Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Public Sénat le 23 octobre 2020, sur les derniers chiffres des mineurs isolés en France, les mineurs impliqués dans l'attaque terroriste contre Samuel Paty et la loi sur la dépendance.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin, c'est Adrien TAQUET. Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci d'être avec nous.

ADRIEN TAQUET
Merci de votre invitation.

ORIANE MANCINI
Secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles. On est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale. Bonjour Fabrice VEYSSEYRE-REDON du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'est de la France.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane, bonjour.

ADRIEN TAQUET
Bonjour.

ORIANE MANCINI
On commence bien sûr avec la crise sanitaire et ces nouvelles mesures annoncées hier par Jean CASTEX. Ce sont désormais 54 départements qui sont sous couvre-feu, 46 millions de Français concernés et des mesures qui vont sûrement se durcir. C'est ce qu'on a compris du discours de Jean CASTEX qui annonce des semaines difficiles. Le gouvernement ne contrôle plus la diffusion de l'épidémie ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, la situation est effectivement inquiétante dans la mesure où le virus progresse. Les taux d'incidence augmentent et on voit que c'est l'ensemble de la France qui est aujourd'hui concerné, l'ensemble des zones - plus seulement les grandes métropoles - et qu'un certain nombre de départements qui sont dans une situation d'alerte - et de régions même, quatre régions en l'occurrence dans une situation un peu plus compliquée. C'est de notre responsabilité, notre devoir et c'est ce, je crois, que nous avons fait depuis le début de cette crise, d'essayer d'anticiper au mieux les situations, notamment toujours - mais parce que c'est crucial - pour protéger notre système de santé.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
On assiste à l'extension du couvre-feu à un plus grand nombre de départements français.

ADRIEN TAQUET
Oui.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il y a quand même une question qui se pose. Est-ce que le couvre-feu est réellement efficace ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, c'est une des mesures efficaces pour effectivement limiter ses contextes de rassemblements sociaux dont on sait qu'ils sont source de diffusion du virus. Vous le savez aussi, les premiers effets - je l'espère, je n'ai pas de garanties - des mesures de couvre-feu que nous avions mis en place la semaine dernière pour les premiers départements, nous n'en auront les effets que la semaine prochaine, en milieu/fin de semaine prochaine. Donc attendons en espérant que cela ait des effets. Une fois encore, au-delà du couvre-feu rappelons l'importance des gestes barrières. Rappelons la responsabilité individuelle et collective de chacun d'entre nous pour essayer de casser la diffusion de ce virus. Nous prenons, en prévention notamment sur les nouveaux départements, toutes les mesures nécessaires pour ne pas avoir à aller plus loin. Mais le Premier ministre l'a dit : le mois de novembre, les semaines qui s'annoncent et le mois de novembre vont être compliqués. Le taux de reproduction du virus fait que nous allons avoir…

ORIANE MANCINI
On sait qu'on va devoir aller plus loin, Adrien TAQUET. Pourquoi ne pas prendre dès maintenant ces mesures un peu plus dures ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez Oriane, vous savez très bien, je pense que c'est un des enseignements de la crise depuis le début, qu'il faut faire montre vous comme nous, responsables politiques, d'une grande humilité. Responsabilité mais grande humilité. On peut tirer des grandes conclusions et se dire y'a qu'à, faut qu'on. Nous voyons bien depuis le début de la crise qu'il faut faire montre d'agilité, de responsabilité. A ce stade, nous prenons ces mesures-là. Nous avons d'ores et déjà annoncé que d'autres mesures pourraient être prises. Ça ne préjuge pas…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Comme un reconfinement ?

ADRIEN TAQUET
Nous avons de bons espoirs que les mesures que nous prenons pourront ralentir l'évolution du virus. Mais une fois encore, nous devons protéger à tout prix notre système de santé. Vous le savez, dans certains départements, dans certaines régions, nous avons dépassé 50 % de taux d'occupation des lits en réanimation. C'est près de 45 % au niveau national. Une différence peut-être par rapport à la première vague, c'est que l'ensemble du territoire est touché et que les stratégies que nous avions pu avoir à l'époque de pouvoir procéder à des transferts de patients d'hôpitaux à hôpitaux semblent plus compliquées. Nous devons anticiper cette situation-là. Voilà pourquoi nous prenons ces mesures-là. Nous savons que les semaines à venir ne vont pas être simples, nous nous y préparons. La logique sera toujours la plus territorialisée possible puisque, on le voit quand même…

ORIANE MANCINI
Y compris dans un éventuel reconfinement.

