Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à LCI le 24 juin 2021, sur les élections régionales.

Texte intégral

ELISABETH MARTICHOUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ministre chargée de la Citoyenneté au ministère de l'Intérieur. Vous avez annoncé hier une campagne éclair sur les réseaux sociaux pour évidemment encourager les Français à voter dimanche davantage que dimanche dernier. Ç'a commencé ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça commence à midi. Il y avait déjà campagne existante sur les réseaux sociaux d'appel au vote comme on s'y était engagé au moment du vote de la loi au Parlement sur les élections régionales avec des visuels sur à quoi servent les régions etc, et là à partir de midi on relance une campagne particulièrement à destination des jeunes, centrée sur les réseaux sociaux qui sont davantage fréquentés par des jeunes et avec certains médias en direction des jeunes qui ont accepté de jouer le jeu dans un engagement citoyen et transpartisan, bien évidemment, pour appeler à voter et à la participation de façon générale.

ELIZABETH MARTICHOUX
On se demande si tout ça n'est pas trop tard. Pourquoi vous ne l'avez pas fait avant ?

MARLENE SCHIAPPA
On l'a fait avant. On a commencé avant, ce que je vous disais, ces campagnes sur les réseaux sociaux. Il y a eu des centaines de milliers de consultations, de gens qui se sont connectés pour regarder ces visuels mais manifestement pas assez si j'en crois le score de l'abstention. Moi je ne veux pas rester les bras ballants. On nous dit : il y a une abstention, c'est terrible. Moi je pense que cette abstention, elle doit appeler deux réponses. Une réponse de très court terme, c'est cette campagne éclair. Et puis une réponse de plus long terme où l'ensemble peut-être du système politique incluant aussi peut-être, je ne sais pas, les sondeurs, les médias, les responsables politiques, les partis, le gouvernement qui s'interrogent sur les réseaux de ce désamour, de ce désintérêt finalement pour les élections.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous souhaitez quoi ? Un débat public assez rapide après le second tour ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis chargée de la Citoyenneté donc je suis en train de travailler avec mes équipes sur cette question. J'attends la fin du second tour pour voir comment on incite justement chacun à prendre part à la vie citoyenne. Moi j'ai créé les Prodiges de la République : c'est une cérémonie où on récompense des jeunes pour leur engagement solidaire, citoyen, fraternel. Les jeunes ils sont engagés, ils ont envie de prendre part à la vie de la cité, et avec un certain nombre de mes collègues nous ferons des propositions bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors il y a des outils, des outils facilitateurs.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler mais au fond, ils ne règlent rien quand même de ce divorce.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au fait que les Français ne vont pas voter en se disant : peut-être que ça sert à rien de voter. Il a parlé d'alerte démocratique Emmanuel MACRON au conseil du ministre, vous y étiez, hier. Cette alerte démocratique, il ne l'a ni empêchée, ni ralentie. Qu'est-ce qu'il faudrait faire que vous n'avez pas fait ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord pour revenir sur le début de votre question, moi je crois… Vous avez tout à fait raison et je pense que simplement les outils, ça ne suffit pas. Parce qu'il y a des outils qui existent : on a mis en place une double procuration, une e-procuration pour la première fois. Il y a eu, je crois de mémoire, 160 000 personnes - mais c'est assez peu finalement - qui se sont dirigées vers ces outils. Donc au-delà de l'outil, il y a la démarche d'avoir la volonté d'aller voter. Et on blâme – enfin, vous me posez la question de qu'a fait le président de la République - d'abord le président de la République, il a pris acte de ce désamour, de cette désaffection qui existaient de longue date. Et c'est nous qui, au moment de l'élection présidentielle, avons voulu lancer la grande marche autour d'Emmanuel MACRON pour aller voir justement les citoyens et leur dire de venir à la politique.

