Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à BFM TV le 30 avril 2021, sur le calendrier du déconfinement, la campagne de vaccination contre le Covid-19, les tests de dépistage PCR et le pass sanitaire.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être venu répondre à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV, vous êtes le porte-parole du gouvernement, cette annonce, donc, d'un calendrier de déconfinement qui a été fait par Emmanuel MACRON, mais je ne comprends pas très bien, en fait je ne comprends pas très bien, parce que le. 31 mars dernier Emmanuel MACRON nous annonçait qu'il fallait tout refermer, et parce que la situation était, disait-il, critique, on en était à environ 300 morts par jour en moyenne, et il y avait 5 053 personnes en réanimation. Aujourd'hui, au contraire, on estime qu'on peut déconfiner, et en fait les chiffres sont les mêmes, on est à 5 804 cas en réanimation, c'est-à-dire en réalité plus qu'il n'y en avait quand on a confiné, et toujours 300 morts en moyenne, pourquoi on déconfine du coup, ou pourquoi on a confiné ?

GABRIEL ATTAL
Ce qui a changé, Apolline de MALHERBE, c'est la dynamique, mais moi, avant, je veux insister sur ce que vous disiez à l'instant, au début de votre intervention. Le président s'est exprimé devant les Français le 31 mars, et a annoncé des mesures, des mesures difficiles, des efforts supplémentaires, en disant "pendant quatre semaines, jusqu'au 3 mai, il y aura des restrictions de circulation, et autour de la mi-mai on commencera à rouvrir un certain nombre de lieux en commençant par certaines terrasses et certains lieux de culture", et hier, ce qui l'a annoncé c'est un engagement tenu, puisqu'il a annoncé précisément la fin des restrictions de circulation à partir de lundi prochain et puis un calendrier de réouvertures progressives. C'est un calendrier qui est prudent, qui est pragmatique, qui est fait avec du bon sens, et qui surtout tient compte du fait que les Français ont envie de reprendre une vie de plus en plus normale, et ça il faut l'entendre, ça fait plus d'un an que les Français vivent avec des restrictions. Maintenant sur votre question précisément. Ce qui a changé c'est que, quand il a annoncé ces mesures difficiles, on était sur une dynamique, vous vous en souvenez, exponentielle, le nombre de cas augmentait chaque semaine, de plus de 20% je crois, ce qui était un pic, enfin une exponentielle, en réanimation aussi on avait une augmentation très forte, vous parliez de 5 000 et quelques, on est monté jusqu'à 6 000 personnes en réanimation, et à l'hôpital on est monté très haut aussi, et qu'est-ce qu'on voit depuis plusieurs semaines ? C'est que ça descend. Depuis quelques semaines l'épidémie perd du terrain dans notre pays, elle le fait doucement, il faut aller plus vite, il faut continuer nos efforts, mais on voit que ça diminue.

APOLLINE DE MALHERBE
Non mais vous dites on tient compte des envies, mais je n'ai qu'une envie moi ce matin, c'est de le réjouir avec tout le monde et de me dire c'est génial, on va enfin pouvoir effectivement retrouver progressivement le chemin d'une vie normale, mais quand même, si je me souviens bien, ce qu'on nous a dit aussi à l'automne, ce qu'Emmanuel MACRON nous a dit à l'automne, au moment où il a fermé les restaurants, c'était qu'ils rouvriraient le 20 janvier, c'est ça ce qui était prévu à l'époque, le 20 janvier, avec un critère, il fallait être repassé sous la barre des 5 000 nouveaux cas par jour, on est à 30.000 nouveaux cas par jour, mais ça veut quand même dire qu'à un moment, en fait, ces critères, on les a envoyés bouler, mais dans ces cas-là, quitte à ne pas tenir compte des chiffres, pourquoi on n'a pas rouvert plus tôt ?

