Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à France Info le 26 mai 2020, sur le déconfinement progressif des activités culturelles et les élections municipales.

Texte intégral

LAURENT BIGNOLAS
Place aux 4V. Nous recevons ce matin Franck RIESTER.

CAROLINE ROUX
Oui, le Ministre de la Culture alors que de nombreux artistes ont déploré l'absence de la culture dans la dernière intervention du président de la République et demandent le déconfinement total de la culture. Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Tout d'abord, une équipe de France 3 a été agressée à Dijon. C'est devenu très fréquent, Franck RIESTER, dans les manifestations les insultes, les menaces, les violences physiques. Les journalistes qui couvrent l'actualité ne sont plus totalement en sécurité aujourd'hui. Alors à part condamner naturellement ces faits, que peut dire le Ministre de la Culture ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, c'est déjà important de le dire que les journalistes sont des professionnels qui font leur travail, qui permettent de nous informer. C'est évidemment essentiel pour notre démocratie, pour notre société et nous devons donc les protéger. Les protéger dans le comportement qui doit être les nôtres dans n'importe quelle circonstance, et les protéger en tant que puissance publique. Et croyez-moi pour en avoir discuté avec Christophe CASTANER régulièrement, il est très attentif à la protection des journalistes. Ce n'est pas toujours simple parce qu'effectivement ils se retrouvent au coeur des événements et on sait bien que les journalistes prennent des risques partout, en France ou ailleurs, quand ils couvrent les événements violents. Ça, c'est une première chose et puis deuxièmement, il y a cette haine qui se tourne vers tout ce qui représente une forme de pouvoir aussi. C'est vrai pour les journalistes parce qu'ils ont le pouvoir médiatique, mais c'est vrai aussi pour les politiques, c'est vrai pour les forces de l'ordre, c'est vrai pour les représentants de l'Etat. Et cette problématique-là, cette dérive de notre société, c'est une grande question de société sur lequel il faut travailler. On est très concentré sur cette question.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que vous dites, vous, par exemple ? C'est intéressant ce que vous dites parce que ça arrive dans une actualité où on voit des bandes rivales à Dijon qui se livrent une guérilla spectaculaire. On a vu aussi des violences en marge des manifestations des soignants. On les a applaudis pendant des semaines, les soignants, et cette manifestation s'est mal terminée. Le monde d'après ressemble curieusement au monde d'avant.

FRANCK RIESTER
Oui. Ça, il ne fallait pas se faire d'illusions malheureusement. On sait bien que ce n'est pas trois mois de confinement qui va changer radicalement le comportement de certains. Il y a de la violence dans la société, il y a des difficultés dans la cohésion sociale, il y a des criminels ou des délinquants dont il faut faire cesser les activités avec force et détermination et puis il y a…

CAROLINE ROUX
Mais ça se dégrade, ce climat, Franck RIESTER, ou pas ?

FRANCK RIESTER
Je pense qu'en tout cas, ces tensions dans la société sont toujours très présentes, oui.

CAROLINE ROUX
Plus qu'avant ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, j'ai été maire pendant 10 ans, je suis élu local, je vois bien cette tension. Et je vois bien que dans un certain nombre de quartiers, dans un certain nombre de territoire, il y a de plus en plus de tension entre nos compatriotes.

CAROLINE ROUX
Mais quelle doit être la réponse de la puissance publique, des autorités ? De la fermeté ?

FRANCK RIESTER
Il faut de la fermeté, oui, oui, bien sûr. Il faut de la fermeté, il faut de l'éducation, beaucoup d'éducation et ce que nous faisons en termes de séparation des classes dès le plus jeune âge pour vraiment faire en sorte que les jeunes puissent avoir les clés pour être des citoyens éclairés, c'est essentiel Et puis il y a la culture aussi

CAROLINE ROUX
Justement.

FRANCK RIESTER
J'en suis vraiment convaincu en tant que ministre de la culture. La culture, ça rassemble. La culture, ça permet de partager des émotions ensemble ; ça permet d'avoir un imaginaire partagé. Je crois que la culture peut être une des réponses au vivre ensemble, à cette capacité que nous devons retrouver de faire société, de faire du commun.

