Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France Inter le 29 octobre 2020, sur la mise en place du 2ème confinement.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Les Français le redoutaient, Emmanuel MACRON l'a annoncé hier soir.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
J'ai décidé qu'il fallait retrouver, à partir de vendredi, le confinement qui a stoppé le virus. Restez au maximum chez vous, respectez les règles.

MARC FAUVELLE
C'est donc reparti pour au moins 1 mois de confinement, ce que nous devions à tout prix éviter devient une réalité ce soir à minuit. C'est l'échec des Français ou c'est l'échec de votre gestion de l'épidémie ?

OLIVIER VERAN
C'est l'échec de personne. Le virus est un phénomène naturel, c'est vieux comme le monde, c'est plus vieux que l'humain, le virus est un ennemi microscopique, invisible, ce virus-là, quand il vous contamine, il va mettre parfois 3 jours à montrer qu'il vous a contaminé, à déclencher des symptômes, et dans une majorité des cas il ne va même pas le montrer puisque vous serez porteur du virus, transmetteur, sans présenter de symptômes, et donc vous allez pouvoir contaminer d'autres personnes. Ce virus-là il est très contagieux, on le sait, et ce virus-là il dure longtemps, et ce virus-là il fait des dégâts considérables, et ce virus-là nous ne le connaissions pas il y a quelques mois, nous apprenons à le connaître et nous découvrons chaque jour, de par le monde, par la recherche scientifique, les dégâts qu'il peut causer. Moi je n'oppose pas… et d'ailleurs je voyais des réactions, alors les réactions contre le gouvernement c'est habituel, mais je voyais des réactions, notamment sur les réseaux sociaux, de Français qui disaient à d'autres Français « si vous aviez bien porté le masque, si vous vous étiez lavé les mains, si vous aviez fait attention, on n'en serait pas là », moi je ne veux certainement pas qu'on rentre là-dedans. Nous avons un seul ennemi, c'est un ennemi commun, quel que soit notre bord politique, quel que soit notre comportement collectif et individuel, notre ennemi c'est le virus, c'est le virus, et nous devons être solidaires, le moment n'est pas venu de nous renvoyer les responsabilités à la figure les uns, les autres, le moment est venu d'être unis et solidaires. Vraiment dans la période, je le dis avec beaucoup de gravité, parce que nous avons été unis et solidaires au printemps dernier, et nous avons réussi.

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas grand monde d'uni aujourd'hui autour de vous dans la classe politique !

OLIVIER VERAN
Que voulez-vous que je vous dise, j'en fais le constat. Je veux bien entendre que nous avons, comme l'a dit le président de la République, eu des manqués, des ratés, probablement dans la lutte contre le virus, mais enfin pardonnez-moi, et c'est le seul mot que je dirais sur ce sujet mais, l'Allemagne a prononcé hier un quasi-confinement, l'Italie de même, l'Espagne, l'Irlande, le Pays de Galles, plus loin Melbourne sort de 3 mois de confinement généralisé.

MARC FAUVELLE
Il y a un seul pays aujourd'hui en Europe qui revient vraiment au confinement, c'est l'Irlande, l'Allemagne, les gens peuvent encore se promener, faire ce qu'ils veulent, ce sont les restaurants, les commerces, qui ferment, il n'y a que l'Irlande, et la France aujourd'hui.

OLIVIER VERAN
A ce stade oui, la Belgique, la Suisse, l'Irlande, le Pays de Galles, les Pays-Bas sont en confinement également généralisé, donc encore une fois on peut chercher comment être meilleur, collectivement, pour lutter contre ce virus, à l'issue de cette deuxième vague nous aurons à nous poser des questions, comment être meilleurs, plus attentifs, au quotidien et dans la durée, mais encore une fois regardez autour de nous, c'est une vague européenne qui est en train de s'abattre, et qui fait des dégâts.

