaillons également à des solutions alternatives, notamment des visières en plastique, des lunettes plastiques, qui ont été expérimentées, et que nous allons nous procurer également pour réapprovisionner l'ensemble de nos équipages, pour pouvoir revêtir ces équipements de protection, chaque fois qu'elles risquent d'être confrontées à des personnes qui sont porteuses du virus. Voilà, je voudrais bien rappeler que notre préoccupation première avec le ministre de l'Intérieur, c'est évidemment la sécurité de nos effectifs qui contrôlent le confinement, et on sait très bien, on connaît bien les actions de police ou de gendarmerie, et on peut avoir des contacts rapprochés quand le contrôle se passe mal, et donc on leur doit ces équipements de protection chaque fois qu'ils sont nécessaires.

ALBA VENTURA
Merci Laurent NUNEZ, et merci à Florian THIENOT pour avoir assuré la liaison technique. Bonne journée.

YVES CALVI
160 000 policiers et gendarmes donc déployés sur le territoire pour contrôler le confinement. Contrôles nuit et jour pour ce week-end de départs en vacances de printemps, vient de préciser le secrétaire d'Etat auprès du ministre l'Intérieur à Alba VENTURA.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 avril 2020