Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à RTL le 20 juillet 2021, sur le nombre élevé de contaminations chez les jeunes, la quatrième vague et la vaccination obligatoire des soignants.

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER
Merci à vous tous d'être là. 07h42, c'est donc RTL qui crée l'événement ce matin, car c'est le ministre de la Santé, votre invité, notre invité en direct. Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

STEPHANE CARPENTIER
Merci d'être parmi nous et face aux auditeurs, ces Français qui se vaccinent, ces Français qui râlent face aux contraintes. On va les entendre, à vous de les convaincre, c'est une chose pas simple dans le climat de défiance ambiant, tous les mots sont importants. Je ne vous cache pas que depuis que nous avons annoncé votre présence ce matin sur les réseaux sociaux, vous êtes un menteur, parce que vous êtes un ministre, et je suis un collabo parce que je suis un journaliste. Alors, jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité, dites : je le jure.

OLIVIER VERAN
Je dirai même la vraie vérité.

STEPHANE CARPENTIER
Soyons directs, est-ce que ce matin, 20 juillet 2021, la quatrième vague est là ?

OLIVIER VERAN
Oui. Oui, il y a plus de 10.000 cas avant-hier, nous sommes à 7.000 cas aujourd'hui, en moyenne par jour dans notre pays, et puis, ce qui change, par rapport à la première, deuxième et troisième vague, c'est qu'il va très vite ce virus, il est beaucoup plus contagieux, on le savait, mais on le constate chaque jour, c'est-à-dire qu'on fait plus de 120 %, quand on neutralise l'effet jours fériés, enfin, c'est compliqué, mais grosso modo, retenez qu'on est entre 100 et 130 % d'augmentation des cas sur une semaine ; je l'avais dit, il y a trois semaines, si vous vous souvenez, il n'y avait pas beaucoup de virus en circulation, j'avais dit : l'épidémie, si elle doit repartir, ça n'attendra pas septembre, ce sera en juillet.

STEPHANE CARPENTIER
Ça veut dire quoi ?

OLIVIER VERAN
Je m'étais même risqué à dire peut-être 15, 20.000 cas à la fin du mois de juillet, j'ai peur d'avoir eu, entre guillemets, les mots justes, puisque ce variant est effectivement très, très contagieux et circule. Aujourd'hui, c'est une épidémie de jeunes, vraiment une épidémie de jeunes, c'est-à-dire les 15-40 ans, et même les 20-30 ans ont le taux d'incidence le plus élevé, dans certains départements, je pense aux Pyrénées-Orientales, on a un taux d'incidence qui est au-dessus de 1.000 chez les jeunes. On comprend pourquoi, ce sont des gens qui sont moins vaccinés que les personnes âgées, qui, elles, sont davantage protégées par le vaccin, donc plus susceptibles d'être contaminés par le virus. La bonne nouvelle, c'est que les jeunes font moins de formes graves, donc on ne voit pas encore d'impact hospitalier. Mais si vous vous souvenez bien de l'été dernier, les jeunes ont commencé par être contaminés, puis, ensuite, des personnes âgées ont pu être contaminées, c'était au mois de septembre, et ensuite, on a eu un impact hospitalier avec une vague. Donc je reste extrêmement vigilant, il y a une part, entre guillemets, d'inconnue, dans la mesure où on ne connaît pas encore l'impact complet à l'échelle d'une population de la vaccination qui est quand même avancée dans nos pays européens, sur les cas graves, mais on constate, en Angleterre par exemple, qu'ils ont fait quatre fois d'hospitalisations en un mois, et on constate que nos indicateurs d'admissions aux urgences, d'hospitalisations ou d'admissions en réanimation, même s'ils restent encore assez faibles à ce stade, ont commencé à augmenter.

STEPHANE CARPENTIER
Ça veut dire quoi, qu'on pourrait avoir 30, 40, 50.000 cas très rapidement ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire qu'on peut avoir des chiffres qui effectivement peuvent donner, même un peu le vertige, compte tenu du fait qu'il est très, très contagieux, ce variant, très contagieux, regardez un club de nuit, avec 500 jeunes, on va avoir, je ne sais pas à combien on en est, mais peut-être déjà 10 % des gens qui sont contaminés au sein du club, je ne dis pas ça pour stigmatiser le club, je vous dis ça pour montrer l'exemple, ça veut dire qu'en l'espace d'une heure ou deux heures, vous êtes en contact avec des gens qui sont potentiellement contagieux, si vous n'êtes pas vacciné, vous allez attraper le virus.

