Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 6 avril 2021, sur la dynamique de l'épidémie de Covid-19 et l'évolution de la situation sanitaire.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Ça restera sans doute l'image du week-end, une messe de Pâques sans distanciation, ni masques à Paris. Ça vous révolte ou vous plaidez le pardon ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai pas vu ces images. Mais, évidemment, l'accès aux lieux de culte reste autorisé, il l'est avec des jauges, il l'est avec un certain nombre de mesures barrières qui sont demandées, et donc dès lors qu'on ne les respecte pas on prend un risque pour soi et on prend un risque pour les autres.

CAROLINE ROUX
La réussite de ces 4 semaines de confinement repose en partie sur l'adhésion des Français, c'est ça le message ce matin ?

GABRIEL ATTAL
Oui, et sur la responsabilité de chacune et de chacun, mais il en va de la gestion de cette épidémie depuis le début. Ce qu'on a constaté, c'est qu'à chaque fois qu'on nous annonçait une explosion des contaminations, les Français étaient capables de faire mentir ces projections. On l'a vu au moment des fêtes de Noël par exemple, où la France contrairement à un certain nombre de pays voisins a donné la possibilité à ses concitoyens d'aller fêter Noël en famille, partout en France. Et on nous disait à ce moment-là : vous allez voir, il va y avoir une explosion des contaminations au début du mois de janvier. Les Français ont été très responsables et moi je suis sûr que dans leur écrasante majorité, en ce week-end de Pâques, les Français ont été très responsables et qu'ils ont fait attention.

CAROLINE ROUX
Et qu'ils le seront dans les semaines qui viennent. A partir d'aujourd'hui, c'est donc fini les déplacements interrégionaux, est-ce qu'il restera quand même une dose de tolérance pour les parents qui accompagnent leurs enfants chez les grands-parents à l'issue de cette semaine scolaire ?

GABRIEL ATTAL
Oui, le Premier ministre l'a dit, le fait d'accompagner ses enfants ou d'aller les chercher pour des raisons de garde, notamment avec les vacances scolaires, reste évidemment un motif pour se déplacer au-delà des 10 km, qui sont autorisés C'est vrai que ce week-end il y avait une tolérance, une souplesse qui était donnée pour notamment les Français qui souhaitaient aller s'isoler ailleurs en France, pour passer les prochaines semaines. Maintenant que ce week-end de Pâques est passé il y aura des contrôles effectivement renforcés, s'agissant des déplacements. L'objectif encore une fois c'est que ces mesures que nous prenons soient vivables pour les Français, c'est pour ça qu'on les a adaptées, c'est pour ça qu'on ne demande pas d'attestation pour les déplacements à moins de 10 km, l'objectif c'est de piéger le virus, ce n'est pas de piéger les Français.

CAROLINE ROUX
C'est le retour de l'école à la maison. Le président a expliqué que les parents qui ne peuvent pas télétravailler auront droit au chômage partiel. Ça veut dire que vous pensez que le télétravail c'est compatible avec la garde d'enfant ?

GABRIEL ATTAL
Non, les choses ont été clarifiées sur ce point-là aussi, si votre poste est télétravaillable, que vous devez donc… que vous pouvez rester chez vous et que vous devez garder vos enfants en même temps, et que vous ne pouvez pas télétravailler parce que vous gardez vos enfants, évidemment vous avez accès au chômage partiel ou à l'autorisation spéciale d'absence quand vous êtes fonctionnaire.

CAROLINE ROUX
Les centres de loisirs seront ouverts ?

GABRIEL ATTAL
Les centres de loisirs sont fermés. Il peut y avoir dans certains territoires, certaines communes, de manière exceptionnelle des activités qui sont organisées, mais la règle c'est que les centres de loisirs sont fermés.

CAROLINE ROUX
Quand vous voyez ce qui se passe en Angleterre, en Espagne, au Portugal, avec des images qu'on a vues dans le journal, avec des restaurants qui rouvrent, l'Espagne qui n'a jamais fermé ses restaurants et qui redonne un peu de souplesse et de liberté aux citoyens espagnols, vous vous dites : qu'est-ce qu'on a raté ?

GABRIEL ATTAL
Ce virus, on l'a vu depuis un an, il fonctionne par vagues. Moi j'ai le souvenir quand j'étais sur des plateaux de télévision, au début du mois de décembre, qu'on me citait le Portugal en exemple, en me disant qu'ils n'avaient pas fermé leurs commerces, qu'ils n'avaient pas fermé leurs restant, et quelques semaines plus tard ils ont dû tout fermer en catastrophe parce qu'il y avait une vague épidémique. Aujourd'hui ils en sortent, tant mieux pour eux. Et moi je vais vous dire, mon espoir, mon objectif et ma conviction, c'est qu'on va en sortir en France, on va faire plier le virus en accélérant la vaccination, on l'a vu ce week-end aussi, 350 000 injections, et évidemment en faisant tous des efforts, ce qu'on fait au quotidien.