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne va pas revisiter la démarche d'Emmanuel MACRON. Ce qu'on constate, c'est que quatre ans après son arrivée à l'Elysée, ce divorce-là il est plus béant que jamais si je puis dire.

MARLENE SCHIAPPA
Oui. Enfin Emmanuel MACRON n'était pas candidat aux élections régionales.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ma question, c'est qu'est-ce qu'il faudrait faire autrement ? Puisque ce que vous avez fait, on ne va pas y revenir, ça ne fonctionne pas.

MARLENE SCHIAPPA
Mais Elizabeth MARTICHOUX, si moi seule j'avais la réponse ça serait merveilleux. J'aurais une baguette magique. Moi j'observe que, y compris les présidents sortants de région, n'ont pas réussi à mobiliser autour d'eux. Ils sont en tête parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non. Ils ont plus mobilisé en leur faveur.

MARLENE SCHIAPPA
Ils ont plus mobilisé en leur faveur, c'est vrai, mais bien moins. En Ile-de-France, la présidente sortante si on regarde le global des inscrits, je crois que ça représente quelque chose comme 9 %.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça touche tout le monde.

MARLENE SCHIAPPA
C'est ce que je suis en train de vous dire. Vous me dites : que va faire le président de la République ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'il est président et qu'il avait fait cette promesse. Excusez du peu.

MARLENE SCHIAPPA
Alors il n'a pas fait la promesse de faire élire les présidents de région sortants.

ELIZABETH MARTICHOUX
De réconcilier les Français avec la politique.

MARLENE SCHIAPPA
Mais bien sûr. On y travaille tous les jours et on y travaille d'arrache-pied. Et quand je commence à vous répondre, vous me dites : on ne va pas revisiter l'histoire d'Emmanuel MACRON.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, parce que je vous demande qu'est-ce qu'il faudrait faire qui n'a pas été fait.

MARLENE SCHIAPPA
C'est dans la continuité, Elizabeth MARTICHOUX. C'est-à-dire qu'on a commencé avec la grande marche, ensuite il y a eu le grand débat national, et en ce moment le président de la République a lancé son tour de France pour aller à la rencontre des citoyens. Et s'il y a bien quelque chose qu'a fait Emmanuel MACRON que les autres n'avaient pas fait, c'est faire venir à la politique des gens qui en étaient éloignés. Nommer des ministres de la société civile, rajeuniser, féminiser le Parlement en investissant des nouvelles personnes, leur donner leur chance pour qu'elles exercent des responsabilités. Ça c'est différent de ce que faisaient les vieux partis, c'est notre responsabilité et nous la prenons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ne suffit pas.

MARLENE SCHIAPPA
Pardon, si, ç'a fonctionné. On a réussi à rajeuniser l'Assemblée nationale…

ELIZABETH MARTICHOUX
A rajeunir.

MARLENE SCHIAPPA
A rajeunir, oui pardon ! Excusez-moi. On a réussi à féminiser considérablement l'Assemblée nationale avec 48% de femmes dans le groupe majoritaire. Aucun parti politique ne l'avait fait. Donc ce sont des petites pierres mais on ne peut pas à nous seuls prendre cette responsabilité. Elle est globale. Nous avons, comme tout le monde, une part de responsabilité mais j'observe encore une fois que l'ensemble des partis politiques aussi. Et si je peux dire une dernière chose Elizabeth MARTICHOUX, moi j'ai fait un débat ici sur LCI avec Jordan BARDELLA pendant une heure. Jordan BARDELLA qui est de liste en Ile-de-France, moi tête de liste à Paris. Nous n'avions pas le droit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il était numéro deux. Il est numéro deux du parti et vous êtes un ministre de premier plan. C'était un enjeu national.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne blâme pas LCI mais on est en campagne régionale. On avait l'interdiction via le CSA, pour l'élection de temps de parole, manifestement de parler des élections régionales. Donc il y a un moment, on ne peut pas considérer que les élections régionales ça n'intéressera personne donc on ne va pas en parler, et ensuite se dire : oui, les gens ne vont pas voter.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne veux pas confisquer du temps de parole pour vous répondre là-dessus mais LCI a organisé trois grands débats…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une mise en cause de LCI.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dont celui des Hauts-de-France avec les têtes de liste.

