Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à CNews le 14 décembre 2020, sur le passage du confinement au couvre-feu dans les transports en commun et les mesures en faveur d'Air France-KLM et la SNCF.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans "La matinale" de CNEWS. Le nombre de cas de Covid a continué son augmentation régulière la semaine dernière, demain nous sortons du confinement pour entrer dans le couvre-feu à 20h00, avec déplacement possible dans toute la France, dans quelle mesure les transports publics seront impactés par ces mesures ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors d'abord, vous avez raison de le dire, il y a un plateau sur le plan sanitaire, ce qui conduit par exemple l'Allemagne, dès demain, à fermer un certain nombre de commerces, donc vous voyez que la situation sanitaire touche toute l'Europe à peu près de la même façon. Nous, nous avions anticipé et demandé à la SNCF d'être prête pour la mi-décembre de manière à ce que les Français aient des trains disponibles, la SNCF a mis en vente 4 millions de billets, 2 millions de billets sont déjà achetés, le protocole sanitaire évidemment s'appliquera…

LAURENCE FERRARI
C'est-à-dire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est-à-dire qu'il s'applique comme aujourd'hui, port du masque obligatoire, le gel, on fera en sorte d'afficher les trains très en avance de manière à éviter les croisements, enfin tout ce que les Français qui circulent aujourd'hui connaissent très bien.

LAURENCE FERRARI
Quatre millions proposés, 2 millions de vendus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deux millions de vendus.

LAURENCE FERRARI
Et où vont les Français ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Essentiellement Bordeaux, Marseille, Lyon, essentiellement pour retrouver leur famille, très peu vers les stations de sports d'hiver, comme c'était attendu…

LAURENCE FERRARI
Evidemment, malheureusement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Malheureusement, et donc les trains seront prêts pour la SNCF. Le billet, pour les trains, comme pour les avions, fera office d'attestation, pendant la période de couvre-feu, donc chacun doit se rasséréner, j'ai eu beaucoup de questions sur le sujet.

LAURENCE FERRARI
D'accord, néanmoins 50% de demandes de billet en moins par rapport à l'an dernier.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Néanmoins, c'est ça, et c'est ce qu'on avait déjà observé pendant l'été, avec un décrochage de 15%. Alors ensuite les Français, on l'a vu, et c'est encore plus illustratif aujourd'hui, ils attendent vraiment les dernières minutes, et la SNCF vend 75% des billets dans les cinq derniers jours, ce qui est énorme, malgré la politique de petits prix qui a été mise en œuvre, donc on peut s'attendre à ce qu'il y ait encore des réservations dans les jours qui viennent.

LAURENCE FERRARI
Et il y aura des trains pour tout le monde ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et il y aura des trains pour tout le monde, de fait, je le disais, 2 millions de billets déjà vendus sur 4,5 millions de billets prévus, il y aura des trains pour tout le monde, bien sûr.

LAURENCE FERRARI
Détails pratiques. Si on a un billet de train qui part à 19h00 ou après 20h00, est-ce qu'on peut le prendre, est-ce que le ticket encore une fois, le billet fait foi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, le billet fait foi, vous pouvez prendre le train, l'avion, le billet vaut attestation hors des périodes de couvre-feu, c'est-à-dire entre 20h00 et 6h00 du matin, donc rassérénez-vous sur ce sujet, vous pouvez prendre votre train après l'heure.

LAURENCE FERRARI
On peut être rassuré. Est-ce qu'il faut avoir fait un test avant de prendre le train ou même l'avion ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, sauf si vous partez à l'international et que le test est demandé, et par ailleurs pour la Corse, c'est un sujet particulier, il y aura un test obligatoire…

LAURENCE FERRARI
Qui n'est pas l'étranger, qui est la France.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui n'est pas l'étranger, mais nous avons souhaité protéger la Corse, l'île de la Corse, dans la mesure où le système sanitaire est un peu plus fragile et donc on peut s'attendre à un afflux à la fois de touristes, surtout de la diaspora corse, si on peut dire comme ça, et donc il y aura un test obligatoire, PCR, dans les 72 heures avant, ou un test antigénique à l'arrivée, obligatoire du 18 décembre au 7 janvier prochain.

LAURENCE FERRARI
Mais pas de septaine, de quarantaine ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, c'est le protocole, le corridor sanitaire, que nous avons réussi à dessiner, en lien avec les élus locaux bien sûr.