SALHIA BRAKHLIA
Très bien Olivier VERAN, mais il y a quand même des questions qui se posent puisque vous avez été alerté sur la situation, sur l'épidémie, sur son évolution, notamment par Jean-François DELFRAISSY, le président du Conseil scientifique. Dès le 30 avril il dit devant le Sénat qu'il met en garde contre une deuxième vague et prévient qu'il faudra peut-être confiner, le 14 juillet, « nous serons prêts en cas de deuxième vague », c'est ce que disait le président de la République, le 27 juillet, dans son avis le Conseil scientifique appelle à se préparer maintenant pour anticiper un retour du virus, début septembre Jean-François DELFRAISSY encore, estime que le gouvernement est obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles. Est-ce que vous avez trop tardé ?

OLIVIER VERAN
Où est-ce que nous étions cet été ? est-ce que vous m'avez vu au mois d'août à Marseille, est-ce que vous m'avez vu dans la Dordogne, est-ce que vous m'avez vu dans le Var, est-ce que vous m'avez vu à Paris, sur un plateau de télévision à 20h00, à la mi-août, est-ce que vous avez vu un Conseil de défense et de sécurité nationale au mois d'août pour traiter la question de Marseille, est-ce que je me suis déplacé quatre fois à Marseille pour alerter depuis la fin du mois d'août, à la fin du mois de septembre, est-ce que nous avons acté des mesures pour freiner le virus…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous avez été seul dans ce combat-là, d'alerte ?

OLIVIER VERAN
Mais je dis nous, je dis nous, moi je suis le ministre de la Santé et des Solidarités, je suis au charbon et au combat, mais les décisions elles sont prises par le président de la République, par le Premier ministre, en concertation avec l'ensemble des ministres, nous les assumons collectivement, elles sont importantes.

SALHIA BRAKHLIA
C'est un problème que ce soit le président de la République lui-même qui annonce, qui fait ces annonces-là, qui prend les décisions en Conseil de défense, donc pas en Conseil des ministres, est-ce que c'est un problème que ce soit un homme seul qui décide du quotidien des Français ?

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas un homme seul, par contre nous avons un président de la République extrêmement courageux, extrêmement courageux parce que pour prendre une décision qui vise à protéger les Français, pour faire le choix de la vie, de la santé des Français, pour faire le choix aussi d'accompagner économiquement l'ensemble des commerçants, des artisans, des entreprises, des salariés, avec une dépense publique qui va être est forcément importante pour éviter le chômage et la détresse sociale, il faut du courage et il faut de la force, et nous avons un président courageux. Le Conseil de défense et de sécurité nationale c'est l'antenne de l'aspect le plus régalien de l'Etat, l'Etat est garant de la sécurité et de la sécurité sanitaire des Français, et prend ses responsabilités. Ce que je veux vous dire, c'est que nous avons pris des décisions, qui étaient proportionnées, qui étaient territorialisées, qui n'ont pas toujours été comprises. Encore une fois, pardon, mais souvenez-vous lorsque nous mettons en place des mesures de fermeture des bars, de restaurants, beaucoup de procédures administratives, de tribunaux qui sont saisis, beaucoup de plateaux où on est en défensif en train d'expliquer que nous sommes obligés de le faire parce que sinon la situation va s'aggraver. Encore une fois nous apprenons, et nous serons, je dirais renforcés dans notre capacité à agir contre le virus dans la durée à l'issue de cette deuxième vague, mais aujourd'hui nous devons tous être focalisés vers un objectif, protéger les soignants, sauver des vies.

MARC FAUVELLE
Justement, combien de temps faudra-t-il, à partir d'aujourd'hui, enfin à partir de demain, pour mesurer les effets de ce confinement, ça se compte en jours, en semaines ?

OLIVIER VERAN
Sur l'incidence, c'est-à-dire sur la contamination, sur le nombre de diagnostics…

MARC FAUVELLE
Il fallait fallu 18 jours la première fois pour que la courbe commence à baisser.