CAROLINE ROUX
Alors justement, parlons-en de la culture. Benjamin BIOLAY qui est un homme de culture fait partie de ceux qui ont déploré l'absence de la culture dans l'intervention dimanche soir du président de la République et il interroge : pourquoi ne pas déconfiner toute la culture alors que désormais la France est en vert ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, si on pouvait le faire on le ferait. Mon obsession, c'est celle-là en tant que ministre de la Culture dans les discussions qu'on peut avoir, mais il faut être aussi responsable. On n'a pas fait trois mois de confinement ou plus de deux mois de confinement pour tout gâcher parce que, d'un seul coup, on relâcherait toutes les précautions qui sont nécessaires.

CAROLINE ROUX
On relâche parfois dans certains secteurs et pas dans d'autres. C'est ça l'interrogation qui est formulée.

FRANCK RIESTER
Oui mais ça a été toujours le cas depuis la gestion de la crise. On a besoin de différencier les situations. Quand vous avez dans un avion de la circulation de l'air, de la filtration de l'air, on peut être plus près que dans des endroits où on est complètement confiné ou sans circulation d'air. Quelque part, j'allais dire, c'est un peu du bon sens. Donc ce qu'on dit et ce que je dis à Benjamin BIOLAY, et je comprends l'envie qu'il a de pouvoir rejouer devant un public large, d'avoir un public dans une fosse où tout le monde est serré les uns contre les autres, mais est-ce que c'est raisonnable aujourd'hui ?

CAROLINE ROUX
Mais quand ? C'est la question qu'il pose : c'est quand ? Quand est-ce qu'on pourra de nouveau faire des concerts ? Quand est-ce qu'on pourra de nouveau, nous, aller dans des concerts ?

FRANCK RIESTER
Alors d'abord aujourd'hui, on peut aller dans des concerts partout en France puisque vous savez que depuis la décision du président de la République de passer en zone verte la région parisienne, l'Ile-de-France, partout on peut aller au spectacle, aller au théâtre dans évidemment des règles qui sont des règles particulières, c'est-à-dire de la distanciation physique et gestes barrières et port du masque. C'est-à-dire on peut se regrouper quand on est dans un même groupe social dans un théâtre, si on vient ensemble on peut être les uns à côté des autres à condition qu'on ait le masque, mais s'il y a un autre groupe social, des gens qu'on ne connaît pas qui sont à côté nous, il faut les séparer d'un siège. Ça, c'est ce qui existe aujourd'hui et on regardera, on continue de travailler cette semaine pour voir à partir du 22 juin si on peut aller plus loin dans cette gestion de la jauge. C'est-à-dire est-ce qu'on peut par exemple être les uns à côté des autres avec le port du masque dans les salles de spectacle ?

CAROLINE ROUX
Dans la fosse mais avec le masque.

FRANCK RIESTER
Dans la fosse, pour l'instant ce n'est pas possible. La fosse, ce n'est pas possible. C'est quand on est assis à des sièges. Dans la fosse ce n'est pas possible, on comprend bien pour l'instant, parce que la proximité étant telle qu'il y a un vrai risque de diffusion de l'épidémie. Ce que je vous dis, c'est que dans les salles de spectacle…

CAROLINE ROUX
Pardon Franck RIESTER, je me mets à leur place. Quand vous dites ce n'est pas possible, ils entendent ce ne sera jamais possible. Ce sera possible quand ? Quand on aura un vaccin ?

FRANCK RIESTER
En tout cas, non, ce n'est pas possible aujourd'hui parce qu'on veut limiter… Non mais en fait, c'est une question des balances entre le risque et la liberté qu'on propose à nos compatriotes. S'il s'avère que le virus ne circule plus, à ce moment-là on peut prendre le risque d'être plus proches les uns des autres. Si le virus continue de circuler, et on sait bien qu'il continue de circuler puisqu'il y a même des clusters un peu partout en France, et donc il faut rester prudent. Et donc ce qu'on dit, c'est que les salles de spectacle et les théâtres aujourd'hui sont ouverts. Il y a des règles de normes sanitaires que j'ai rappelées qui sont applicables et on travaille pour, comme vous savez toutes les trois semaines, regarder si on peut les faire évoluer et on verra si à partir du 22 juin on peut les faire évoluer.

CAROLINE ROUX
Et financièrement l'Etat sera aux côtés de ces entreprises, de ces entreprises de réalisation de spectacle ?

FRANCK RIESTER
Je ne vais pas vous dire tous ce qui est fait pour les salles de spectacle…

CAROLINE ROUX
Mais l'Etat est déjà au rendez-vous.

