Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à Public Sénat le 7 mai 2021, sur l'interdiction progressive de la location des passoires thermiques et la campagne des élections régionales.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin c'est Emmanuelle WARGON, bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, ministre déléguée chargée du Logement. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la pression quotidienne régionale, bonjour Fabrice VEYSSEYRE-REDON.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Des journaux du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. On commence par l'actualité, Madame la ministre, et l'actualité ce sont ces deux drames, deux drames qui ont suscité de l'émotion et de la colère chez les Français, on va commencer par ce qui s'est passé à Avignon et ce policier, Eric MASSON, tué en plein centre-ville dans une opération anti-drogue. Est-ce qu'il y a encore aujourd'hui une autorité de l'Etat dans notre pays ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord je voudrais dire à quel point je m'associe à la douleur de la famille de ce policier, et toute la grande famille de la police et des forces de l'ordre, c'est vraiment un drame terrible, et notre réponse doit être sans faille, c'est ce qu'a dit le ministre de l'Intérieur qui s'est rendu sur place le soi-même. Nous avons beaucoup, beaucoup, renforcé les moyens de la police, plus de policiers, nous avons beaucoup augmenté les moyens de lutte contre le trafic de stupéfiants, nous devons rester 100 % mobilisés, c'est ce que nous faisons.

ORIANE MANCINI
Gérald DARMANIN, quand il s'est rendu à Avignon, il dit que la lutte contre le trafic de stupéfiants c'est une sorte de guerre, est-ce que du coup nos policiers, aujourd'hui, ils sont suffisamment armés, au sens propre, au sens figuré, pour mener cette guerre ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas c'est un combat que nous menons jour après jour, l'important c'est que l'autorité de l'Etat, la force de la loi, puisse être respectée partout, quel que soit l'endroit, quel que soit le territoire de la France, je pense que c'est ça qui est essentiel.

ORIANE MANCINI
Il y a un autre drame, évidemment, qui a suscité là aussi l'émotion et la colère de la population, c'est cette jeune femme qui a été brûlée vive, à Mérignac, devant chez elle, par son ancien compagnon, elle avait alerté les forces de l'ordre, elle avait porté plainte, il avait été condamné, il avait fait de la prison pour violences conjugales, comment on peut encore en arriver là aujourd'hui dans notre pays ?

EMMANUELLE WARGON
Là aussi c'est un crime abominable, enfin quasiment insoutenable, j'ai aussi bien sûr une pensée pour la famille de cette jeune femme. Là, les ministres ont été extrêmement rapides, ils ont demandé tout de suite une inspection, je pense que c'est indispensable, il faut comprendre ce qui s'est passé précisément dans la chronologie…

ORIANE MANCINI
Ce qui veut dire qu'il y a eu des failles, des choses qui ne marchent pas ?

EMMANUELLE WARGON
Si on demande une inspection c'est pour comprendre ce qui s'est passé, donc je ne vais pas répondre à la question, le rapport d'inspection arrive rapidement, ça doit vraiment devenir une priorité de tous nos services, des services de police, des forces de l'ordre, des services judiciaires. C'est aussi un réflexe à intégrer beaucoup plus, il y a un risque, lorsqu'une personne sort de prison, il faut qu'elle respecte son contrôle judiciaire, tout ceci doit vraiment être regardé de très près dans cette affaire terrible.

ORIANE MANCINI
On va parler de la réponse pénale, mais sur la lutte contre les violences conjugales, il y a des choses qui ont été faites, notamment dans le Grenelle des violences conjugales, il y a des mesures pour été mises en place, notamment le bracelet anti-rapprochement, il y a les téléphones « grave danger » aussi, sauf que là on voit bien dans cette affaire que, lui n'avait pas de bracelet, qu'elle, elle n'avait pas de téléphone « grave danger », est-ce que du coup il n'y a pas des failles dans l'application des dispositifs ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, le président de la République, ses gouvernements successifs, notre majorité est vraiment celle qui s'est attaquée à ce sujet, avec la grande cause du quinquennat, avec ce Grenelle des violences faites aux femmes, avec toutes les mesures que vous rappelez. Après, chaque cas est un cas évidemment de trop, chaque cas est un drame, il faut que nous comprenions comment est-ce que ces mesures se diffusent. Je n'irai pas plus loin sur ce cas particulier, mais vraiment je partage l'horreur qui nous a tous saisis quand nous avons appris l'existence de ce drame.

