Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 12 février 2021, sur la ligne politique du gouvernement et la gestion de la crise sanitaire en Moselle avec la dissémination des variants du Covid-19.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue à vous et bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Débat à la télévision hier entre Marine LE PEN et Gérald DARMANIN sur la lutte contre l'islamisme. Le ministre de l'Intérieur a dénoncé la mollesse de la présidente du RN. Plus molle sur l'islamisme que vous, c'est votre avis ?

GABRIEL ATTAL
C'est peut-être ce qu'elle cherche à faire croire, mais je crois qu'elle ment, elle est floue et c'est ça qui la rend particulièrement dangereuse pour notre pays.

SONIA MABROUK
Pourtant c'était hier la stratégie du ministre de l'Intérieur, dépasser Marine LE PEN sur sa droite, apparemment vous n'êtes pas sur la même ligne, la même stratégie.

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, moi je considère que Marine LE PEN est dangereuse pour notre pays, je considère qu'elle n'a pas les solutions qui permettent de répondre…

SONIA MABROUK
Encore la diabolisation, monsieur ATTAL, vous ne croyez pas que c'est dépassé ?

GABRIEL ATTAL
Non, je pense que c'est la réalité. Je pense que Marine LE PEN ne propose pas de solutions qui permettent de répondre aux enjeux auxquels elle-même affirme vouloir répondre. Pourquoi ? Parce qu'elle surfe sur les peurs, elle surfe sur les angoisses, elle surfe sur les problèmes que vit notre pays, et donc elle n'a pas envie qu'on réponde ces à ces problèmes. Et la réalité c'est que, quand vous regardez l'action qui est la nôtre, sur le séparatisme avec le projet de loi qui a été présenté, on apporte des réponses. Et Marine LE PEN elle ne propose pas de faire ce que nous faisons sur l'égalité des chances, avec 3,3 milliards pour la politique de la ville…

SONIA MABROUK
Attendez, restons sur la lutte contre l'islamisme. Non mais hier, entre Marine LE PEN et Gérald DARMANIN, mise à part quelques nuances, ce fut un duo apaisé plutôt qu'un duel enflammé. Reconnaissez-le.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas. Moi j'ai vu Gérald DARMANIN qui était clair et précis sur le cap qui est le nôtre, sur notre action, sur les chiffres, et j'ai vu une Marine LE PEN floue, une Marine LE PEN qui disait des contrevérités, et donc toujours aussi dangereuse pour notre pays.

SONIA MABROUK
Vous ne pensez pas que c'est un débat, enfin, que ces arguments auraient pu être tenus il y a 10 ans, 15 ans ? Encore dire aujourd'hui que Marine LE PEN est dangereuse, vous croyez que ça peut infuser aujourd'hui dans l'opinion publique ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien c'est la réalité et c'est ma conviction, et donc moi je dis ce que je pense et donc je continue à le dire. Oui, sur le volet économique, les propositions qu'elle fait sur l'Europe sont dangereuses et y compris sur ce volet-là, sur le volet de la sécurité, sur le volet de la lutte contre le terrorisme, elle n'apporte pas de réponse aux problèmes, encore une fois, qu'elle ne veut pas…

SONIA MABROUK
Vous savez que c'est cette stratégie qui lui permet aujourd'hui d'être quasiment sûre d'être au second tour ? Vous continuez à la diaboliser, c'est la meilleure manière d'imposer ce duel. Peut-être qu'il vous arrange d'ailleurs.

GABRIEL ATTAL
Non, je dis les choses telles qu'elles sont, et je dis les convictions qui sont les miennes et je continuerai à le dire.

SONIA MABROUK
Mais pourquoi ce fameux coup de barre à gauche, ce coup de barre social, on ne l'entend pas aujourd'hui ? Pourquoi vous n'êtes pas audibles ? Vous n'êtes audibles que sur votre jambe, votre flanc droit.

GABRIEL ATTAL
Vous voyez bien qu'à l'instant je voulais parler des mesures sur l'égalité des chances et la politique de la ville…

SONIA MABROUK
Je vais vous donner l'occasion de la faire.

