Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info le 6 octobre 2020, sur les mesures de lutte contre l'épidémie de Covid (fermeture des bars, protocole strict dans les restaurants) et la situation de l'emploi.

Prononcé le

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME nous recevons ce matin dans Le Grand entretien du 7-9 la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'insertion, vous pourrez dialoguer avec elle dans une bonne dizaine de minutes au 01 45 24 7000. Elisabeth BORNE, bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
les mesures de lutte contre l'épidémie de Covid se durcissent avec un nouveau volet annoncé hier pour Paris et la Petite couronne, fermetures de bar, protocole plus strict dans les restaurants, interdiction des foires, des salons professionnels, 4 mètres carrés par client dans les centres commerciaux, ces mesures sont rudes, elles viennent frapper des secteurs qui ont déjà beaucoup souffert, pour la restauration l'UMIH, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie se dit extrêmement alarmée, elle redoute des faillites massives, 30000 établissements sur 200000, qu'est-ce que vous leur dites ce matin à ces patrons de bars et de restaurants Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
D'abord que ces mesures on ne les prend pas de gaieté de coeur, on les prend parce que la situation sanitaire est préoccupante et donc c'est en particulier le cas à Paris et dans la Petite couronne avec un virus qui circule beaucoup, avec aussi une augmentation des personnes qui sont en réanimation, donc il faut aussi prendre des mesures mais bien évidemment on est très attentif à tous ces secteurs que vous avez mentionnés. On a eu beaucoup d'échanges en particulier ces dernières semaines, d'abord pour les accompagner, pour les accompagner encore plus fortement qu'avant. Vous savez que moi j'ai annoncé la semaine dernière que tous les secteurs qui sont impactés par ces décisions, ces mesures de fermeture ou qui peuvent aussi être touchés indirectement sont accompagnés avec une activité partielle prise en charge à 100 % par l'Etat jusqu'à la fin de l'année. On est encore en train de regarder et on aura sans doute…

LEA SALAME
Oui mais ils disent que ce n'est pas suffisant. Vous avez annoncé effectivement le chômage partiel pris à 100 % jusqu'à la fin de l'année pour par exemple restaurateur de Marseille ou le patron de bar de Paris. Quoi aussi, 5000 euros sur les quinze jours, d'aides ?

ELISABETH BORNE
Absolument donc Il y a effectivement le fonds de solidarité qui a été renforcé, il va jusqu'à 10000 euros par mois, donc 5000 euros pour 15 jours. on a tous ces dispositifs qu'on ajuste en permanence, on devrait annoncer encore des compléments aujourd'hui pour les secteurs qui sont touchés indirectement mais moi j'entends bien ce que nous disent ces professions, elles nous disent on veut d'abord travaillé et c'est bien pour ça qu'on a travaillé sur un nouveau protocole sur la base des propositions qu'ils avaient formulé, protocole qui a pu être validé par le Haut Conseil de la santé publique et qui permet de poursuivre l'activité des restaurateurs.

LEA SALAME
Et vous pensez que les restaurants vont pouvoir rester ouvert même si l'épidémie monte en puissance, vous pensez que en respectant ce protocole c'est suffisant ?

ELISABETH BORNE
C'est vraiment tout l'objectif d'arriver à mettre en place des protocoles qui sont suffisamment protecteurs pour que, enfin à la fois pour leurs salariés, pour leurs clients, pour qu'on puisse poursuivre une activité avec ce virus qui circulent. Vous savez c'est ce qu'on avait fait dès cet été, moi à partir de la mi-août j'avais repris des discussions avec les partenaires sociaux pour définir un nouveau protocole en entreprise qui s'applique depuis le 1er septembre avec notamment le port du masque systématique dans tous des espaces de travail partagé. Moi ce que je vois avec le recul, les entreprises qui avaient anticipé l'application de ce type de règles, elles nous disent, il y a pas de chaînes de contamination. Donc notre objectif c'est vraiment évidemment de protéger la santé des Français, mais de permettre dans la mesure du possible au pays de continuer sa vie éducative, culturelle, économique.

LEA SALAME
Vous voyez, on a le masque maintenant, depuis ce matin on a le masque en studio.

NICOLAS DEMORAND
Les patrons de bars et de restaurants Elisabeth BORNE disent que ce sont les loyers en fait, leur loyer qui vont constituer la plus grande menace car s'ils sont reportés, il faudra bien les payer un jour, que pouvez-vous faire sur ce point et leur dire également ?

