Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à BFM Business le 1er septembre 2020, sur le protocole sanitaire en entreprises, ce qui est prévu en cas de foyers de contamination et le prolongement des fonds d'aide.

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Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je suis avec Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat chargé de la santé au travail au sein du gouvernement auprès d'Elisabeth BORNE, bonjour Laurent PIETRASZEWSKI.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez publié hier le protocole sanitaire qui s'applique à toutes les entreprises dès aujourd'hui, avant de vous interroger on va demander à Thomas SCHNELL justement, le port du masque obligatoire pour tous ce matin, 21 pages, elle prévoit quand même quelques aménagements et à des conditions très strictes.

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CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Laurent PIETRASZEWSKI, c'est vous qui avez mis au point ce protocole sanitaire de 21 pages. Alors on le voit il y a une règle générale, on porte le masque en entreprise, mais il y a quand même des exceptions, le vert, orange, rouge, on est d'accord, ce sont les mêmes codes couleurs que ce qui est annoncé toutes les semaines par l'autorité de santé.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Absolument tout ce qui est publié le vendredi par Santé publique France, il y a une cohérence entre les informations qui concernent l'espace public mais aussi en ce qui concerne la vie en entreprise.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Toutes ces exceptions, ces codes couleurs, ça ne contribue pas selon vous à introduire une sorte de risques juridiques pour les chefs d'entreprise ? Est-ce qu'on pourra se voir reprocher de pas avoir appliqué à la lettre strictement chacun des Protocoles en cas de clusters par exemple ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Qu'est-ce que je constate sur le terrain depuis le début de la crise sanitaire, moi je vais dans des entreprises, j'y serai encore dans le Loiret dans quelques heures ce matin, eh bien je vois des chefs d'entreprise qui sont responsables, qui sont concernés, qui portent leurs responsabilités de sécurité et de santé au travail pour leurs salariés. Moi je pense qu'il faut rester sur la réalité. Comment cela se traduit ? Ça se traduit par le fait qu'on doit fournir des masques quand on est employeur, on doit fournir des masques en nombre suffisant.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Combien, deux par jour.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Deux par jour c'est des séquences de quatre heures, quand il s'agit de masque jetable. On peut aussi envisager, ça peut être l'objet d'une discussion dans les instances représentatives du personnel, peut-être de fournir des masques grand public. Vous savez que la recommandation du Haut Conseil de la santé publique, c'est bien des masques grand public mais moi je comprends tout à fait les employeurs qui préfèrent gérer, on va dire un parcours de déchets pour les masques lorsqu'ils sont usagés et fournir des masques jetables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On dit que le gouvernement va être tolérant à court terme, c'est-à-dire en combien de temps vous voudriez que ces règles soient strictement appliquées ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
D'abord la règle est en vigueur depuis ce matin, redisons les choses. Ce que nous avons demandé aux agents du ministère du Travail, eh bien c'est d'avoir ce rôle d'accompagnement, de conseils tant des employeurs que des partenaires sociaux, des salariés dans la mise en oeuvre de ces ajustements qui ont été très clairement expliqués par votre confrère journaliste tout à l'heure et c'est vrai que c'est pas forcément facile à comprendre, il y a une règle générale, c'est celle qui s'applique, on porte le masque dans les lieux clos partagé, quelques ajustements spécifique qui repassent à l'écran en fonction de la zone où on est et la diffusion du virus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Laurent PIETRASZEWSKI, est-ce que on peut dire qu'avec ce protocole on est quasiment sûr qu'on ne va pas reconfiner et qu'on ne va pas fermer les entreprises de manière générale, est-ce que vous pensez que grâce à ça on ne va pas arrêter l'économie ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr que l'engagement que nous avons tous et tout à l'heure vous parliez de la responsabilité des employeurs qui sont très engagés pour protéger la santé de leurs salariés, mais cet engagement il est commun, il est aussi avec les salariés, on est acteur tous en tant qu'individu de notre sécurité et de notre santé. L'engagement commun que nous avons, et bien qu'il vise à nous protéger et protéger les autres, il vise aussi à assurer la force de notre économie, notre capacité à la reprise, à la relance.