GABRIEL ATTAL
… et que vous êtes revenue sur un autre sujet. Moi, dès qu'on m'interroge, je réponds, et je vais vous dire, je viens de la gauche, j'étais au Parti socialiste, et je me suis engagé derrière Emmanuel MACRON pour son programme, et dans son programme je sais qu'un grand nombre d'électeurs de gauche se sont retrouvés notamment derrière des engagements phare sur la question de l'éducation, sur la question de la formation, sur la question de l'écologie, ces engagements ils ont été tenus. Et depuis un an, qu'est-ce qu'on constate dans cette crise ? Qu'on a une gestion de cette crise qui est purement sociale, avec le fameux quoi qu'il en coûte, avec l'accompagnement des plus précaires, des plus démunis, et les mesures qui ont été annoncées sur l'égalité des chances, sur la politique de la ville, sont extrêmement ambitieuses.

SONIA MABROUK
Oui, on va en parler, mais depuis un an on entend, sujet régalien, on entend lutte contre l'islamisme, on entend immigration, on entend sécurité. Emmanuel MACRON est un président de droite. Vous l'assumez, vous qui venez des rangs de la gauche ?

GABRIEL ATTAL
Absolument pas, je vous le dis, les électeurs…

SONIA MABROUK
Vous ne l'assumez pas ou ce n'est pas un président de droite ?

GABRIEL ATTAL
Les électeurs de gauche ont encore plus de raisons de se retrouver aujourd'hui dans l'action d'Emmanuel MACRON qu'en 2017, parce que les engagements de 2017 ont été tenus et parce qu'encore une fois, depuis un an, on va… On atteint des objectifs qui ont été portés par des majorités de gauche depuis des années, sans jamais être tenus. Quelle majorité de gauche a mis 15 milliards d'euros pour l'hôpital public avec le Ségur de la santé, en revalorisant de 200 € net par mois les 2 millions de personnes qui travaillent à l'hôpital public ? En créant des lits supplémentaires, en recrutant des soignants supplémentaires ? Il faut regarder les faits. Et moi, ce que je vois, c'est que cette action sur l'hôpital, l'action sur la politique de la ville, les majorités de gauche qui se sont succédées depuis des années, en auraient rêvé, et on est au rendez-vous.

SONIA MABROUK
…Vous avez du mal aujourd'hui à imprimer, justement, sur ce flanc gauche. Hier vous étiez à l'aise avec toute cette stratégie qui a été déclinée par le ministre de l'Intérieur ?

GABRIEL ATTAL
Ah, je suis très à l'aise avec le projet de loi qui conforte les principes républicains et avec notre action pour lutter contre le séparatisme islamiste, très à l'aise, et d'ailleurs je considère que cet enjeu, comme beaucoup d'autres, ne sont pas des enjeux de droite ou de gauche, ce sont des enjeux pour la République, et je crois, en tout cas j'espère que tout le monde se retrouve derrière cette volonté de conforter la République.

SONIA MABROUK
Alors, sur le front sanitaire, Monsieur le Porte-parole du gouvernement, en Moselle, des cas de centaines de mutations de variant inquiètent. Un reconfinement local, territorialisé, n'est pas exclus.

GABRIEL ATTAL
Rien n'est exclu. Moi, depuis le début de cette crise, d'abord je fais toujours attention à ne jamais rien exclure. Par principe, on a vu que lorsque le gouvernement exclut certaines choses, parfois on en vient à le regretter. Pourquoi ? Parce que cette épidémie garde une forme d'imprévisibilité, les variants changent la donne sur différents volets, et donc je n'exclus rien par principe. Il y a aujourd'hui une situation dans notre pays qui, s'agissant du taux d'incidence et du taux de contamination, au global, qu'est-ce qu'on voit ? On voit une forme de plateau, qui est haut et qui semble commencer à décliner, mais il y a ces variants qui changent la donne, qui se développent, le variant britannique, et puis le variant sud-africain et brésilien.