ELISABETH BORNE
C'est bien l'esprit du Fonds de solidarité qui permet justement indemniser les pertes d'exploitation, c'est pour ça qu'il a été renforcé. Le travail se continue avec, notamment c'est Bruno LE MAIRE qui regarde ces sujets avec Alain GRISET également et on est vraiment très attentifs à leur situation. Je vous dis on a déjà annoncé des mesures importantes, on pourra compléter aujourd'hui sans doute la liste des secteurs touchés et on regarde vraiment comment les accompagner au mieux et dans la mesure du possible et je pense que c'est une bonne nouvelle que les restaurants puissent poursuivre leur activité, on veut répondre à leurs attentes qui est de pouvoir continuer à travailler.

LEA SALAME
Oui continuer de travailler mais quand il y a 2 clients dans le restaurant parce qu'il y a ça aussi, ils continuent de travailler mais les gens vont de moins en moins au restaurant. Vous le voyez, vous avez des remontées non ?

ELISABETH BORNE
Écoute évidemment quand on dit aux Français attention au restaurant vous risquez d'être contaminé, ça doit conduire un certain nombre à renoncer à aller au restaurant. On a aussi besoin de pouvoir se restaurer quand on circule dans la journée à Marseille ou à Paris et donc je pense qu'il y a quand même une fréquentation qui est raisonnable. Je vous dis, on est vraiment aux côtés de ces professions, on a des mesures qu'on ajuste en permanence pour tenir compte de leur situation.

NICOLAS DEMORAND
Hier vous avez appelé employeurs et salariés à s'organiser pour recourir au télétravail autant que possible avez-vous dit dans les zones d'alerte renforcée ou maximale, vous demandez aux employeurs et aux salariés de s'organiser afin de limiter les interactions sociales. Vous êtes donc Elisabeth BORNE dans une démarche d'incitation, d'invitation faite aux entreprises plutôt que de contrainte au télétravail ?

ELISABETH BORNE
Écoute d'abord on n'est pas dans la situation du printemps avec le confinement, donc c'est important que cette organisation elle se met en place à partir de du dialogue social qui doit y avoir dans l'entreprise. Je pense qu'il faut avoir en tête d'abord que tous les postes ne sont pas télétravaillable. Il faut aussi avoir en tête que ça nécessite d'avoir un matériel informatique adapté, une connexion de qualité et puis moi j'entends aussi beaucoup de salariés qui disent qu'ils peuvent se retrouver isolés, il y a ce qu'on appelle les risques psycho-sociaux qu'il faut aussi prendre en compte. Donc je pense que c'est important qu'il y ait des discussions au sein des entreprises pour trouver le bon équilibre. Beaucoup d'entreprises, vous savez, sont restées en télétravail, on avait 20 % de salariés en télétravail au mois de juin, moi je pense qu'aujourd'hui on est en train d'augmenter, on aura les le point sur les chiffres de septembre prochainement.

LEA SALAME
On est à combien à peu près aujourd'hui.

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas les chiffres de septembre, je pense qu'on est on est certainement à ce niveau.

LEA SALAME
Au-dessus…

ELISABETH BORNE
Au-dessus de 20 %, moi je vois beaucoup d'entreprises qui par exemple télétravail 3 jours sur 5 et. Je le dis mais aussi un qu'aucun des partenaires sociaux organisations patronales ou syndicales n'est partisan du 100 % en télétravail parce qu'on a cet enjeu aussi de préserver le collectif de travail et d'être attentif aux salariés qui peuvent se trouvaient isolés et donc en difficulté.

LEA SALAME
La CFDT, la CGT veulent encadrer ce télétravail jusqu'à maintenant le MEDEF disait non, finalement le MEDEF accepte des négociations sur le télétravail, vous pensez qu'il faut encadrer les choses au maximum pour éviter les abus ou au fond dans cette période de crise imposer des nouvelles règles aux entreprises, c'est les empêcher, c'est trop les empêcher ?