OLIVIER VERAN
Alors, oui, il y a deux courbes qu'on va scruter. La courbe des nouveaux diagnostics, ça une petite semaine, on espère avoir une inflexion, et sur la courbe des cas graves, des réanimations, c'est effectivement pas avant deux, voire trois semaines, mais comme les courbes des réanimations et des cas graves ne sont que le reflet des courbes de contaminations deux semaines auparavant, ça nous permettra d'anticiper, de la même manière qu'on est capable d'anticiper, hélas, une flambée de cas graves dans nos hôpitaux, dans les 15 jours, 3 semaines à venir. Et je voudrais vous dire aussi quelque chose, c'est qu'en France le virus est multiplié par deux tous les… entre 10 et 14 jours, on va dire 12 jours, d'accord, nous avons eu hier 36 % de cas de plus que le mercredi de la semaine précédente. Dans les pays qui nous entourent, l'Italie a fait fois 10 en 3 semaines, l'Allemagne fait fois 2 en 6 jours, la Belgique, la… pourquoi je vous dis cela ? Parce que les mesures qui ont été mises en place, et notamment le couvre-feu, dont on est en difficulté pour mesurer la pleine efficacité, évidemment, sinon il n'y aurait pas eu un confinement…

MARC FAUVELLE
Ça fait à peine 2 semaines, oui.

OLIVIER VERAN
Un confinement généralisé, néanmoins a permis de freiner, c'est-à-dire que la situation aurait été pire que celle que nous connaissons si des mesures pour freiner la diffusion du virus n'avaient pas été prises depuis l'été, donc c'est une progressivité. Nous avons tenté par tous les moyens d'éviter le confinement.

MARC FAUVELLE
Donc 2 ou 3 semaines pour mesurer les effets sur l'une des deux courbes que vous venez de citer Olivier VERAN, pour l'instant c'est 1 mois le confinement, si la courbe ne descend pas, ou ne descend pas assez vite, ce sera un peu plus ? Ça peut aller jusqu'à combien ?

OLIVIER VERAN
Ce que nous voulons, déjà, et le président de la République l'a dit, c'est faire une première dans 15 jours, non pas pour arrêter le confinement, mais pour voir s'il y a lieu de prendre des mesures complémentaires, si la situation s'aggravait, et pourquoi pas, peut-être, des mesures d'allègement de certains secteurs si jamais la situation s'était fortement améliorée…

SALHIA BRAKHLIA
Et il peut être prolongé jusqu'à combien de temps ?

OLIVIER VERAN
Mais je vais vous dire que 2 semaines court évidemment. Au bout d'1 mois…

MARC FAUVELLE
Et 1 mois c'est court aussi ou pas ?

OLIVIER VERAN
Eh bien au bout d'1 mois nous verrons. L'objectif, et Jean-François DELFRAISSY, pour le Conseil scientifique le rappelle, c'est de retomber à un niveau, je dirais épidémique, « acceptable », avec quelques milliers de diagnostics par jour au lieu des 40 à 50.000 fois qu'on connaît aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
Justement, Jean-François DELFRAISSY ce matin dit que le seuil des 5000 contaminations par jour ne sera pas atteint le 1er décembre, donc il va falloir forcément prolonger le confinement. Ça, vous l'avez envisagé ?

OLIVIER VERAN
Je préfère néanmoins qu'on dise « pourrait ne pas être atteint », « pourrait ne pas être atteint », parce qu'il y a beaucoup de paramètres…

SALHIA BRAKHLIA
Alors on va prolonger de combien de temps ?

OLIVIER VERAN
Il y a beaucoup de paramètres que nous manipulons pour la première fois, le côté automne. La différence entre avril et novembre, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle, c'est qu'en avril il fait sec, il fait chaud, pendant les mois d'automne il fait humide, il fait lourd, il fait froid, ce sont des situations…

MARC FAUVELLE
Et on rentre à la maison.

OLIVIER VERAN
Des situations climatiques qui sont favorables, hélas, à la transmission et à la diffusion du virus. Maintenant, c'est la première fois que nous connaissons une épidémie de ce coronavirus pendant un automne, donc nous allons regarder quel impact ça a. On sait que depuis 15 jours ça a eu un impact catastrophique en Europe, toutes les courbes, y compris les pays qui avaient entre « échappés » à la deuxième vague, se sont vus percutés au lendemain.

SALHIA BRAKHLIA
Le confinement pourrait être plus long ?

