Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à RTL le 8 mars 2021, sur les résultats de l'index d'égalité professionnelle femmes-hommes mis en place par le gouvernement.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion et vous venez sur RTL ce matin nous dévoiler votre baromètre 2021 de l'égalité femme-homme au sein de nos entreprises. Pourriez-vous Madame la Ministre rappeler d'abord les notions qui entrent en ligne de compte pour calculer ce baromètre ?

ELISABETH BORNE
Alors peut-être rappeler que depuis maintenant près de 50 ans des entreprises doivent assurer l'égalité salariale entre les femmes et les hommes à poste identique. Ce qu'on voit c'est…

YVES CALVI
Le premier chiffre que vous nous citez ne fait pas du bien puisque ça fait 50 ans qu'on travaille là-dessus et qu'on a toujours pas réglé le problème.

ELISABETH BORNE
Alors du coup on peut dire que ça progresse insuffisamment et c'est pour ça qu'on a mis en place cette Index égalité professionnelle qui note les entreprises tous les ans sur la base de 5 indicateurs, les augmentations équilibrées entre les femmes et les hommes, la part des femmes dans les 10 plus hautes rémunérations. Donc chaque année les entreprises ont une note sur 100, si elles ont moins de 75 elles doivent avoir des actions correctrices et au bout de 3 ans si ça ne va toujours pas elles s'exposent à une sanction financière qui peut aller jusqu'à 1 % de la masse salariale.

YVES CALVI
Ces sanctions tombent ?

ELISABETH BORNE
Alors ces sanctions elles ne sont pas encore tombées puisqu'on n'est pas encore dans la 3e année.

YVES CALVI
L'an prochain.

ELISABETH BORNE
Ce qu'on peut dire, l'an prochain absolument, ce qu'on peut dire puisqu'il y en a qui reste encore en dessous de 75 depuis 3 ans, ce qu'on peut dire c'est que malgré la crise, les entreprises ont été au rendez-vous elles sont plus nombreuses que l'an dernier à avoir rempli leurs indicateurs, leur index dans les délais, vous voyez on était à 59 % en 2020 et là on est à 70 % qui ont renseigné leurs indicateurs dans les délais.

YVES CALVI
Donc vous me dites que la crise n'a pas aggravé la situation ou qu'elle n'a pas servi en quelque sorte, pardonnez-moi je vais employer une expression inélégante, mais de cache sexe pour ne pas faire les efforts qui auraient dû être faits.

ELISABETH BORNE
Alors elle n'a pas empêché des entreprises de répondre à leurs obligations et donc de renseigner cet index. Elles sont même 84 % parmi les plus grosses entreprises, les plus de 1000 à avoir renseigné leur index. Et puis sur le fond on voit qu'il y a des choses positives puisque la note continue à progresser, alors modestement on est passé de 84 à 85 en note moyenne, chez les grosses entreprises on a progressé de 5 points depuis 2019, on est passé de 83 à 88 %. Donc on a un certain nombre d'éléments positifs, on voit que cet indicateur fait bouger les choses. On peut dire aussi qu'on a 2 % des entreprises qui ont la note maximale donc 100. On peut peut-être les citer parce que c'est bien.

YVES CALVI
Allez-y.

ELISABETH BORNE
Allez, Brioche Dorée, La Française des Jeux, Nicolas qui ont 100 sur 100, ça veut dire a contrario qu'il y a 98 % des entreprises qui ont encore des marges de progrès.

YVES CALVI
Alors est-ce que la taille de l'entreprise joue un rôle dans la capacité ou non à obtenir des résultats ?

ELISABETH BORNE
Ce n''est pas ce qu'on voit, vous voyez, on a à la fois des grandes entreprises qui continuent à être à moins de 75 depuis maintenant la 3e fois et puis dans les entreprises que je vous ai citées c'est plutôt des entreprises moyennes qui ont le nombre maximum de points et donc, enfin voilà je pense que c'est vraiment la volonté du dirigeant qui fait que dans une entreprise on a vraiment une volonté de respecter l'égalité entre les femmes et les hommes et donc du coup j'en appelle à tous les dirigeants pour faire mieux et continuer à progresser.

YVES CALVI
Alors c'est très bien de citer des bons élèves comme Brioche Dorée ou Nicolas, j'ai j'avais envie de vous dire qu'il faut citer aussi les mauvais, non pas du tout pour leur mettre la tête sous l'eau mais pour prendre rendez-vous avec eux. Alors je vois que et ça n'est pas une plaisanterie qu'il y a entre autres Monsieur Bricolage.

ELISABETH BORNE
Non je vous confirme. Voilà ça fait partie des entreprises qui ont moins de 75 depuis 3 ans, donc là il va falloir qu'ils se reprennent parce qu'à partir de l'an prochain ce sera effectivement des sanctions financières, mais ils ont encore quelques mois pour progresser.