ORIANE MANCINI
Mais sans parler de ce cas particulier, il faut travailler sur l'application concrète sur le terrain des dispositifs qui ont été mis en place dans ce Grenelle ?

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr, il faut travailler sans relâche, mais c'est vrai pour toutes les politiques publiques, il faut travailler sans relâche pour que les décisions prises soient appliquées partout.

ORIANE MANCINI
Et justement on va parler de la réponse judiciaire, parce que finalement ces deux drames ils posent une seule et même question, est-ce qu'aujourd'hui la réponse judiciaire dans notre pays elle est à la hauteur ?

EMMANUELLE WARGON
Encore une fois, j'ai du mal à généraliser à partir de deux affaires, et puis, par ailleurs, comme vous le savez, je ne suis pas en charge des institutions judiciaires. Ce que je vous dis c'est que nous devons être très clairs dans notre soutien aux forces de l'ordre d'un côté, dans notre soutien aux femmes victimes de violences de l'autre, et que c'est ce qui guide notre action au quotidien.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Est-ce qu'il n'y a pas un enjeu politique à cette question de la sécurité ? On a deux cas particuliers, on sait qu'à chacune des élections présidentielles, qui se sont déroulées ces 20 dernières, 30 dernières années, il y a eu un fait divers qui a provoqué un électrochoc dans l'opinion, pour vous c'est quand même un enjeu important ces questions de sécurité.

EMMANUELLE WARGON
L'insécurité c'est l'une des priorités des Français, c'est l'une de leurs grandes demandes, c'est peut-être le dossier qui arrive au début de leurs préoccupations, avec la suite de la crise sanitaire bien sûr, les conditions économiques et la lutte contre les inégalités. Dans la campagne francilienne, à laquelle je participe, puisque je suis candidate avec Laurent SAINT-MARTIN, la première proposition qui a été faite par Laurent SAINT-MARTIN c'est une proposition autour de la sécurité, sécurité à l'échelle régionale, notamment sécurité dans les transports. Donc, oui, cette préoccupation elle est forte, elle est forte dans toutes les catégories de population, et donc c'est important qu'on y réponde.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet, un autre sujet sur lequel vous vous intéressez particulièrement, c'est l'aide faite aux jeunes. Hier l'Assemblée nationale a rejeté une proposition de loi du député de la France insoumise François RUFFIN pour élargir le RSA aux jeunes, vous, vous y êtes opposée à l'élargissement du RSA aux jeunes, est-ce que c'est chez vous une conviction profonde ou est-ce que c'est une forme de loyauté vis-à-vis du gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis absolument convaincue de deux choses. La première c'est que nous devons aider nos jeunes à partir d'un accompagnement qui est un accompagnement de parcours, les aider à trouver leur place dans la société, soit avec de la formation initiale, continuer ses études, soit avec de la formation professionnelle, soit grâce à des services civiques, soit grâce à des parcours d'insertion renforcés, et ça ce n'est pas le RSA jeune, parce que le RSA, qui est une politique que je connais bien pour avoir contribué à la transformation du RMI en RSA il y a une quinzaine d'années, c'est d'abord une allocation avec un accompagnement qui est plus ou moins bien mis en place en fonction des situations locales et des départements. Donc, je suis réellement opposée au RSA jeune parce que le RSA jeune ça veut dire une prestation qui commence dès 18 ans et avec finalement assez peu d'accompagnement, je pense que l'accompagnement doit primer. Après, je pense également qu'on a besoin d'aller plus loin dans notre filet de sécurité, parce que même si nous avons beaucoup de dispositifs d'accompagnement aujourd'hui, et notamment la Garantie jeunes, et la Garantie jeunes je l'ai créée quand j'étais déléguée générale à l'emploi et la formation professionnelle en 2013, mandatée par Jean-Marc AYRAULT, donc même si nous avons des dispositifs, il y a ce qu'on appelle des trous dans la raquette, et donc moi ce que je propose c'est un revenu vite, qui permet ensuite d'entrer dans un dispositif d'accompagnement.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est quoi un dispositif d'accompagnement ? Alors, vous le disiez, vous êtes candidate aux élections régionales en Ile-de-France, et dans ce cadre-là vous proposez l'instauration d'un revenu d'urgence pour ces jeunes, c'est quoi les accompagner, plus précisément ?