MARLENE SCHIAPPA
Ne vous sentez pas visée, ce n'est pas une mise en cause de LCI.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne me sens pas obligée mais c'est évident et je rappelle les faits.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une mise en cause, Elizabeth MARTICHOUX. Je vous dis qu'il y ait un problème peut-être de gestion du temps de parole puisque le CSA dit à LCI manifestement : vous n'avez pas le droit d'organiser ce débat, donc il peut avoir lieu à condition qu'on ne parle pas des élections qui arrivent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut revoir les règles.

MARLENE SCHIAPPA
Je m'interroge sur les règles, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors les outils, on en un mot. Le vote électronique, est-ce qu'il va être mis en place pour la présidentielle ? Il reste très peu de temps. Neuf mois et quelque.

MARLENE SCHIAPPA
Pour organiser une élection présidentielle, il y a un vote au Parlement - Assemblée nationale et Sénat - pour organiser ces modalités. Ce vote, il a déjà eu lieu. C'est moi qui représentais le gouvernement. Nous avons fait un certain nombre de propositions pour moderniser la manière dont le vote se passait. Certaines ont été retenues, d'autres non. Et en l'occurrence, le vote électronique en tant que telle n'a pas été retenu et j'observe qu'il ne fait pas l'unanimité à ce stade. Xavier BERTRAND qui était sur une radio ce matin indique qu'il n'y était pas favorable par exemple. D'autres disent qu'ils ne sont pas favorables au vote par correspondance. Donc ces questions, je pense qu'elles doivent être posées sans tabou, mais pour cette élection présidentielle la loi a déjà été votée et les modalités de vote ont déjà été arbitrées et votées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ?

MARLENE SCHIAPPA
Et donc il n'y aura pas de vote électronique en tant que tel pour cette élection présidentielle. Ce sont les parlementaires qui en ont décidé ainsi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il est trop tard. Il est trop tard pour organiser, mettre en oeuvre et surtout voter par une loi cette disposition.

MARLENE SCHIAPPA
En fait, il y a trois choses, il y a trois questions. 1/ Est-ce qu'on veut le faire philosophiquement ? Est-ce qu'il y a un consensus des candidats des partis politiques ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous y êtes favorable ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je regarde la question. 2/ Est-ce que c'est voté ? Et 3/ Comment on le met en oeuvre ? Et je pense qu'il faut regarder comment on le met en oeuvre. Si on voit des choses mais que l'administration ne peut pas les mettre en oeuvre dans le temps qui est imparti, de façon sûre, en sécurisant la sincérité du vote, alors il ne faut pas les voter.

ELIZABETH MARTICHOUX
La défaite de la majorité provoque des tensions. On en parle depuis hier, depuis qu'a fuitée cette altercation violente entre deux grands ministres du gouvernement. Eric DUPOND-MORETTI qui accuse Gérald DARMANIN de trahison, en deux mots, pour avoir non seulement félicité son ancien mentor. Xavier BERTRAND est arrivé en tête dans les Hauts-de-France alors que la majorité a été éliminée, mais aussi pour avoir eu un bon bilan. C'est violent. Trahison, si je vous accusais de traîtrise, je pense que vous trouveriez ça violent. Ça va laisser des traces entre les deux hommes et au sein du gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord, moi je n'étais pas présente et donc à ce stade, ce sont…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'était avant le conseil des ministres, vous n'y étiez pas.