GABRIEL ATTAL
Non, ça veut dire qu'on n'est plus dans la même situation. Pourquoi ? Parce que depuis on a la vaccination. La différence entre l'automne, et maintenant, c'est qu'aujourd'hui on a une campagne vaccinale qui se déploie, qu'on a de plus en plus de Français qui sont protégés grâce à la vaccination, donc ce qu'on organise là, j'espère, c'est une sortie durable de cette crise. La deuxième chose, c'est qu'effectivement à l'époque, à l'automne, on regardait quasiment exclusivement ce critère du nombre de contaminations, parce que nombre de contaminations veut dire, voulait dire, nombre de personnes admises à l'hôpital et en réanimation deux semaines plus tard, vous savez qu'il y a une corrélation. Aujourd'hui on protège de plus en plus les personnes qui sont à risque de faire une forme grave de la maladie, on est à plus de 60% des plus de 60 ans qui sont vaccinés, c'est autant de personnes, qui sont les plus à risque d'aller à l'hôpital, qui sont protégées d'une forme grave de la maladie. Donc, on voit que la boussole, et les critères, qui nous permettent d'alléger des restrictions, ont changé grâce à la vaccination, puisque la vaccination nous permet, et nous permettra, de limiter le nombre de personnes qui sont hospitalisées et qui…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors, avant de rentrer dans le mode d'emploi, en quelque sorte, de ce déconfinement, vous parlez de la vaccination, il y a quand même une grande question qui se pose aujourd'hui c'est, qu'est-ce que vous attendez pour l'ouvrir à tous, pourquoi tous ces critères, pourquoi continuer tous ces critères ?

GABRIEL ATTAL
Apolline de MALHERBE, on attend les doses…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a des doses qui ne trouvent pas preneur.

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, il peut y avoir des centres, et je crois que c'était en début de semaine, une trentaine de centres, sur 1 700, où il y avait des créneaux disponibles, mais je veux dire, ces créneaux ils sont pourvus progressivement. On utilise quasiment la totalité des vaccins qu'on reçoit dans les jours suivants le jour où on les reçoit. Si vous prenez PFIZER, par exemple, 92% d'utilisation, les 8% c'est ce qu'on appelle le roulement, c'est le temps que les vaccins arrivent dans les centres, donc quand on reçoit des doses en France, aujourd'hui, elles sont injectées quasiment immédiatement parce qu'il y a un public qui est très large, qui peut aujourd'hui se faire vacciner. La vaccination… moi j'entends les impatiences, je veux dire je connais aussi plein de gens, moi-même j'aimerais bien pouvoir me faire vacciner, mais la vaccination, le succès de la vaccination, ce sera un succès collectif parce qu'on aura avancé en bonne ordre, et avancé en bonne ordre, et je sais que c'est difficile et qu'il y a beaucoup d'impatience, c'est vacciner en priorité ceux qui sont les plus à risque de faire une forme grave. Il n'y a pas de raison que moi, vous, on soit protégé, vacciné, avant quelqu'un qui est plus à risque, c'est-à-dire quelqu'un d'âgé, quelqu'un qui a du diabète, qui a un surpoids.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais justement, sur ces questions de critères, vous avez encore élargi les critères, mais je vais vous dire, vous savez ce que j'ai fait moi ce matin, j'ai imprimé tous les critères, alors il y a d'abord une page sur les critères d'âge, ensuite il y a la liste des professions qui sont prioritaires, mais alors en fait il faut rentrer dans tous les détails, alors il y a les agents d'entretien, les agents de nettoyage, dans les agents d'entretien, ce n'est pas tous, c'est les agents de nettoyage, les agents de ramassage des déchets, les agents de centres de tri de déchets, ensuite il y a les salariés des abattoirs, il y a les salariés des entreprises de transformation des viandes…

GABRIEL ATTAL
C'était attendu ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Ensuite il y a… ce que je veux dire c'est que, je ne suis même pas sûre que ceux qui sont dans ces critères le savent.

