Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à Sud Radio le 6 juillet 2021, sur les contrôles dans les abattoirs, l'attractivité du métier d'agriculteur et la contamination des aliments par les métaux lourds.

Texte intégral

PHILIPPE DAVID
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

PHILIPPE DAVID
Vous étiez hier matin en visite dans un abattoir en Charente-Maritime pour annoncer de nouvelles mesures, et notamment un durcissement des contrôles, est-ce que la situation dans les abattoirs aujourd'hui, beaucoup de vidéos de L214 ont fait scandale en particulier sur les réseaux sociaux, quelle est la situation dans les abattoirs ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, aujourd'hui, d'abord, ce qu'il faut reconnaître, c'est que nos abattoirs, ils sont importants, vous savez, les Français demandent de plus en plus de viande locale, de produits du terroir, ces indications géographiques, les agneaux du Quercy, les agneaux de Poitou-Charentes, mais pour faire ça, on a besoin d'abattoirs, et des abattoirs de petite taille sur nos territoires, il n'est pas possible d'avoir de la viande locale si on n'a pas des abattoirs, tout simplement. On a à peu près un millier d'abattoirs dans notre pays, on les suit de manière très précise, mais évidemment, mon objectif, c'est de faire en sorte que ces abattoirs puissent continuer à se moderniser, et que si nous avons des cas qui ne respectent pas les conditions attendues, alors que ces derniers puissent être contrôlés et puissent être sanctionnés, tout simplement, parce que je ne voudrais en aucun cas que le comportement de certains puisse jeter l'opprobre sur toute une profession qui nous est si importante, et c'est pour ça qu'hier, effectivement, en Charente, j'ai annoncé un plan dédié à ces abattoirs.

PHILIPPE DAVID
Alors justement dans ce plan, il va y avoir plus de contrôles ?

JULIEN DENORMANDIE
Il va y avoir plus de contrôles, il faut avoir en tête que, aujourd'hui, au sein de mon ministère, c'est déjà 2.000 personnes qui travaillent sur le contrôle des abattoirs, donc on a déjà un suivi très régulier avec notamment des personnes qui sont sur site, hier, dans cet abattoir de Charente-Maritime, par exemple, il y a 4 personnes de mon ministère qui en permanence, dont un vétérinaire, sont sur site, mais ce qu'on va faire dans ce plan annoncé hier, c'est qu'on va renforcer les contrôles sur deux points, d'abord, on va mettre en place des missions dédiées qui, au même moment, partout en France, vont analyser les abattoirs sur un point particulier, par exemple, le circuit d'acheminement des animaux, et ce faisant, on aura l'image complète, on verra là où c'est…

PHILIPPE DAVID
Donc des caméras de vidéosurveillance…

JULIEN DENORMANDIE
On verra là où ça peut être amélioré, et on verra les progrès à faire. Et le deuxième point, c'est qu'on va créer juste après l'été une force d'inspection mobile, c'est-à-dire des personnes qui elles, pourront être mobilisées 24 heures sur 24, à la demande par exemple du préfet, pour aller épauler ceux qui sont déjà sur site, et faire des contrôles, et notamment des contrôles inopinés. Et je dis ça, vous savez, la confiance n'exclut pas le contrôle, moi, j'ai beaucoup confiance dans ces abattoirs, mais je pense que ce contrôle, il est nécessaire justement pour garantir la confiance des Français dans ces abattoirs.

PHILIPPE DAVID
Mais est-ce que les rapports seront publics sur les abattoirs ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, beaucoup de choses sont publiques, mais vous savez, moi, je pense surtout qu'il faut prendre le problème par le bon bout, souvent, on dénigre les abattoirs, alors que le défi des abattoirs, quel est-il ? Un abattoir aujourd'hui, ça ne gagne quasiment pas d'argent, ça a une équation économique qui est très compliquée, et souvent, la société demande de plus en plus de règles, de normes, d'injonctions vis-à-vis de ces abattoirs, sans jamais se soucier de la capacité des abattoirs à porter ces investissements. Et donc le deuxième volet du plan, que j'ai annoncé hier, qui, à mes yeux, est essentiel, parce que c'est enfin prendre le sujet par le bon bout, c'est qu'on va investir massivement, mais quand je dis massivement, c'est massivement, c'est plus de 115 millions d'euros que le gouvernement met sur la table pour venir investir dans ces abattoirs. Hier, cet abattoir à Surgères va bénéficier d'un financement important, au moment où je vous parle, c'est plus de 120 abattoirs qui vont bénéficier de ces financements pour monter en gamme, pour améliorer le bien-être animal, le bien-être des salariés.

