Interview de Mmes Nadia Hai, ministre de la ville, et Rachel Khan, à RTL le 18 mars 2021, sur la remise au gouvernement d'une liste de personnalités dans le but d'encourager les élus locaux à renommer des rues ou ériger des statues en l'honneur des figures issues de la diversité et de l'immigration.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour à toutes les deux, merci d'être avec nous ce matin sur RTL. A la demande du président vous avez travaillé à un recueil de noms de personnes issues de l'immigration des Outre-mer, des anciennes colonies, ça s'appelle " Portraits de France ", on va y revenir, mais je vais d'abord prendre une minute pour vous présenter toutes les deux. Vous, Nadia HAI, vous êtes la ministre de la Ville qui porte le projet au nom du président MACRON, vous venez d'avoir 41 ans, pur produit de la méritocratie, vous êtes née à Trappes dans les Yvelines, vos parents sont tous deux d'origine marocaine, un père ouvrier, une mère au foyer, quatre enfants, et vous avez obtenu un BTS compta, vous avez grimpé les échelons dans la banque avant de vous embarquer en politique. Vous, Rachel KHAN, vous avez 45 ans, vous êtes juriste, scénariste, actrice, écrivain, vous publiez aux éditions de l'Observatoire " Racée ", un livre qui ne manque pas de faire parler, vous êtes juive polonaise par votre mère, du côté de votre père vos racines sont sénégalaises et gambiennes, où se mêlent religions musulmane et catholique, vous dites « afro-yiddish. » vous êtes né à Tours, dans un milieu plutôt intellectuel, père prof, maman libraire, votre parrain était le regretté Manu DIBANGO, vous faites partie du comité qui a sélectionné les noms. Voilà, j'ai planté le décor, je crois que c'était nécessaire. Nadia HAI, Madame la ministre, ce recueil, ce catalogue, « Portraits de France », a quoi cela va servir exactement, est-ce que c'est d'abord un outil pour les collectivités ?

NADIA HAI
C'est aussi un outil pour les collectivités, en tout cas cet ouvrage leur est destiné, parce que c'est pour répondre justement à l'appel du président de la République de donner des noms de rues, des écoles, des médiathèques, en fait tous ces lieux qui font vivre la République dans nos territoires, et donc l'idée c'était effectivement de mettre à l'honneur des portraits, avec un comité scientifique qui se repose sur des travaux documentés, référencés, et qui puisse justement proposer des noms pour atteindre cet objectif.

ALBA VENTURA
Alors j'ai vu que ça pouvait aller de Louis de FUNES ; alors, Louis de FUNES pourquoi, quelles sont ces origines ?

NADIA HAI
Alors ça il faut demander au comité scientifique.

RACHEL KHAN
Il est espagnol.

ALBA VENTURA
Jusqu'à Paulette NARDAL, première femme noire à étudier à la Sorbonne et à siéger à l'ONU. D'abord, rassurez-moi Madame la ministre, on ne va pas débaptiser des rues, ni des places ?

NADIA HAI
Il n'est absolument pas question de débaptiser, il est question justement de donner une place à tous ces profils, à tous ces portraits, qui ont participé, qui ont fait aussi la République, qui se sont engagés, à travers leur art, à travers leurs combats, parfois jusqu'au sacrifice, parce que certains y ont laissé leur vie, et donc c'est de pouvoir les honorer et de leur faire leur place dans cette République, et que chacun de nos concitoyens puisse se reconnaître aussi dans ces visages de la République.

(…) Entretien avec Rachel KHAN.

ALBA VENTURA
Nadia HAI, il y a eu des quotas, il fallait des quotas, des quotas d'Outre-mer, des gens issus des anciennes colonies ?

NADIA HAI
Absolument pas, aucun quota, aucune instruction de notre part, on a bien voulu décorréler le fait scientifique des chercheurs et des spécialistes en fait, du politique, parce qu'il ne faut pas justement avoir cette influence-là, donc aucun quota.

ALBA VENTURA
Alors, j'ai vu qu'on avait quand même tenté de vous influencer, enfin certains, par exemple, alors peut-être Jean-Michel BLANQUER qui voulait plus de héros de la laïcité, peut-être Elisabeth MORENO qui voulait plus de femmes, la ministre de l'Egalité des femmes et des hommes, il paraît que les Réunionnais et les Marocains ne s'estimaient pas assez représentés.

NADIA HAI
Alors, c'est ça qui est assez extraordinaire, c'est que, à l'issue du… enfin, à la remise du rapport et quand il a été rendu public, j'ai eu plein d'appels en disant " on aurait aimé avoir plus d'asiatiques, est-ce que vous êtes sûre que la proportion entre Marocains et Algériens est bonne ? ", et en fait l'idée ce n'est même pas de… je me dis que si on commence à arriver dans ces points de discussion et presque, j'allais dire du détail, eh bien c'est que quelque part on a atteint l'objectif, qui est de mettre à l'honneur justement les diversités, qu'elles soient d'origines, qu'elles soient territoriales, parce que les Outre-mer, on parle de diversités territoriales, et c'est ça qui est intéressant, c'est l'objectif qu'on a voulu atteindre, et visiblement il est atteint.