MARLENE SCHIAPPA
Non. A ce stade, ce sont des propos rapportés et donc je n'étais pas présente, je ne sais pas si ça s'est passé. Mais si d'aventure ça s'était produit, moi j'observe que la vie politique elle est faite justement beaucoup de - comment dire - d'hypocrisie. De gens qui se font des grands sourires en face et qui vont déblatérer sur les collègues auprès des journalistes. Et j'observe que pour une fois, vous avez deux hommes qui face à face se disent les choses très sincèrement et avec honnêteté de part et d'autre. Et donc moi, ça je ne peux que le saluer et puis féliciter Gérald DARMANIN pour son très beau score, parce que ça fait deux fois qu'il fait plus de 50% à une élection locale. Par les temps qui courent, je crois que ça mérite d'être souligné.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc alors vous, vous savez l'art de positiver quand même des épisodes qui ne sont pas banals. Et quand même, encore une fois, ça traduit quoi ? Ça traduit quoi cette nervosité ? Vous dites : c'est formidable, on s'explique entre hommes, que ce soit à la maison ou au sein d'un gouvernement. Qu'un grand ministre qualifie l'autre de traître…

MARLENE SCHIAPPA
Elizabeth MARTICHOUX, comme je vous dis…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est la vie, vous dites ? C'est la vie.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas ça que je vous dis. Je n'ai pas dit que c'était formidable non plus. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je vous dis que je n'étais pas présente et donc j'ai lu comme vous dans les journaux ces propos rapportés. Ça arrive de temps en temps qu'il y ait des propos rapportés qui ne soient pas exacts, qui ne soient pas ceux qui ont été tenus. Je ne sais pas ce qu'il en est. Je sais que ce sont deux personnes qui sont très franches toutes les deux et qui se parlent franchement et la franchise, moi c'est une qualité que j'apprécie. J'apprécie aussi le courage. Le courage d'aller se présenter à des élections comme l'a fait Eric DUPOND-MORETTI, comme l'a fait Gérald DARMANIN, comme je le fais modestement. Et je crois que le courage et la franchise, c'est plutôt ce qui manque à la vie politique actuellement.

ELIZABETH MARTICHOUX
A propos de franchise Marlène SCHIAPPA, est-ce que vous me permettez de vous dire que ce matin c'est un peu « tout va très bien, Madame la Marquise » ? Est-ce que le désaveu que les Français ont manifesté à l'égard de la politique dimanche, ce n'est pas aussi une façon de critiquer quand il se passe quelque chose des responsables qui, finalement, nient la réalité ? Il y a eu un désaveu pour la majorité par l'abstention aussi, vous me dites : c'est la responsabilité de tout le monde, nous pas plus que d'autres. Là je vous dis il y a quand même un incident qui n'est pas banal entre deux ministres, vous me dites : c'est formidable, au moins ils se parlent entre hommes.

MARLENE SCHIAPPA
Pardon, ça fait deux fois que vous me dites : vous dites c'est formidable…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais vous me dites : c'est la fin de l'hypocrisie, ils se parlent.

MARLENE SCHIAPPA
J'ai dit que c'était formidable ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Non. Mais vous dites : c'est bien parce que c'est la fin de l'hypocrisie.

MARLENE SCHIAPPA
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit non plus. Je ne dis pas que c'est formidable, je dis que je regarde…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je force le trait pour vous faire réagir parce que manifestement, vous voulez tout aplatir.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas que je veux tout aplatir mais enfin, un échange de deux phrases supposées rapportées dans la presse entre deux ministres, pardon il y a des gens qui ont des vrais problèmes. Il y a des gens qui ce soir rentrent chez eux et doivent annoncer à leurs enfants qu'ils ont été licenciés, qu'ils n'ont plus de travail. Il y a des gens qui sont gravement malades, il y a encore 10 000 personnes qui ont le Covid et qui sont à l'hôpital. Donc les responsables politiques qui se lamentent sur leur sort en disant : bouh, je ne vais pas être élu, bouh, je ne vais pas être réélu, la vie politique est vraiment dure etc, ça va quoi ! Il y a des gens qui ont des vrais problèmes dans la vie. Donc tout simplement, ce n'est pas que je veux dire que tout est formidable. Ça n'est pas formidable et j'étais la première personne à dire dès dimanche soir que c'était un fait politique important, préoccupant, qu'on devait y apporter des réponses, que collectivement il faut peut-être ouvrir les yeux face à ça. Mais moi, je ne fais pas partie, moi je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, j'ai grandi dans une cité, je n'ai pas fait d'études. Moi je ne fais pas partie de ce petit microcosme médiatico-politique qui passe son temps à se regarder le nombril. Et je ne dis pas ça pour vous mais je dis ça de façon générale. L'analyse de l'analyse du propos rapporté, franchement ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il y a des femmes qui sont en ce moment battues par leur conjoint…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler d'ailleurs.