PHILIPPE DAVID
Mais pourquoi les caméras ne sont pas obligatoires ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que, alors, d'abord, 1°) : vous avez aujourd'hui de plus en plus d'abattoirs qui le font, par exemple, dans ce financement que j'évoquais, sur ces 115 millions d'euros, c'est donc 120 abattoirs, et parmi eux, il y en a quasiment la moitié qui mettent en place des caméras, mais, moi, je le redis, je pense que le sujet n'est pas tant la vidéosurveillance, même si, encore une fois, on accompagne ceux qui veulent la mettre en place, hier, à Surgères, par exemple, ils l'avaient mise en place. Mais l'enjeu n'est pas tant cette question de la vidéosurveillance que la question de l'investissement, ce qu'il faut, c'est aider nos abattoirs à investir, je vais vous dire, les premiers qui veulent augmenter la qualité de travail, et donc idée du bien-être animal, c'est quand même ceux qui travaillent à l'intérieur de ces abattoirs, c'est des métiers qui sont incroyablement difficiles, très difficiles…

PHILIPPE DAVID
Psychologiquement et physiquement…

JULIEN DENORMANDIE
Physiquement, et puis, c'est dans une atmosphère qui est très compliquée, puisque c'est des endroits où vous donnez la mort à des animaux, et donc, il faut prendre le sujet par le bon bout, il faut investir massivement, et là, moi, où je suis très fier de ce plan que j'ai annoncé, c'est que, enfin, enfin, on prend le sujet à bras-le-corps, c'est-à-dire qu'on n'est pas dans l'injonction, on est dans l'action avec ces investissements, et quand vous modernisez, en moyenne, c'est 500.000 euros qu'on met sur les abattoirs, par abattoir, quand vous prenez les abattoirs qu'on est déjà en train d'aider, eh bien, quand vous mettez plusieurs centaines de milliers d'euros dans un abattoir, vous imaginez les changements que vous faites sur la modernisation du process, le bien-être de ceux qui travaillent, mais surtout…

PHILIPPE DAVID
Et des animaux…

JULIEN DENORMANDIE
Aussi le bien-être animal.

PHILIPPE DAVID
Alors justement, Julien DENORMANDIE, vous êtes ministre de l'Agriculture, est-ce que la France va manquer de bras et d'agriculteurs, parce que malheureusement, c'est un sujet qui est récurrent, dont on parle de plus en plus, vous avez lancé une campagne de communication face à ce manque ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, aujourd'hui, on a des défis, des défis qui sont énormes, on a à peu près un agriculteur sur deux qui part à la retraite dans les 5 à 10 prochaines années, dans la pêche, on a un pêcheur sur trois qui part à la retraite, or, comment voulons-nous pouvoir assurer notre autonomie alimentaire, notre souveraineté alimentaire si on n'a pas suffisamment de personnes qui travaillent dans ces beaux métiers ; alors, c'est vrai pour l'agriculture, c'est vrai pour la pêche, mais c'est vrai aussi pour l'agroalimentaire, c'est vrai pour la forêt, les paysages. Et moi, ce dont je suis convaincu, c'est que ces métiers du vivant, que ce soit dans l'agriculture ou dans les paysages ou dans la forêt, ou que sais-je, ces métiers du vivant, ça fait partie des plus beaux métiers au monde, et souvent, notre jeunesse a du mal à se lancer dans ces métiers-là, parce qu'elle n'a pas non plus l'image précise de ces métiers, ce sont des métiers très innovants par exemple.

PHILIPPE DAVID
Mais outre l'image, est-ce que le principal problème, ce n'est pas la rémunération, parce que, un métier peut être magnifique, si on en vit en survivant, ce n'est pas faisable ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, c'est déjà très important de dire que ce sont des métiers de passion avec chevillé au corps le fait de remplir une noble mission, quand vous êtes agriculteur ou que vous travaillez dans l'agroalimentaire, le matin, vous vous levez pour nourrir le peuple, ce n'est pas rien, c'est pareil quand vous êtes un pêcheur ou quand vous êtes forestier, vous vous levez le matin pour protéger l'environnement, ce n'est pas rien, je peux vous dire que c'est une véritable passion chevillée au corps, mais cette passion, elle ne peut pas occulter le sujet de la rémunération, et aujourd'hui, on a encore un gros défi de rémunération, pourquoi, parce qu'on voit bien que, en gros, pour faire simple, vous avez la grande distribution et les industriels qui négocient les prix sur le dos encore beaucoup trop des agriculteurs. Et pour changer ça, il faut avoir des actions fortes, et notamment passer par la loi, c'est ce qu'on a fait, il y a 10 jours, où on a pris une nouvelle loi Egalim 2, pour assurer la rémunération à la fin des agriculteurs. Et donc vous aurez des métiers de passion, des métiers sur lesquels on se base sur la rémunération, des métiers, et j'insiste dessus, incroyablement innovants, parce que je sais que la jeunesse de France est intéressée par cette innovation, et donc je dis à tous ceux qui nous écoutent : regardez cette page qu'on a créée, qui s'appelle « Entrepreneurs du vivant », intéressez-vous à ces métiers, à ces formations du vivant, moi, je l'ai fait, je suis diplômé d'une école d'ingénieur agronome, c'est absolument fabuleux, il y a plein de métiers à la clé, et surtout, à chaque fois, il y a un boulot.

