Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à France Bleu Occitanie le 25 février 2021, sur la réglementation énergétique dans la construction de bâtiments neufs et la simplification des procédures anti-squatters.

Texte intégral

SYLVAIN LECAS
La Ministre du Logement est dans la région aujourd'hui à Cahors et à Toulouse. Elle vient chez nous pour parler réglementation énergétique dans la construction de bâtiments neufs. Elle est aussi intervenue personnellement dans l'affaire Roland avant les vacances de février. Roland, c'est ce retraité qui avait vu sa maison squattée pendant plusieurs mois à Toulouse. Emmanuelle WARGON répond à vos questions, Flora MIDY.

FLORA MIDY
Emmanuelle WARGON, bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

FLORA MIDY
Vous venez donc chez nous parler de la réglementation environnementale qui doit s'appliquer en 2022. D'abord de quoi s'agit-il ?

EMMANUELLE WARGON
Il s'agit d'avoir de nouvelles normes de construction pour que la construction produise moins de CO2 et donc soit plus verte, plus écologique. Ces normes vont s'appliquer progressivement, ça commence au 1er janvier 2022 et ça permet de favoriser des constructions avec une meilleure mixité des matériaux, c'est-à-dire toujours du ciment et du béton mais aussi du bois, des matériaux bio sourcés dans les isolants comme le chanvre. Et puis ça va permettre d'avoir des bâtiments qui consomment moins d'énergie.

FLORA MIDY
Et donc le message que vous souhaitez adresser aujourd'hui à Cahors puis à Toulouse, c'est quoi ce message ?

EMMANUELLE WARGON
A Cahors, je vais voir une opération et plusieurs opérations de rénovation parce que c'est aussi très, très important de rénover nos cœurs de ville et de réhabiliter des anciens bâtiments. Il y a une opération très ambitieuse dans une ancienne prison. A Toulouse je vais voir un chantier béton bois, un bâtiment bas carbone pour montrer qu'en fait c'est possible, que tous les jours on peut inventer et allier la qualité, le beau et l'écologie.

FLORA MIDY
Vous dites en somme, Madame la Ministre, vouloir favoriser la diversité des matériaux. Vous souhaitez par exemple plus de pierre de taille ou de terre crue, mais tout ça ça coûte plus cher que le béton par exemple.

EMMANUELLE WARGON
Pas forcément parce que la précédente réglementation qui s'est appliquée en 2012, tout le monde nous a dit ça va faire monter beaucoup les coûts de la construction et en fait non. L'innovation est capable d'absorber ces nouvelles techniques. Elles se généralisent. Plus on en fait, moins elles coûtent cher individuellement chantier par chantier. Donc en fait, on prévoit une augmentation des coûts de 3 à 5% maximum au début très vite absorbée. Donc non, on peut faire de la qualité à un prix raisonnable.

FLORA MIDY
Mais il faut les fabriquer donc ces matériaux et avoir la machine industrielle qui va avec. Vous travaillez avec les industriels ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, bien sûr. Avec ma collègue Agnès PANNIER-RUNACHER on travaille au soutien des filières industrielles liées à l'innovation. On va le faire sur le bois, on va le faire pour les nouveaux matériaux ou les matériaux anciens comme, vous l'avez cité, la pierre de taille, la brique ou la terre et on a de belles compétences en France et ça permet aussi de soutenir nos industriels.

FLORA MIDY
Je reviens sur le bois. On a un exemple dans la région d'une scierie qui dit se monter. Que répondez-vous aux associations de défense de l'environnement qui s'inquiètent d'une menace sur nos ressources en forêt ?

EMMANUELLE WARGON
C'est très très important qu'on arrive à exploiter nos forêts de façon responsable, donc ça veut dire bien gérer les plantations, ça veut dire préserver la forêt et la nature, et après exploiter, ça veut dire couper les arbres quand c'est le bon moment, parce que les arbres stockent du carbone pendant tout le début de leur vie, quand ils sont en forêt, et ensuite ça permet d'éviter des émissions de carbone quand on produit des bâtiments, et il y a une gestion responsable de la forêt, il y a d'ailleurs une députée qui a travaillé sur ce sujet, Anne-Laure CATTELOT, on sous-exploite la forêt française, ce qui veut dire qu'on importe beaucoup du bois de construction pour l'instant, et parfois on exporte du bois brut, donc ce n'est pas très logique et on peut faire mieux.

FLORA MIDY
Emmanuelle WARGON, je voulais vous parler également ce matin de Roland, ce retraité âgé dont la maison a été squattée alors qu'il voulait la vendre pour rejoindre sa femme en EHPAD, une histoire qui a beaucoup ému nos auditeurs, vous avez déclaré être intervenue personnellement dans ce dossier, mais à quel niveau ?

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr, moi j'ai été touchée, comme tout le monde, par la situation de ce retraité, je suis très vigilante, et je suis toutes les situations particulières de squats, là on était dans un cas particulier parce que ce monsieur avait obtenu une décision de justice permettant de sortir les squatters, mais la justice avait décidé de maintenir la trêve hivernale, or comme il n'avait pas fait appel le ministère… bien sûr il y a la séparation entre la justice et le gouvernement, donc on respectait à cette décision de justice. Donc, j'ai pris contact, et mon équipe a pris contact avec lui, la préfecture est intervenue, les forces de l'ordre aussi, que je voudrais saluer, sont intervenues, parce qu'à un moment la situation locale est un peu monté en pression, et puis finalement, aussi avec la mobilisation d'habitants, la situation a pu se régler. Mais pour l'avenir on a changé la loi, et du coup je voudrais dire aux propriétaires qui peuvent être dans la même situation, que maintenant, la loi ayant changé, ils peuvent simplement saisir la police et l'expulsion peut avoir lieu plus vite, y compris pendant la trêve, donc en fait il y a maintenant des nouveaux droits pour les propriétaires.

FLORA MIDY
Mais dans le cas de Roland ce n'est pas vous, ce n'est pas la mairie de Toulouse, qui a fait fuir les squatters, mais bien un collectif de soutien à Roland, vous l'avez dit. L'État n'est pas en mesure aujourd'hui de protéger les propriétaires ?

EMMANUELLE WARGON
Si, l'État est en mesure de protéger les propriétaires, mais dans ce cas une décision de justice avait déjà été rendue et il n'avait pas fait appel, et c'est normal qu'on respecte les décisions de justice, c'est pour ça qu'on a la loi depuis, la décision de justice avait été rendue en septembre ou en octobre, la loi a changé en décembre, donc on est maintenant en capacité, pour des nouvelles affaires de ce type, d'agir beaucoup plus vite.

FLORA MIDY
Merci Emmanuelle WARGON, ministre du Logement, on le rappelle, vous êtes chez nous aujourd'hui, à Cahors d'abord, puis à Toulouse, pour parler réglementation énergétique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 février 2021