MARC FAUVELLE
Je vous interromps quelques instants Olivier VERAN, on va marquer une pause, on a encore énormément de questions à vous poser, sur le télétravail, sur les écoles qui vont donc rester ouvertes, accueillir à nouveau des enfants dès la rentrée scolaire de lundi, toute petite pause, il est 8h41, c'est le fil info.

(…)

MARC FAUVELLE
Savez-vous Olivier VERAN, combien de Français sont malades à l'instant T du coronavirus ?

OLIVIER VERAN
Probablement 1 million. Probablement 1 million. 40 000 à 50 000 diagnostics par jour, 10 jours de contamination, ou 7 à 10 jours quand on est contaminé, et puis on estime « qu'on en attrape » à peu près 1 sur 2, donc probablement aux alentours d'1 million de Français qui sont potentiellement transmetteurs du virus.

MARC FAUVELLE
Donc au rythme où vont les choses on sera peut-être à 2 ou 3 millions avant que la courbe ne s'inverse ?

OLIVIER VERAN
Au rythme où vont les choses, avec le confinement qui a été prononcé, nous espérons descendre, au contraire, le nombre de nouvelles contaminations, c'est tout le principe.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, est-ce qu'on va pouvoir retrouver notre famille, nos amis, pour les fêtes de fin d'année ?

OLIVIER VERAN
Nous voulons tout faire pour que les Français puissent retrouver leur famille et leurs amis pour les fêtes de fin d'année. Est-ce que ce sera de la même manière ? Possiblement que non. Possiblement que non. Quand je disais que nous apprenons du virus dans nos comportements individuels et collectifs, c'est qu'ils avaient déjà été changés depuis la première vague épidémique, et à l'issue de la deuxième vague épidémique, forcément, elles auront encore évolué. Il faudra faire attention, être attentif, mais il faut pouvoir profiter des siens, nous voulons que les Français puissent faire leurs courses de Noël, nous voulons que les Français puissent se réjouir de Noël et de la fin d'année, mais vous dire s'il serait raisonnable que le 31 décembre 300 personnes se rassemblent dans une salle pour faire la fête jusqu'à 5h00 du matin, la réponse est évidemment non à ce stade.

MARC FAUVELLE
Mais se retrouver en famille le soir de Noël, ça ce sera possible ?

OLIVIER VERAN
Oui, tout est une question d'adaptation des conditions dans lesquelles on se retrouve. Noël c'est le moment où les générations se retrouvent dans la même salle, les générations peuvent se retrouver, mais avec attention, précaution, et peut-être des tests, peut-être que les tests auront aussi évolué dans leur capacité à être faits, leur simplicité, d'ici à Noël.

MARC FAUVELLE
Vous imaginez un repas de Noël masqué ?

OLIVIER VERAN
Vous savez, je n'imaginais pas un pays confiné, des commerces fermés, donc je peux imaginer un repas de Noël où on fait très attention en tous les cas.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, restent ouverts, mais pas les bars et les restaurants, pourquoi ?

OLIVIER VERAN
Parce que les bars, les restaurants et l'ensemble des commerces qui sont fermés, c'est-à-dire les commerces non-essentiels, le sont pour une raison, pour que nous soyons amenés à rester chez nous, et puis en plus il y a des risques de contamination, vous le savez, nous l'avons dit et redit, notamment dans les bars et les restaurants, même avec des protocoles sanitaires, on enlève le masque, on est plusieurs dans une pièce fermée. Pourquoi nous gardons les écoles ? Parce que nous voulons sauver l'éducation de nos enfants, parce que l'éducation de nos enfants est une priorité pour la nation, l'emploi, l'éducation. La fermeture des écoles au printemps dernier, elle a conduit à ce que les enfants restent chez eux, dans leur famille, parfois ça s'est, la plupart du temps, très bien passé, parfois ça a été difficile, avec des situations psychologiques qui pouvaient être dures, et surtout nous ne pouvons pas priver nos enfants d'éducation, ils n'ont pas mérité cela…

SALHIA BRAKHLIA
Mais pour les collèges et les lycées, un ado de 15 ans, par exemple, contamine autant qu'un adulte.

