Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à LCI le 27 novembre 2020, sur l'interpellation du producteur de musique Michel Zecler et la proposition de loi Sécurité globale.

Intervenant(s) :

  • Marc Fesneau - Ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne

Prononcé le

Temps de lecture 24 minutes

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ADRIEN GINDRE
Vous êtes ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la participation citoyenne. On va parler de tout ça, mais on va commencer bien sûr par ce qui est arrivé à l'un de nos concitoyens justement, un homme producteur de musique, noir, tabassé par des policiers, il n'y a pas d'autre mot. La vidéo a été révélée par nos confrères de Loopsider. On l'a vue tout à l'heure, dans le journal de 8h. Ça a suscité énormément de réactions politiques, mais pas seulement. Moi, j'ai été interpellé par le footballeur Antoine GRIEZMANN qui nous disait, dans un tweet, hier soir : j'ai mal à ma France. Est-ce que vous diriez la même chose ce matin ?

MARC FESNEAU
En tout cas, les images qu'on a vues, comme beaucoup de Français, m'ont choqué, elles m'ont même révolté parce que… alors, l'enquête précisera les choses, il faut toujours aussi que les procédures de justice puissent avoir lieu. Mais comme l'a rappelé le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, c'est des images qui sont extrêmement choquantes. Et je pense d'abord à la victime, Michel, ce producteur, qui, manifestement, a été victime d'une violence qu'on pourrait d'illégitime.

ADRIEN GINDRE
Vous diriez, comme Christophe CASTANER, Stanislas GUERINI, soutien à Michel, le gouvernement soutient…

MARC FESNEAU
Eh bien, oui, mais au-delà de dire ça, et ça me paraît bien naturel, c'est ce que je vous ai dit tout de suite, c'est d'abord de penser à celui qui a été manifestement victime d'une violence illégitime, de penser à tous ceux qui vivent très mal cette vidéo, parce que c'est une vidéo qui est très révoltante à regarder. Et puis, je pense aussi aux policiers qui essaient de faire leur travail dans des conditions qui sont souvent difficiles, et qui eux-mêmes doivent être révoltés de voir que certains de leurs collègues, c'est une infime minorité, mais ce n'est pas parce que c'est une infime minorité qu'il faut laisser ça sous le tapis et ne pas sanctionner le cas échéant, une fois que la justice aura fait son œuvre , que les enquêtes seront faites, comme l'a dit le ministre de l'Intérieur, une fois les faits avérés, il me semble que la révocation s'impose pour des actes qui sont des actes inqualifiables, intolérables, inacceptables, et qui, au fond, sont non seulement révoltants, mais en plus, ils sont révoltants, parce que ça vient ébranler de ce que sont les principes de la République. Je relisais hier soir, pour tout vous dire, la lettre du préfet GRIMAUD, qu'il avait adressée à ces policiers au moment des manifestations de 68, en disant : je ne peux pas laisser sous le tapis des choses qui se passent qui ne sont pas acceptables, parce qu'au fond, il y a les faits eux-mêmes, et en fait, il y a ce qu'ils produisent de fragilisation de l'édifice républicain. L'édifice républicain, il a besoin de la police, de la police et de la gendarmerie, des forces de l'ordre, mais il a besoin, pour qu'il tienne, que les actes qui sont commis, ce qui est autorisé pour la police et pour la gendarmerie soit fait dans le cadre qui est le leur, pas en dehors de ce cadre…

ADRIEN GINDRE
Alors, ces forces de l'ordre, est-ce aussi une hiérarchie, pour ce qui est Paris, autour de Paris, il y a un préfet de police, Didier LALLEMENT, encore une fois, hier, il y a eu des appels pour sa démission, Jean-Luc MELENCHON en particulier, Gérald DARMANIN, lui, il a choisi de lui réitérer son soutien. Mais pourquoi, est-ce que le rôle d'un préfet de police, Marc FESNEAU, ce n'est pas de faire en sorte que la boutique tourne, et donc qu'il n'y a pas de dérapage ?