MARLENE SCHIAPPA
Qui veulent déposer plainte, qu'on veut les aider, il y a des gens malades. Enfin, quand même !

ELIZABETH MARTICHOUX
Il s'est quand même trouvé quelqu'un en tout cas pour faire fuiter cette algarade. Ça vous surprend ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est ce que je vous dis. La vie politique, elle est pleine d'hypocrisie et donc elle est pleine de petits coups de couteau dans le dos. Moi-même une fois par semaine, j'apprends que j'aurais dit ou pas dit telle chose ou qu'on m'aurait dit ou pas dit telle chose. Par ailleurs très souvent c'est faux ou déformé. Je le déplore, voilà. On avait dit avec Emmanuel MACRON qu'on allait mettre de la bienveillance dans la vie politique et qu'on allait changer les manières de faire. C'est la théorie du pot de cornichons : si vous prenez une fraise et que vous la mettez dans un pot de cornichons, au bout de 48 heures elle a un goût de cornichon. Donc je pense qu'on n'a pas suffisamment lutté pour montrer notre différence et montrer qu'on voulait faire de la politique autrement, et que les petits off, les petits propos rapportés, les petits « il a dit ci, il a dit ça », c'est juste d'un niveau de 4ème.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est dit. L'image du pot de cornichons, je ne la connaissais pas. Donc vous êtes cornichonisée, vous le regrettez, vous auriez préféré rester fraise. On fait le point. En Ile-de-France Valérie PECRESSE, présidente sortante qui est arrivée en tête dimanche soir du premier tour, affirmait hier soir sur LCI avec Darius ROCHEBIN que c'était non pas une quadrangulaire dimanche mais un duel entre elle et la gauche. Mathématiquement…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas vrai en fait. Là aussi, pardon, mais si on peut être un peu honnête et pardon de ma naïveté politique, mais si on peut être un peu honnête ce n'est pas vrai. Les Franciliens, des centaines de milliers de Franciliens ont souhaité voter pour Laurent SAINT-MARTIN et ont souhaité qu'il soit au deuxième tour et que les listes de la majorité présidentielle, celle que je conduis à Paris, celle que Laurent SAINT-MARTIN conduit en Ile-de-France, soient présentes au deuxième tour. Là, qu'essaie de faire Valérie PECRESSE ? Elle joue à se faire peur et la gauche essaie de jouer à se faire plaisir. On sait très bien que la politique, ce n'est pas de l'arithmétique d'une part et que, d'autre part, même alliées les trois listes de gauche, elles ne font pas autant que Valérie PECRESSE. Valérie PECRESSE dimanche soir sera élue à la région et elle sera présidente de la région. C'est un fait acquis, il faut être honnête avec les électeurs. La question qui se joue là, c'est quelle opposition elle aura. Donc que Valérie PECRESSE souhaite choisir son opposition et n'avoir que l'extrême gauche et l'extrême droite comme opposition pour apparaître comme une personne qui domine le débat, je l'entends. C'est sa stratégie et elle est respectable. Mais moi je dis aux gens quelle opposition souhaitez-vous avoir au conseil régional en Ile-de-France ? Moi je crois qu'avoir un groupe progressiste avec des gens de la gauche républicaine, des gens qui portent des valeurs, qui sont fidèles au président Emmanuel MACRON, à la région Ile-de-France, c'est important et donc il faut voter pour Laurent SAINT-MARTIN dimanche.

