Interview de Mme Christelle Dubos, secrétaire d'État à la santé, à RMC le 1er juillet 2020, sur le déblocage de fonds pour aider les associations après la crise et le Ségur de la santé.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien, Christelle DUBOS est donc avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre des Solidarités et de la santé. Ce matin, vous nous annoncez, c'est une info exclusive, le déblocage de plusieurs dizaines de millions d'euros pour aider les associations qui, elles-mêmes, aident celles et ceux qui ont besoin de manger, ont besoin de boucler leurs fins de mois. Racontez-nous.

CHRISTELLE DUBOS
En effet, Monsieur BOURDIN, l'aide alimentaire, c'est une aide fondamentale pour plus de 5 millions de personnes en France. Et pendant le confinement, nous avons vu des nouvelles familles, et nous avons vu des personnes qui ont sollicité, de façon plus importante, l‘aide alimentaire. Donc nous avions déjà débloqué 39 millions d'euros pour la période du confinement, pour que les associations puissent acheter plus de denrées alimentaires, et pour aussi financer des tickets d'urgence alimentaire, ces chèques alimentaires, pour que, dans certains territoires, où les associations ne pouvaient pas subvenir aux besoins, puissent distribuer ces tickets, et que les gens aillent faire leurs courses. Ça, c'est la première chose. Mais, nous anticipons les conséquences de la crise économique avec certainement une augmentation, on estime à peu près à plus de 8 millions de personnes qui vont avoir besoin d'ici la fin de l'année d'aide alimentaire, et donc nous débloquons une somme de 55 millions d'euros supplémentaires, donc c'est 94 millions d'euros au total. Donc on double quasiment le budget annuel pour l'aide alimentaire, pour venir accompagner les associations qui accompagnent – comme vous le dites – de nombreux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. 55 millions d'euros supplémentaires, c'est l'information que vous révélez ce matin sur RMC. Vous allez aider les associations. Comment sera utilisé cet argent ?

CHRISTELLE DUBOS
Cet argent va servir jusqu'à la fin de l'année, donc il sera donné aux associations au fur et à mesure de leurs besoins pour qu'elles puissent acheter des denrées supplémentaires. On anticipe aussi la période d'été, puisque nous travaillons avec les associations, je travaille avec les associations au quotidien, peut-être rappeler, et tous les Français connaissent ces associations, ce sont les Restos du Coeur, c'est les banques alimentaires, c'est la Croix-Rouge française ou le Secours populaire qui oeuvrent tous les jours avec 300.000 bénévoles, et en période d'été, on sait qu'on a des associations qui vont fermer et des bénévoles qui vont partir en vacances, donc on doit pouvoir, si besoin, pouvoir aussi distribuer des chèques d'urgence alimentaire, et peut-être plus particulièrement dans deux territoires que nous regardons avec attention, qui sont Mayotte et la Guyane.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui 8 millions, c'est énorme.

CHRISTELLE DUBOS
C'est énorme, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
8 millions de Françaises et de Français qui vont avoir besoin avant la fin de l'année de cette aide alimentaire. Christelle DUBOS, on a vu arriver de nouveaux bénéficiaires de cette aide, des familles qu'on ne connaissait pas, et les associations nous disent être débordées, vous le constatez, elles sont vraiment débordées…

CHRISTELLE DUBOS
Je le constate, moi, je travaille avec les associations, je suis allée les rencontrer, je suis allée rencontrer bon nombre d'associations dans l'ensemble du territoire français en période de déconfinement aussi, et pendant le confinement, l'objectif, c'était bien de pouvoir travailler avec elles et répondre à leurs besoins, elles ont demandé des moyens supplémentaires, nous sommes au rendez-vous. Nous sommes présents avec elles, parce que pendant le confinement, il y a des personnes qui, du fait que les cantines soient fermées avaient des dépenses supplémentaires liées à l'alimentation de leurs enfants. Du fait du confinement, on a des personnes qui ont perdu des revenus, parce qu'elles faisaient des petits boulots, de l'intérim, du travail saisonnier, notamment avec les restaurateurs qui ne pouvaient plus travailler, donc une baisse de revenus, et puis, nous anticipons, comme je le disais, nous anticipons la crise sociale qui risque d'arriver après la crise épidémique, avec des personnes qui auront potentiellement perdu leur travail ou avec des revenus moindres et qui, à la fin du mois, pour éviter d'être dans le rouge ou parce qu'elles sont déjà dans le rouge, auront besoin d'aide alimentaire, et ça n'est pas une option, on doit maintenir l'aide alimentaire en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, travailleurs pauvres, personnes au budget très serré, des artisans aussi, des auto-entrepreneurs qui n'ont plus d'activité, des personnes qui travaillent dans l'informel, des familles pauvres et monoparentales, beaucoup de familles monoparentales également, des étudiants, n'oublions pas les étudiants !