MARC FESNEAU
Oui, mais c'est de faire en sorte aussi quand il y a des faits qui sont inqualifiables de procéder aux procédures et de mener les enquêtes et de faire le ménage, si vous me permettez cette expression ; ce n'est pas la peine de chercher tout le temps des boucs émissaires. Le préfet de police, il est responsable de ses hommes, il est responsable de la doctrine d'emploi de la force. Que je sache, il n'a pas été autorisé de faire ce que j'ai vu dans une vidéo hier, voyez ce que je veux dire, et donc le préfet de police, il est là pour maintenir l'ordre, pour effectuer ses tâches de mission de préfet de police, ce n'est pas lui qui est en cause directement dans cette affaire-là, et donc il est là aussi… il porte la responsabilité collective de la façon dont les forces de police agissent sur le territoire de Paris en particulier, pour le coup, mais arrêtons de chercher des boucs émissaires il faut qu'il y ait des enquêtes, et il faut que ceux qui ont procédé à des actes qui manifestement sont tout à fait illégitimes puissent être sanctionnés…

ADRIEN GINDRE
Mais parfois, quand il y a des choses qui ne vont pas, le gouvernement remplace les préfets, c'est ce qu'il a fait sur le préfet de police des Bouches-du-Rhône pas plus tard que cette semaine…

MARC FESNEAU
Oui, mais là, il me semble… je ne veux pas commenter une décision personnelle, d'abord, c'est toujours désobligeant pour les personnes qui sont concernées, on n'était pas du tout la même nature, là, on a des actes de policiers qui manifestement ont enfreint les règles, la déontologie, l'éthique de la police.

ADRIEN GINDRE
Il se trouve que, il y a un fait, vous l'avez rappelé, l'affaire a été révélée par une vidéo qui a été diffusée sur les réseaux sociaux, par nos confrères de Loopsider, à la télévision ensuite, on avait déjà eu un peu le même phénomène lundi place de la République, avec une évacuation un peu musclée de migrants, un croche-pied qui est fait à un migrant, des violences supposées sur un confrère journaliste ; comment ces affaires auraient-elles éclaté, Marc FESNEAU, s'il n'y avait pas eu ces vidéos et si elles n'avaient pas été précisément diffusées sur les réseaux sociaux ?

MARC FESNEAU
Eh bien, oui, et vous voulez sans doute me faire parler, et on va en parler, de l'article 24.

ADRIEN GINDRE
J'essaie de vous faire comprendre déjà, qu'on comprenne la logique avant d'en venir au texte lui-même, on voit bien que les images…

MARC FESNEAU
Oui, oui, mais vous ne me trouverez pas sur le chemin de dire qu'il n'y a pas besoin d'images, il n'y a pas besoin de transparence. Heureusement qu'il y a des gens qui regardent, qu'il y a des témoins, qu'il y a des gens qui peuvent témoigner, soit par le verbe, soit par l'image, et c'est un élément déterminant pour éventuellement révéler, quand ça peut arriver, des faits qui sont des faits délictueux des uns ou des autres d'ailleurs.

ADRIEN GINDRE
Sauf que cet article 24, on va y venir, c'est un article donc de la loi sécurité globale qui a été votée en première lecture à l'Assemblée cette semaine, il ne vise pas à faciliter la diffusion des vidéos pour mieux informer le public ou mieux révéler ces affaires, il vise au contraire à encadrer la diffusion de ces vidéos, et vous n'êtes pas sans savoir que beaucoup de syndicats de journalistes, de sociétés de journalistes, d'associations, de défense des Droits de L'Homme y voient justement une entrave. Et d'ailleurs, le Premier ministre lui-même a expliqué hier qu'il demandait à une commission indépendante de proposer une réécriture de cet article. Vous êtes en charge des Relations avec le Parlement, la dernière fois que moi, j'ai vérifié, j'ai cru comprendre que l'écriture de la loi, c'était les parlementaires qui la faisaient…