PHILIPPE DAVID
Julien DENORMANDIE, vous êtes ministre de l'Agriculture, mais aussi de l'alimentation, une étude de Santé publique France montre que nos aliments sont contaminés massivement par des métaux lourds, tels l'arsenic, le cadmium ou encore le chrome, ça viendrait notamment des céréales du petit-déjeuner, des poissons et crustacés provenant des océans, est-ce que cette étude vous inquiète ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, c'est évidemment des études qu'on regarde avec beaucoup de précision, c'est des études d'ailleurs qui ne portent pas que sur l'alimentation, qui portent en fait sur la consommation que nous avons de manière générale, qui portent sur les différents modes de production, et donc évidemment, c'est des sujets que nous regardons de près. Vous savez, moi, je n'oublie jamais que, comme disait Hippocrate, le premier des médicaments, c'est l'alimentation. Et donc en tant que ministre de l'Alimentation, évidemment, tous ces sujets de qualité de l'alimentation, c'est un de mes axes de priorité principaux.

PHILIPPE DAVID
Et un aliment très français qui est bon pour le moral, mais à consommer avec modération, c'est le champagne, on peut dire que l'ambiance n'est pas au beau fixe avec la Russie sur les exportations de champagnes, puisque maintenant, ce sont les champagnes... enfin, les vins mousseux russes qui vont s'appeler champagnes et plus champagnes français, est-ce que vous suivez cette... on imagine que vous suivez cette affaire de près en tant que ministre de l'Agriculture ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, on la suit de très, très près, et on la suit depuis de longues années, vous savez, c'est une bataille sur la dénomination, c'est-à-dire, peut-on ou pas écrire le mot champagne, et oui, sur quel type de bouteilles. Alors évidemment la position de la France, elle est très claire, le mot champagne, ça vient de ces belles régions de France où on produit le champagne, mais qui aujourd'hui est une dénomination utilisée par d'autres pays, et parfois, d'autres pays, comme c'est le cas, et que vous venez de rappeler dans votre question, disent : ah bien, non, en fait, champagne, c'est nous, et vous, la France, ce n'est pas champagne, eh bien, vous imaginez la réaction des autorités françaises face à ça. Moi, ça fait longtemps que j'ai eu l'occasion de travailler avec les Russes sur ces sujets, dont on connaît la situation, et on va continuer à oeuvrer en ce sens.

PHILIPPE DAVID
Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui, votre collègue au gouvernement, Eric DUPOND-MORETTI est convoqué donc par la justice le 16 juillet, en vue d'une possible mise en examen, des soupçons de prise illégale d'intérêts, on se souvient que certains ministres, François Bayrou entre autres et Richard FERRAND ont dû démissionner avant leur mise en examen, est-ce que le Garde des sceaux doit démissionner ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, vous me posez une question sur une situation qui aujourd'hui n'existe pas, donc je n'ai pas de réponse à faire sur une situation aujourd'hui qui n'existe pas, si, à chaque fois, on devait faire des scénarii et puis prendre des positions sur des scénarii potentiels, donc…

CECILE DE MENIBUS
Mais ça le déstabilise quand même ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je vous renvoie – que je trouve – sur la chronique d'Arlette CHABOT, que j'ai trouvée à titre personnel très pertinente.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup Monsieur le Ministre.

PHILIPPE DAVID
Merci Julien DENORMANDIE, ministre de l'Agriculture et de l'alimentation…

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

PHILIPPE DAVID
Qui était l'invité du Grand matin de Sud Radio de ce mardi 6 juillet.

JULIEN DENORMANDIE
Et vraiment, intéressez-vous à ces métiers, ces entrepreneurs du vivant qui nourrissent le peuple, ça fait partie des plus beaux métiers qui puissent exister.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup.

JULIEN DENORMANDIE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juillet 2021