EMMANUELLE WARGON
Exactement, je suis candidate aux élections régionales en Ile-de-France, avec Laurent SAINT-MARTIN, sous la bannière « Territoires de progrès », et avec « Territoires de progrès ».

ORIANE MANCINI
« Territoires de progrès » c'est l'aile gauche de la majorité, je schématise pour que tout le monde comprenne.

EMMANUELLE WARGON
Tout à fait, et avec « Territoires de progrès » nous nous proposons un revenu d'urgence qui permet d'aller vers les grands dispositifs d'accompagnement. Très concrètement, des jeunes en grande difficulté, moi j'en rencontre, y compris dans les centres d'hébergement d'urgence dont j'ai la charge, des jeunes qui dorment à la rue, dorment dans leur voiture, ne savent pas où aller, n'ont aucun revenu, ces jeunes-là il faut leur permettre d'avoir accès à un revenu, quelques semaines, quelques mois, au niveau du RSA, le temps de leur permettre de rentrer, soit dans la Garantie jeunes, soit en formation, soit en service civique, en fait dans toutes les solutions qui sont portées par le gouvernement dans le plan « 1 Jeune, 1 Solution. » Donc ce n'est pas un nouveau revenu qui couvrirait pour une période longue, c'est le maillon qui manque, c'est le moment de solidarité qui manque, entre le moment où vous avez un jeune en grande détresse, et le moment où il a finalement intégré, soit la Garantie jeunes, qui est un accompagnement très fort par les missions locales, puis un retour à l'emploi, soit des études, soit un stage, de la formation professionnelle, soit un service civique, soit une autre solution, mais il y a beaucoup de solutions…

ORIANE MANCINI
Juste, pour qu'on comprenne bien, ça veut dire qu'en fait il n'y a pas un nombre de mois précis, ça veut dire que ça va dépendre en fonction du jeune, le nombre de mois, ça va dépendre en fonction de la situation de chaque jeune, c'est ça ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, tous ces dispositifs, toutes ces avancées sociales, que ce soit le RSA ou la Garantie jeunes, ont été expérimentées et testées, et moi ce que je propose c'est qu'on le teste, qu'on l'expérimente, vite, à l'échelle d'une région. Pour moi il faut une durée courte, parce que l'idée ce n'est pas de « s'installer » dans une nouvelle prestation, c'est juste d'avoir un sas, un moment qui permet de vous aider à aller vers l'étape d'après, donc pour moi…

ORIANE MANCINI
Mais durée, qui sera la même pour tout le monde ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas ça devrait être limité à 3 mois, peut-être 6 mois, maximum.

ORIANE MANCINI
Et la même pour tout le monde, ce n'est pas en fonction de chaque situation et du moment où il retrouve une solution ?

EMMANUELLE WARGON
En fait l'idée c'est que, le jeune en question, on puisse lui proposer une solution pérenne le plus vite possible, donc l'idée c'est que ce revenu soit potentiellement très court, peut-être juste quelques semaines, le temps de laisser au système d'accompagnement le temps de se mettre en place. Est-ce que c'est 3 mois maximum, est-ce que c'est 4 ? A mon avis ça ne peut pas aller au-delà de 6 mois, mais de toute façon ça va faire partie des paramètres d'expérimentation, il faut le tester pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

ORIANE MANCINI
Et, du coup, ces 500 euros ils seront versés par qui, puisque vous le testez au niveau de la région, ils seront versés par la région ?

EMMANUELLE WARGON
Ils seraient financés par la région, bien sûr, et ensuite ils pourraient être versés, soit par les grandes associations de lutte contre l'exclusion, qui sont en général celles qui sont en contact de ces jeunes, soit par un guichet que la région pourrait choisir, par exemple les Caisses d'allocations familiales…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Elles seraient intermédiaires donc, ces associations seraient intermédiaires ?

EMMANUELLE WARGON
Ce serait une option, ça aussi je pense que ça se teste.

ORIANE MANCINI
Pour le moment vous voulez le tester au niveau de la région, est-ce que vous en avez parlé avec le Premier ministre et le président de la République, on imagine, est-ce qu'ils sont favorables à ce que cette expérimentation s'élargisse et se fasse au niveau national ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je fais cette proposition comme candidate aux élections régionales en Ile-de-France, avec Laurent SAINT-MARTIN, qui est notre tête de liste, et c'est aussi une proposition que je propose à d'autres candidats, et après chaque liste de la majorité présidentielle est souveraine…

ORIANE MANCINI
Vous l'avez proposée à qui ?