MARC FESNEAU
Mais je viens… alors, je vais répondre sur les deux sujets, peut-être d'abord sur le sujet de l'article 24 lui-même, il ne me semble pas que tel qu'il est rédigé, rédigé par les parlementaires, d'ailleurs, en accord avec le gouvernement et dans un travail de collaboration avec le gouvernement, il ne me semble pas que cet article 24, ça soit de nature à empêcher la diffusion d'images, comme celles que nous avons vues et lundi et celles que nous avons vues hier. En même temps, il faut être vigilant parce que personne n'a la science infuse, qu'on puisse essayer de s'entourer, le Premier ministre a dit d'ailleurs qu'il saisirait le Conseil Constitutionnel pour savoir si… et le Conseil constitutionnel, comme vous le savez, est un gardien vigilant, et le Conseil constitutionnel est fort utile pour défendre les libertés publiques, c'est très bien. Deuxième élément, je tiens à affirmer devant vous ce matin qu'on peut créer des commissions pour essayer d'éclairer le gouvernement, mais que le dernier mot revient aux parlementaires, que ce sont les sénateurs et les députés qui font la loi, et que, souvent, ils font un travail remarquable, en particulier les deux commissions, je voudrais saluer le travail qui est fait par les commissions des lois de l'Assemblée et du Sénat, qui font un travail précis et un travail rigoureux, et donc, au final, une commission peut dire ce qu'elle pense, elle n'est pas que sur l'article 24, de ce que j'en ai compris, elle est sur les conditions d'exercice de la liberté d'expression, parce que, manifestement, il y a peut-être une confusion, peut-être des choses qui sont mal comprises.

ADRIEN GINDRE
Alors, même si le Premier ministre dit aussi clairement qu'elle va devoir, cette commission, proposer une réécriture de ce texte…

MARC FESNEAU
Mais ils proposent, mais pardon, le gouvernement dispose. C'est lui qui fait la loi, c'est lui qui vote la loi, c'est même d'ailleurs écrit comme ça dans la Constitution, et moi, je viens simplement dire que les parlementaires font un travail remarquable, et qu'il faut les laisser agir dans leurs fonctions. Ce texte, il a…

ADRIEN GINDRE
Vous avez raison de le dire, je rebondis, pardon, Marc FESNEAU, parce que, hier soir, les parlementaires de votre majorité, et là, je vais citer par exemple des parlementaires de la République En Marche, Christophe CASTANER, qui est le président de groupe, il a fait part de son étonnement sur la création de cette commission, et puis, alors, toute la soirée, on a eu ces députés qui disaient qu'ils étaient considérés comme des serpillières, comme des bibelots, comme des paillassons.

MARC FESNEAU
Eh bien, moi, je ne les considère comme rien de tout ça, et personne ne les considère comme ça, et donc, qu'une commission puisse éclairer, c'est déjà arrivé que sur des textes de loi, en cours de route y compris on puisse demander qu'il y ait un éclairage complémentaire. Mais le travail de législateur, c'est un travail qui est fait par les parlementaires. Ce texte, il a été voté à l'Assemblée nationale, il va aller au Sénat, on connaît la rigueur du Sénat également sur ces sujets de libertés publiques et sur ces sujets de protection des libertés publiques, ils font un travail dans cette navette, c'est la navette qui va écrire, ce n'est pas autre chose, c'est les parlementaires qui vont écrire le texte…

ADRIEN GINDRE
Alors pourquoi faire une commission dans ce cas-là…

MARC FESNEAU
Parce que ça peut éclairer, parce que… il y a des commissions d'ailleurs parlementaires qui elles-mêmes auditionneront un certain nombre de gens, mais parfois, c'est intéressant d'avoir des gens extérieurs, enfin, ce n'est pas la première fois, vous n'êtes pas nouveau dans le champ politique qu'on fait des commissions qui peuvent venir éclairer tel ou tel sujet.

