Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à RFI le 29 septembre 2020, sur l'annonce de la fermeture des bars et restaurants et le gouvernement face à la crise économique et sociale.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Laurent PIETRASZEWSKI.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le gouvernement a-t-il étudié, mesuré les conséquences économiques de la fermeture ou de la limitation horaire qui viennent d'être imposées aux bars et aux restaurants de Marseille et Paris ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
D'abord il faut dire les choses très clairement, ces décisions se sont des décisions courageuses au regard de la situation sanitaire, ce sont des décisions qui visent à protéger nos concitoyens. Alors nous sommes parfaitement conscients qu'il y a pour les restaurateurs, pour tous ceux qui tiennent des cafés, des bars, un manque à gagner, c'est pour cela d'ailleurs que Bruno LE MAIRE l'a dit récemment, nous avons une action très forte d'accompagnement vis-à-vis d'eux notamment en gonflant le fonds de solidarité, vous savez qui permettait à chacun d'obtenir 1500 euros de revenu garanti par mois pendant cette crise sanitaire, lorsqu'on était indépendant, eh bien de venir compenser une perte jusqu'à 10000 euros de chiffre d'affaires. Vous voyez nous avons la volonté de protéger l'ensemble des entreprises qui sont concernées par cette mesure.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce qu'on est sûr aujourd'hui que du point vue sanitaire véritablement les bars et les restaurants représentent un risque supérieur à d'autres lieux où les gens se retrouvent, les transports en commun par exemple ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, on le voit, Olivier VERAN l'a dit, il a été sollicité dans plusieurs médias sur ce sujet et je crois que les choses sont claires, il y a un certain nombre d'études qui démontrent que dans ces lieux de convivialité et moi-même j'apprécie m'y rendre, ce n'est pas le sujet, eh bien notamment lorsque nous sommes en fin de journée, et parfois sous l'emprise d'une forme de détente, voilà on a respecté les règles dans l'entreprise toute la journée, eh bien on perd un peu les gestes barrières, on perd un peu la distance et il y a des risques qui peuvent là s »amplifier.

FREDERIC RIVIERE
Dans la réponse économique à la crise du coronavirus qui va peser très lourd sur les comptes publics, le gouvernement avait-il envisagé que cette crise durerait si longtemps ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous savez c'est difficile de faire des prédictions en la matière et d'ailleurs je pense que le travail du gouvernement, ce n'est pas de faire des prédictions.

FREDERIC RIVIERE
Non mais je pourrais vous poser la question autrement, quand le plan de relance de 100 milliards d'euros a été conçu, c'était il y a quelques mois maintenant, est-ce qu'à ce moment-là le gouvernement imaginait que fon septembre nous en serions encore là ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le rôle du gouvernement, c'est de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les Français, donc nous nous adaptons. Je comprends votre question, nous nous adaptons à la réalité de ce virus. Vous savez nous vivons une situation exceptionnelle, eh bien nous ajustons nos mesures, c'est ce que nous venons de faire en matière de protection des Français, mais aussi en matière d'accompagnement des salariés des entreprises.

FREDERIC RIVIERE
Le déficit de la sécurité sociale devrait atteindre près de 45 milliards d'euros en 2020, précisément 44,7 milliards d'euros, c'est un record absolu, le précédent était de 28 milliards en 2010 lors de la crise financière, les comptes sont évidemment très largement plombés par les dépenses liées au coronavirus. Par exemple la politique très massive de tests autour d'un million par semaine, ça coûte très cher et pour quel résultat ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous avez raison de dire que le déficit de notre protection sociale en réalité va être extrêmement impacté par une baisse de recette d'abord pour la Sécurité sociale, mais aussi par des dépenses. Des dépenses qui sont d'ailleurs attendues et demandées par les Français. Vous savez, vous n'avez pas évoqué les mesures qui sont liées au Ségur de la Santé avec une revalorisation massive des rémunérations pour nos soignants et des investissements massifs à l'hôpital. Vous avez souligné le fait qu'il y a des coûts pour la politique de test. D'abord c'est aussi nécessaire pour prévenir la diffusion du virus de pouvoir tester, vous avez noté qu'Olivier VERAN avait fait évoluer cette politique de test notamment en permettant d'avoir pour les médecins qui prescrivent des tests notamment pour les personnes qui sont symptomatiques, un fléchage de manière à avoir des réponses rapides pour ces éventuels malades du covid, eh bien on voit aussi qu'il y a aura une évolution des types de tests qui seront proposés dans les jours, les semaines qui viennent. C'est d'ailleurs récemment un des avis du Haut conseil de la santé publique qui a été rendu, qui valide un nouveau test notamment pour les personnes symptomatiques.

