Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à RMC le 19 mars 2020, sur les conditions de travail des routiers en période de confinement, la diminution de l'offre de transports en commun et le rapatriement des Français à l'étranger.

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Intervenant(s) : 

Média : Emission Forum RMC FR3 - RMC

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Rebondissons donc avec Jean-Baptiste DJEBBARI, secrétaire d'État aux Transports. Bonjour. 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Bonjour à vous. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Merci d'être avec nous Jean-Baptiste DJEBBARI. Je vais commencer avec les conducteurs routiers, parce que s'il y a une radio qui est écoutée dans les camions, c'est bien RMC, et le nombre d'appels incalculables que j'ai reçus. Alors, première question : le conducteur routier qui roule, qui roule notamment à travers la France, sur des longues distances, qui prend l'autoroute, ne peut pas se laver parce que les aires d'autoroutes ne leur offrent plus les douches nécessaires. Jean-Baptiste DJEBBARI, vous avez dit que vous alliez mettre en place des mesures. Quand et comment ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Alors, question concrète, réponse concrète. C'est vrai que j'ai été alerté hier notamment par certains syndicats, notamment la CFDT, de la fermeture à la fois des douches, des sanitaires et des relais routiers, et donc j'ai demandé dès hier midi la réouverture aux sociétés concessionnaires d'autoroutes et à celles qui sont opérées par l'État. Et donc j'ai envoyé mes équipes ce matin très tôt pour vérifier. Pour être très concret, sur l'A13, les douches et les sanitaires ont rouvert à Virouvray Sud, sur l'A6 également à la Couligny, sur l'A1 à Vesning Est et à Saint Léger, et tout au long de la journée nous vérifierons que, à la fois les douches et les relais routiers puissent rouvrir, et pour que les routiers puissent circuler en toute tranquillité, même si je sais qu'hier cela était particulièrement compliqué pour eux, et je veux que l'on ait une pensée pour tous ceux effectivement qui participent au flux logistique et qui nous permettent notamment les pâtes et les briques de lait dans les supermarchés, parce que c'est bien de ça qu'on parle.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien sûr, mais Jean-Baptiste DJEBBARI, très bien, pour les concessions, les concessionnaires des d'autoroutes, mais les grands pétroliers et la grande distribution qui gèrent les aires d'autoroutes ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
 De la même façon, donc nous avons demandé à l'ensemble des… y compris l'État, puisque vous savez que l'État gère aussi des routes longue distance, donc j'ai demandé à l'ensemble de ces acteurs de rouvrir les facilités essentielles pour que les transporteurs routiers puissent très concrètement se doucher, prendre un peu de repos, bénéficier d'un repas chaud, et nous remettons des agents en disponibilité, je ne dis pas que ça va se faire là tout à fait dans la dans la minute, mais tout au long de la journée nous allons faire des contrôles, de manière à nous assurer que la machine reparte, parce que la logistique, le transport, l'industrie, c'est essentiel à la Nation et on a parfois tendance à l'oublier.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
La logistique, je vous coupe, Jean-Baptiste DJEBBARI, justement parlons-en. De nombreux livreurs par exemple, de nombreux conducteurs de poids lourds ou de camionnettes, qui travaillent par exemple dans des messageries locales, nous disent : « on n'est pas équipé, nous avons rien, ni gants, ni masques, ni gels, rien du tout.  Et on est sur le point, d'abord on a peur, on est sur le point d'exercer notre droit de retrait ». Donc là encore, pas de rupture, il faut prendre des mesures, il faut que chaque entreprise prenne des mesures. 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Alors, exactement, et d'ailleurs nous l'inscrivons dans le droit, puisque nous prenons un décret qui vise à protéger à la fois les usagers et les opérateurs, alors à la fois les transporteurs publics, avec obligation de désaffection des cars, des bus… 