YVES CALVI
C'est le cas aussi de d'Havas Voyages ou de Foncia, pardonnez-moi, se reprendre demain ça veut dire quoi et vraiment avec quelles mesures à l'arrivée si ça n'était pas le cas, soyons très précis pour donner de la force finalement à votre démarche.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je peux vous dire que les services du ministère du Travail sont très présents. On a dû faire 17500 interventions en entreprise, comme toujours c'est d'abord pour conseiller, pour dire aux entreprises où elles peuvent progresser. Il y a quand même 300 mises en demeure et puis il y a eu 11 pénalités financières sur des entreprises qui n'avaient pas déclaré leur index ou qui n'avaient pas élaboré de plan d'action quand cet index n'était pas satisfaisant. Peut-être dire aussi…

YVES CALVI
On peut s'arrêter sur les pénalités financières puisque généralement c'est quand même le porte-monnaie qui fait faire des efforts même si on sait que des entreprises peuvent décider en fait d'assumer, de payer des…

ELISABETH BORNE
Je crois qu'il y a deux dimensions dans cet indicateur, vous voyez, il y a d'abord un enjeu de communication pour les entreprises, je pense que celles qu'on a citées parce qu'elles sont mauvaises, elles ont des mauvaises notes ne vont pas être très contentes et puis leurs clients vont peut-être se dire…

YVES CALVI
Ce n'est pas bon pour leur image.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas bon. Si on a par exemple quelqu'un qui se dit, tiens je rejoindrai bien cette entreprise, si la note montre que l'entreprise ne respecte pas du tout l'égalité entre les femmes et les hommes, peut-être que ça fait réfléchir et du coup on attire moins de talent.

YVES CALVI
Et même pour les recrutements en effet vous avez raison ça a de l'importance.

ELISABETH BORNE
Et du coup peut-être dire que depuis ce matin sur le site du ministère du travail, on peut trouver la note de toutes les entreprises de plus de 250, donc ceux soit sont dans une entreprise, soit envisagent de la rejoindre peuvent avoir les notes sur le site du ministère du Travail.

YVES CALVI
Les pénalités seront-elles limitées en termes financiers et de quel ordre peuvent-elles être posées, si je puis dire, en tout cas appliquées ?

ELISABETH BORNE
C'est jusqu'à 1 % de la masse salariale, donc quand on est une grosse entreprise, ce n'est pas rien.

YVES CALVI
Je pense que ça, enfin c'est évanescent pour ceux qui nous écoutent 1 % de la masse salariale, pour vous je comprends bien que ça ait un sens, mais quoi ça veut dire que ça peut aller jusqu'à un million d'euros.

ELISABETH BORNE
Oui, oui tout à fait.

YVES CALVI
Voire plus.

ELISABETH BORNE
Voilà voir plus, absolument, non, non ça peut être beaucoup. Et en particuliers, vous voyez il y a deux indicateurs qui ne sont vraiment pas satisfaisants, les femmes, l''augmentation des femmes en retour de congés maternité, donc là je voudrais rappeler que c'est une obligation depuis 2006 des entreprises, d'augmenter les femmes qui rentrent de congés maternité comme leurs collègues, on a un certain nombre d'entreprises qui ne le font toujours pas, on en a même 171 parmi les entreprises relativement importantes, plus de 250 salariés qui n'augmentent… enfin qui n'appliquent pas la loi pour les dire les choses simplement. Ces entreprises, maintenant on va faire des contrôles ciblés et il y aura des pénalités, des sanctions.

YVES CALVI
Là aussi pour que nos auditeurs comprennent bien, il s'agit d'augmentation qui sont liées à leur retour de congés de maternité parce qu'une augmentation a eu lieu dans l'entreprise ou c'est le congé maternité qui lui-même déclenche l'augmentation ?

ELISABETH BORNE
Alors la loi c'est quand vous rentrez de congés maternité, vous n'avez pas pu être évalué par votre manager et donc du coup on vous applique la même augmentation que vos collègues, ça c'est la loi et donc on a des entreprises qui depuis 3 ans n'appliquent pas la loi, on les a bien identifiées grâce à l'index, on aura des contrôles ciblés et donc des sanctions. Et puis peut-être dire aussi qu'il y a un autre indicateur qui vraiment pose question, c'est la part des femmes dans les 10 plus hautes rémunérations. Alors là cet indicateur il n'est pas bon non plus, 4 entreprises, 4 grandes entreprises sur 10, donc ont zéro voire une femme parmi les 10 plus hautes rémunérations. Donc ça n'est vraiment pas satisfaisant, je pense que ça montre aussi la part des femmes finalement dans les comités de direction, dans les Comex, c'est pour ça qu'on, enfin moi je souhaite qu'on ait un indicateur, un nouvel indicateur qui permettra de mesurer la part des femmes parmi les cadres qui ont des postes à plus fortes responsabilités, qui sont finalement les viviers dans lesquels on va trouver les futurs membres des comités de direction et comité exécutif. Donc il faut qu'on avance sur ce point-là aussi.