ADRIEN GINDRE
Non, mais ça ne crée pas toujours les mêmes réactions chez les parlementaires…

MARC FESNEAU
Oui, non, mais c'est pour ça que je viens dire devant vous ce matin, le texte, il sera le produit du travail qui sera fait par le parlementaire, parce que les parlementaires, dans une démocratie, ceux qui font la loi, qui votent la loi, ce sont les parlementaires et personne d'autre. Cette commission, elle ne travaillera pas sur l'article 24 en particulier et seulement, sur la liberté d'expression, et par ailleurs, dans le texte visant à préserver les principes républicains, il y a aussi un article 25, qui lui aussi…

ADRIEN GINDRE
Oui, alors, c'est ce qu'on appelait jusqu'ici le projet de loi séparatisme qui a changé de nom, je le redis pour nos téléspectateurs qui n'auraient pas…

MARC FESNEAU
Oui, voilà, absolument, vous avez raison de me faire faire cette précision ou de faire vous-même cette précision. Dans cet article 25, il y a aussi quelque chose qui vise aussi à protéger les gens de vidéos, comme on a pu le voir malheureusement dans un certain nombre d'événements, de vidéos qui viennent incriminer, menacer, viser tel ou tel individu.

ADRIEN GINDRE
Est-ce qu'il y a besoin des deux, est-ce qu'on ne peut pas tout simplement se dire : débarrassons-nous de l'article 24, et puis, c'est fini…

MARC FESNEAU
Mais peut-être que le travail parlementaire permettra aussi de distinguer les choses et de dire après tout quel pourrait être un article qui rassemblerait les deux, peut-être, mais ce n'est pas…

ADRIEN GINDRE
Peut-être que la porte de sortie, ce serait l'article 25…

MARC FESNEAU
Mais la question n'est pas de trouver une porte de sortie, c'est de trouver des solutions à des problèmes qui sont réels, c'est de garantir la liberté d'expression, de faire en sorte qu'on puisse filmer, et par ailleurs, de garantir la protection des personnes, protection des policiers, protection des gendarmes, protection des pompiers, protection des éducateurs et protection de vous et moi, si jamais nous étions victimes sur des sites de vidéos qui viendraient nous incriminer personnellement et menacer personnellement.

ADRIEN GINDRE
Une petite question sur la manière de comprendre ce qui s'est passé. Pour que des policiers en arrivent à ces extrémités-là, qu'est-ce qui peut passer par leur tête, est-ce qu'on est là, je ne sais pas, sur des forces de l'ordre qui sont en train de craquer, parce que sur-sollicitées, sur-mobilisées et qui n'arrivent plus à faire face ; est-ce qu'on est sur des épisodes qui en réalité ne disent rien de l'état de la police, quelle lecture vous en faites, vous ?

MARC FESNEAU
Moi, je distingue les faits individuels que je constate comme vous, et qui me choquent comme vous et comme la plupart des gens, de la généralité…

ADRIEN GINDRE
Ça ne révèle pas un malaise des forces de l'ordre ?

MARC FESNEAU
Enfin, ça crée, je pense, un malaise chez les forces de l'ordre quand certains d'entre eux pratiquent ainsi, mais ce n'est pas un malaise général des forces de l'ordre, je voudrais quand même dire que dans un certain nombre de cas, ils interviennent dans des conditions extrêmement difficiles, je ne vous ferai pas la litanie des policiers et gendarmes qui ont été renversés par des voitures ces dernières semaines, parfois au risque de leur vie, et pour certains l'avoir perdue. Il ne faut pas oublier ça non plus, je veux dire, ils interviennent dans des conditions dans une société qui malheureusement est plus violente, et donc les interpellations sont très difficiles, sont beaucoup plus difficiles, donc il faut distinguer ça, et saluer le travail qui est fait, et puis, quand il y a des faits comme ceux qui ont manifestement été commis dans cette affaire, il faut les sanctionner, et qu'est-ce qui leur passe par la tête…