OLIVIER VERAN
Mais un enfant de 14 ans, de 15 ans, de 16 ans, a le droit d'apprendre, apprendre est une priorité pour la nation.

MARC FAUVELLE
Donc on accepte la part de risque.

OLIVIER VERAN
Nous sommes dans une stratégie de réduction des risques, nous réduisons les risques, avec des protocoles sanitaires adaptés, ce sur quoi travaille Jean-Michel BLANQUER, il y reviendra en conférence de presse cet après-midi, avec la capacité à tester les enseignants, le personnel scolaire, nous faisons attention, mais nous gardons l'éducation.

MARC FAUVELLE
On ferme les restaurants pour pas qu'il y ait de contamination, puisque logiquement on enlève le masque pour manger, mais on laisse les cantines scolaires ouvertes au collège et au lycée.

OLIVIER VERAN
Si vous fermez les cantines scolaires, enfin moi j'ai des enfants, ils ont des super enseignantes et une très bonne école, mais si vous fermez les cantines scolaires, les enfants vont quand même manger ensemble, ils vont manger un sandwich, ou un plat froid, qu'ils vont ramener de la maison, ou qu'on va leur amener de l'extérieur, mais de fait ils vont enlever leur masque, ils ne vont pas l'enlever à la queue-leu-leu à tour de rôle, ils vont tous manger ensemble dans la même pièce, donc quitte à manger dans la même pièce, ensemble, autant qu'il y ait une cantine. Franchement, les enfants, nos petits, les générations à venir, ils ont le droit à l'éducation, ils ont le droit à une vie la plus normale possible dans le contexte qu'on connaît.

SALHIA BRAKHLIA
Il faudra une attestation pour aller chercher son enfant à l'école ou pour l'emmener ?

OLIVIER VERAN
Il faudra une attestation pour tout ce qui relève des déplacements, exactement avec les mêmes règles que celles du printemps dernier.

MARC FAUVELLE
Attestation qu'on trouvera sur l'application TousAntiCovid, uniquement sur cette application ou on pourra la trouver ailleurs ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui nous la trouvons sur le site du ministère de l'Intérieur, sur le site du gouvernement et du ministère de la Santé, nous la faisons évoluer pour qu'elle soit disponible sur l'application TousAntiCovid, et comme tous les Français auront bientôt téléchargé TousAntiCovid, en tout cas nous le souhaitons…

MARC FAUVELLE
Vous l'avez, vous, sur votre téléphone ?

OLIVIER VERAN
Bien sûr que je l'aie, bien sûr.

MARC FAUVELLE
Elle bipe de temps en temps ?

OLIVIER VERAN
J'avais déjà StopCovid ! Non, elle n'a pas bipé…

MARC FAUVELLE
…Vous, vous l'aviez.

OLIVIER VERAN
Elle n'a pas bipé sur mon téléphone, et je fais d'ailleurs comme beaucoup de Français, je ne la mets pas en activité tout le temps, je la mets en activité quand je suis potentiellement en situation « à risque. »

MARC FAUVELLE
Et parce qu'en plus…

OLIVIER VERAN
Par exemple, avant de venir sur votre plateau je l'ai allumée.

MARC FAUVELLE
Ça vide la batterie en plus, ce n'est pas toujours…

SALHIA BRAKHLIA
Un mot rapide sur les universités, le président n'en n'a pas parlé hier, elles resteront ouvertes ?

OLIVIER VERAN
Le Premier ministre en parlera cet après-midi, mais les universités sont amenées à fortement évoluer…

SALHIA BRAKHLIA
A fermer donc.

OLIVIER VERAN
Très fortement évoluer… sauf exception, oui.

MARC FAUVELLE
Quand les tests antigéniques, les fameux tests qu'on peut pratiquement…

OLIVIER VERAN
Avec l'enseignement à distance, on ne va pas laisser les étudiants tout seuls, et pardon, juste un mot sur les étudiants, et la jeunesse en général, c'est compliqué pour eux, enfin le président l'avait dit, c'est dur d'avoir 20 ans en 2020, c'est même terrible, quand vous êtes étudiant, d'avoir votre fac qui ferme au mois de novembre, dans les conditions comme ça, comme celle-ci, donc il faut qu'on travaille sur la lutte contre l'isolement, contre la précarisation des jeunes, qu'ils soient étudiants ou non, il faut qu'on mette le paquet sur notre jeunesse. Il y a vraiment deux publics prioritaires aujourd'hui, c'est les jeunes et les personnes âgées vulnérables, pour lutter contre l'isolement.