ADRIEN TAQUET
Y compris dans un éventuel reconfinement. On voit bien que chaque territoire n'en est pas non plus à la même situation. Nous devons avoir cette approche locale. Je pense que désormais, l'appréhension locale, territoriale avec les ARS, avec les préfets, avec les maires, avec les différents élus locaux fonctionne bien. La communication fonctionne bien. Les mesures sont prises de concert, en concertation, et c'est ce que nous voulons continuer à faire.

ORIANE MANCINI
Jean CASTEX et vous-même qui appelez au respect des gestes barrières, qui les martelez, qui les rappelez. Alors c'est vrai qu'on n'est plus dans la surprise de la première vague. On n'est plus aussi dans le fait qu'on ne dispose pas de masques. Là, les masques sont à disposition. Est-ce que vous dites quand même : il y a un peu une irresponsabilité chez certains Français qui ne mesurent peut-être pas la dangerosité de ce virus ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, collectivement nous traversons une épreuve depuis plusieurs mois et elle est encore devant nous du point de vue sanitaire, mais on le sait aussi économiquement et d'un point de vue économique et social. Moi je ne veux pas stigmatiser certains, je ne veux pas dresser des Français les uns contre les autres. Je pense que ce n'est pas du tout l'esprit du moment.

ORIANE MANCINI
Mais comment on en arrive à cette situation, Adrien TAQUET ?

ADRIEN TAQUET
Moi j'en appelle une fois encore à la responsabilité de tous. Ne pas contourner les règles que nous essayons de mettre en place en allant continuer à faire des soirées dans des lieux privés à plus de six. Voilà, essayons pendant quelques semaines. Je sais que c'est dur pour chacun de nos concitoyens, pour chacun d'entre nous même ici.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
En particulier les jeunes. L'enfance relève de votre portefeuille, il faut le rappeler.

ADRIEN TAQUET
Oui. Alors moi, c'est les tout jeunes.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Alors vous avez remarqué que l'enfance, c'était quand même assez long.

ADRIEN TAQUET
Oui. Pour certains elle est particulièrement longue, je vous le confirme. L'adolescence se prolonge parfois. Mais une fois encore, moi je ne veux stigmatiser personne. Je sais que c'est particulièrement dur pour notre jeunesse. Souvenez-vous, ce n'était pas si lointain pour vous et pour nous. Par ailleurs, il y a des angoisses par rapport à l'avenir, par rapport à l'emploi donc pas de stigmatisation mais effectivement, faisant montre de responsabilité pour nous-mêmes. Plus de 50 % des gens en réanimation aujourd'hui ont moins de 50 ans et il y a beaucoup de jeunes. Vous avez vu, il y avait ce chef du service de réanimation hier qui était à la conférence de presse avec le Premier ministre, avec Olivier VERAN et qui faisait part de la présence en service de réanimation de très jeunes gens, avec des formes très sévères. Donc ça, peut-être que la jeunesse va en prendre conscience. Elle n'est pas à l'abri, donc c'est d'abord pour se protéger elle, bien évidemment pour protéger ses proches. Il y a la période de Noël qui s'approche là à petits pas et ça serait bien qu'on soit tous ensemble pour les fêter voilà.

ORIANE MANCINI
C'est les tout jeunes, vous le dites, dans votre portefeuille. C'est donc les moins de onze ans, ceux qui vont à l'école sans masque. Est-ce que vous avez des chiffres des foyers de contamination dans les écoles

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, il faudrait faire le point plus précis avec Jean-Michel BLANQUER mais globalement, il n'y a pas d'alerte particulière, ni dans les écoles. Il y a encore des cas localisés qui peuvent donner lieu à des fermetures de classe et probablement d'écoles, mais il n'y a pas eu - comme certains avaient pu avoir une crainte initialement, ce n'était pas notre cas - de foyers épidémiques généralisés. C'est la même chose dans les maternelles, dans les crèches et de la même façon dans les foyers de l'aide sociale à l'enfance. Il n'y a pas de difficultés particulières, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas parfois des contaminations et qu'il ne faut pas mettre des gens à l'isolement. Mais globalement la situation, à cet égard, est plutôt sous contrôle.