ADRIEN GINDRE
Mais est-ce que dans…

MARC FESNEAU
Je me demande bien ce qui leur passe par la tête, pour tout vous dire, franchement, je me demande bien ce qui leur passe par la tête, parce que vidéo ou pas vidéo…

ADRIEN GINDRE
Et la vidéo permet de savoir…

MARC FESNEAU
La vidéo permet de savoir, mais vidéo ou pas vidéo…

ADRIEN GINDRE
Est-ce que dans cette…

MARC FESNEAU
… Les actes auxquels on a assisté…

ADRIEN GINDRE
Dans cette société, vous venez de le dire vous-même à l'instant, qui est plus violente, qui est violente en tout cas, c'est incontestable en ce moment, le ministre de l'Intérieur joue suffisamment la carte de l'apaisement, est-ce qu'il n'a pas lui aussi un rôle à jouer pour faire redescendre la pression de part et d'autre ?

MARC FESNEAU
Mais, c'est ce, je crois, ce qu'il a fait, là, y compris en intervenant dans les médias et en expliquant avec à la fois le soutien qu'il a à ceux qu'il commande aussi, je peux dire, comme ministre de l'Intérieur, et puis, en même temps, le fait que quand des faits de cette nature sont produits, ils doivent, une fois la justice passée et les enquêtes menées, appeler des sanctions…

ADRIEN GINDRE
Il fait tout bien, La Gérald DARMANIN ?

MARC FESNEAU
Mais personne ne fait tout bien, moi non plus, je ne fais pas… si vous voulez dire que nous sommes des êtres parfaits, la réponse est non, mais il me semble qu'il fait son travail avec le sérieux et l'exigence qui est nécessaire dans des temps de crise et des temps de tension sécuritaire qui sont très forts. Et donc je pense qu'il est tout à fait à la hauteur de sa mission, et qu'il le fait avec le plus grand sérieux possible et la plus grande exigence qu'il faut avoir sur des sujets qui sont éminemment sérieux pour les Français.

ADRIEN GINDRE
Alors il y a un autre sujet très sérieux, très grave, c'est la crise sanitaire du Covid, le Premier ministre et une partie du gouvernement se sont exprimés encore hier à ce sujet, je voudrais qu'on parle d'abord de Noël, on a bien compris que ce ne serait pas un Noël comme les autres, même si on pourrait se déplacer, même si on pourrait retrouver en partie nos familles. Qu'est-ce que vous, vous ferez de différent pour les fêtes de fin d'année ?

MARC FESNEAU
Eh bien, j'attendrai, je vais faire comme tous les Français, j'attendrai de voir quelles sont les jauges. En tout cas, sans doute de ne pas multiplier les lieux, vous savez, le moment de Noël, en particulier, le moment du 31 décembre est un peu différent, le moment de Noël est un moment où on va d'une famille à une autre, et où on procède parfois à des rassemblements qui sont très nombreux, on essaiera, j'essaierai, pour ce qui me concerne personnellement, de limiter ces moments-là, et en même temps, il ne faut pas qu'on se prive quand même du moment et de la joie qui fait qu'on se retrouve avec ses enfants, avec ses parents, voilà, du moment qui est un moment de convivialité, il faut essayer de doser les choses, on aimerait tous être sur des grandes tablées, parce que c'est plutôt l'exercice qui est pratiqué à Noël, il faut à la fois ne pas isoler les gens, parce que je pense qu'on a besoin que personne ne se sente, encore plus cette année, seul à Noël, il y a déjà des gens qui sont souvent seuls à Noël, et en même temps, il faut le faire toujours avec le regard de dire : j'essaie d'avoir des attitudes qui protègent l'autre…

