Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à RFI le 12 mars 2021, sur la situation épidémique, le vaccin AstraZeneca et les élections régionales.

Texte intégral

VALERIE GAS
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Vous m'entendez ? Je vous entends.

VALERIE GAS
Voilà, on ne vous entendait pas, mais ça y est. Bonjour Marc FESNEAU. La situation épidémique reste stable mais inquiétante, c'est ce qu'a dit hier soir Olivier VERAN le ministre de la Santé. La situation sanitaire elle est particulièrement tendue en Ile-de-France, alors pourquoi l'Ile-de-France continue d'échapper au cofinancement au moins le week-end alors que tous les voyants sont au rouge ?

MARC FESNEAU
Le ministre de la Santé l'a expliqué hier, c'est la combinaison de plusieurs facteurs qui peuvent amener à des mesures plus au moins contraignantes. Il se trouve que l'on est sur l'Ile-de-France, que c'est 12 millions d'habitants, un peu plus que ça même, que ce n'est pas aussi simple que ça de mener des mesures de confinement, ce n'est pas de même nature que sur une ville ou que sur une côte, et deux, que c'est la combinaison à la fois du taux d'incidence, du taux d'occupation des lits et que c'est ça qui produit une décision. Ceci dit, Olivier VERAN hier a indiqué quand même que la situation était suffisamment préoccupante pour que puisse se poser la question à terme si la situation se maintenait ainsi, de mesures de nature différente. A ce stade, et c'est ce qu'on essaie de faire chaque territoire, on essaie d'adapter la situation à la réalité du terrain, à la réalité de ce que perçoivent aussi les soignants et le système hospitalier.

VALERIE GAS
La situation c'est aussi le choix de déprogrammer des interventions, certaines opérations, pour ne pas confiner. Est-ce que ça n''est pas un choix risqué ?

MARC FESNEAU
Non, alors on avait vu au mois de mars l'an dernier, que toutes les opérations et tous les soins avaient été déprogrammés, là il ne s'agit pas de déprogrammer l'ensemble. Ça peut se faire sur une durée courte évidemment. Dès qu'on est sur une durée longue, on voit les risques que ça peut faire peser. Là on est sûr, on augmente au fond les capacités à accueillir des Français qui seraient victimes du coronavirus, dès lors que c'est sur une durée courte, évidemment on est sur les conditions qui portent moins de conséquences pour ceux qui viennent soigner pour d'autres motifs. Mais évidemment il faut être très vigilants, parce qu'on voit bien, on a été alerté les uns et les autres, et vous aussi, par les soignants, sur le risque que ça pouvait porter quand c'était sur des durées trop longues, parce qu'évidemment c'est des reports qui peuvent être, poser des questions aux gens qui sont malades.

VALERIE GAS
Oui, on sent que le gouvernement est partagé entre la prudence, la vigilance sur le front sanitaire et l'envie quand même de donner des perspectives. Alors, Jean CASTEX dans une interview qui est parue hier dans Society, déclare qu'il n'y a pas de raison qu'on ne voit pas le bout du tunnel au printemps, et il précise, le printemps c'est entre le 20 mars et le 21 juin, en effet. Mais ce n'est plus tout à fait les 4 à 6 semaines qui avaient été évoquées par le président de la République il y a quelques jours. Emmanuel MACRON a-t-il été à ce moment-là trop optimiste ?

MARC FESNEAU
Pas du tout. Le président de la République a dit il y a 8 jours exactement un peu plus de 8 jours, pardon, une dizaine de jours.

VALERIE GAS
Une dizaine du jour, voilà exactement.

MARC FESNEAU
Il a dit, dans 4 à 6 semaines on aura une vue, on saura si on a passé le plus dur, il n'a pas dit qu'on en serait sorti totalement. C'est factuellement ce qu'il a dit. Et donc le fait qu'on sache si on a passé le plus dur de ce qui est une montée épidémique, une vraie montée épidémique liée à l'apparition du variant, parce que sinon on ne serait pas dans cette difficulté là, cet horizon-là il se maintient. Après, la sortie progressive…

VALERIE GAS
Ça veut dire que dans 3 semaines on saura si on a passé cette période de turbulences ?

MARC FESNEAU
On devrait avoir, enfin, c'est-à-dire dans 4 semaines, puisque ça fait à peine 2 semaines, pour être précis, et deux, on saura si on pense qu'on a passé une zone de turbulences. Alors après, il faut apprendre à être précis, enfin à être prudent pardon, et précis aussi d'ailleurs, l'un n'exclut pas l'autre, vous voyez bien que le variant anglais apparaît au mois de décembre et qu'un mois plus tard les Anglais et d'autres étaient totalement débordés par ce variant. Il faut être quand même prudent, parce qu'on ne sait pas toujours, ce que…

VALERIE GAS
Il y a une part…

MARC FESNEAU
Il y a un part d'incertitude sur un virus, il faut l'accepter, c'est ainsi, c'est un virus qui est apparu il y a moins de 14 mois, en tout cas sur notre territoire, et donc qu'il y ait une part d'incertitude, ça existe, mais dans 4 semaines on peut voir un peu si la maîtrise se poursuit, même si elle est toujours un peu croissante pour l'instant, et après envisager effectivement, comme l'a dit le Premier ministre, des mesures d'accompagnement vers la sortie.