SALHIA BRAKHLIA
Un mot rapide pareil, donc les universités fermées, le télétravail, pourquoi il n'est pas rendu obligatoire ?

OLIVIER VERAN
Il ne l'était pas au printemps dernier, il était amené à devenir la règle, discuté avec les entreprises. Vous savez, on a vu les partenaires sociaux, salariés et employeurs, ils sont extrêmement responsables, ils ont déjà fortement développé le télétravail, ils vont encore le renforcer, partout où c'est possible. En fait la règle c'est de se dire, si vous pouvez faire ce que vous faites dans votre entreprise, depuis chez vous, faites-le depuis chez vous, faites-le depuis chez vous, donc on n'a pas besoin de mettre une loi pour ça, pas plus qu'au printemps dernier, les règles sont les mêmes.

MARC FAUVELLE
Quand vous voyez les images de transports en commun, parfois bondés, le ministre de la Santé ne bondit pas sur sa chaise quand il voit ça ?

OLIVIER VERAN
Mais, le transport en commun est absolument essentiel pour la vie de la nation.

MARC FAUVELLE
Le masque c'est bien, mais quand on est collé à son voisin dans le métro c'est…

OLIVIER VERAN
Le président de la République a eu parfaitement raison hier de dire il ne faut pas opposer santé et économie, si vous n'avez pas d'économies, le système sanitaire il ne tient plus, vous ne pouvez pas financer l'hôpital, les soignants, vous ne pouvez pas acheter les médicaments, des vaccins, on a besoin d'une économie qui fonctionne, donc la politique de réduction des risques, face à une épidémie, c'est de maintenir les services essentiels, les transports sont un service essentiel, constamment adaptés, avec un protocole sanitaire, et nous n'avons pas eu de catastrophe sanitaire enregistrée dans les transports en commun. Le gros des contaminations ce sont des contaminations du quotidien, quand on baisse la garde, et surtout dans notre milieu personnel, avec les amis, avec parfois les collègues, etc., donc c'est ici qu'il faut mettre l'accent.

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, ministre de la Santé, invité de France Info pour quelques minutes encore.

(…)

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, la France pratique désormais un peu plus d'1,9 million tests PCR chaque semaine, Emmanuel MACRON l'a rappelé hier soir, mais où en sommes-nous des fameux tests antigéniques qui doivent permettre de régler l'une des questions, c'est-à-dire la rapidité de la réponse, puisqu'on a la réponse en un quart d'heure, ils arrivent quand pour le grand public ?

OLIVIER VERAN
Le test antigénique complète et renforce notre stratégie de tests par PCR, il se déploie, 5 millions de tests se sont d'ores et déjà déployés dans toutes les régions, au niveau des hôpitaux, il y a des campagnes de tests qui ont été faites dans les universités, plus de 8500 étudiants ont été testés par antigénique…

MARC FAUVELLE
Dans le Grand-Est notamment.

OLIVIER VERAN
A partir de la semaine prochaine nous lançons une opération massive auprès de tous les établissements du secteur médico-social, handicap, autonomie dépendance, pour tester tous les personnels de ces établissements avec des tests antigéniques, les tests antigéniques vous en trouvez aussi dans les aéroports, ce sont les tests dont parlait le président de la République hier, et qui permettent de vérifier très facilement et très rapidement si quelqu'un est porteur du virus quand il rentre en France, pas question de laisser rentrer quelqu'un tant qu'il n'a pas été testé…

SALHIA BRAKHLIA
Mais pour le plus grand nombre, c'est pour quand ?

OLIVIER VERAN
Et les tests antigéniques, j'ai signé l'arrêté qui permet aux pharmaciens, aux médecins de ville, aux infirmiers libéraux, d'acheter, de s'équiper, de réaliser ces tests antigéniques…

MARC FAUVELLE
A partir de quand ?