GABRIEL ATTAL
Je pense que si, mais c'était attendu que les professions les plus exposées puissent avoir un accès plus rapide aux centres de vaccination, c'est de ça qu'il s'agit, on parle des personnes qui ont plus de 55 ans qui peuvent déjà se faire vacciner, comme tous ceux qui ont plus de 55 ans, et on a fait des plages horaires dédiées dans les centres de vaccination pour les professions les plus exposées, c'est-à-dire celles qui de, par leur profession, prennent peut-être plus de risques vis-à-vis de l'épidémie. C'était très attendu, on nous on a beaucoup parlé, il y a eu un vrai débat politique autour de cette question, et donc on l'a tenue. Moi, je vais vous dire, j'entends, encore une fois, l'impatience, mais on vaccine en bonne ordre, il y a les étapes qui ont été a annoncées, on veut avoir vacciné 20 millions de personnes à la mi-mai, et à ce moment-là ce qui est prévu c'est l'ouverture aux plus de 50 ans quelle que soit leur pathologie, et puis ensuite, à la mi-juin, ouverture à tous les Français, au grand public, c'est le calendrier qui a été annoncé.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que ça c'est pour la théorie, ça c'est pour les annonces, mais on a un peu l'impression qu'en réalité vous fermez les yeux sur ce qui se passe sur le terrain. Quand vous écoutez les médecins, ils vous le disent tous, d'abord il y a en fin de journée des doses qui restent et donc, dans ces cas-là, ils les donnent, un peu selon la tête du client je dirais, c'est-à-dire que selon l'heure à laquelle il est, selon le nombre de doses qu'il reste, selon simplement leur humeur du jour, ils vont accepter, ou non, que certaines personnes qui ne sont pas dans les critères soient vaccinées. En fait vous les laissez chacun gérer !

GABRIEL ATTAL
Mais d'ailleurs, enfin, heureusement qu'il n'y a pas de doses qui sont jetées en fin de journée parce qu'il en reste, évidemment que les centres de vaccination, si à la fin de la journée, parce qu'il y a eu des désistements sur des rendez-vous, ou parce qu'ils ont réussi à extraire plus de doses, vous savez que parfois on en arrive à extraire un peu plus de doses dans un flacon en fonction de la qualité de la seringue, etc., qu'ils puissent mobiliser des personnes pour se faire vacciner ; mais, vous savez, j'ai été visité un centre de vaccination dans le Val-de-Marne, ils ont une liste d'attente avec des personnes qui sont dans la cible, des personnes âgées, des personnes qui ont une pathologie qui les rend à risque, et oui, en fin de journée ils passent des coups de fil en disant "il nous reste une dose." Il y a aussi des sites Internet qui se sont mis en place, "Vite Ma Dose", "Covidliste", qui permettent d'accéder à des créneaux de vaccination…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui ont pallié à ce que vous ne faisiez pas.

GABRIEL ATTAL
Mais, qui ont complété, moi je trouve ça super, je vais vous dire, qu'il y ait des jeunes, et en l'occurrence c'est des jeunes, qui se lancent, qui créent des dispositifs qui permettent d'améliorer la campagne de vaccination, mais tant mieux, moi je ne fais pas partie de ceux qui attendent toujours tout de l'État et je pense que, justement, il y a une émulation qui peut se faire avec les jeunes.

APOLLINE DE MALHERBE
Eh bien il y a aussi des villes qui ont pris des initiatives, qui ne vont pas dans le sens de ce qu'Emmanuel MACRON a annoncé, je cite ce matin Bastia notamment, en Corse, qui a décidé, quoi qu'il arrive, ça y est, d'ouvrir la vaccination à tous les plus de 18 ans. Qu'est-ce que vous allez faire, vous allez leur envoyer la police ?

GABRIEL ATTAL
Non… enfin je veux dire, d'abord il y a pu y avoir des annonces de certaines villes ou de certains centres, et puis je vais vous dire, souvent, il y a un dialogue qui se fait au niveau local avec les représentants de l'État, et on arrive à trouver une solution, parce que qu'est-ce que disent ces villes ?

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'allez pas les empêcher, vous n'allez pas les empêcher de vacciner.

GABRIEL ATTAL
Il y en a notamment eu dans les Alpes-Maritimes, qu'est-ce que disent ces villes ? elles disent, finalement, on a suffisamment de doses pour ouvrir à d'autres personnes que celles qui sont prioritaires, c'est bien souvent des départements où on leur a envoyé plus de doses que sur le reste de la France parce qu'il y avait une épidémie qui circulait plus, on se souvient des Alpes-Maritimes, il y avait une situation qui était très difficile, on leur a envoyé des doses en plus, donc ils ont pu vacciner davantage de personnes, et puis maintenant ils disent on peut ouvrir avantage. Il y a un enjeu de solidarité avec d'autres départements, qui eux n'ont pas pu vacciner toutes les personnes les plus âgées, et ensuite, je vais vous dire, on est aujourd'hui, je le disais, à 60% des plus de 60 ans qui ont été vaccinés, en tout cas qui ont reçu une première injection, ça veut dire qu'il en reste 40%, et il peut arriver, souvent, qu'il y ait des personnes âgées qui sont isolées, qui sont chez elles, et donc la responsabilité des municipalités, évidemment en lien avec l'État, et des associations d'ailleurs, c'est d'aller jusqu'au domicile de ces personnes, c'est le fameux…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc plutôt, comme Bastia, d'ouvrir la vaccination à tous, vous inciteriez davantage les gens de Bastia, les responsables à Bastia, d'aller chercher, un par un, dans les maisons….