CHRISTELLE DUBOS
Les étudiants, ils sont passés du restaurant universitaire aux Restaurants du Coeur, si je peux me permettre cette image, puisque les restaurants universitaires ont fermé du fait du confinement et de la fermeture des universités, donc nous avons travaillé avec les associations pour que pendant le confinement et après le déconfinement, il y ait bien des lieux de distribution d'aide alimentaire au sein des universités pour répondre aux besoins des étudiants qui sont restés dans les universités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une autre question à vous poser à propos des soignants, est-ce que les soignants atteints par le Covid-19 ou la Covid-19, auront droit à la reconnaissance de maladie professionnelle ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est en discussion, et c'est en cours au niveau de l'Assemblée, c'est une demande sur laquelle nous sommes en train de l'instruire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous appuyez cette demande ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est une demande que nous sommes en train d'instruire pour pouvoir, à mon sens, reconnaître, je dis bien, à mon sens, reconnaître une maladie qui peut être liée à une activité professionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que je suis soignant, j'attrape la Covid-19, il me paraît logique que ça soit reconnu comme maladie professionnelle, non ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est en cours d'instruction en effet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, c'est en cours d'instruction. Mais vous êtes plutôt favorable à cela, vous, Christelle DUBOS ?

CHRISTELLE DUBOS
A mon sens, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bon. Et puis, le fameux Ségur de la santé, vous en êtes où, les conclusions seront rendues quand ?

CHRISTELLE DUBOS
Les conclusions seront rendues dans les prochains jours, les négociations continuent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La semaine prochaine ?

CHRISTELLE DUBOS
Le ministre de la Santé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La semaine prochaine ?

CHRISTELLE DUBOS
La semaine prochaine, le ministre de la Santé a fait des propositions la semaine dernière, 6 milliards, il continue à travailler sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est insuffisant, j'entends ici ou là dire : 6 milliards, un peu plus de 6 milliards, c'est insuffisant. Hier matin, Bruno LE MAIRE disait, qui était mon invité, nous disait : on fera ce qu'il faut, ça veut dire que ce qu'il faut, c'est peut-être plus de 6 milliards…

CHRISTELLE DUBOS
C'est les négociations sont en cours, Monsieur BOURDIN. L'objectif du Ségur, c'est bien que l'hôpital et tout notre système de santé repartent sur de bonnes bases, que quand un soignant soigne, il ne soit pas sous le poids de l'administratif, et que la revalorisation des salaires soit faite, ça a été une annonce du président de la République, le Premier ministre l'a redit, le ministre l'a redit, et c'est les objectifs du Ségur de la Santé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura évidemment amélioration des salaires, 300 euros, oui ou non ?

CHRISTELLE DUBOS
Les négociations sont en cours, il y a une première enveloppe proposée de 6 milliards, le ministre, cet après-midi, continue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ça, c'est l'enveloppe globale, mais moi, je parle de la rémunération des soignants et notamment des aides-soignants ou soignantes, des infirmiers ou des infirmières, 300 euros, oui ou non ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est l'enveloppe qui est en cours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous irez jusqu'à 300 euros ?

CHRISTELLE DUBOS
Je ne peux pas vous dire, et je ne peux pas vous dire actuellement jusqu'où…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, de votre côté, vous faites une proposition, j'imagine, vous, l'Etat ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est l'objectif d'une négociation, Monsieur BOURDIN, c'est-à-dire, vous faites des propositions, vous regardez sur quoi vous voulez aller…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D‘accord, mais…

CHRISTELLE DUBOS
Sur l'enveloppe qui est proposée, sur les 6 milliards, il s'agit uniquement des professionnels paramédicaux, il ne s'agit pas des étudiants, il ne s'agit pas des médecins, donc on voit bien que cette première proposition, elle est en cours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura une enveloppe spéciale pour les médecins ?

CHRISTELLE DUBOS
Et les médecins se sont exprimés là aussi, elle est en cours, et il y aura aussi une enveloppe spécifique pour les étudiants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais 300 euros, ça vous paraît normal ?

CHRISTELLE DUBOS
Je crois qu'il faut reconnaître les soignants au titre de ce qu'ils font et de ce qu'ils…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça marquerait ! 300 euros, ça marquerait les esprits, c'est ce que demandent les aides-soignantes, aides-soignants, infirmières ou infirmiers…

CHRISTELLE DUBOS
C'est ce que demandent les aides-soignants, et c'est ce que nous sommes en train de travailler avec eux, de regarder avec l'ensemble des corps professionnels, paramédical…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est possible, l'Etat a les moyens ?

CHRISTELLE DUBOS
L'Etat, si c'est une demande et si l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bonne question, vous savez, est-ce que l'Etat a les moyens ?

CHRISTELLE DUBOS
L'Etat au vu de ses budgets devra se donner les moyens d'apporter cette réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc l'Etat a les moyens d'offrir 300 euros par mois de plus ?

CHRISTELLE DUBOS
Il y a une question budgétaire, il y a une question d'équilibre budgétaire, c'est un choix politique, les négociations sont en cours, et ce choix politique sera aussi annoncé in fine par le président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat donne 8 milliards d'euros par exemple à l'aéronautique, pourquoi pas, parce que l'aéronautique en a besoin, l'Etat peut donner 8 milliards peut-être, pourquoi pas, à la santé…

CHRISTELLE DUBOS
Sur l'aéronautique, il y a des prêts aussi consentis au titre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais, ce sont des prêts…

CHRISTELLE DUBOS
Ce ne sont pas que des enveloppes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai, vous avez raison. Bien, et j'en parlerai avec mon invité, Jean-Baptiste DJEBBARI, qui sera là tout à l'heure avec nous. Merci beaucoup, Christelle DUBOS.

CHRISTELLE DUBOS
Merci.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venue nous voir. Et je recevrai très prochainement évidemment Olivier VERAN, le ministre de la Santé, qui est venu régulièrement tout au long de cette épidémie, qui est venu nous voir pour nous donner les informations que nous souhaitions.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 juillet 2020