OLIVIER VERAN
Dans les tous prochains jours, les pharmaciens que j'ai eus, me disent qu'ils commencent progressivement, à partir de la semaine prochaine on devrait avoir cela. Alors, ils ne vont pas tous le faire du jour au lendemain en même temps, donc ça ne sert à rien de foncer dans les pharmacies ou chez les médecins, par contre très progressivement, et j'espère très rapidement, ils vont s'équiper, le déployer, donc il y a un petit temps d'apprentissage pour s'acclimater, donc c'est un renfort très important qui va nous permettre de décupler nos capacités de diagnostics.

MARC FAUVELLE
Donc on fera la queue devant son pharmacien, il y aura une queue spécifique, je suppose.

OLIVIER VERAN
On ne fera pas la queue pour être testé, parce qu'aujourd'hui on fait beaucoup moins la queue pour être testé par test PCR, par contre, si vous êtes symptomatique, et que vous allez par exemple chez votre médecin, vous ne savez pas si, comme moi, vous avez un bout de rhume ou si vous avez le Covid, votre médecin pourra, s'il le souhaite, vous prélever directement dans son cabinet, vous donner un résultat au bout d'un quart d'heure, ou en pharmacie, ou une infirmière.

MARC FAUVELLE
Et ce sera remboursé par la sécu ?

OLIVIER VERAN
Ce sera totalement pris en charge.

MARC FAUVELLE
Pris en charge à 100 %.

OLIVIER VERAN
Totalement.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, la pression s'accentue de jour en jour à l'hôpital, combien de lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
Près de 3000 lits, près de 3000 lits, nous avons pris près de 400 malades Covid supplémentaires dans les réa, ça monte vite…

SALHIA BRAKHLIA
Sachant qu'on a 5800 lits disponibles.

OLIVIER VERAN
Non, il y avait 5800 lits la semaine dernière, il y avait 6400 lits avant-hier, nous allons passer les 7000, là, en fait nous augmentons les capacités de réanimation, au fur et à mesure que les besoins augmentent, territoire par territoire, des évacuations sanitaires sont aussi réalisées, nous déprogrammons des soins, à chaque fois que nous en avons besoin, pour pouvoir ouvrir des lits de réanimation. Donc nous montons progressivement, comme nous l'avion fait au printemps dernier, nous étions montés à 10.700 lits le 15 avril dernier, c'est un effort considérable, les soignants sont fatigués, et je le vois, régulièrement quand je vais dans les services, j'irai ce soir, après la conférence de presse, en déplacement…

SALHIA BRAKHLIA
Et il manque des renforts.

OLIVIER VERAN
Ils ont besoin de renforts, et nous faisons tout pour développer ces renforts. Nous formons, nous avons formé beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnel soignant pendant l'été, nous avons tous les équipements nécessaires, les masques, les blouses, les gants, les médicaments de réanimation, nous ne manquons pas de moyens matériels, par contre nous avons un enjeu, qui est les moyens humains, et le moyen humain, on ne forme pas un anesthésiste en 3 mois, et chacun peut le comprendre.

MARC FAUVELLE
A ceux qui baissent les bras, Olivier VERAN, aux 40 % par exemple d'infirmiers qui disent, je veux arrêter mon métier, je suis épuisé, je suis à bout, vous dites quoi ?

OLIVIER VERAN
Je dis que le deuxième virus que nous devons combattre avec détermination, c'est le virus du défaitisme, celui qui voudrait qu'on baisserait les bras alors que on a besoin de nous pour sauver des vies, celui qui voudrait qu'on s'oppose les uns aux autres au lieu de se rassembler et de se montrer solidaire, celui qui voudraient qu'on s'interroge pour savoir si finalement on ne pourrait pas laisser les vulnérables mourir du virus, il y en a qui le pensent et je trouve ça grave, celui qui consiste à dire que finalement l'hôpital se débrouillera, ce virus du défaitisme, il peut faire beaucoup de mal dans notre pays. Les soignants je n'y crois pas du tout défaitistes, je les connais et je suis de leur famille, les soignants ce sont des combattants, ce sont des combattants courageux qui sont certes fatigués mais qui sont toujours là quand on a besoin d'eux. Et les Français par leur comportement, par la solidarité qu'ils vont montrer, par leur action pendant le confinement, vont montrer aux soignants que comme au printemps dernier ils sont à leurs côtés.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, la course au vaccin continue dans le monde, quand est-ce que nous en France, on va pouvoir avoir accès à un vaccin contre le Covid-19 ?