LAURENCE FERRARI
Il y a des campagnes de dépistage massives qui sont lancées aujourd'hui dans plusieurs villes, est-ce qu'il y en aura des petites tentes comme ça dans les gares et dans les aéroports, pour les gens qui prennent le train, pas forcément pour ceux qui arrivent ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, il y en a déjà dans les aéroports, ça a été lancé maintenant il y a plusieurs mois, avec les tests antigéniques, des tests rapides, au départ et à l'arrivée, à Orly puis à Roissy, notamment pour protéger les Outre-mer, et puis depuis un gros mois il y a des tentes mobiles qui se sont déployées sur les gares, à Bordeaux, à Paris, à Rennes, dans quelques autres villes comme ça, qui permettent non seulement à ceux qui prennent le train, mais aussi à ceux qui fréquentent la gare, ou qui passent à proximité de la gare, de se faire tester avec des tests rapides, et donc oui, oui, la réponse est oui sur le sujet.

LAURENCE FERRARI
Et alors, s'il y a quelqu'un qui est testé positif dans une gare et un aéroport, qu'est-ce qui se passe, la police l'emmène et le ramène chez lui ou pas, ou on le laisse reprendre son train tranquillement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le principe c'est le volontariat et la responsabilité, et c'est bien pour ça qu'il y a à la fois du conseil, que cela va vite, aujourd'hui vous avez des résultats de test antigénique en une quinzaine de minutes…

LAURENCE FERRARI
Oui, mais ma question c'est qu'est-ce qu'on fait des gens qui sont testés positifs, quand on est dans une gare ou un aéroport ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord les gens ils sont responsables, donc quand ils sont testés positifs ils sont pris en charge sur le plan médical, en général ils craignent aussi pour eux et pour leur santé, donc ils s'isolent, et vous savez que depuis quelques semaines il y a plus de contrôles également sur l'isolement, donc ça fait appel à la fois au dispositif sanitaire et à la responsabilité individuelle, c'est comme ça…une démocratie, de mon point de vue.

LAURENCE FERRARI
Quand on voit les TGV bondés, quand les gens sont serrés quand même, un peu moins que dans le métro, mais néanmoins, est-ce qu'il n'y a pas un risque de contamination dans les trains aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deux choses. D'abord on retient souvent les images où on a beaucoup de promiscuité, mais sur la période récente on a eu 2% de TGV bondés, en tout cas pleins, pas bondés mais pleins, et c'est vrai que souvent ce sont ces images-là qui sont diffusées et qui restent, comme la ligne 13…

LAURENCE FERRARI
Enfin ce n'est pas que des TGV, c'est des trains parfois…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais de la même façon le métro, voyez bien que la ligne 13, en moyenne, à Paris, est fréquentée à 40%, de fréquentation, mais on retient évidemment le matin où on a les afflux, et d'ailleurs je parlerai peut-être plus tard de la ligne 14 qui a quand même… donc voilà. On retient aussi beaucoup les images qui font en quelque sorte mal à la politique du gouvernement, et d'une manière générale à la politique sanitaire, mais la vérité c'est que dans les transports en commun, aujourd'hui, vous avez en moyenne 40% des gens qui les fréquentent habituellement, donc c'est plutôt un très gros décrochage par rapport à ce qui se pratique habituellement.

LAURENCE FERRARI
Mais est-ce qu'on a les chiffres de contaminations ? Encore une fois, on n'a aucune donnée statistique dans notre pays.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si, si, on a beaucoup de données…

LAURENCE FERRARI
Sur les lieux de contaminations ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Santé Publique France a fait des études et a regardé les différents lieux, a regardé les lieux de formation des clusters, et a déterminé – alors c'est toujours des chiffres qui sont sujets à caution, à chaque fois que je les dis je me fais abattre sur Internet, donc je fais attention – mais a déterminé, qu'en gros, 1% des foyers de contaminations, quand il est retracé, venait spécifiquement des transports, et les études internationales disent entre 0,5 et 5%, donc voyez, c'est déjà un éventail très large. Ce qui est sûr c'est que nous restons, comment dirais-je, précautionneux, très souples, par rapport à l'évolution de la science, et nous essayons, chaque fois que c'est possible, de renforcer le protocole sanitaire, avec des tests antigéniques, vous l'avez dit, et là, en ce moment, il y a des expérimentations sur les tissus, sur les tissus des sièges, pour voir des tissus qui soient anti-lacérations, virucides, pardon, et qui permettent de nous protéger sur tous les maux de notre société contemporaine.

LAURENCE FERRARI
Et les trains sont désinfectés régulièrement…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deux fois par jour.