FRANCK RIESTER
Mais bien sûr, que ce soit pour le prêt garanti par l'Etat, que ce soit pour le chômage partiel, que ce soit pour le fonds de solidarité, que ce soit pour les dispositifs spécifiques du Centre national de la musique qu'on a créé début d'année 2020 et qu'on a renforcé de 50 millions d'euros. On est mobilisé avec les salles de spectacle et aussi de cinéma puisque vous savez qu'à partir de lundi, Caroline ROUX, les salles de cinéma vont pouvoir rouvrir.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous attendez une influence dans les salles de cinéma ?

FRANCK RIESTER
Oui, je pense qu'il y a une vraie attente. Les gens sont frustrés depuis plusieurs semaines de ne pas avoir été dans les salles de cinéma. Ils vont pouvoir y retourner à partir de lundi avec des règles aussi sanitaires à respecter. Alors un peu différentes que dans les salles de spectacle, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas plus de 50 % de jauge possible pour les salles de cinéma. Le même principe de groupe social séparé par un siège. Là pour le coup, parce que souvent les sièges sont plus espacés et puis les gens mangent aussi parfois au cinéma, il n'y aura peut-être pas le port du masque obligatoire.

CAROLINE ROUX
A quoi va ressembler la Fête de la musique dans ces conditions ?

FRANCK RIESTER
Eh bien écoutez, la Fête de la musique d'abord va contribuer à célébrer la musique. Les Français ont eu besoin de la musique pour le confinement, ça leur a fait tenir, il faut célébrer la musique. Donc ça veut dire quoi ? C'est des spectacles dans un certain nombre de villes, dans un certain nombre de salles qui seront possibles.

CAROLINE ROUX
Dans la rue ?

FRANCK RIESTER
Dans la rue, ça ne sera possible que s'il y a une organisation.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi ? Juste par rapport aux manifestations, on avait entendu le ministre de l'Intérieur dire que l'émotion devait l'emporter sur les règles juridiques. Est-ce que la fête, la nécessité de célébrer la musique va l'emporter sur les règles juridiques ?

FRANCK RIESTER
Ce qu'on dit, c'est qu'il faut être raisonnable. On ne va pas faire la Fête de la musique comme d'habitude. On comprend bien qu'on ne va pas se retrouver tous dans les rues comme je vous le disais tout à l'heure, dans une fosse de salle de spectacle. On ne va pas être les uns sur les autres dans la rue. Donc on dit simplement, la Fête de la musique on pourra la faire dans l'espace public à partir du moment où elle est organisée. C'est-à-dire il y a quelqu'un qui veille à ce que les normes sanitaires soient respectées. C'est vrai dans les salles, c'est vrai sur l'espace public et c'est vrai aussi dans les cafés restaurants. On demande de la responsabilité à chaque Française et à chaque Français. On peut profiter de la musique sans prendre des risques inutiles. Les organisations d'événements sur la voie publique doivent faire preuve d'une autorisation préfectorale. Dans les cafés restaurants si à partir du moment où vous avez un joueur de musique, un artiste qui fait une représentation dans le café ou dans le restaurant, il faut s'assurer qu'il n'y ait pas d'attroupement à l'extérieur. Et on déconseille de l'organiser s'il risque d'y avoir un attroupement à l'extérieur. C'est du bon sens là aussi et de la responsabilité qui est nécessaire.

CAROLINE ROUX
Juste le fait qu'il n'y ait pas eu de culture dans la l'intervention du président de la République, ça ne veut pas dire que la culture ne sera pas une urgence dans le monde d'après ?

FRANCK RIESTER
Mais c'est l'urgence du monde d'aujourd'hui. On a été très mobilisé, ultra mobilisé pour être à côté de ce secteur de la culture et des arts qui a été touché de plein fouet par cette crise, et on le sera bien sûr dans les semaines ; les mois et les années qui viennent parce que la culture et les arts sont essentiels à nos vies.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

LAURENT BIGNOLAS
On est encore touché par la crise parce qu'on pense et on s'associe d'ailleurs à la crainte de tous les intermittents privés de travail pendant si longtemps et qui le sont encore aujourd'hui. Mais Télématin de la même façon soutient la création et l'imagination de tous ces artistes qui ne sont pas au pouvoir mais qui effectivement ont tout fait pour la diffusion de la culture et on les a aidés. Merci à vous, passez une très belle journée.

FRANCK RIESTER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2020