JEAN-JACQUES BOURDIN
 Que dit ce décret ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Alors, le décret, il dit des choses très simples. Il dit par exemple, sur les bus et les cars, il dit : nous suspendons la vente à bord. Ça, ça permet au contrôleur, au chauffeur, de ne plus procéder de vente à bord, et de ne pas être au contact Il dit que les bus, les cars, doivent être désaffectés, bref, que tous les véhicules de transports publics doivent être désinfectés au moins une fois par jour. On prend des mesures extrêmement pratiques, par exemple dans les bus, pour monter on condamne la porte avant, les passagers rentrent par l'arrière, et entre le chauffeur et les passagers qui sont assis on laisse une rangée vide. Voyez, des mesures extrêmement pratiques, et pour les chauffeurs routiers et pour les livraisons nous avons encore d'ailleurs travaillé toute la nuit sur ce sujet, nous faisons en sorte de sécuriser les opérations de chargement, de déchargement, de veiller à ce que chaque fois qu'il y a chargement, déchargement, il y ait soit du gel, soit des lieux pour se laver les mains, que l'on évite le contact physique entre la personne qui reçoit la livraison et celui qui livre. Donc tout ça est inscrit dans le droit, le décret il est en cours de finalisation aujourd'hui, il sera probablement publié cette nuit, mais l'État, le gouvernement, est vraiment dans cette grande concentration à… 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Mais, Jean-Baptiste DJEBBARI, il faut que les entreprises privées vous écoutent.  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Ah mais les entreprises privées, comme publiques, seront régies sous ce décret, elles devront remplir les mêmes obligations.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Sous peine d'amende, sous peine de sanctions ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Absolument, nous avons prévu que celles qui ne respecteraient pas ces mesures, pourraient se voir retirer leur agrément, et là je parle notamment des grands transporteurs publics, parce que c'est ceux quand même notamment qui font la majorité des transports, notamment dans les grandes métropoles et qui sont d'ailleurs souvent conventionnés par la puissance publique. Nous avons inscrit la capacité de sanctionner si les grands opérateurs publics notamment ne respectaient pas les obligations de nettoyage approfondi. Mais je vous le dis, ils le font. Donc voilà, nous l'inscrivons dans la loi, mais il y a une très grande responsabilité en ce moment et d'ailleurs de tout temps, de l'ensemble des opérateurs, sur ces sujets-là.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bon. RATP, SNCF, la SNCF, le trafic sera progressivement amené à 30% à la fin de la semaine, ce sera encore moins sur les longues distances, c'est-à-dire par exemple un TGV sur combien va circuler ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
 Là, pour l'instant on va descendre doucement vers une vingtaine de pourcents. Ce qu'on veut éviter, et j'ai des rendez-vous quotidiens avec Jean-Pierre FARANDOU de la SNCF à Catherine GUILLOUARD de la RATP, ce qu'on veut évidemment éviter c'est de sous-dimensionner l'offre, de générer, pour être concret, des gens sur les quais et des personnes entassées les unes sur les autres dans les TER, par exemple. Donc on est assez prudent et on diminue l'offre progressivement. Mais vous avez raison, on a environ une trentaine de pourcents aujourd'hui à la SNCF, au global, ça sera à peu près la même chose à la RATP, un peu plus quand même sur le métro, et un peu plus aux heures de pointe, de manière à éviter effectivement « les embouteillages »,  et puis nous préservons quand même des liaisons notamment Thalys et Eurostar pour nos ressortissants qui se trouveraient ici et là, et qui souhaiteraient rentrer en France, notamment en Angleterre, puisque vous le savez, nous observons de très près la politique sanitaire de Boris JOHNSON.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Donc on sera à 20% de circulation, quand ?  

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Entre 20 et 30 en début de semaine prochaine. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Entre 20 et 30 en début de semaine prochaine. 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Je le dis, ça correspond complètement, et c'est même supérieur à la demande, parce qu'on a observé, à la RATP par exemple, sur le réseau parisien, une diminution de l'ordre de 85% le premier jour.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Jean-Baptiste DJEBBARI, je vais vite parce que j'ai beaucoup de questions et puis j'ai plein d'auditeurs aussi. Jean-Baptiste DJEBBARI, deux choses. Chaque rame sera désinfectée, chaque rame de métro ou de TGV, par exemple, désinfectée systématiquement ? 

 JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Absolument. Je veux le dire. D'abord c'est fait régulièrement, la RATP désinfecte ses rames depuis tout le temps, mais nous renforçons l'obligation par le décret dont j'ai parlé, donc c'est évidemment fait, au moins une fois par jour, souvent plusieurs fois par jour, et je le dis les personnels soit très engagés sur le sujet. 

 JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien, Jean-Baptiste DJEBBARI, le trafic aérien, est-ce que tous les Français qui sont actuellement bloqués au Maroc, en Tunisie, des milliers, vont être rapatriés dans les 48 heures ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Alors, dans les 48 heures, je ne sais pas, mais depuis hier, notamment Jean-Yves LE DRIAN, nous ne ménageons pas notre tâche à coordonner avec AIR FRANCE notamment, le groupe AIR FRANCE, des vols de rapatriement. Nous en avons fait 8 hier au Maroc, nous allons continuer. Nous comptons, pour être concret, dans les 8 jours qui viennent, rapatrier environ 120 000 personnes.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
120 000 personnes dans les 8 jours qui viennent. 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI  
Absolument, d'ailleurs disséminées un peu partout dans le monde, avec la consigne très claire que les Français qui sont actuellement hors de notre territoire, et qui souhaitent rentrer, doivent se manifester le plus vite possible, parce que vous savez qu'aujourd'hui avec les restrictions aux frontières, donc tout ça est compliqué, donc nous avons besoin de savoir quels sont précisément les Français, et où ils sont, de manière notamment en lien avec le groupe AIR FRANCE, de mettre le maximum d'appareils à leur disposition et de rapatrier les Français qui le souhaitent et qui en ont besoin, le plus vite possible. 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
Bien. Merci beaucoup, merci à vous Jean-Baptiste DJEBBARI. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mars 2020