LAURENCE FERRARI
Deux fois par jour, ça ne fait pas beaucoup quand même, s'il y a… personnes dans le train.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si c'est beaucoup, parce que vous savez que justement les produits virucides, qui permettent d'éviter la propagation du virus dans les trains, ont des durées d'action de plusieurs semaines, parfois de plusieurs mois, donc c'est beaucoup, de désinfecter, de nettoyer, les trains deux fois par jour.

LAURENCE FERRARI
Comment est-ce que les vaccins seront acheminés en France, il y a une question de logistique, est-ce que les transports publics vont être mis à contribution ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bien sûr, et d'ailleurs plusieurs compagnies aériennes ont dit leur disponibilité, les compagnies maritimes, CMA CGM, ça s'est déjà produit lors du premier confinement et de l'acheminement des masques, on avait mis, avec AIR FRANCE, un pont aérien, on avait contribué au pont aérien États, avec, de mémoire, quasiment 10 rotations hebdomadaires, donc tout ça sera évidemment à la disposition du gouvernement si besoin s'en faisant sentir une fois que les volumes seront considérables.

LAURENCE FERRARI
A terme, est-ce qu'il faudra être vacciné pour pouvoir prendre les transports en commun, que ce soit avion évidemment, il y a une compagnie aérienne australienne qui a tenté de l'imposer, est-ce que chez nous, pareil, il faudra à un moment ou un autre être vacciné obligatoirement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Les autorités sanitaires le diront, ce ne sont pas, ni le Ministre des transports, ni la SNCF, ni AIR FRANCE qui va décider de la politique sanitaire, au global, du pays, mais ce qui est sûr c'est que pour que la confiance revienne, pour que la fluidité des déplacements revienne, il faudra, soit qu'on ait un traitement efficace, soit qu'on ait un vaccin, ou des vaccins efficaces, soit qu'on ait construit une immunité communautaire suffisante pour reprendre une vie normale, donc tout ça, voyez, se joue un peu maintenant d'ailleurs, et nous permettra de reprendre une vie normale, j'espère, dans les mois qui viennent.

LAURENCE FERRARI
Oui, dans les mois qui viennent, aucune date précise évidemment, après l'été, quand les gens seront un peu vaccinés quoi !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce que je crois qu'on connaît un peu ce virus. Ce qu'on ressent c'est que le premier semestre permettra de déployer le vaccin pour les personnes les plus fragiles, et peut-être au fil de l'eau, comme ça, à la fois construire notre immunité communautaire et reconstruire de la confiance, parce que dans les transports, c'est comme dans l'économie, la confiance fait beaucoup.

LAURENCE FERRARI
Un tout petit mot sur les lieux où se rendent les Français, il y a des pays qui imposent des quarantaines, tout ça est à géométrie variable, où est-ce qu'on peut se renseigner pour savoir, si en Italie, si en Espagne, si en Angleterre, il y a besoin d'une période d'isolement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Sur le site du ministère des Affaires étrangères, c'est très bien fait, et par ailleurs, comme effectivement ça évolue beaucoup, je parlais de l'Allemagne en début d'interview, il faut vraiment essayer de se renseigner pour, notamment si vous envisagez des voyages à l'étranger pendant cette période de vacances, s'assurer que le protocole sanitaire à destination est bien robuste, bien solide, bien stable, parce qu'on a eu à rapatrier beaucoup de Français dans les premières semaines du confinement, rappelez-vous, aux mois de mars-avril.

LAURENCE FERRARI
Les entreprises françaises sont en difficulté, AIR FRANCE évidemment, qui pourrait toujours bénéficier d'une recapitalisation, c'est toujours dans l'air du temps ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est absolument toujours dans l'air du temps. Ce que nous avons fait, avec nos amis Néerlandais, c'est que nous avons paré au plus pressé, au cœur de la crise, avec ce prêt conjugué de 10 milliards d'euros, 7 milliards pour la France, 3 milliards pour les Néerlandais, de manière à ce que le groupe AIR FRANCE–KLM puisse survivre, c'était quand même le sujet…

LAURENCE FERRARI
La France a mis…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Sept milliards d'euros, de prêt.

LAURENCE FERRARI
Oui, beaucoup plus que nos voisins.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'était au prorata, grosso modo, de la taille des compagnies, le sujet maintenant c'est de savoir comment le groupe AIR FRANCE–KLM pourra approcher ou affronter l'après-crise, donc je rappelle le dispositif technique c'est d'avoir suffisamment de capitaux propres pour pouvoir se renforcer, c'est l'objet de la recapitalisation, qui est évidemment discutée avec nos homologues Néerlandais, et qui va permettre à AIR FRANCE–KLM de se projeter de façon un peu positive dans l'avenir. Ça va beaucoup bouger dans le transport aérien, vous le savez, le transport d'affaires, probablement des compagnies qui vont être fragiles et qui ne vont pas survivre, donc il faut être prêt pour, dans l'après-crise, être conquérant.