EMMANUELLE WARGON
J'en ai parlé à notre candidat en Bourgogne-Franche-Comté par exemple, Denis THURIOT, j'en ai parlé à notre candidat en Normandie, BONNATERRE, je pense que c'est important que…

ORIANE MANCINI
Ils y sont favorables aussi ?

EMMANUELLE WARGON
Ça fait partie des idées dont on discute. Vous savez, et c'est peut-être l'un des points qui est le plus important pour moi, nos candidatures aux régionales sont des candidatures avec des plateformes d'idées, de solutions précises, pour les habitants des régions dans lesquelles nous portons nos candidatures, et donc c'est aussi à chaque liste de se décider pour savoir si ça les intéresse ou pas. Mais je crois qu'on partage tous, avec le président de la République, avec le Premier ministre, avec le gouvernement, avec nos candidats, l'idée d'aller un cran plus loin pour les jeunes, et après il y a plein de manières possibles de le faire, et je pense que c'est intéressant de le territorialiser.

ORIANE MANCINI
Alors, si vous partagez avec le président de la République l'idée d'aller encore plus loin pour les jeunes, est-ce que ça veut dire qu'il va annoncer de nouvelles mesures pour les jeunes dans les prochaines semaines ?

EMMANUELLE WARGON
Ça, je laisserai au président de la République le soin de faire les annonces quand il le souhaitera.

ORIANE MANCINI
Ce n'est pas non, ça veut dire que c'est en réflexion. Selon les informations d'Europe 1 il pourrait annoncer une aide de 500 euros par mois pour les moins de 25 ans qui n'ont ni formation, ni emploi, est-ce que c'est une piste sur laquelle vous travaillez, le gouvernement travaille ?

EMMANUELLE WARGON
En tout cas tout ceci c'est la même logique, c'est dire accompagner les jeunes pour ne laisser aucun jeune sans solution et faire en sorte que le revenu soit possible, systématiquement quand il n'y a pas de revenu, donc tout ça c'est vraiment la même philosophie.

ORIANE MANCINI
Et le gouvernement travaille sur des annonces prochaines ? Votre silence en dit quand même un peu long. On va parler de loi climat maintenant Emmanuelle WARGON, après le vote des députés, les sénateurs s'emparent donc de cette loi climat, vous serez auditionnée d'ailleurs la semaine prochaine par les sénateurs sur ce sujet. Parmi les mesures phares, elle vous concerne cette mesure, c'est l'interdiction progressive de la location des passoires thermiques, « c'est une interdiction en trompe-l'oeil » a fustigé l'opposition lors de l'examen du texte à l'Assemblée nationale, avec notamment cette question, pourquoi ne pas avoir obligé tous les propriétaires à rénover leurs logements ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, c'est ce qu'on fait, on oblige les propriétaires des passoires thermiques à rénover leurs logements pour les louer, et sur cette question…

ORIANE MANCINI
L'obligation n'est pas très sévère.

EMMANUELLE WARGON
Alors, sur cette question sémantique, moi j'ai eu une grande satisfaction au moment du débat à l'Assemblée nationale, qui est finalement cet article qui interdit à la location les passoires thermiques, a été voté à l'unanimité, il a été voté par tous les groupes, ce qui montre bien que finalement tout le monde est convaincu que c'est une avancée dans la bonne direction. Très concrètement, les passoires thermiques, donc les logements les moins biens isolés, les pires, ceux qui sont en étiquette G, seront interdits à la location en 2025, les étiquettes F en 2028, et les étiquettes E en 2034.

ORIANE MANCINI
Et les autres ?

EMMANUELLE WARGON
Les autres, on va déjà rénover tous ceux-là, ça sera déjà très bien, c'est quand même les consommations énergétiques vraiment très élevées. Ça veut dire que, à compter de ces différentes dates, on ne peut plus publier une annonce pour mettre en location un logement de ce type, et que si le logement est mis en location quand même, c'est interdit par la loi, et le locataire a les moyens de se retourner contre le propriétaire. On a eu des débats juridiques sur quelle est la bonne manière juridique d'écrire ça, et si on avait écrit « il ne peut pas y avoir de bail sur un logement de ce type », en fait on aurait écrit quelque chose qui potentiellement ne protège pas le locataire parce que ça veut dire que si on constate que le bail est illégal, le bail est nul, auquel cas le locataire peut éventuellement se retrouver sans contrat de location, donc potentiellement à la rue le lendemain, alors que là ce que nous avons écrit permet au locataire dans cette situation d'exiger du propriétaire de faire des travaux et éventuellement d'aller saisir un médiateur, puis la justice si nécessaire, donc c'est en fait plus protecteur pour le locataire, et c'est pour ça que nous l'avons fait écrit comme ça.