CAROLINE ROUX
Le problème c'est que la vague, on aurait peut-être dû fermer en même temps que les Portugais, les Espagnols, c'est ça la question qui nous est posée collectivement.

GABRIEL ATTAL
Quand on prend des mesures de restrictions, pour la vie des Français, des mesures qu'elles soient de confinement ou des mesures de freinage fortes, il faut qu'elles soient justifiées par un péril imminent en termes de contamination, et une exponentielle du virus. Dès lors qu'on a eu les signaux qui nous indiquaient qu'il y avait une 3ème vague, on a pris les mesures qui étaient nécessaires pour freiner le virus.

CAROLINE ROUX
Alors, c'est intéressant que vous disiez ça. Quels seront les signaux pour la réouverture ? Donc on a des mesures de restriction pour 4 semaines, à partir de combien de patients en réanimation on pourra imaginer rouvrir ? C'est 3 000 comme la dernière fois ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a pas de critère qui a été annoncé à ce stade…

CAROLINE ROUX
Pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
L'important Caroline ROUX, c'est la dynamique de l'épidémie. Ce qu'on veut, notre objectif avec ces mesures, c'est d'observer une décrue des contaminations et c'est observer une baisse de la pression dans nos hôpitaux. Si vous regardez la carte de la France aujourd'hui, vous avez un peu deux situations qui se dessinent. Quand vous regardez le Nord-est du pays, il y a plus de contaminations, mais ça monte moins vite. C'est les territoires où on a pris des mesures il y a 2 semaines et donc on a bon espoir que ce soit ces mesures qui commencent à porter leurs fruits. Quand vous regardez la partie Ouest de notre pays, il y a moins de contaminations, mais ça monte plus vite. Donc on a eu raison d'étendre ces mesures à l'ensemble du territoire depuis ce week-end, et l'objectif c'est d'observer une décrue des contaminations.

CAROLINE ROUX
Ça ne me dit pas à partir de combien on pourra rouvrir.

GABRIEL ATTAL
Non, encore une fois il n'y a pas de critère qui a été annoncé à ce stade, des précisions…

CAROLINE ROUX
Mais pourquoi ? Pardon de reposer ma question, parce que ça donne de la lisibilité à tout le monde. Quand on dit : « à partir de 3 000 patients en réanimation on pourra rouvrir ».

GABRIEL ATTAL
J'entends parfaitement cette question. Le ministre de la Santé aura l'occasion de s'exprimer sur cette sur cette question-là, l'objectif encore une fois c'est de faire baisser la pression dans un premier temps.

CAROLINE ROUX
Il y a une phrase que vous dites beaucoup, en tant que porte-parole du gouvernement, et d'ailleurs tous les autres ministres, c'est : « la campagne de vaccination s'accélère ». C'est vrai. Pourquoi cette fois-ci ce sera un vrai ?

GABRIEL ATTAL
Parce qu'on reçoit plus de doses, et parce que du coup on peut ouvrir plus de lieux où on vaccine, parce qu'il y a plus de professionnels de santé, de médecins, d'infirmiers, de pharmaciens qui peuvent vacciner. Et donc oui, ça accélère.

CAROLINE ROUX
Des vaccinodromes également.

GABRIEL ATTAL
Des vaccinodromes aussi qui ouvrent progressivement à mesure qu'on reçoit plus de doses, puisque l'important ce n'est pas uniquement le vaccinodrome, c'est qu'il y ait des doses à l'intérieur pour vacciner les Français. Et oui, ça accélère, on est aujourd'hui à plus de 9,5 millions je crois, de personnes qui ont reçu une première injection. On avait fixé un objectif qui était de 10 millions de Français ayant reçu une première injection à la mi-avril, nous serons très probablement en avance sur cet objectif. 20 millions à la mi-mai, 30 millions à la mi-juin.

CAROLINE ROUX
Il n'y a pas de regrets sur le changement de stratégie vis-à-vis des vaccinodromes ? Mauricette a été vaccinée le 27 décembre, on ouvre les premiers vaccinodromes, là on est avril, ça aurait servi à rien de les ouvrir plus tôt ou est-ce que là-dessus il y a eu un ajustement de stratégie qu'il faut reconnaître ?