ORIANE MANCINI
Vous vous occupez aussi des familles, Adrien TAQUET. On va parler d'une autre génération, c'est celle qui est en EHPAD. Il y a les foyers de contamination aussi qui se multiplient en EHPAD. Est-ce qu'il va y avoir de nouvelles restrictions pour les familles qui ne pourront plus aller visiter leurs anciens dans les EHPAD ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, nous sommes évidemment très attentifs à nos aînés et aux personnes les plus vulnérables parmi nos concitoyens. Nous savons aussi que l'isolement peut tuer. C'était aussi un des enseignements de la de la première vague. Et que le maintien du lien, notamment dans ces circonstances-là, est très, très important. Pour autant, je crois que et les familles et nous, nous voulons préserver la santé et la vie des personnes présentes en EHPAD. Donc nous travaillons à ces questions-là, Brigitte BOURGUIGNON évidemment, dont c'est plus précisément le champ ministériel, suit - j'allais dire jour par jour - heure par heure la situation des EHPAD parce qu'il y a quelques foyers donc il faut prendre des mesures locales. Elles sont prises pour pouvoir préserver la santé des personnes. A ce stade, il n'y a pas d'évolution. Rien n'a été annoncé de particulier hier mais nous suivons la situation évidemment avec grande précaution.

ORIANE MANCINI
On va parler de l'autre sujet d'actualité, c'est la lutte contre l'islamisme radical suite à l'assassinat de Samuel PATY, ce professeur d'histoire-géographie. Il y a deux mineurs qui sont mis en examen dans cette affaire, deux mineurs mis en examen dans une affaire de terrorisme. Qu'est-ce qui a raté dans notre société pour qu'on en arrive là ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, il y a une enquête qui est en cours. Moi, je ne veux pas préjuger de… Enfin, vous me parlez de quoi ? Du fait que des mineurs soient impliqués ?

ORIANE MANCINI
Il y a deux collégiens impliqués dans une affaire de terrorisme.

ADRIEN TAQUET
Il y a deux collégiens qui ont, semble-t-il, commis des infractions pénales puisqu'ils ont participé. L'enquête dira quel était leur degré de conscience, de connaissance de ce qui était à l'oeuvre et de qui se préparait.

ORIANE MANCINI
Pierre LAURENT avant vous disait que ça interpelle sur la société, ça interpelle sur l'enseignement.

ADRIEN TAQUET
Oui, il n'a pas tort mais n'en tirons pas, en tout cas sur ce point précis, de généralités. Vous avez, vous savez, des mineurs qui commettent des crimes, des délits malheureusement - des délits plus que des crimes d'ailleurs, fort heureusement - chaque jour. Il y a une loi qui est là, qui doit être respectée et les mineurs doivent être sanctionnés avec une approche éducative, puisque c'est l'un des principes cardinaux de notre justice des mineurs. Donc l'enquête dira quel est leur degré d'implication réelle, consciente ou pas. Effectivement on peut s'interroger, même s'ils n'avaient pas connaissance sur le fait de pouvoir comme ça, contre une information, pouvoir se soumettre à une transaction financière. Ce n'est pas effectivement des valeurs qu'on a envie que nos enfants partagent. Je ne pense pas que c'est ce qui soit enseigné à l'école ni dans l'éducation que nous donnons à nos enfants.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Comment travaillez-vous avec le ministère de l'Intérieur dans le cadre de cette lutte contre la radicalisation ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, c'est un sujet qui relève avant tout du ministère de l'Intérieur, du ministère de la Justice, mais c'est un sujet - c'est le sens de votre question - qui est évidemment protéiforme. Il y a des sujets de relations internationales, diplomatiques, enfin qui relèvent des Affaires étrangères évidemment puisqu'il y a des considérations liées aussi à la migration. Et puis il y a des discussions effectivement avec le ministère de la Santé notamment sur la dimension psychiatrique. Puisque ce n'est pas le cas dans les dernières affaires, enfin en tout cas au stade de l'enquête, mais sur un certain nombre de précédents d'attentats - je pense notamment à Strasbourg - il y avait des antécédents psychiatriques chez un certain nombre des auteurs d'attentats terroristes. Donc il y a une réflexion en commune pour voir dans quelles mesures on peut peut-être déceler davantage ou mieux accompagner aussi.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vos équipes quand même sont sur le terrain, je pense aux éducateurs en particulier qui sont très nombreux, peut-être pas assez à certains endroits, qui sont les premiers à déceler cette radicalisation. A pouvoir le faire.