ORIANE MANCINI
Mais pour les locataires qui ont les moyens de se retourner contre leur propriétaire, donc du coup quid des locataires qui ne le feront pas parce qu'ils sont dans une situation fragile, une situation de faiblesse.

EMMANUELLE WARGON
Moi je trouve que ces débats sont intéressants, mais pourquoi est-ce que c'est sur cet article de loi que tout le monde se demande comment on fait pour que la loi soit appliquée ? Quand on vote une loi, c'est parce qu'on pense qu'on saura la faire appliquer, donc c'est vrai pour énormément de textes ou de dispositions de savoir comment on fait pour que les plus fragiles aient vraiment recours aux mécanismes protecteurs. Là, c'est une interdiction claire, avec une possibilité de recours, les Caisses d'allocations familiales pourront être en appui aux locataires qui ont des difficultés, c'est aussi le cas des équipes départementales des fonds de solidarité logement, donc on trouvera les modalités, les grandes associations qui accompagnent les locataires, l'ANIL, les ADIL par exemple, tout ce réseau se mettra en soutien. Mais déjà aujourd'hui le décret de décence, c'est le même mécanisme qui interdit la location d'un logement de moins de 9 mètres carrés, qui interdit la location d'un logement sans point d'eau, finalement ces locations elles n'ont pas totalement disparu, parce qu'on a toujours des marchands de sommeil, mais elles sont quand même devenues beaucoup plus limitées, donc moi je crois que ça fonctionnera.

ORIANE MANCINI
Et qu'est-ce qui va se passer pour les propriétaires qui ont des locataires de longue durée, puisque là il y a des questions de bail… ?

EMMANUELLE WARGON
Ça ne s'applique pas aux baux en cours, ça s'applique au renouvellement des baux.

ORIANE MANCINI
Voilà, du coup qu'est-ce qui va se passer, puisqu'effectivement ça s'applique…

EMMANUELLE WARGON
Eh bien les propriétaires devront faire des travaux et l'obligation sera effective sur le nouveau bail, mais de toute façon, et c'est peut-être le point le plus important, nous allons accompagner les propriétaires pour faire des travaux, MaPrimeRénov' s'ouvre aux propriétaires-bailleurs, et puis la loi climat va mettre en place un accompagnement, « Mon accompagnateur rénov' », pour tous les propriétaires, qu'ils soient occupants ou bailleurs, et cet accompagnement va les aider à définir les travaux à faire et comment on les finance. Donc, ça démarre maintenant, on a 1,8 million de passoires thermiques, de logements mal isolés locatifs à rénover d'ici 2028, et on sera en capacité de le faire.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur cette loi, puisque vous l'avez vu, à l'Assemblée nationale droite et gauche ont été assez critiques sur ce texte, est-ce que du coup vous redoutez le passage de ce texte au Sénat ?

EMMANUELLE WARGON
Non, je ne le redoute pas, on a eu des débats intéressants et importants, sur mes parties notamment, mais sur la totalité du texte, à la fois sur la rénovation et sur la lutte contre l'artificialisation, le texte a progressé à l'Assemblée nationale, je sais que les sénateurs sont extrêmement mobilisés sur les questions de logement, on a des débats réguliers, donc je pense que le débat sera intéressant.