GABRIEL ATTAL
Entre-temps il y a 1 700 centres de vaccination qui ont ouvert sur le territoire dès le mois de janvier, c'est des centres de vaccination à taille humaine. Encore une fois, les vaccinodromes ils ont du sens quand vous avez beaucoup de doses à injecter. Ouvrir un grand vaccinodromes avec quelques centaines de doses à injecter par jour, ça a moins de sens. C'est pour ça qu'on a ouvert dans un premier temps des centres de vaccination effectivement qui faisaient quelques centaines d'injections par jour, là avec certains vaccinodromes on va monter à 10 000, peut-être plus, vaccinations par semaine.

CAROLINE ROUX
Alors, la clef, c'est le respect des règles, ça vous l'avez dit tout à l'heure. Dans une nouvelle vidéo publiée par M6, Pierre-Jean CHALENÇON, alors, est devenu connu depuis quelques jours, affirme avoir organisé des dîners clandestins avec des ministres. Il dit qu'il vous connaît, il dit : « Notre ami ATTAL doit venir dîner prochainement ». Alors, vous deviez venir dîner chez Pierre-Jean CHALENÇON ?

GABRIEL ATTAL
Non, j'ai découvert cette invitation avec cette vidéo. Je vais vous dire Caroline ROUX, je ne crois pas du tout que des membres du gouvernement se rendent dans des dîners clandestins, dans des fêtes clandestines. Vous savez, quand on est membre du gouvernement, d'abord on doit respecter les règles, comme n'importe quel citoyen, mais je pense qu'on a plus de devoirs et plus de responsabilités, parce qu'on doit montrer l'exemple.

CAROLINE ROUX
Mais il ne vous connait pas, vous ne le connaissez pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne l'ai jamais rencontré. Voilà.

CAROLINE ROUX
Donc, ça ne vous pose pas de problème qu'il dise qu'il vous connaît, qu'il vous invite à dîner ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien j'ai été j'ai été surpris, je pense qu'il s'expliquera sur cette question-là si on lui pose la question…

CAROLINE ROUX
Vous lui demandez de s'expliquer ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, je n'ai pas d'injonction à faire, je pense que…

CAROLINE ROUX
D'accord.

GABRIEL ATTAL
… des journalistes lui poseront la question. Mais encore une fois on a un devoir d'exemplarité, on doit être exemplaire, on doit montrer l'exemple, et il serait totalement incompréhensible que des membres du gouvernement se prêtent à ce genre de situation.

CAROLINE ROUX
« Impressions et lignes claires », c'est le titre du livre d'Edouard PHILIPPE et de Gilles BOYER. Elle est claire à vos yeux la ligne portée par Edouard PHILIPPE dans ses prises de parole récentes, notamment sur plateau de France 2 ?

GABRIEL ATTAL
Oui. Moi je n'ai pas encore lu le livre, je le lirai avec intérêt. Vous savez, moi j'ai été membre du gouvernement d'Edouard PHILIPPE, j'étais secrétaire d'État chargé de la Jeunesse, et j'ai pu voir son sens de l'État, j'ai pu voir son engagement pour la première partie de ce quinquennat, pour faire aboutir des réformes fondamentales, pour gérer la première vague de cette crise, et j'ai vu aussi son attachement aux valeurs que nous défendons.

CAROLINE ROUX
« Je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent son échec », voilà ce qu'il dit à propos du président, quand on lui demande s'il fait partie de la majorité. Ça, ça vous suffit comme signe de loyauté ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'il a dit je crois, c'est qu'il ne faisait pas partie de la majorité au sens où il n'est pas parlementaire, mais évidemment que c'est un pilier, une figure de la majorité présidentielle, de ce quinquennat, évidemment. Et moi je vous redis, j'ai eu énormément de fierté à travailler avec lui, et je sais son attachement aux valeurs qui sont celles du président de la République.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que vous attendez de lui, là dans les semaines qui viennent ? Qu'il s'engage auprès justement du président de la République pour les échéances électorales qui arrivent ?

GABRIEL ATTAL
Honnêtement, il n'a pas besoin de moi, que je dise ce qu'on attend de lui. Encore une fois moi je trouve très important et légitime qu'il puisse s'exprimer, qu'il puisse formuler des idées, qu'il puisse donner…

CAROLINE ROUX
Vous n'avez aucun doute sur ça, sur sa loyauté en fait.

GABRIEL ATTAL
Aucun. Mais d'ailleurs je crois qu'il a dit lui-même sur le plateau de France 2 que la loyauté était une valeur importante pour lui.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été notre invité ce matin.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2021