YVES CALVI
On a compris les points sur lesquels il fallait faire des efforts ? Madame la Ministre, l'actualité reste marquée par la pandémie et cette question ce matin sur la vaccination en entreprise. On a vu le succès de la campagne ce week-end, ce que le gouvernement n'aime pas appeler les vaccinodromes, mais de fait en étaient, nos entreprises vont-elles ou peuvent-elles dès maintenant vacciner leurs salariés ?

ELISABETH BORNE
Alors depuis fin février la médecine du travail peut vacciner les salariés de plus de 50 ans qui ont une pathologie chronique. Et elles ont commencé à le faire, moi je souhaite que ça puisse accélérer. Quand on est sur cette catégorie de salariés en même temps il y a un enjeu de secret médical, donc ça ne peut pas se faire dans les locaux de l'entreprise, on demande aux entreprises de prévenir les salariés que la médecine du travail peut les vacciner, quand on passera plus à toute la population, tous des salariés là je suis convaincue que les entreprises joueront vraiment leur rôle, ce qu'elles font tous les ans pour la vaccination contre la grippe.

YVES CALVI
Vous avez une idée de la proportion d'entreprises qui vont pouvoir procéder à cela ?

ELISABETH BORNE
Mais alors toutes les entreprises vont pouvoir le faire puisque c'est la médecine du travail qui va pouvoir faire des vaccins, donc le service de santé au travail dont dépend une entreprise pourra vacciner les salariés, dès à présent…

YVES CALVI
Donc ils sollicitent les vaccins exactement comme le ferait un médecin généraliste aujourd'hui pour pouvoir avoir ses doses ou une pharmacie.

ELISABETH BORNE
Absolument, donc pour l'instant c'est un peu compliqué en termes de logistique mais enfin on voit-on parler, on parle avec Olivier VERAN pour qu'on puisse, voilà avoir enfin amené plus facilement les vaccins dans ces services de médecine du travail pour qu'on puisse aussi accélérer la vaccination en entreprise.

YVES CALVI
Plus largement quelle est la situation et la santé de nos entreprises un an presque jour pour jour après le début du confinement ? Quelle vision générale avez-vous ?

ELISABETH BORNE
Vous savez toutes les aides d'urgence qu'on a mis en place, les prêts garantis par l'Etat, le fonds de solidarité, l'activité partielle a largement préserver les entreprises. Vous savez qu'au plus fort de la crise par exemple on a pris en charge près de 9 millions de salariés avec l'activité partielle, encore 2 millions en janvier, je pense que ça a bien protéger nos entreprises, ça a aussi permis de limiter l'impact sur l'emploi. On voit par exemple que le chômage a progressé beaucoup moins vite qu'après la crise de 2008-2009, on a augmenté d'un peu plus de 7 % le chômage en un an, alors que dans la crise de 2008-2009 il avait augmenté de 25 %.

YVES CALVI
Autre question est-ce que vous nous dites ce matin que le télétravail doit toujours rester la norme ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme que plus que jamais il faut absolument mettre en oeuvre le télétravail, les études montrent qu'on réduit de 30 % les risques de contamination, donc il faut que tous les postes qui peuvent être faits en télétravail le soient.

YVES CALVI
Un dernier mot sur la fraude notamment au chômage partiel ? Avez-vous renforcé les contrôles ?

ELISABETH BORNE
Il y a beaucoup de contrôle, il y a eu des centaines de milliers de contrôle et donc ça nous a permis de bloquer 90 % des tentatives de fraude ou de récupérer l'argent et on continuera à être très vigilants, c'est notre argent à tous, c'est l'argent des Français, donc on est vigilant.

YVES CALVI
Donc il y a une réponse à 90 % des cas potentiels ou engagés, nous sommes bien d'accord.

ELISABETH BORNE
Absolument c'est ça.

YVES CALVI
Vous avez des sommes d'argent physique qui ont été récupérées ?

ELISABETH BORNE
En fait c'était 200 millions d'euros où on avait des suspicions de fraudes, 90 % a été bloqué ou récupéré et pour ce qui n'est pas encore récupéré évidemment on va continuer à aller chercher l'argent des fraudeurs.

YVES CALVI
Merci beaucoup Elizabeth BORNE d'avoir pris la parole très clairement ce matin sur RTL. Bonne journée à vous.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2021