ADRIEN TAQUET
Oui, oui, vous avez totalement raison mais évidemment la question de la lutte contre la radicalisation, le repérage, la détection font partie depuis quelques années déjà de ce qui est intégré dans les pratiques professionnelles d'un certain nombre de professionnels notamment sociaux. Mais vous savez, à ce stade il ne m'est jamais remonté qu'il y ait des foyers de radicalisation dans des foyers de l'aide sociale à l'enfance par exemple. Ç'a été dans la confusion des débats il y a trois semaines, au moment de l'attentat de ce Pakistanais près des locaux de Charlie Hebdo qui était passé par l'aide sociale à l'enfance, dont on a dit que c'était un mineur alors qu'il était majeur et ç'avait crée un peu de confusion dans les débats. Bon, ce n'est pas dans ce foyer de l'aide sociale à l'enfance que ce jeune homme s'était radicalisé. Donc nous sommes effectivement très attentifs, les services de renseignement territoriaux suivent les foyers de l'aide sociale à l'enfance mais comme toute autre institution.

ORIANE MANCINI
Dans la loi de lutte contre le séparatisme, il y aura des mesures spécifiques à votre ministère ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, c'est des choses qui sont encore en cours d'élaboration. Je n'ai pas d'indication à vous donner à ce stade.

ORIANE MANCINI
On va passer à un autre sujet, c'est le budget de la Sécurité sociale qui est examiné en ce moment même à l'Assemblée nationale et vous êtes beaucoup sur les bancs de l'Assemblée en ce moment. Il est notamment question de la dépendance et de la création de la cinquième branche.

ADRIEN TAQUET
Oui.

ORIANE MANCINI
La dépendance d'abord. Emmanuel MACRON a promis une loi sur le grand âge sur la dépendance. Elle verra le jour quand cette loi ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, nous avons bon espoir à ce qu'elle voit… Je crois que Brigitte BOURGUIGNON a évoqué le premier trimestre 2021. Vous savez, c'est une promesse de longue date qui avait été faite par Nicolas SARKOZY puis par François HOLLANDE, et puis finalement ça sera nous qui la mettrons en oeuvre et qui créerons cette cinquième branche. C'est en plusieurs étapes.

ORIANE MANCINI
Donc vous garantissez qu'elle sera mise en oeuvre avant la fin du quinquennat, cette loi ?

ADRIEN TAQUET
C'est en plusieurs étapes. D'ores et déjà les parlementaires ont acté le principe de la création de cette cinquième branche et de transfert d'une part de la CSG pour en assurer le financement. Le projet de loi de finances de la Sécurité sociale commence à d'ores et déjà prévoir des financements pour un certain nombre de services. Je pense notamment aux services à domicile il y a le Laroque de l'autonomie que Brigitte BOURGUIGNON va très prochainement lancer sur les métiers de la dépendance, parce que c'est une véritable révolution que nous devons au-delà la question de la création de la branche et de son financement : une vraie révolution des métiers, me semble-t-il, et de notre rapproche par rapport à la dépendance dans notre pays que nous devons opérer. Donc ça, c'est le Laroque. Et puis il y aura cette grande loi autonomie qui probablement consacrera un certain nombre de choses. Premier trimestre 2021, c'est à ce stade ce qui est effectivement prévu.

ORIANE MANCINI
En conseil des ministres ?

ADRIEN TAQUET
Oui, je crois que c'est ce qui est prévu.

ORIANE MANCINI
Quand le principe de la création d'une cinquième branche a été examiné au Parlement, c'était en juin-juillet à l'Assemblée nationale et au Sénat…

ADRIEN TAQUET
Oui.

ORIANE MANCINI
Vous aviez parlé à l'époque d'une conférence de financement au mois de septembre sur cette cinquième branche. On en est où ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, la situation sanitaire a fait que les choses ont pris quelque peu de retard mais je crois que ce sont des choses qui sont prévues concomitamment avec le Laroque de l'autonomie sur lequel travaille Brigitte BOURGUIGNON.

ORIANE MANCINI
Donc il y aura bien une conférence de financement spécifique.

ADRIEN TAQUET
A ce que j'en sais, oui.

ORIANE MANCINI
Et vous avez une date ?

ADRIEN TAQUET
Je n'ai pas de date à vous donner. C'est Brigitte BOURGUIGNON vraiment qui est à la manoeuvre avec Olivier VERAN évidemment, mais qui est à la manoeuvre sur ce sujet-là.