FREDERIC RIVIERE
Des discussions reprennent aujourd'hui avec les partenaires sociaux sur la question notamment du télétravail, est-ce qu'aujourd'hui face à la menace du coronavirus le gouvernement dit aux entreprises, essayez autant que possible de recourir au travail à distance ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous l'avez vu, ça fait partie des recommandations qui ont été aussi données par Ie gouvernement, Olivier VERAN s'est exprimé, je le confirme de la même façon notamment toutes les zones. Nous sommes dans une zone d'alerte renforcée, je crois qu'il faut être attentif à la façon dont on peut protéger nos concitoyens. Et faciliter le télétravail, éviter les déplacements, éviter regroupements dans l'entreprise, peut en faire partie. Mais soyons réaliste Frédéric RIVIERE, moi je ne crois pas à une règle unique pour tous, la réalité d'une entreprise qui peut-être dans le tertiaire à la Défense, ce n'est pas celle d'une entreprise de fabrication automobile à Douai et donc il faut regarder les choses au cas par cas en fonction de la réalité.

FREDERIC RIVIERE
Le président de la République est toujours déterminé à réaliser la réforme des retraites qui a été évidement stoppée par la situation sanitaire, pour instaurer donc un régime universel par points, est-ce que c'est bien raisonnable dans cette situation si particulière que nous connaissons, parce que c'est un sujet qui divise beaucoup ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il ne vous a pas échappé que le gouvernement avait décidé…

FREDERIC RIVIERE
DE TEMPORISER.

LAURENT PIETRASZEWSKI
De réunir toute son énergie et toute l'énergie des partenaires sociaux sur la lutte contre cette crise économique et sociale aujourd'hui.

FREDERIC RIVIERE
Oui mais tout en disant on n'oublie pas, on va la faire cette réforme.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Parce qu'il y a un engagement, une nécessité, il y a un engagement vis-à-vis de l'ensemble de nos compatriotes de mettre en oeuvre un système de retraite qui soit plus juste. Vous savez on a beaucoup parlé de cette deuxième ligne, on a beaucoup parlé de toutes ces personnes qui ramassent nos poubelles le matin, on a parlé de ces hôtesses de caisse, de ces employés logistiques qui ont emballé les colis que nous avons commandé par Internet pendant la crise sanitaire et que parfois nous commandons encore, eh bien ce sont toutes ces personnes-là qui aujourd'hui sont les grands perdants du système de retraite actuel et moi, je veux pouvoir leur proposer un système de retraite qui soit un système de retraite plus juste qui va notamment s'attacher à donner une meilleure pension de retraite aux plus modestes qui sont ces salariés de la deuxième ligne.

FREDERIC RIVIERE
Vous ne craigniez pas le choc social que ça pourrait provoquer de relancer ce projet de loi ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous avez compris que nous voulons le faire dans un climat apaisé, un climat pacifié, donc nous réfléchissons, nous travaillons aujourd'hui avec Jean CASTEX sur les meilleures voies à trouver pour mettre en oeuvre cette transformation du système de retraite, le moment venu. Aujourd'hui le moment, c'est celui de lutter contre la crise économique et sociale.

FREDERIC RIVIERE
Merci Frédéric RIVIERE, bonne journée.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2020