GABRIEL ATTAL
Il faut aller chercher ceux qui sont les plus éloignés parce qu'il y en a. Il y a des collectivités, d'ailleurs, qui ont mis en place des bus qui se déplacent partout sur leur territoire, sur leur département, qui ont mis en place des équipes, avec des infirmiers libéraux, qui se déplacent au domicile des personnes, l'Assurance maladie passe des coups de fil tous les jours aux personnes âgées pour vérifier qu'elles ont bien un rendez-vous, on en trouve régulièrement, il y a eu plusieurs dizaines de milliers de personnes dont on s'est rendu compte qu'elles n'avaient pas eu de rendez-vous parce qu'elles n'avaient pas accès à l'information, on leur donne un rendez-vous, on les flèche vers un centre, ce travail-là il est en cours. Encore une fois j'entends l'impatience, c'est une question de semaines maintenant avant qu'on puisse ouvrir beaucoup plus largement, et on va y arriver.

APOLLINE DE MALHERBE
Mode d'emploi de ce calendrier du déconfinement, un déconfinement avec quand même, à tout moment, cette menace qu'on puisse tirer sur le frein, une sorte de liberté surveillée, il y a trois critères, et c'est là-dessus que je voudrais quand même qu'on s'arrête un instant, trois critères qui pourraient entraîner ce que le président appelle "un blocage des réouvertures." D'abord il y a le taux d'incidence, plus de 400, il y a une augmentation très brutale du taux d'incidence, et puis il y aurait une menace de saturation des services de réanimation. Première question, ce taux d'incidence de plus de 400, quand on voit qu'il y a huit départements, aujourd'hui, qui sont au-dessus de ce critère, est-ce que ça veut dire que si d'ici les dates indiquées le taux n'est pas descendu, ils n'auront pas de terrasses rouvertes, ils n'auront pas de réouverture ?

GABRIEL ATTAL
Alors déjà pourquoi est-ce qu'on met en place un frein d'urgence ? parce que le président a annoncé des phases d'allégement des contraintes, de réouverture de certains lieux, qui auront lieu dans tout le pays, qui sont nationales, moi je pense que les Français sont aussi attachés à cette égalité, mais on sait bien, il faut avoir du bon sens, il faut être pragmatique, que si on voit que dans un département il y a une situation particulièrement dégradée, qu'il y a un foyer de contamination important qui fait que l'épidémie repart très fort, qu'il y a une menace sur l'hôpital, oui, il faut pouvoir freiner un peu les choses, prendre un peu de temps avant de passer une étape. Maintenant vous disiez il y a huit départements qui sont au-dessus du taux d'incidence de 400 pour 100.000, c'est vrai, c'est essentiellement des départements d'Ile-de-France, je crois qu'il y a les Bouches-du-Rhône…

APOLLINE DE MALHERBE
Seine-Saint-Denis, Val-d'Oise, Val-de-Marne, Bouches-du-Rhône, Essonne, Seine-Saint-Denis, Oise et Paris.

GABRIEL ATTAL
Voilà. Quand vous regardez quelle était l'incidence dans ces départements il y a 10 jours ou deux semaines, elle était nettement plus élevée, parfois elle allait jusqu'à 800, et donc ce que je veux dire c'est que c'est les départements qui sont partis du plus haut et c'est souvent ceux où ça baisse le plus vite, donc moi je vais vous dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que là, entre temps, les écoles vont rouvrir, il n'y a pas de raison que ça baisse.