VALERIE GAS
La clé c'est la vaccination. La vaccination, on en a reparlé encore beaucoup hier, AstraZeneca, le vaccin fait l'objet de mesures, enfin a été interdit dans certains pays. La France ne fait pas le choix de retirer le vaccin sera AstraZeneca, il y a eu déjà des polémiques avec les soignants qui ne voulaient pas se faire vacciner parce ce vaccin. Est-ce qu'il ne va pas y avoir un problème de confiance pour les Français ?

MARC FESNEAU
Mais il y a toujours sur un vaccin une question de confiance, c'est pour ça que la transparence est utile. Je crois que c'est trois ou quatre pays européens, ce n'est pas… La France, l'Allemagne et d'autres pays ont fait le choix que vous venez d'indiquer, compte tenu de ce que sont les données épidémiologiques et les cas qui ont posé problème. Je crois que c'est 30 cas qui posent des problèmes, d'ailleurs pas tous très graves, mais c'est 30 cas sur 5 millions de vaccins.

VALERIE GAS
Donc ça n'est pas assez significatif.

MARC FESNEAU
Non mais je n'ai pas dit que ça n'était pas significatif. D'abord parce que c'est 30 cas, et 30 cas il faut toujours y faire attention. On est sur des données épidémiologiques… (mauvaise liaison téléphonique) … quelque chose qui est généralisé, et on sait bien d'ailleurs que tout médicament, tout vaccin produit chez certains patients, des effets qui sont connus chez une très très grande majorité des gens, et qui…

VALERIE GAS
Très bien.

MARC FESNEAU
… donc ça demande de la vigilance, et c'est cette vigilance-là à laquelle on va s'attacher.

VALERIE GAS
Autre sujet, vous serez candidat aux régionales, un des ministres à être candidat aux régionales. On attendait une majorité unie MoDem et République En Marche, mais en Ile-de-France certains sortants MoDem veulent rester auprès de Valérie PECRESSE. Comment allez-vous gérer ce problème ?

MARC FESNEAU
Alors, on va distinguer les choses. Je ne suis pas candidat à ce stade dans ma région. Evidemment on travaille avec…

VALERIE GAS
Vous faites partie de ceux qui pourraient l'être.

MARC FESNEAU
Voilà, c'est très bien, on est d'accord là-dessus. La deuxième chose, il y a la démarche individuelle, moi je le regrette toujours, même si parfois je peux les comprendre … bienveillance, simplement, le choix qu'on a fait, c'est un choix de soutenir … (mauvaise liaison téléphonique) … dans cette dynamique et dans cette volonté là. Qu'il puisse y avoir des démarches individuelles, on sera très clair sur le sujet, notre volonté, la question n'est pas n'est pas un Valérie PECRESSE ou pas Valérie PECRESSE, la question c'est : est-ce qu'on peut, dans une élection, porter sa propre intention, ses propres couleurs et son propre projet. Ça n'empêche pas de tous respecter, y compris les sortants ou les … Donc je pense que c'est une mauvaise manière, on peut se voir contraint … mais je pense que le pluralisme, c'est le pluralisme quand on veut se présenter, parce que sinon on est dans une forme de contrainte. Et donc, on travaille avec Stanislas GUERINI, avec les colloques … pour faire en sorte qu'on fasse converger des positions. Ne faisons pas de cas particuliers, des généralités. François BAYROU est précautionneux de faire en sorte qu'on puisse faire converger les points de vue.

VALERIE GAS
François BAYROU est soucieux de la proportionnelle, elle semble ne pas avancer beaucoup, pas d'agenda parlementaire pour les propositions de loi du MoDem, est-ce que la proportionnelle est enterrée ?

MARC FESNEAU
Nous verrons, il y a une réunion la semaine prochaine je crois entre les présidents de groupes, je pense que c'est une… D'abord en première intention il faut que les présidents de groupe s'en saisissent, que les présidents de groupe, et d'ailleurs aussi de l'opposition, parce qu'après tout un certain nombre d'entre eux avait pu s'exprimer sur le sujet, et que nous aviserons et nous verrons. C'est vrai que François BAYROU défend et nous défendons la proportionnelle, qui est un instrument non pas tant seulement de représentation de ceux qui sont moins représentés à l'Assemblée nationale, mais c'est un instrument qui permet aussi d'apaiser le débat démocratique, et au fond, de permettre que sur tel ou tel sujet on puisse trouver des points de convergence plutôt que cette espèce d'opposition stérile entre majorité et opposition qu'on voit depuis des années.

VALERIE GAS
Donc débat à suivre. Très très vite Marc FESNEAU, Marine LE PEN hier a dit qu'elle pensait qu'elle pouvait gagner la présidentielle de 2022, vous le craignez ?

MARC FESNEAU
Moi, je sais vous dire, ces spéculations ne m'intéressent pas, ce qui m'intéresse c'est de résoudre la crise des Français, et ça, ça permettra de lutter contre toutes les formes de populisme.

VALERIE GAS
Je vous remercie Marc FESNEAU d'avoir été notre invité ce matin.

MARC FESNEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 mars 2021