OLIVIER VERAN
Quand nous aurons un vaccin qui aura démontré par les études qu'il est efficace et qu'il est sûr.

SALHIA BRAKHLIA
Quand ?

OLIVIER VERAN
Qu'il est efficace et qu'il est sûr.

MARC FAUVELLE
Y en a-t-il un aujourd'hui parmi les 10 qui sont en phase de test…

OLIVIER VERAN
Oui, il y en a plusieurs dont on me dit mais je n'ai pas encore accès au data, c'est-à-dire données scientifiques et donc aucune agence d'évaluation médicale n'a pu ou du médicament n'a pu encore donner un avis sur ces vaccins, mais les laboratoires nous disent qu'ils ont espoir d'en sortir peut être pour la fin de l'année ou en début d'année prochaine, alors ça veut pas dire qu'on va pouvoir vacciner tout le monde aussi vite, ça veut dire qu'il faut d'abord démontrer qu'avec un peu de recul que le vaccin est efficace et sûr, qu'il faut ensuite le produire en très grande quantité, nous organisons toute la filière logistique, ce n'est pas simple, ce n'est pas simple pour pouvoir les déployer sur tout le territoire quand ce vaccin existera et donc le président de la République a parlé de l'échéance de été, qui n'est pas forcément l'échéance découverte du vaccin mais les chances de vaccination réalisée, je l'espère en tout cas, je fais partie des optimistes, mais on a besoin d'optimiste d'optimisme dans la période.

MARC FAUVELLE
Puisque vous parlez d'optimisme, Olivier VERAN, on voulait vous faire entendre ce que déclarait Emmanuel MACRON face aux Français déjà, c'était le 13 avril dernier, il y a une éternité, c'était il y a 6 mois.

EMMANUEL MACRON
Mes chers compatriotes. Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux, j'en ai la conviction.

MARC FAUVELLE
C'est quand ?

OLIVIER VERAN
Le plus vite possible. Il faut qu'on se sort de cette 2e vague, il faut qu'on sauve des vies, il faut qu'on terrasse virus, nous l'avons fait au printemps dernier et lorsque nous aurons vaincu cette deuxième vague, nous serons prudents, nous serons vigilants, nous serons acteurs dans la durée, nous vivrons avec le virus, nous adapterons ce que nous devons adapter pour ne pas nous faire percuter par une 3e, une 4e vague. Nous aurons un vaccin qui arrivera, je le crois profondément, je le crois profondément. C'est une période difficile de notre histoire collective, nous n'avons pas connu une telle période depuis plus d'un siècle, depuis la grippe espagnole avec ses trois vagues qui avaient été si meurtrières, comparaison n'est pas raison et nous ne sommes pas dans la grippe espagnole.

MARC FAUVELLE
Mais il y aura peut-être d'autres vagues de cette épidémie aussi ?

OLIVIER VERAN
Nous ne pouvons pas exclure le fait que le virus continue de circuler.

SALHIA BRAKHLIA
Il peut y avoir une troisième vague.

OLIVIER VERAN
Nous ne pouvons pas exclure le fait qu'il y ait derrière une troisième vague, les Etats-Unis connaissent un début de troisième vague. Nous devons adapter notre façon de vivre dans une durée suffisamment longue pour trouver les moyens identifiés par la recherche, l'innovation, les moyens de nous débarrasser de cette saleté de virus, voilà. Et donc il faut du courage, il faut de la patience, encore une fois il faut de la solidarité, on a le droit d'être en colère, on a droit d'en avoir marre, on a le droit d'être fatigué mais on doit être solidaire.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Olivier VERAN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2020