GABRIEL ATTAL
Ça baisse encore plus fortement ces derniers jours, et c'est très encourageant parce que les Français font des efforts, parce qu'ils vont continuer à faire des efforts, parce que chaque personne ne va baisser la garde, on va continuer à être vigilant, mais je vous le dis, aujourd'hui on peut légitimement être optimiste sur la possibilité d'ouvrir largement, sur tout le territoire, les terrasses et les lieux de culture à la mi-mai.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf menace de saturation des services de réanimation, ça veut dire quoi ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ça sera précisé par le Premier ministre dans sa conférence de presse, ce critère, mais c'est la question du taux d'occupation des réanimations, qui est regardé, je crois, au niveau régional, et donc c'est la part de lits en réanimation qui sont occupés par des personnes qui sont atteintes du Covid.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que moi j'ai regardé sur mon application TousAntiCovid ce matin, juste avant d'entrer dans ce studio, il y a marqué que la tension des réanimations est de 114,5%, donc on est au-dessus de 100%.

GABRIEL ATTAL
Oui, au-dessus des capacités initiales. C'est-à-dire que, vous savez que, on a des capacités…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'il faudra être en-dessous des 100% ?

GABRIEL ATTAL
On a des capacités initiales qui sont au-dessus, je crois, de 5000 lits en France, qu'on augmente progressivement, et qu'on a augmenté progressivement ces dernières semaines, et ces derniers mois, au fur et à mesure que des personnes été admises en réanimation, ça veut dire qu'on a transformé des lits en lits de réanimation, qu'on a reprogrammé un certain nombre d'opérations qui étaient prévues…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais voilà, tout simplement, est-ce qu'on pourra se dire, quand on passe en-dessous des 100% c'est bon, c'est ça le critère, ça veut dire quoi ?

GABRIEL ATTAL
Apolline de MALHERBE, je vous ai dit tout à l'heure que le Premier ministre allait préciser, je ne sais pas si ça sera 100%, 80%, en tout cas ce sera le taux d'occupation en réanimation par des malades du Covid. Notre boussole depuis le début de cette crise, vous le savez, la boussole absolue, ça a été de protéger toujours l'hôpital, de ne pas se retrouver dans une situation telle qu'on l'a vue, malheureusement, dans plusieurs pays dans le monde, pas uniquement, on a vu des scènes dramatiques en Inde ces derniers jours, mais pas uniquement en Inde, y compris en Europe chez certains de nos voisins, on a vu des situations où vous avez des personnes qui n'ont pas pu être accueillies à l'hôpital, qui ont été prises en charge dans leur voiture, sur le parking de l'hôpital, avec la bouteille d'oxygène sur le toit, faute de place en réanimation, on ne s'est pas retrouvé dans ces situations en France parce qu'on a toujours pris les mesures nécessaires pour protéger notre hôpital et pour faire en sorte que tous les Français, qui en ont besoin, puissent accéder à des soins, et ça évidemment que ça restera notre boussole.

APOLLINE DE MALHERBE
Le troisième critère, pour éventuellement tirer sur le frein, c'est l'augmentation très brutale du taux d'incidence, j'imagine que ça aussi ce sera précisé, ça veut dire quoi très brutale ?

GABRIEL ATTAL
C'est quand vous avez une exponentielle, comme je le disais tout à l'heure, c'est-à-dire quand vous avez une augmentation très rapide sur un temps très court, oui, le Premier ministre aura l'occasion de préciser…

APOLLINE DE MALHERBE
Il suffira que l'un de ces trois critères, c'est-à-dire le taux d'incidence, la rapidité de l'augmentation et la menace de saturation sur les réanimations, que l'un de ces trois critères soit remploi, pour qu'on tire sur le frein, ou il faudra les trois ?

GABRIEL ATTAL
Alors, l'un de ces trois critères entraînera discussions au niveau local, entre les élus et les représentants de l'État, c'est-à-dire le préfet, l'Agence régionale de santé, on regardera à chaque fois la situation, et si on considère qu'il y a un risque, on tirera sur le frein. Mais, encore une fois, il faut regarder la situation telle qu'elle est aujourd'hui, l'épidémie perd terrain, évidemment on va tout faire pour que ça continue, c'est pour ça qu'il faut poursuivre nos efforts, et encore une fois, aujourd'hui, tout indique que les départements seront repassés sous les 400 d'ici à la mi-mai et qu'on pourra rouvrir.