ORIANE MANCINI
Un mot sur vos dossiers, plus qu'un mot même, on va terminer sur vos dossiers. D'abord vous partez à Mayotte ce week-end.

ADRIEN TAQUET
Oui, demain soir.

ORIANE MANCINI
Demain soir.

ADRIEN TAQUET
Absolument.

ORIANE MANCINI
Quel est l'objet de ce déplacement ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, l'objet c'est d'aller à la rencontre des élus, des services de l'Etat, des associations, des acteurs de terrain, d'aller voir un peu quelle est la situation des familles là-bas, de l'enfance aussi. C'est une situation complexe, on sait la situation à Mayotte compliquée notamment au regard de l'enfance. Mais l'idée d'aller voir un peu la situation, échanger avec les acteurs et voir dans quelle mesure nous pouvons, nous l'Etat, moi depuis mon ministère, soutenir en particulier probablement les acteurs de terrain qui sont au quotidien auprès des familles, des enfants pour essayer d'améliorer la situation des familles et des enfants à Mayotte.

ORIANE MANCINI
Il y a une question qui se pose, c'est celle des mineurs isolés, des mineurs non-accompagnés. Dominique BUSSEREAU, qui est le président de l'Assemblée des départements de France, qui gère les départements, ces mineurs non-accompagnés, dit : les mineurs non-accompagnés, c'est de l'immigration déguisée donc c'est à l'Etat de s'en occuper Qu'est-ce que vous dites ?

ADRIEN TAQUET
Alors moi, je dis - mais je sais que Dominique BUSSEREAU le partage - c'est que les mineurs isolés, ce sont avant tout des mineurs. Ce sont des enfants donc nous leur devons donc protection. C'est les conventions internationales et c'est la tradition…

ORIANE MANCINI
Mais sur le coût pour les départements ?

ADRIEN TAQUET
Oui, oui, mais attendez. Avant le coût, il y a les principes. Ce sont des enfants qui sont seuls dans notre pays, nous leur devons protection. Ce sont les conventions internationales, c'est la tradition française, c'est notre honneur et je sais que Dominique BUSSEREAU et l'ensemble des présidents de département partagent cette idée-là. Ça a un coût, l'Etat est aux côtés des départements depuis notamment 2018 qui a constitué le pic d'arrivées des mineurs non-accompagnés dans notre pays. Nous avons mis en place un certain nombre d'outils. Je pense au fichier dit AEM d'aide à l'évaluation à la minorité. J'ai produit l'année dernière un guide d'évaluation pour aider les départements et pour que l'évaluation des mineurs sur tout le territoire soit plus homogène. L'Etat est aux côtés des départements dans ce sujet-là.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que financièrement vous serez plus à côté ? Il y a un reste à charge énorme pour les départements, on parle de deux milliards. Est-ce que l'Etat va augmenter la prise en charge de ces mineurs non-accompagnés ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, depuis le début de l'année du fait du confinement, le nombre de mineurs non-accompagnés qui arrivent dans notre pays a très fortement chuté. Il y a eu, je crois, quatre mille évaluations de minorités depuis le début de l'année. C'est près de quarante mille en 2018. Les outils que nous avons mis en place, vous voyez le fichier d'évaluation à la minorité que j'évoquais, a du jour au lendemain dans les départements fait chuter de 30 à 50 % parfois les mineurs qui venaient se présenter pour être évalués. Sur les quarante mineurs en 2018 ou 2019 qui viennent se faire évaluer, seuls seize mille sont effectivement évalués mineurs et donc bénéficient de la protection de notre pays. Des jeunes, vous savez, dans tous mes déplacements je vais à la rencontre des jeunes de la protection de l'enfance et notamment des mineurs non-accompagnés. Vous savez, c'est des jeunes qui en six mois apprennent le français, qui bossent, se mettent dans des filières d'apprentissage, se lèvent à six heures le matin pour aller bosser. Les patrons sont très contents qu'ils soient là parce qu'ils bossent et on finit, quand ils sont dans des trajectoires d'intégration, par les régulariser d'un point de vue administratif parce qu'ils ont une réelle volonté d'insertion. Et d'ailleurs avec le ministre de l'Intérieur, nous avons envoyé aux préfets il y a de cela un mois une circulaire pour faire en sorte d'anticiper les situations de ces jeunes et que dès dix-sept ans, on puisse anticiper la trajectoire dans laquelle ils s'inscrivent. Car la pire des choses, c'est d'investir dans ces jeunes pendant deux ans et qu'à dix-huit ans, pour des problèmes de rupture administrative, ils se retrouvent dans l'illégalité et qu'ils ne puissent plus poursuivre leur parcours en France.