ALBA VENTURA
Mais il y a quand même moins de femmes que d'hommes.

NADIA HAI
En même temps l'Histoire, et ça je parle vraiment sous le contrôle de Rachel, et elle voudra peut-être abonder dans ce sens-là, c'est que l'Histoire elle était faite par des hommes, presque pour des hommes, on était dans une société patriarcale, ce n'est pas Elisabeth MORENO qui me contredira sur ce sujet. Si on prend la liste des vivants, on aura certainement beaucoup plus de femmes qui seront mises à l'honneur.

ALBA VENTURA
Une question pratique. Les maires l'ont entre les mains dès maintenant et ils vont pouvoir consulter ce recueil et décider de baptiser un gymnase par exemple ?

NADIA HAI
Tout le monde a entre les mains ce recueil parce qu'il est public, sur le site du ministère de la Cohésion des territoires…

ALBA VENTURA
On le télécharge, c'est ça ?

NADIA HAI
On peut aller le chercher, il y a même un filtre de recherche qui permet…

ALBA VENTURA
Il fait 500 pages !

NADIA HAI
Il fait 500 pages, et justement, c'est ça qui est intéressant, c'est qu'on peut avoir une recherche par lieu géographique, de sa région, ou par secteurs d'activité professionnelle, et donc aller chercher le portrait qui pourrait nous intéresser.

(…) Entretien avec Rachel KHAN.

ALBA VENTURA
Mais ça va aider, Madame la ministre, à se sentir Français ?

NADIA HAI
Ça va surtout aider à se reconnaître en la République, 318 portraits, c'est tout autant de personnes qui vont celui qui vont susciter un intérêt, éveiller une émotion, un sentiment, un souvenir.

ALBA VENTURA
Mais donnez-moi un exemple.

NADIA HAI
Je vais vous prendre un exemple qui est le mien, c'est-à-dire que je découvre ce portrait, et en feuilletant je tombe sur une personne qui n'est pas connue en France, mais qui est connue dans toute cette génération d'immigrés du Maghreb, je prends Cheikha RIMITTI, c'est la pionnière du raï, c'est qui a importé presque le raï en France, qui l'a fait connaître, cette femme il faut reprendre son histoire, elle a chanté devant des hommes, elle a été censurée, elle a été insultée, et elle porte en elle ce message de féminisme, ce message de liberté, parce qu'elle quitte l'Algérie, fin des années 70, à presque 50 ans, pour renaître, pour revivre, vivre son art, transmettre ce message, et je pense que ça c'est aussi un signal fort qu'on envoie à cette génération comme la mienne, qui a bien évidemment écouté ses chansons.

(…) entretien avec Rachel KHAN.

ALBA VENTURA
Nadia HAI, elle a raison Rachel KHAN quand elle pointe ceux qui instrumentalisent la société ou qui instrumentalisent les jeunes à coups d'idéologie, telles que, indigéniste, « racialiste » ou « racialisée », je ne sais même plus comment il faut dire, intersectionnelle, et j'en passe et des meilleurs, elle a raison ?

NADIA HAI
Moi je suis contre tout ce qui forme une certaine division, et typiquement vous avez ceux qui prônent la haine et la division. Ce recueil il est là pour promouvoir l'unité, et l'unité c'est de dire, et je le disais…

ALBA VENTURA
Mais ça c'est facile à dire.

NADIA HAI
Oui, mais justement, c'est facile à dire parce que l'unité elle ne se décrète pas, elle se construit, et elle se construit à travers différents projets, à travers différents signaux, à travers différents témoignages, et les 318 personnalités ce sont ces signaux, ces témoignages, parce que finalement il faut dire aussi à ces jeunes, " regardez, ces portraits ont marqué l'Histoire de France, et pour autant ils vous ressemblent ", et donc c'est ça la République, c'est la République, c'est ce en quoi on peut se reconnaître aussi et s'identifier, et donc c'est tout le travail qui est derrière tout ça. Et je rappelle juste une phrase du président de la République qui dit que l'Histoire, en fait, c'est la conjugaison de toutes les histoires, et ça c'en est un exemple et une illustration.

(…) Entretien avec Rachel KHAN.

ALBA VENTURA
Je vous remercie toutes les deux, Rachel KHAN, Nadia HAI, " Portraits d'en France ", c'est donc le recueil qui est à consulter sur le site de votre ministère, et puis " Racée ", que vous publiez Rachel KHAN, aux éditions de l'Observatoire, avec cette phrase que j'ai beaucoup aimée en première page, " je veux aujourd'hui annoncer la couleur, je suis bien dans ma peau. "


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mars 2021