ADRIEN GINDRE
Alors parlons isolement justement, mais un type d'isolement bien précis, ce qui pourrait être l'isolement contraint des personnes testées positives, il y a une proposition de loi qui a été présentée par des députés de la majorité, Agir, avec une carotte et un bâton, la carotte, ce serait de dire : on donnerait 30 euros par jour à ceux qui s'isolent, et puis, un bâton, 1.500 euros d'amende si on ne respecte pas, hier, Jean CASTEX nous a dit : non, on ne prend pas la proposition de loi, il y aura un projet de loi du gouvernement. Alors pour dire quoi de différent ?

MARC FESNEAU
Eh bien, sans doute un peu différent de ce que vous dites, d'abord, c'est vous qui employez ces mots-là, la carotte et le bâton, ce n'est pas une manière de gouverner, vous voyez ce que je veux dire, je pense que l'esprit de responsabilité, les exigences qu'on peut porter…

ADRIEN GINDRE
Mais vous le dites aussi à l'auteur de…

MARC FESNEAU
Non, mais c'est vous qui avez employé ce terme…

ADRIEN GINDRE
Oui, parce que je crois que ça résume assez fidèlement l'esprit du…

MARC FESNEAU
Moi, il me semble qu'il faut qu'on essaie de trouver les voies et moyens pour inciter le plus fortement possible, quand je dis fortement, ce n'est pas avec la force, mais le plus fortement possible ceux qui ont le virus à s'isoler, pour éviter de contaminer…

ADRIEN GINDRE
Mais inciter, ce n'est pas contraindre…

MARC FESNEAU
Et ça pose des questions, Christophe CASTANER d'ailleurs l'a très bien dit, ça pose question de libertés publiques, là aussi…

ADRIEN GINDRE
Sur ce plateau, il a dit : il ne faut pas que ça entrave le secret médical…

MARC FESNEAU
Question de libertés publiques et question de secret médical, et moi, là non plus, je n'ai pas la science infuse, et le travail parlementaire, là aussi, il va être utile, et c'est bien qu'il y ait un projet de loi, qu'il y aura des commissions, les commissions seront saisies, la commission, les commissions des lois aussi à l'Assemblée et au Sénat seront saisies pour regarder quelles seront les questions que ça pose en termes de libertés publiques, et quelles sont les exigences qu'on a en termes sanitaires, et par ailleurs…

ADRIEN GINDRE
Et le calendrier... quand est-ce qu'on sera fixé ?

MARC FESNEAU
Eh bien, il faut qu'on soit fixé quand même à l'horizon du mois de janvier puisque c'est le moment où manifestement on sortira de l'épisode, comme l'a indiqué le président de la République, confinement, sortie du confinement, couvre-feu et la sortie…

ADRIEN GINDRE
Couvre-feu, exactement…

MARC FESNEAU
Donc, c'est dans ces horizons-là qu'il faut le faire ; il faut le faire avec un grand esprit de responsabilité, je répète, je ne considère pas que nous sachions tout de ce qu'il faut faire précisément, on voit bien ce qu'il faut faire pour éviter que les contaminations se fassent, vous me permettrez au passage de dire que la rigueur avec laquelle les Français ont vécu le confinement permet aujourd'hui que nous soyons dans une situation un peu meilleure…

ADRIEN GINDRE
Oui, alors, il y a encore beaucoup de choses à faire. Je voudrais juste qu'on parle…

MARC FESNEAU
Un peu meilleure…

ADRIEN GINDRE
Marc FESNEAU, parce que l'heure tourne, de la vaccination, vous êtes en charge, je le disais en début d'interview, de la participation citoyenne, ça tombe bien, le président de la République nous a dit que sur la vaccination, il allait désigner un comité scientifique et un collectif de citoyens, ça va servir à quoi ?