APOLLINE DE MALHERBE
Et puis il y a quand même des bonnes nouvelles, en effet, puisque progressivement ça va rouvrir, d'abord les terrasses, ensuite les restaurants, et puis les matchs, avec des jauges bien sûr, mais si on s'arrête un instant sur le cas des restaurateurs qui sont quand même les plus touchés, depuis plus longtemps, vous dites que vous allez continuer les aides et les diminuer de manière progressive, Emmanuel MACRON a même cette expression, il dit "ce sera du cousu main." Ça veut dire quoi du cousu main ?

GABRIEL ATTAL
Du cousu main ça veut dire que… on a, vous savez, depuis un an, le quoi qu'il en coûte, qui a permis de faire en sorte que les Français aient pu garder leur travail, leur rémunération, qui a fait en sorte que beaucoup d'entreprises ont tenu pendant cette crise, il y a eu même moins de faillites en 2020 qu'en 2019, parce qu'on n'a pas lésiné sur les moyens pour permettre à nos entreprises, à nos artisans, à nos commerçants, de tenir, et c'est une fierté, et que là il va y avoir le quoi qu'il en soit, c'est-à-dire si vous reprenez votre activité, dans un premier temps…

APOLLINE DE MALHERBE
On passe du quoi qu'il en coûte au quoi qu'il en soit ?

GABRIEL ATTAL
Si vous reprenez votre activité, dans un premier temps, vous allez continuer à être aidé, notamment au mois de mai où toutes les entreprises qui ont reçu le fonds de solidarité, c'est-à-dire l'aide qui est donnée, qui va jusqu'à 10.000 euros ou 20% du chiffre d'affaires, le recevront en mai, comme ce qu'elles ont reçu en avril. Et puis ensuite, dans les mois qui suivent, ça va s'adapter à la reprise de votre activité, pour faire en sorte que si vous reprenez votre activité, que vous avez des rentrées, vous ne soyez pas perdant, vous ne travaillez pas à perte, évidemment c'est ça l'objectif, et donc oui, il va y avoir une appréciation, au cas par cas, de la situation des établissements, il y a une concertation qui va avoir lieu la semaine prochaine avec les fédérations professionnelles, les partenaires sociaux, Bruno LE MAIRE évidemment sera aux avant-postes pour cette concertation, il précisera le dispositif, avec le Premier ministre, la semaine du 10 mai.

APOLLINE DE MALHERBE
Gabriel ATTAL, Clément, auditeur de RMC, m'appelait ce matin, et il me disait, il va y avoir, certes, ce pass sanitaire, ça y est, c'est acté, ça on a bien compris, le pass sanitaire qu'il faudra montrer par exemple pour aller dans des concerts, pour aller dans des matchs, ou même pour voyager, soit vous pourrez prouver que vous avez été vacciné, soit que vous avez fait un test PCR il y a moins de 72 heures. Mais, ce que disait Clément, et au fond j'ai trouvé que la question était assez intéressante, et qu'il fallait vous la poser, c'est qu'il disait au fond, on aura envie d'aller à un match, ou d'aller donner à un concert, et il faudra faire un test PCR. Un test PCR ça coûte 80 euros, qui va payer ? Est-ce que, pour aller à un concert, c'est l'État qui va payer les 80 euros, c'est-à-dire la Sécu, ou est-ce que, si vous voulez aller à un concert, qu'à cela ne tienne, c'est vous qui voulez y aller, c'est vous qui payer le test PCR ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui il n'est évidemment pas prévu de revenir sur la gratuité des tests, c'est-à-dire tant qu'on est dans cette épidémie, et qu'on a pour objectif de contrôler cette épidémie et de faire en sorte qu'il n'y ait pas des personnes qui se baladent, qui aillent dans des événements en étant contaminées, évidemment qu'on va continuer à prendre en charge les tests, et d'ailleurs il y a peu de pays au monde, voire pas de pays dans le monde, qui ont cette politique qui permet de déployer des tests sans frais, parce que quand on dit gratuits, c'est la collectivité qui paye, sans frais pour les personnes, et évidemment ça va se poursuivre. Mais je vais vous dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Evidemment, c'est-à-dire en fait, vous voulez aller à un concert, vous payez un ticket, si pour aller au concert, il faut aussi payer un PCR, non ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas ce que je vais vous dire…

APOLLINE DE MALHERBE
Evidemment, je veux dire personne n'a envie de payer, je comprends très bien, mais simplement, à un moment, vous le disiez, ça coûte, ça coûte quand même 80 euros, quoi qu'il arrive du coup, pour que quelqu'un aille à un concert.