SONIA MABROUK
Mais alors, pourquoi attendre ? Vous avez une région où malheureusement il y a cette propagation des variants, et en particulier le Sud-africain, pourquoi ne pas d'ores et déjà décider pour qu'il n'y ait pas de contamination, de propagation sur le territoire national, plus importante, un reconfinement local et territorial… ?

GABRIEL ATTAL
Mais, ce qu'a dit Olivier VERAN hier, c'est deux choses. La première c'est qu'on peut encore stopper la propagation de ces variants brésilien et sud-africain. Et la deuxième chose qu'il a dit, c'est qu'il se rendait aujourd'hui, sur le terrain, en Moselle…

SONIA MABROUK
Oui, ça on l'a compris, mais quelles annonces ?

GABRIEL ATTAL
…précisément pour échanger avec les autorités de santé et les élus, pour construire les solutions avec eux.

SONIA MABROUK
Les élus, le maire de Metz dit que le confinement doit être justement, acté, annoncé, sans attendre.

GABRIEL ATTAL
Il aura l'occasion de le dire au ministre dans quelques heures.

SONIA MABROUK
Mais quels sont les scénarios sur votre table, sur la table de l'exécutif ? Fermeture des écoles, reconfinement local ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, tout est possible, rien n'est exclus, et ce qu'il faut c'est prendre les mesures qui sont les plus appropriées, pour lutter contre la propagation de ces variants. Mais on ne peut pas d'un côté regretter parfois que les décisions soient prises sans concertation avec les élus, et quand un ministre se déplace pour faire la concertation avec les élus et les autorités de santé, considérer qu'il faudrait que les mesures aient été déjà prises 

SONIA MABROUK
C'est vrai, mais on image que vous anticipez cela…

GABRIEL ATTAL
Bien sûr.

SONIA MABROUK
Que vous avez déjà sur votre table, sur la table de l'exécutif, la suite, le schéma si certaines régions basculent avec ces variants.

GABRIEL ATTAL
On regarde en permanence quelle est la situation, et quand des mesures sont nécessaires, on les prend. Il y a deux semaines…

SONIA MABROUK
Donc elles ne sont pas exclues, comme le reconfinement local, c'est bien ça ?

GABRIEL ATTAL
Il y a deux semaines, on a annoncé des mesures de renforcement du cadre actuel, sur la question des frontières, sur la question du brassage, sur la question du télétravail, qui ont été annoncées par le Premier ministre. Et d'ailleurs elles sont appliquées et on commence à en voir des effets, et s'il y a des mesures à prendre au niveau local, elles seront prises.

SONIA MABROUK
Et on reste sur le plan national, Gabriel ATTAL, sur ce chemin de crête, pour éviter le reconfinement national.

GABRIEL ATTAL
Oui, absolument, c'est notre objectif…

SONIA MABROUK
C'est la doctrine qui tient.

GABRIEL ATTAL
… parce qu'on sait, et les Français le savent, l'impact d'un confinement, l'impact économique, l'impact social pour nos enfants, et donc il faut tout faire pour éviter un reconfinement, mais évidemment si nous considérons que c'est nécessaire pour protéger l'hôpital, protéger la santé des Français, nous prendrons toujours nos responsabilités.

SONIA MABROUK
Vous n'êtes pas en train de tempérer la petite lueur d'espoir d'il y a quelques jours, cette petite lueur d'optimisme ambiant ?

GABRIEL ATTAL
Moi, mon rôle c'est de donner des informations claires et transparentes, et donc je vous donne les informations de manière claire et transparente, il n'y a pas aujourd'hui d'explosion de l'épidémie en France, on surveille la situation comme le lait sur le feu, c'est notre responsabilité, et on prendra toujours les mesures nécessaires.

SONIA MABROUK
Alors, Gabriel ATTAL, tout autre sujet, le #SciencesPorcs, met en avant depuis quelques jours, une avalanche de témoignages sur les réseaux sociaux, d'agressions sexuelles, d'attouchements, qui auraient été commis dans ces IEP en France. Vous avez étudié à Sciences-Po Paris, est-ce que ces témoignages vous surprennent, ou alors est-ce que c'était connu et vous dites : enfin, il était temps que la fameuse parole se libère ?