LAURENCE FERRARI
Et vous êtes sûr que nos amis de KLM n'ont pas envie de reprendre leur liberté et de laisser AIR FRANCE tout seul ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois que nos amis de KLM n'ont aucun intérêt objectif à reprendre leur liberté, c'est le premier élément, et qu'un bon contrat, moi j'ai eu l'occasion de le dire, c'est un contrat qui respecte les intérêts de chacune des parties, dans le groupe AIR FRANCE–KLM, depuis une dizaine d'années, KLM a beaucoup plus profité de l'alliance qu'AIR FRANCE, donc ça aussi, pour l'avenir il faut que les pays, les directions, s'accordent sur le projet stratégique et la France promeut une plus grande intégration du groupe, comme vous le savez.

LAURENCE FERRARI
La SNCF, pareil, va bénéficier d'une nouvelle injection de fonds, à quelle hauteur ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, alors… d'abord, a bénéficié de multiples injections de fonds pour plein de raisons différentes depuis 2017, je rappelle, 35 milliards de dette, 5 milliards dans le plan de relance, 3 milliards par an dans le réseau, et la SNCF fera le bilan, on aura un point de rendez-vous au premier trimestre sur les pertes du deuxième confinement, qui sont bien moins élevées que celles du premier confinement évidemment, mais nous aurons, comme avec la RATP, comme avec les autorités de transports, notamment l'autorité de transports d'Ile-de-France, Madame PECRESSE, des points de rendez-vous, parce qu'on a bien vu, seul l'État, dans ces crises profondes, a la capacité financière de soutenir l'ensemble des secteurs de l'économie.

LAURENCE FERRARI
Un mot d'un sujet extrêmement important, la mortalité sur les routes, elle a baissé de 33% au mois de novembre, il y a une nouvelle campagne de communication de la Sécurité routière, est-ce que vous craignez un relâchement des conduites pendant cette période de fin d'année ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En fait il y a souvent même un relâchement des conduites à la fin des confinements, on l'a observé, avec beaucoup plus d'excès de vitesse, avec un peu plus de mortalité, quand on regarde ça comme ça, donc oui, et c'est la raison pour laquelle ces campagnes de communication elles sont importantes, parce qu'on a 3 000 morts, en gros, sur les routes chaque année, on a beaucoup de morts pendant les vacances, et alors singulièrement pendant les périodes de fêtes, donc le couvre-feu, de ce point de vue-là va peut-être aider, va probablement réduire y compris les velléités de conduire un peu sous l'emprise de l'alcool, mais c'est important de communiquer pour prévenir évidemment, toujours.

LAURENCE FERRARI
Les engagements pour le climat, le président de la République reçoit les citoyens de la Convention citoyenne climat tout à l'heure, comment faire pour que les baisses - les engagements de la France c'est de baisser de 55% les émissions de CO2 - soient effectives en 2030 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un engagement européen, c'est important, il a été validé avec le plan de relance il y a maintenant 2 jours. Nous ne partons pas de nulle part, je serai à 17h00 avec le président de la République, puisque vous savez que nous avons un groupe, "Se déplacer", qui a fait beaucoup de propositions, 42 propositions…

LAURENCE FERRARI
Ecotaxe ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pas que.

LAURENCE FERRARI
Que vous avez retoquée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, non… vous êtes taquine ; déjà 25 propositions sur les 42 qui sont déjà mises en œuvre avant la loi, et donc nous ne partons pas de nulle part. c'est la première année, par exemple, où nous allons vendre plus de 100 000 véhicules électriques, c'était 30 000 l'année dernière, et donc tout ça se fait de façon coordonnée avec "les conventionnels" comme on les appelle, nous avons investi beaucoup, beaucoup sur le ferroviaire, et ça va continuer. Nous avons eu de très bons rapports, assez francs, assez directs, et assez constructifs, loin parfois des caricatures qui en sont faites dans l'espace public.

LAURENCE FERRARI
Avec ces citoyens ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Avec ces citoyens, bien sûr.