GABRIEL ATTAL
D'abord, on va continuer à vacciner de plus en plus largement, et vous savez qu'à partir de la mi-juin tous les Français, on va ouvrir la vaccination au grand public, le président, le Premier ministre, l'avaient annoncé, et puis il y aura aussi la possibilité de faire un test PCR. Le pass sanitaire c'est ce qui permet de rouvrir un certain nombre de grands événements, tout en garantissant que les personnes qui se rendent dans cet événement, qui brasse beaucoup de monde, sont protégées, et c'est extrêmement important qu'on puisse déployer cet outil, il doit aussi être déployé sur les déplacements.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, quoi qu'il en coûte pour la collectivité. Pouvoir aller dans des concerts, quoi qu'il en coûte pour la collectivité.

GABRIEL ATTAL
Il n'est pas prévu de faire différemment, je reviendrai devant vous si c'est le cas.

APOLLINE DE MALHERBE
D'autres questions très précises, sur les mariages par exemple, les fêtes autorisées, à partir de quelle étape, est-ce que ce sera le 19 mai, est-ce que ce sera début juin, est-ce que ce sera fin juin, avec quelle jauge, est-ce qu'à partir du 19 mai on peut considérer que tous ceux qui veulent se marier, sans aucune limitation du nombre d'invités, peuvent le faire ?

GABRIEL ATTAL
Sur cette question des mariages, que j'entends, et j'ai souvent des questions sur ce sujet-là, ça fait partie des sujets qui seront précisés par le Premier ministre dans sa conférence de presse, tout n'a pas été dit dans l'interview du président de la République, aussi parce qu'il y a un travail qui est mené, encore une fois, avec les entreprises, avec les élus locaux, avec les parlementaires, qui va permettre de préciser un certain nombre de choses et de répondre à des questions que se posent beaucoup de Français, je sais qu'il y a beaucoup de Français qui attendent pour se marier.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc pour l'instant ce n'est pas vraiment décidé ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai pas la réponse aujourd'hui en termes de date à vous donner, il y a aujourd'hui la possibilité de se marier civilement à la mairie, d'ailleurs on avait revu les jauges pour qu'il puisse y avoir plus de personnes qu'au départ, c'était six personnes, c'était très peu, après, pour les grandes fêtes de mariage, là aujourd'hui je ne peux pas encore vous donner à la réponse, j'espère que ça sera le plus rapidement possible. Evidemment que dès qu'on considérera qu'on pourra le faire, pour des raisons sanitaires, on le fera.