STEPHANE CARPENTIER
Monsieur le Ministre, on a besoin de comprendre, et les auditeurs en particulier, pourquoi, si nous faisons face aujourd'hui à autant de cas, il y a aussi peu d'hospitalisations ?

OLIVIER VERAN
Mais je vous ai répondu, c'est une épidémie de jeunes, les jeunes de 20 à 30 ans font beaucoup moins de cas graves, ils peuvent faire des Covid longs, un certain pourcentage d'entre eux d'ailleurs feront, hélas, des Covid longs, c'est-à-dire qu'ils seront K.O pendant des semaines ou pendant des mois. Donc il ne faut pas croire du tout qu'on est à l'abri de tout danger. Et si les jeunes ont dans leur entourage d'autres personnes qui ont fait des Covid longs, ils leur raconteront ce que ça veut dire. Il y a aussi des cas graves chez les jeunes, mais c'est plus rare, et c'est tant mieux, c'est ce qu'on a constaté lors des vagues précédentes, mais je constate aussi une augmentation du taux d'incidence dans la circulation du virus chez les personnes plus âgées, au-dessus de 60 ans. Et là, les mêmes causes produisant les mêmes conséquences, plus on aura de cas de contamination chez les personnes âgées, plus on aura d'hospitalisations, et même de décès. Il y a encore 10, 15 % des personnes âgées et fragiles qui ne sont pas vaccinées, c'est beaucoup, c'est beaucoup. La première vague, qui a mis, pas à genoux, mais qui a mis en très forte tension tous les hôpitaux de France, n'a finalement touché que 2 ou 3 % de la population.

STEPHANE CARPENTIER
Ça va très, très vite.

OLIVIER VERAN
On a encore facilement 15 % de la population sensible qui n'est pas vaccinée. Donc, plus nous nous vaccinons, plus nous freinons le virus, et plus nous limitons les risques de constater un impact sanitaire dans quelques semaines, quand on constate l'impact sanitaire, et qu'on se dit : ah ben, oui, vous avez vu, finalement, ça monte, c'est trop tard, donc c'est maintenant qu'il faut agir, c'est pour ça qu'on met l'accent sur la vaccination, mais aussi qu'on redit les consignes d'usage, attention : vivez le plus normalement possible, mais gardez vos distances quand c'est possible, lavez-vous les mains, faites attention, tout ça, ces vieux réflexes, il ne faut pas les oublier, au contraire…

STEPHANE CARPENTIER
C'est le classique depuis un an et demi, ça, les Français sont habitués…

OLIVIER VERAN
Oui, mais enfin, c'est des classiques, parfois, on oublie ces vieux classiques, mais pourtant, ça marche.

STEPHANE CARPENTIER
Vous vous êtes fixé un objectif en termes de vaccination, en termes de millions de personnes vaccinées ?

OLIVIER VERAN
Ah, là, l'objectif, c'est le maximum possible.

STEPHANE CARPENTIER
Ça veut dire quoi le maximum ?

OLIVIER VERAN
On avait fixé un objectif qui était 40 millions de primo-vaccinés à la fin août, vous vous souvenez, là, je pense qu'on va faire les 40 millions avant la fin juillet, ou à la fin du mois de juillet, parce que ça avance très vite, et c'est tant mieux, je fais le maximum avec les ARS, les Assurances-maladies, les centres de vaccination, les médecins, les pharmaciens, pour qu'on puisse proposer le maximum de vaccins au maximum de Français dans les toutes prochaines semaines, parce que, maintenant, ils sont très nombreux à vouloir se protéger le plus vite possible pour avoir le pass sanitaire ou parce qu'ils ont compris que la vague épidémique était là. Et donc, on fait vraiment ce maximum-là, et si on arrive à 43, 44, 45, je ne sais pas, je ne peux pas vous donner le chiffre, à la fin du mois d'août, si on a vacciné, on risque d'avoir… on a une chance d'avoir vacciné plus de 80, peut-être 85 % de la population vaccinable d'ici la fin de l'été, ce qui serait en soi déjà le meilleur résultat atteint dans une campagne vaccinale française, mais je ne suis pas sûr que ça suffise encore, il nous faut atteindre, vous le savez, l'immunité collective, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait au moins 9 ou 9,5 Français sur 10 qui soient vaccinés.