ELIZABETH MARTICHOUX
Valérie PECRESSE qui aura la voix de Jean-Paul HUCHON. Vous l'aviez rencontré, on avait vu une photo avec vous.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous preniez un café avec l'ancien président socialiste qui avait été d'ailleurs écarté à la dernière régionale, remplacé par BARTOLONE. Bref. Là il dit : Valérie PECRESSE, je voterai pour elle - c'est un ancien socialiste - parce que ça n'est pas ma gauche à laquelle elle s'oppose.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous comprenez ou vous êtes déçue qu'il ne vote pas pour Laurent SAINT-MARTIN ?

MARLENE SCHIAPPA
Non. Moi je souhaite que tout le monde vote pour les listes que… C'est le principe d'une élection. Mais moi ce que j'observe, c'est que la gauche qui a perdu sa boussole républicaine, elle joue un jeu dangereux et elle va le payer. Parce qu'effectivement, vous avez beaucoup de gens de gauche qui disent : soit je voterai pour Laurent SAINT-MARTIN, soit je voterai blanc, soit quelques-uns " je voterai Valérie PECRESSE ". Moi je suis interpellée parce que je pense que quand on est de gauche, on défend aussi des valeurs de solidarité, de fraternité, pas une équipe dans laquelle il y a des gens qui sont allés à de nombreuses reprises à la Manif' pour tous, qui travaillent avec sens commun etc. C'est la ligne en tout cas que nous défendons, nous sommes clairs sur ce sujet et je pense qu'à long terme la gauche va payer le fait de s'allier avec des Mélenchonistes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je prends encore une petite minute mais pour un sujet très important. C'est le procès de Valérie BACOT qui s'achève demain. Valérie BACOT qui est accusée d'avoir tué son beau-père. Une femme en fait violée dès 12-13 ans par son beau-père. Violée, battue, prostituée pendant des années et cet homme, après avoir purgé une peine déjà pour l'agression sexuelle contre sa belle-fille, est revenu au domicile. Il est revenu et il a à nouveau totalement mis sous emprise cette femme. Enfin cette histoire est absolument inouïe de souffrance. Qu'est-ce qui vous frappe ? Alors il y a beaucoup de choses mais…

MARLENE SCHIAPPA
D'abord elle concentre en elle énormément de sujets de violence que vivent les femmes. D'abord les violences intrafamiliales, les violences sexuelles commises sur mineur et puis ensuite les violences conjugales. Et moi ce qui me frappe, c'est l'inertie voire la complicité de l'entourage. Manifestement d'après ce que j'ai pu lire dans les différents comptes rendus et dans la presse, manifestement c'est même la mère qui aurait payé les frais d'avocat du beau-père qui violait sa fille à elle pour qu'il puissent revenir, sortir de prison, être acquitté et revenir à la maison. Enfin c'est quand même… C'est à vomir en fait, et je pense qu'il y a une vraie responsabilité des témoins de violences sexuelles sur mineur et de violences conjugales. On a mis en place une plateforme qui s'appelle arretonslesviolences.gouv.fr, et sur cette plateforme les témoins peuvent alerter la police et la gendarmerie 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. J'appelle chacun à le faire et je pense qu'il y a une responsabilité vraiment très forte. Et je suis très triste pour cette femme et pour ce qu'elle à vivre et c'est vraiment tout le sens de mon engagement politique depuis toujours de faire en sorte que d'autres femmes n'aient pas à vivre ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Ne jamais, jamais laisser le moindre indice, en tout cas alerter dès qu'on soupçonne une violence de ce type-là.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un appel à témoins que vous lancez ce matin sur LCI. Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA d'avoir été ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juin 2021