ELISABETH BORNE
Non je pense que c'est important et c'est pour ça que Les partenaires sociaux ont décidé finalement d'engager une négociation en vue d'un accord sur le télétravail, que chaque entreprise, chaque branche qui engage des discussions et vous savez il y a beaucoup d'accords d'entreprise, on doit avoir plus de 700 accords signés depuis le début de l'année sur le télétravail, c'est important qu'on ait des repères, qu'on tire parti des bonnes pratiques. Je le disais, il y a un enjeu important sur le collectif de travail, il y a des entreprises qui ont mis en place des pratiques intéressantes, par exemple d'avoir une visio de l'équipe le matin pour effectivement ne pas perdre ce contact, de se retrouver une journée en présentiel, ces repères, ils sont très importants. Il faut aussi bien poser le fait que c'est sur la base du volontariat de l'entreprise et du salarié, que c'est réversible, c'est-à-dire que si le salarié veut revenir, il pourra revenir, donc je pense que c'est important de donner ses repères et ça sera l'objectif de l'accord qui est en discussion entre les partenaires sociaux.

NICOLAS DEMORAND
On a des questions sur le télétravail au standard, on va donner la parole aux auditeurs de France Inter dans quelques instants, après des questions Elisabeth BORNE sur le chômage partiel, l'activité partielle à partir du 1er novembre le gouvernement a prévu une diminution de la prise en charge de l'activité partielle, l'indemnité versée au salarié doit passer à 60 % de sa rémunération brute au lieu de 70 % auparavant, pour l'employeur le reste à charge passe de 15 à 40 % de l'indemnisation. Considérant le rebond de l'épidémie ne faut-il pas revenir sur cette date du 1er novembre et considérer qu'elle est caduque ?

ELISABETH BORNE
Alors d'une part il y a des secteurs qui bénéficieront enfin des mêmes règles jusqu'à la fin de l'année, ceux qui sont fragilisés y compris par les restrictions qu'on est amené à prendre et puis d'autre part il y a un autre dispositif qui se met en place qui est l'activité partielle de longue durée donc qui permet à une entreprise avec ses salariés de signer un accord pour bénéficier jusqu'à 24 mois d'une activité partielle à des taux avantageux, donc 84 % du salaire net, 15 % de reste à charge pour l'entreprise.

LEA SALAME
Mais vous gardez le 1er novembre, cette date-là du calendrier vous le gardez ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on a laissé le temps aux entreprises de signer ces accords d'activité partielle, il y en a beaucoup, il y a plusieurs centaines d'accords qui ont été signés dans les entreprises, il y a plusieurs dizaines de milliers de salariés qui sont couverts jusqu'au 1er novembre, moi j'incite encore les entreprises à se saisir de ces accords d'activité partielle de longue durée. Il faut bien comprendre l'importance qu'ont ces accords, vous savez on est en train de faire le contraire des erreurs qu'on avait fait après la crise de 2008-2009, beaucoup d'entreprises s'étaient séparés des salariés, aujourd'hui on a les outils pour permettre de partager l'activité dans l'entreprise, garder les salariés et renforcer les compétences.

LEA SALAME
Vous avez raison, ce n'est pas 2008 mais ça n'empêche pas la vague des plans sociaux qui arrive, ça n'empêche pas le chômage qui continue à augmenter. Certains parlaient d'un million de chômeurs d'ici la fin de l'année, nous sommes le 6 octobre où on suit-nous, comment va l'emploi à temps T, Madame la Ministre ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, enfin on n'a pas d'augmentation du nombre des demandeurs d'emploi depuis le mois de juillet on a même eu une légère baisse du nombre total de demandeurs d'emploi sur le mois de juillet et le mois d'août, ce qu'on avait vu dans la crise, c'est beaucoup de demandeurs d'emploi qui avaient en temps normal une activité réduite, c'est ce qu'on appelle les chômeurs de catégorie B et C qui avaient basculé massivement dans la catégorie qui n'a aucune activité, la catégorie A. on avait un million de demandeurs d'emploi qui avaient basculé sans aucune activité, aujourd'hui l'activité économique reprend et les 2 tiers, on a on a reflué si je peux dire les 2 tiers qui ont retrouvé une activité au moins partielle.

LEA SALAME
Donc la situation de l'emploi, comment vous la qualifiez ?

ELISABETH BORNE
moi je suis extrêmement vigilante, elle est évidemment très sérieuse la situation de l'emploi, je peux vous dire que jour après jour, moi je me bats pied à pied pour sauver des emplois, pour discuter avec les entreprises qui ont des projets de restructuration pour qu'elles se saisissent de tous les outils qui sont à leur disposition, pour garder le maximum de salariés et puis profiter des périodes d'activité partielle aussi pour former les salariés et que les entreprises soient plus fortes au sortir de la crise.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2020