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On ne pourra pas s'offrir un deuxième confinement généralisé, vous êtes d'accord ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il est clair que nous devons tout faire pour éviter de revenir dans une situation de confinement généralisé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'on peut aussi préciser les règles de fermeture des entreprises ? Dans quels cas, on sera obligé, on sera contraint de dire à une entreprise, vous pouvez continuer en télétravail si vous voulez mais en présentiel ça ne va pas être possible ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le protocole permet le retour en présentiel de tous les salariés, c'est ça d'ailleurs que nous comptons…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce qu'on peut contraindre l'entreprise, par exemple si un cluster qui se déclenche dans une entreprise, vous serez intransigeant et vous demanderez de fermer l'entreprise ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ça fonctionne pas comme ça, qu'est ce qui se passe lorsqu'il y a des foyers de contamination qui peuvent se trouver dans les entreprises, mais comme ailleurs les entreprises sont des communautés de vie, on s'y retrouve, il peut y avoir bien sûr des foyers de contamination et d'ailleurs ça fait l'objet d'un nouveau suivi très pointu que nous avons lancé à la fin du mois dernier. Eh bien lorsqu'il y a des cas qui s'avèrent dans les entreprises, vous savez il y a contact avec les ARS, les agences régionales de santé qui organisent des dépistages massifs, il y a également des interventions de la Direccte pour accompagner les employeurs et les salariés, mais également des services de santé au travail. Vous savez le but, c'est de trouver les solutions ensemble de façon pragmatique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tout ça a un coût évidemment pour les entreprises, les plus fragiles, est-ce qu'elles pourront se faire aider ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr il est possible déjà aujourd'hui pour les entreprises qui ont investi, notamment les TPE PME, qui ont investi parfois des sommes importantes dans la présence de gel, de cloisons mobiles, de masques, d'avoir une participation au titre d'un fonds qui a été débloqué par la branche accidents de travail maladie professionnelle. Je suis partisan du fait que ce fonds puisse continuer même s'il a déjà été utilisé en totalité, puisse continuer dans les mois qui viennent à aider les petites entreprises, c'est l'objet des échanges que nous aurons avec les partenaires sociaux demain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous allez probablement l'abonder ce fonds pour qu'il…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vraisemblablement parce qu'il était à hauteur de 20 millions d'euros, nous avons déjà dépassé de 25 millions les encours demandés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Laurent PIETRASZEWSKI, vous êtes également le Monsieur Retraite du gouvernement, on évoque une reprise des discussions avec les partenaires sociaux à partir du mois d'octobre, cette réforme des retraites elle l'aura bien lieu pendant ce quinquennat ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il y a un engagement, vous savez, il n'y a pas de secret là-dessus, le président de la République s'est exprimé, le Premier ministre s'est exprimé, on me relance parfois sur ce sujet, ce que je peux comprendre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est votre feuille de route, MACRON vous a dit et Jean CASTEX, vont dit, il faut que tu fasses la réforme des retraites.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Revenons sur ce que nous vivons ensemble. Nous vivons ensemble une situation exceptionnelle de crise sanitaire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est pour ça que je vous pose la question.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je suis entièrement consacré à cette tâche avec les partenaires sociaux, à côté nous avons c'est vrai un engagement avec les Français, nous avons un engagement de transformer ce système de retraite qui est injuste, qui a besoin de pérennité, de cohérence budgétaire et nous allons faire tout ça lorsqu'il y aura…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui mais Laurent PIETRASZEWSKI, lorsque vous dites, il y a une contradiction, vous dites d'un côté je suis tout mobilisé sur la lutte contre la pandémie, les retraites on verra, vous venez de le dire le moment venu, ça veut dire à Pâques ou à la Trinité ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non ça veut dire que nous avons encore un peu moins de 600 jours devant nous pour transformer le système de retraite, nous le ferons en temps et en heure. Mais ce que je voulais dire simplement là, c'est que ça ne renvoie pas aux calanques grecques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas évident que vous le ferez à vous entendre.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il faut rester juste sur la réalité, la réalité il faut que nous soyons tous engagés pour préserver la santé à la fois de nos salariés mais aussi préserver la pérennité de nos entreprises.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a bien compris que ça peut compromettre la réforme des retraites, le volet du temps de travail, l'allongement du temps de travail au moins en temps, dans la vie, c'est un volet qu'on peut, c'est un dossier qu'on peut ouvrir ou c'est la boîte de Pandore ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce sujet a déjà été abordé, vous le savez dans les réflexions que nous avons eu sur l'ancien projet de loi, la réalité dans notre pays c'est que nous avons effectivement une durée au travail qui peut se regarder de façon hebdomadaire, annuel, mais aussi tout au long de la vie, ces sujets pourraient être ouverts, mais encore une fois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas tabou pour vous ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous sommes sur le sujet aujourd'hui de préserver la santé des salariés les rassurer pour leur permettre d'être en entreprise confiant et d'avoir des entreprises efficaces qui produisent de la valeur ajoutée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et le risque, c'est que les autres dossiers soient reportés, même si on le comprend c'est évidemment une priorité. Merci beaucoup Laurent PIETRASZEWSKI, d'avoir été notre invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2020