APOLLINE DE MALHERBE
On sent bien dans cette interview ce matin, donnée par Emmanuel MACRON à la presse régionale, qu'il a aussi envie, lui, de pouvoir tourner la page du Covid. Vous disiez, en fait on tient compte de l'envie des Français, mais on tient aussi compte visiblement de l'envie du président, il dit qu'il va ensuite, je le cite, "reprendre son bâton de pèlerin", il dit qu'il "va aller reprendre le pouls de la France et faire une grande concertation." Encore un grand débat, sérieusement, encore un grand débat ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que ça sera une grande mobilisation nationale plutôt qu'un grand débat national. Vous savez, dès lors que, grâce à la vaccination, on espère, dès cet été, qu'on aura tourné la page sanitaire la plus importante de cette épidémie, les pays du monde entier vont se lancer dans la bataille de la relance, du rebond, pour aller conquérir des nouveaux marchés, conquérir des investissements, des talents, créer de l'emploi, et il faut évidemment que la France elle soit aux avant-postes de cette mobilisation-là. Et donc, il faut mobiliser l'ensemble des forces vives de la nation, c'est-à-dire les entreprises, les élus locaux, les travailleurs, par-delà les clivages qui ont pu exister, y compris pour les politiques, par-delà les clivages politiques, pour qu'on ait toutes nos forces jetées, dans cette bataille-là, vers la relance économique. Vous savez, l'année dernière, à l'été, je crois que c'était le troisième trimestre, la France est un des pays développés qui a eu le plus gros rebond, qui a eu le plus fort taux de croissance, je crois que c'était 18,2%, c'est reparti très fort, c'était entre les deux vagues, malheureusement ensuite on a eu la deuxième vague, mais ça montre quoi ? ça montre qu'il y a une envie, dans notre pays, de travail, qu'il y a une envie, dans notre pays, de relever la tête, de se reconstruire, et moi j'ai la conviction qu'on va y arriver, et le président de la République va beaucoup se mobiliser pour que, partout sur le territoire, les Français puissent bénéficier de cette relance, vous savez qu'on a un plan de relance de 100 milliards d'euros qui se déploie, qui permet à des entreprises d'être aidées quand elles veulent ouvrir une nouvelle chaîne de production, quand elles veulent relocaliser une activité, qui permet à des collectivités de rénover un bâtiment, de faire de la rénovation énergétique, qui permet à tous les Français qui souhaitent faire la rénovation énergétique de leur logement d'être accompagnés jusqu'à 20 000 euros pour le faire avec MaPrimeRénov, il y a eu autant de primes qui ont été versées, depuis le début de cette année, qu'en 2020, donc le plan de relance il se déploie, il fonctionne, il faut aller encore plus loin pour reconstruire notre pays, pour rebondir, avec le président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a autre chose qu'il dit Emmanuel MACRON dans son une interview, il dit notamment que l'une des choses importantes sur laquelle il faudra accentuer, pour cette reprise, ce sera plus de simplification dans les procédures. on le sait, ça faisait partie de ses promesses de campagne, il avait d'ailleurs citer Georges POMPIDOU en disant qu'il avait dit qu'il fallait moins emmerder les Français, mais je trouve ça quand même un peu cocasse de nous dire qu'il faut libérer un petit peu les énergies, et moins de procédures, quand on sort d'un an d'attestation, on a été le pays qui a eu le plus de procédures.

GABRIEL ATTAL
Oui, je vais vous dire, l'attestation, ce n'est pas quelque chose qu'on aime, qu'on apprécie, il a fallu prendre des mesures difficiles qui, c'est vrai, d'ailleurs sont assez contre-intuitives par rapport à notre ADN politique, moi je me suis engagé, avec Emmanuel MACRON…

APOLLINE DE MALHERBE
On nous avait promis moins de paperasse, on s'est retrouvé avec un an de paperasse !

GABRIEL ATTAL
Je me suis engagé avec Emmanuel MACRON parce que je crois à la liberté, à la liberté individuelle, aux libertés collectives, et donc effectivement cette période ça a été aussi difficile pour ces raisons-là, et donc oui, il faut un choc de liberté en sortant de cette crise sanitaire, qui permette aux Français qui ont des projets de les mener, qui permette à ceux qui ont envie d'entreprendre de le faire, qui permette à ceux qui ont envie de se déplacer d'aller s'installer, avoir un projet de vie ailleurs, de le faire, d'être accompagné, aidé pour ça, et je pense que c'est un beau projet pour la République qu'on peut construire ensemble.

APOLLINE DE MALHERBE
Pardon, ça paraît presque un peu gonflé de nous dire ça maintenant alors que c'est exactement l'inverse qui s'est produit depuis un an et demi.

GABRIEL ATTAL
Mais oui, mais il y a eu une épidémie, un virus, qui a surpris le monde entier, qui a mis en péril le système sanitaire, la vie de très nombreux Français, qui a emporté l'avis de nombreux Français et de nombreuses personnes dans le monde, qui a mis en péril les économies, qui nous a amené à prendre des mesures extrêmement difficiles, et je le disais à l'instant, radicalement opposées à ce qu'est notre philosophie, qui est celle de la liberté, et donc, je vais vous dire, ça sera évidemment avec beaucoup de satisfaction, quand on le pourra, qu'on reviendra vers ce qui est le cœur  de notre engagement, c'est-à-dire la liberté des Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Et qu'Emmanuel MACRON reprendra donc, pour le citer, son bâton de pèlerin. Merci Gabriel ATTAL d'avoir répondu à mes questions ce matin sur RMC-BFM TV, vous êtes porte-parole du gouvernement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 mai 2021