LAURENCE FERRARI
Le Brexit, on est en plein dedans, quelle conséquence pour les voyageurs français, et surtout les entreprises de transports, est-ce qu'il va y avoir des files d'attente interminables à partir du 1er janvier pour les transporteurs ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, il y a déjà malheureusement des files, parce que nous pensons et nous avons que les Britanniques font quelques stocks en ce moment, et donc il y a plus… il y a par exemple 17 000 poids lourds qui franchissent la Manche chaque jour. Nous nous sommes préparés, à la fois en termes de centres phytosanitaires, de centres vétérinaires, parce que le sujet ce sera les formalités douanières, nous avons fait en sorte d'avoir le plus de formalités en ligne, notamment pour les transporteurs routiers, mais c'est vrai que ce sera compliqué, je pense que le Royaume-Uni a "encore plus à perdre" que nous dans un no-deal sur le secteur des transports, tant pour l'Eurostar, que pour les droits de trafic, que pour évidemment le transport routier de marchandises, donc j'espère que nous arriverons, au gré des discussions qui continuent de se passer, à un accord qui, je crois, sera nécessaire aussi pour les Britanniques pour assurer la fluidité de leur chaîne logistique.

LAURENCE FERRARI
Oui, c'est ça, mais s'il n'y a pas de deal il faudra quand même que ce soit…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
S'il n'y a pas deal, il y a des moyens, vous savez, il y a des moyens, et puis il y a aussi un cadre qui va s'appliquer, celui de l'OMC, avec des taxes douanières, et donc tout ça doit s'approcher en bonne intelligence. Je pense qu'il faut que les Anglais aient bien en tête que la France et l'Union européenne sont déterminées sur la question.

LAURENCE FERRARI
Un dernier mot sur les fêtes sauvages, il y en a eu pas mal ce week-end, Marseille, Strasbourg, Nantes, avec personne masqué, comment les empêcher, est-ce qu'il va falloir envoyer les policiers dans chaque réveillon, dans chaque rue, pour pister les fêtes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Les policiers interviennent, vous savez qu'il y a beaucoup de voisins qui sont gênés, pas que par le non-respect de la politique sanitaire, mais qui sont gênés, tapage nocturne, qui donc appellent la police, la police intervient, et si vous le savez c'est que ça a été quelque part identifié et donc probablement contrôlé. Enfin moi je pense que dans une démocratie, il y a d'autres modèles, mais dans une démocratie vous faites toujours appel à la responsabilité, à la liberté individuelle, et de ce point de vue-là les messages ont été passés de multiples fois. On a parfois été accusés d'avoir une communication verticale, infantilisante, moi je ne crois pas qu'il y ait de politique sanitaire réussie sans responsabilité individuelle et sans contribution volontaire…

LAURENCE FERRARI
Et sans sanctions ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Evidemment, sans sanctions, mais les deux vont de pair, mais je crois que dans un mouvement où toute la société est ébranlée par le virus, la résistance elle ne peut être que collective, le reste…

LAURENCE FERRARI
Non, mais il y a aussi la charge qui sera sur les épaules des forces de l'ordre, qui sont absolument sur tous les terrains en permanence, et qui sont des cibles vivantes, deux d'entre eux ont encore été agressés à Valenciennes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous avez raison de le dire, ils sont sur de multiples fronts, chaque semaine, et depuis de nombreux mois, et c'est la raison pour laquelle non seulement il doit y avoir des règles et du contrôle, mais aussi de l'engagement collectif, pour que collectivement nous puissions en sortir le plus rapidement possible, parce que je crois que personne aujourd'hui ne prend plaisir à vivre ces restrictions, et je pense notamment aux jeunes.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot pour les forces de l'ordre encore une fois, qui sont mises à contribution. Vous comprenez leur colère, leur ras-le-bol ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non seulement je comprends leur colère et leur ras-le-bol…

LAURENCE FERRARI
Et vis-à-vis du gouvernement aussi !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais d'une manière générale, moi d'abord je ne fais jamais l'autruche sur ce genre de sujet, il se trouve que nous sommes au contact de beaucoup de policiers, de gendarmes, qui aujourd'hui effectivement, sur le front de la lutte contre le terrorisme, de l'insécurité dans les transports, et ailleurs, et évidemment du contrôle des protocoles sanitaires, sont extraordinairement sollicités, j'ajoute à ça des problèmes structurels, le manque d'effectifs, la formation. Je crois que le président de la République, le ministre de l'Intérieur, ont répondu récemment à ces demandes de manière à voir comment on peut rénover très largement en profondeur l'appareil policier, l'appareil sécuritaire, et que ça me paraît être la bonne voie à emprunter.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI d'être venu ce matin pour nous parler des transports en commun, et, voilà, merci beaucoup.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 décembre 2020