ORIANE MANCINI
Et justement on va parler de logement avec Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, la crise sanitaire a un impact clair sur le marché immobilier notamment, qui englobe cette question du logement, est-ce que vous pensez que notamment la baisse des prix en milieu urbain, dans pas mal de grandes villes en France, va être l'occasion de permettre aux familles de revivre dans ces villes ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord je crois qu'il faut être prudent sur les perspectives du marché immobilier parce que je pense que c'est un peu tôt pour avoir une vision sur les tendances des prix, après, ce serait effectivement une bonne nouvelle s'il se confirme que les prix dans les grandes villes se stabilisent, moi je suis également favorable à l'encadrement des loyers, qui a été mis en place, à Paris, à Lille, et pour lequel d'autres collectivités ont demandé à rentrer, parce que ça me paraît bien que les prix se stabilisent dans les villes dont les prix sont les plus élevés. Après, la crise pose une question de savoir comment et où les Français veulent habiter, plus d'espaces, plus d'espaces extérieurs, mais quand même besoin d'avoir accès à des services, d'avoir accès à des transports en commun, à des mobilités douces, à des pistes cyclables, donc en fait c'est une question d'aménagement urbain et d'aménagement du territoire qui nous est posée, et c'est un travail auquel je réfléchis avec « France Ville Durable » par exemple, pour voir comment faire des propositions.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ça change la donne dans votre conception de votre ministère, dans la façon d'imaginer le logement des prochaines années en France cette crise sanitaire ?

EMMANUELLE WARGON
Cette crise elle est un révélateur en fait, elle est un accélérateur de tendance qui était déjà là, parce qu'on a un paradoxe potentiel qu'il faut qu'on dépasse. D'un côté les Français ont plutôt envie de s'éloigner des grandes villes et d'avoir le plus d'espace possible, c'est normal, de préférence une maison avec un jardin quand c'est possible, mais de l'autre les mêmes demandent un accès aux services, que ce soit des commerces de proximité, des services publics, et par ailleurs, pour des raisons écologiques, on a besoin de ne pas trop consommer de nouvelles terres naturelles et agricoles, donc plutôt de trouver une forme de densité acceptable, agréable à vivre, et cette densité agréable à vivre, qui n'est ni la super densité des très grandes villes, ni un habitat très éclaté, qui ne sont que des maisons individuelles très réparties en grande périphérie, ce modèle-là on a besoin de continuer à l'inventer parce qu'on construit moins en France depuis la crise, les permis de construire ont reculé, les mises en chantier ont reculé, et on a toujours des besoins de logements, donc il faut qu'on arrive à trouver la bonne manière de construire et la bonne manière de créer de la ville ou de l'habitat à toutes les échelles, dans les grandes villes, dans les banlieues, dans les villes moyennes, dans la ruralité.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur ces questions de logement, la question des squatters évidemment. Vous avez promis un observatoire des squats, il sera créé quand ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, je réunis tous les préfets de département la semaine prochaine, pour leur demander des chiffres, et dès que nous aurons des données consolidées France entière, nous pourrons les publier, ça sera le début de cet observatoire, j'espère d'ici la fin du mois. J'ai demandé à chaque préfet de me faire un retour sur l'application de la nouvelle loi, j'ai déjà les premiers chiffres pour Paris, je sais que 11 expulsions locatives, pas locatives, pardon, 11 expulsions de squatters de résidences, principales ou secondaires, ont eu lieu avec le concours des forces de l'ordre depuis le début de l'année à Paris, j'ai besoin d'avoir les chiffres ailleurs. Hier j'étais dans le Nord, le préfet m'a dit qu'il y avait une affaire qui leur avait été signalée et qu'ils avaient réglée, pareil, avec une expulsion, donc ce sont ces données consolidées dont j'ai besoin.

ORIANE MANCINI
On va parler des régionales évidemment, avant de parler de l'Ile-de-France on va parler des remous provoqués par l'interview de Jean CASTEX dimanche au JDD, il a annoncé que la liste de la majorité présidentielle se retirait au profit de celle de Renaud MUSELIER, on ne va pas refaire le feuilleton chez les Républicains, mais ce matin Sophie CLUZEL, la candidate de la majorité présidentielle dans cette région Sud, annonce que finalement elle maintient sa liste. Est-ce que le Premier ministre a fait une erreur, voire une faute politique dimanche ?

EMMANUELLE WARGON
Comme l'a dit Sophie CLUZEL ce matin, le Premier ministre a répondu à une main tendue de Renaud MUSELIER qui proposait différentes sensibilités qui peuvent porter un projet ensemble pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, de se rassembler, et Sophie CLUZEL elle est toujours dans cette logique, c'est ce qu'elle disait ce matin, elle souhaite que la majorité présidentielle soit représentée dans cette élection, et qu'elle soit représentée, c'est ce dont on parlait tout à l'heure, avec un projet, un projet défini, travaillé, porté, pour les habitants de cette région, et donc…