GABRIEL ATTAL
J'ai effectivement étudié à Sciences-Po, et je dois vous dire que j'ai été abasourdi par les témoignages, d'abord par leur contenu et par leur nombre, parce qu'il y a plusieurs témoignages qui ont été relayés. C'est l'une des grandes causes de ce quinquennat que de lutter contre les violences sexistes et sexuelles, et on a mis en place un certain nombre de mesures très fortes, notamment pour recueillir la parole. On est dans un moment, je crois, assez historique aujourd'hui, où la parole se libère.

SONIA MABROUK
Mais l'étudiant que vous avez été n'a jamais eu connaissance, de loin, de tout cela, jamais ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu ces situations, pendant que j'étais étudiant, mais ce que je vous dis, c'est qu'aujourd'hui on a une parle qui se libère. Ça fait suite à plusieurs mouvements, le mouvement #MeToo, #BalanceTonPorc, le livre de Camille KOUCHNER qui a été publié, et je pense que c'est un moment extrêmement important, et il faut que la parole se libère, et il faut qu'elle se traduise devant la justice. Et c'est la raison pour laquelle on a mis en place une plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ? On a formé les policiers pour recueillir les plaintes. Précisément, sur le sujet des IEP et de Sciences-Po, la ministre Frédérique VIDAL a annoncé que des personnes de l'Inspection générale vont se déplacer sur le campus pour accompagner les personnes vers le dépôt de plainte. On a mis en place des mesures pour protéger les personnes qui sont concernées, on a créé 1 000 places d'hébergement l'an dernier pour les victimes de violences, on en récréera 1 000 cette année.

SONIA MABROUK
Gabriel ATTAL, vous entendez aussi certaine néo-féministes qui dénoncent une culture, une culture du viol, un écosystème dans ces écoles, que vous avez fréquentées, qui institutionnaliseraient de tels actes. Est-ce que c'est le cas ?

GABRIEL ATTAL
Moi, ce n'est pas ce que j'ai vécu quand j'étais étudiant à Sciences-Po, encore une fois je suis un homme, donc je ne peux pas dire ce que vivent certaines femmes elles-mêmes. Je n'ai été témoin de ces situations, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'ont pas eu lieu. Encore une fois…

SONIA MABROUK
Et des hommes aussi parfois sont victimes de ces situations 

GABRIEL ATTAL
Et des hommes aussi parfois sont victimes, et on est dans ce moment de libération de la parole, et je pense que c'est un moment extrêmement important pour…

SONIA MABROUK
Mais la question que je vous posais c'est qu'il y a eu aussi une, enfin, jamais jamais jamais évidemment restreindre l'influence et soutenir, il faut soutenir cette libération de la parole, mais c'est aussi une influence peut-être de la sphère indigéniste, néo-féministe, dans ces écoles, qui cherche justement à dire que tout cela est un système, une culture du viol. Vous ne niez pas cette influence, notamment à Sciences-Po.

GABRIEL ATTAL
Je veux vraiment faire la part des choses.

SONIA MABROUK
Ou dans …

GABRIEL ATTAL
Moi je considère que…

SONIA MABROUK
Mais ça existe ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Moi je considère que quand une femme, un homme, une personne, fait état de violences dont elle a été victime, il faut l'écouter, il faut la croire et il faut l'accompagner, pour qu'elle puisse…

SONIA MABROUK
Nous sommes d'accord, mais est-ce qu'il y a une culture ? C'est ça Monsieur le Porte-parole, est-ce qu'aujourd'hui dans ces écoles, certains disent : c'était institutionnalisé, il y avait une certaine, un écosystème, une culture, une éducation qui a conduit à de tels actes.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas. Je ne suis pas sur cette ligne, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de violences, ce qui ne veut pas dire que ça n'existe pas, et dans ces cas-là il faut tout faire pour que la parole se libère et pour que les personnes qui sont responsables de cette situation soient jugées et punies.

SONIA MABROUK
Merci Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

SONIA MABROUK
Merci d'avoir répondu à nos questions ce matin sur Europe 1, on vous souhaite une belle journée.

GABRIEL ATTAL
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 février 2021