ORIANE MANCINI
Fabrice, il nous reste deux minutes pour vos questions sur la protection de l'enfance.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui. Vous l'évoquiez : d'un département à l'autre, les politiques sont différentes en matière de protection de l'enfance et vous êtes ce ministre qu'ils attendaient un petit peu tous sur le terrain.

ADRIEN TAQUET
Je ne sais pas, je ne sais pas. Ils ont l'air d'être plutôt content j'ai l'impression.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ils sont contents d'avoir un ministre de l'Enfance mais il y a un problème de coordination nationale. Que vous soyez dans les Bouches-du-Rhône ou en Haute-Loire par exemple, vous n'avez pas la même…

ADRIEN TAQUET
Vous avez totalement raison.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il n'y a pas une petite fracture territoriale sur le sujet ?

ADRIEN TAQUET
Un problème d'équité territoriale aussi du point de vue de l'enfant. C'est-à-dire qu'aujourd'hui un enfant effectivement n'est pas considéré en danger de la même façon qu'il vive à Lille ou à Marseille, et ça ce n'est pas entendable. Mais c'est tout le sens de la stratégie de prévention et de protection de l'enfance que j'ai présentée il y a un an tout juste et qui repose sur deux choses. Toute une part de contractualisation avec l'Etat, mais entre l'Etat et les départements pardon. J'ai sélectionné une trentaine de départements, nous avons fixé des objectifs où l'Etat va mettre de l'argent et, face à cela, les départements vont mettre aussi de l'argent sur des projets très concrets pour augmenter la qualité du service rendu à nos enfants. Investir dans des PMI, créer des places pour les fratries, inventer des solutions d'accompagnement des enfants en situation de handicap de l'ASE. On sait très mal faire ça aujourd'hui dans notre pays. Et puis toute une partie de projets un peu nationaux qui concernent l'ensemble du territoire. Réforme de la gouvernance, création de référentiels nationaux pour l'évaluation des situations de danger par exemple, lancement d'une grande concertation avec les assistantes familiales qui sont en grande difficulté : démographie très défavorable dans l'ensemble des départements. C'est une profession sublime. C'est des familles d'accueil qui accueillent les gamins et qui est en grande difficulté aujourd'hui. Là pour le coup, il n'y a pas d'inégalités territoriales. C'est le cas partout dans notre pays. Voilà. Donc toute cette stratégie-là vise à augmenter la qualité du service rendu aux enfants, c'est-à-dire la protection qu'on leur doit, et à faire converger, vous avez raison, les pratiques. Moi j'ai toujours considéré que cette politique n'était pas une politique décentralisée mais une politique partagée.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Elle l'est de fait. Parce que les financements incombent en grande partie aux départements qui sont pilotes.

ADRIEN TAQUET
Bien sûr, vous avez raison. Et il n'est pas question de revenir là-dessus mais c'est une politique partagée. Parce que quand vous parlez de droit à l'éducation d'un enfant, quand vous parlez de droit à la santé, le droit à la sécurité, à sa sécurité quand il est dans un foyer, ça, ça me semble relever plutôt du régalien. Et les défaillances qu'on a pu rencontrer dans l'aide sociale à l'enfance, parfois elle est probablement du fait de certains départements qui se sont désintéressés de cette politique et, il faut le dire et ce n'est pas normal, et il faut le dénoncer et je le fais. Mais aussi parce que l'Etat n'a pas été toujours au rendez-vous de ses propres compétences, de ses propres responsabilités. Vous savez la vie d'un gamin, elle ne suit pas notre découpage administratif. La vie d'un gamin, ce n'est pas 1983 et la décentralisation. La vie d'un gamin, c'est un parcours, c'est une trajectoire de vie comme la vôtre, comme la mienne et c'est à nous de nous organiser autour, de nous coordonner, de coopérer. Nous faisons cela de façon insuffisante, imparfaite et tout le sens de la stratégie que je mets en place et la relation très bonne je crois, je l'espère, entre moi et les différents départements et leurs présidents, va dans ce sens-là. Et je sais qu'ils adhèrent à ce discours parce que c'est un discours de bon sens tout simplement.

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Adrien TAQUET d'avoir été avec nous ce matin.

ADRIEN TAQUET
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2020