ORIANE MANCINI
Ça a été un problème pour vous que Jean CASTEX accepte la main tendue de Renaud MUSELIER ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je pense plutôt que le problème ce sont les ambiguïtés ou la fin des ambiguïtés à travers le mouvement des Républicains. Quand on entend dans le même parti Eric CIOTTI dire « la seule chose qui nous différencie du Rassemblement national c'est notre capacité à gouverner », et par ailleurs des membres de ce parti, qui d'ailleurs l'ont quitté depuis, dont l'engagement contre le Rassemblement national est clair, je pense à Christian ESTROSI, je pense à Hubert FALCO, je pense aussi à Renaud MUSELIER, on voit bien à quel point cette famille politique n'est plus une famille politique et se déchire, et donc moi c'est surtout ça qui m'a frappée. Notre engagement, l'engagement de la majorité présidentielle, il est extrêmement clair face aux extrêmes et aux risques que représente le Rassemblement national, finalement ce débat a aussi montré qu'il y avait deux droites dans les Républicains, et d'ailleurs certains en ont tiré les conséquences en sortant des Républicains.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous êtes une femme de gauche Emmanuelle WARGON, on l'évoquait tout à l'heure, à l'instant, et toute cette élection régionale on a l'impression qu'elle tourne autour de la droite, ça vous inquiète par rapport à vos convictions personnelles ?

EMMANUELLE WARGON
« Territoires de progrès », auquel j'appartiens, est bien représenté dans beaucoup des listes de la majorité présidentielle, c'est vrai en Ile-de-France, mais c'est vrai aussi dans d'autres régions, et à charge pour nous de faire des propositions dans les champs qui nous intéressent, la solidarité, c'est pour ça que je fais une proposition, dans le cadre de cette campagne, pour un revenu d'urgence pour les jeunes, on a d'autres propositions sur la territorialisation…

ORIANE MANCINI
…On a quand même l'impression que la majorité présidentielle elle penche clairement à droite.

EMMANUELLE WARGON
Non, je pense qu'il faudra qu'on arrive à faire vivre…

ORIANE MANCINI
La jambe gauche de la majorité présidentielle.

EMMANUELLE WARGON
Il faudra qu'on arrive à faire vivre le débat, ce débat il peut avoir lieu aussi avec la partie gauche de l'échiquier politique. Enfin, moi j'ai été très intéressée par l'interview de Bernard CAZENEUVE dans, je crois que c'était « l'Express » il y a quelques jours, disant qu'il fallait que les gauches aussi clarifient leur positionnement par rapport à l'extrême gauche, donc ce débat il existe dans tous les endroits de l'échiquier politique.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que la majorité présidentielle aussi elle ne doit pas clarifier son positionnement, est-ce qu'aujourd'hui, on l'a vu cette semaine, il n'y a pas de ligne claire dans la majorité présidentielle ?

EMMANUELLE WARGON
Mais pas du tout, la majorité présidentielle, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme ailleurs, a dit nous on est prêt à travailler avec des forces qui sont réellement républicaines, qui sont réellement engagées contre les extrêmes, que ce soit des sortants issus de la droite, ou d'autres, et donc de toute façon ces discussions continueront dans les différentes régions.

ORIANE MANCINI
Et quand vous avez dimanche Sophie CLUZEL, dimanche soir, qui crie sur tous les plateaux qu'elle soutiendra Renaud MUSELIER et qu'elle fera la campagne avec lui, et que le vendredi matin elle annonce qu'elle fera campagne contre lui, est-ce que ce n'est quand même pas un problème pour la majorité présidentielle ?

EMMANUELLE WARGON
J'ai écouté Sophie CLUZEL ce matin et je l'ai entendue dire que l'important c'était le projet et que la majorité présidentielle soit représentée, et je crois vraiment qu'elle a raison, le débat ça ne peut pas être qu'un débat de personnes, ça doit être un débat d'idées, et c'est la raison pour laquelle j'y ai contribué avec une proposition de campagne.

ORIANE MANCINI
Et dernière question, peut-être sur l'Ile-de-France.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous apportez votre soutien à Sophie CLUZEL clairement ce matin, à votre collègue Sophie CLUZEL ?

EMMANUELLE WARGON
Par définition, on est membres du même gouvernement et j'apprécie beaucoup Sophie CLUZEL.

ORIANE MANCINI
Et merci beaucoup.

EMMANUELLE WARGON
Merci.

ORIANE MANCINI
Merci Emmanuelle WARGON d'avoir été notre invitée ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 mai 2021