MARC FESNEAU
Alors, eh bien, moins sur la question scientifique, me semble-t-il, puisque c'est les scientifiques, par nature, qui savent les choses, mais peut-être, on est en train d'y travailler, le Premier ministre dira des choses la semaine prochaine, de faire en sorte que ce collectif citoyen ces citoyens puissent donner leur regard sur la meilleure façon d'inciter, le président de la République, à juste titre, a dit qu'il était contre l'obligation, là aussi, vous voyez, il y a cette espèce liberté qu'il faut quand même respecter, et en même temps, il y a un besoin de vaccination pour protéger les populations. Quelle est la méthodologie, comment on fait, comment on essaye d'inciter les citoyens ? Le regard des citoyens sur ce sujet-là est un certain regard intéressant me semble-t-il.

ADRIEN GINDRE
Il y a les élections aussi en vue, régionales, départementales. Elles étaient prévues en mars. Jean-Louis DEBRE a proposé de les décaler en juin à l'issue de son rapport. Hier sur ce plateau il nous disait : en revanche 2022, c'est juridiquement totalement impossible. Donc ce sera juin 2021 quoi qu'il arrive ?

MARC FESNEAU
C'est l'horizon qu'a donné le Premier ministre. Je voudrais saluer la méthode. Là aussi il y a eu une commission mais là aussi il y aura un texte au Parlement. Vous voyez ce que je veux dire. C'est bien de rappeler la méthode de temps en temps.

ADRIEN GINDRE
Oui, parce que parfois aussi il semble que l'exécutif peut…

MARC FESNEAU
Non mais je crois être l'exécutif et je vous rappelle la méthode. Et donc il y aura un texte effectivement pour les parlementaires pour que nous ne puissions voter à l'horizon du mois de juin. Je salue la méthode au-delà de ce que je viens de vous dire parce que ça a permis quand même de trouver un terrain de consensus.

ADRIEN GINDRE
Oui, tout à fait. En revanche, il n'y en a pas sur le vote par correspondance. Le MoDem a eu l'occasion de dire qu'il était pour. Vous êtes un élu du Modem. Le ministre de l'Intérieur a dit qu'il était contre. Qui va gagner à la fin ?

MARC FESNEAU
Ce n'est pas la question de gagner. Je pense que la question qui nous est posée, c'est de savoir comment on fait en sorte que les gens votent plus. Le vote par correspondance, c'est un moyen. Je vais vous dire : pour que les gens votent plus, il faut qu'ils s'intéressent aux élections. Aux États-Unis, pourquoi les gens ont voté ? Pas parce qu'ils avaient le vote par correspondance : parce qu'une partie de la population voulait puissamment renvoyer TRUMP chez lui et une partie de la population voulait puissamment garde TRUMP. Quand il y a un enjeu…

ADRIEN GINDRE
Et en France ? En France ?

MARC FESNEAU
Non mais, je pense que la première exigence pour les élections régionales et les élections départementales, c'est qu'on intéresse les citoyens. Parce que correspondance ou pas correspondance, si le sujet n'intéresse pas les gens, ils n'iront pas voter.

ADRIEN GINDRE
Vous ne m'avez quand même pas répondu sur le vote par correspondance.

MARC FESNEAU
On verra, il y aura un débat parlementaire. Moi il me semble qu'il faut… Ce n'est pas le seul sujet, pardon, le vote par correspondance pour donner envie aux gens de voter. C'est ça que j'essayais de vous répondre. Vous ne résolvez pas la question de l'intérêt des Français pour la démocratie simplement en votant par correspondance. C'est un des outils mais ce n'est pas le seul. J'ai entendu que le Ministre DARMANIN proposait la capacité de faire pas du vote électronique mais la procuration par voie électronique : c'est un moyen aussi intéressant, donc c'est une panoplie d'outils.

ADRIEN GINDRE
Très bien. Eh bien on suivra tout ça. Merci beaucoup Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 novembre 2020
 

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