STEPHANE CARPENTIER
Olivier VERAN, la vaccination obligatoire des soignants, ça, c'est une décision forte de ces derniers temps, est-ce que les médecins, les infirmiers, les aides-soignants, ils se font piquer un peu, beaucoup, énormément ?

OLIVIER VERAN
Beaucoup…

STEPHANE CARPENTIER
Vraiment ?

OLIVIER VERAN
Oui, oui, j'ai des échos partout, dans les EHPAD, les hôpitaux…

STEPHANE CARPENTIER
Des échos, ce n'est pas des chiffres, Monsieur VERAN…

OLIVIER VERAN
Non, mais si vous avez des chiffres, je suis preneur, vous savez, il y a ce qu'on appelle à la fois le secret médical, il y a beaucoup de choses, donc il est très compliqué d'avoir des statistiques précoces, on a des statistiques hebdomadaires par Santé publique France ou mensuelles selon les soignants considérés, qui nous permettront de suivre cela, et je ne communiquerai, comme je l'ai toujours fait, ce que je peux vous dire, c'est que j'ai des directeurs, des médecins, des infirmières, des aides-soignants qui appellent, nombreux, pour dire qu'ils voient qu'il y a un vrai mouvement collectif de vaccination, c'était attendu, et c'est tant mieux, parce que ça va les protéger eux, qui sont au contact des malades, et puis, ça va protéger leurs malades.

STEPHANE CARPENTIER
Alors, ils le font, mais pas tous, je voudrais vous faire entendre les mots qui nous ont marqués hier matin sur notre antenne, sur RTL, c'est la position d'une infirmière qui se prénomme Aurore, et qui est aussi une maman, écoutez.

AURORE
Moi, j'ai des enfants qui veulent à tout prix se faire vacciner pour pouvoir vivre librement, c'est ce qu'ils m'ont dit, mais c'est inadmissible, et je me battrai pour ne pas qu'ils soient vaccinés, hier, ils m'ont dit qu'ils pensaient à se faire vacciner, j'ai deux filles qui ont plus de 20 ans, et vraiment, moi, ça m'a détruite, parce que je me dis : on vit dans… pff, c'est franchement dur parce qu'on est obligé d'avoir quoi, de montrer patte blanche pour aller, sortir au ciné, etc, pour vivre ! Non, mais moi, ça me fout les boules !

STEPHANE CARPENTIER
Vous l'entendez ça ?

OLIVIER VERAN
Alors, je l'entends, mais je ne le comprends pas, plutôt vous dire, c'est historique, ce n'est pas la première fois qu'il y a une vaccination massive, et à chaque fois, il y a eu des mouvements sociaux, 1902, 1934, 1940, dans les années 60, à chaque fois qu'il y a eu un vaccin qui a été généralisé, quelle que soit la façon de le généraliser, il y a eu des mouvements sociaux avec des arguments ou religieux ou, je dirais parascientifiques ou politiques sur la liberté individuelle, et ce que je dis aux Français, c'est qu'à l'individualisme, nous préférons la responsabilité collective, c'est ainsi qu'en France, vous ne pouvez pas rouler au-dessus de 130 à l'heure sur l'autoroute, ou vous ne pouvez pas boire trop d'alcool avant de prendre votre volant, mais aussi pour protéger celles et ceux qui empruntent les mêmes routes, et je voudrais dire aussi aux manifestants qui étaient un certain nombre samedi dans les rues de France, que parmi eux, statistiquement, les mesures de la loi que nous allons commencer à examiner au Parlement aujourd'hui, vont sauver des vies parmi eux, mais vont aussi sauver les vies de leurs parents, de leurs amis, de leurs proches, ils ne le voient pas, ils ne l'entendent pas, parfois, ne le souhaitent peut-être pas, mais ce que je leur dis, c'est que cette protection collective, aujourd'hui, elle s'impose à tous, nous devons aussi nous sortir de cette épidémie, nous avons un moyen extraordinaire de sortir de l'épidémie, si nous n'avions pas eu le vaccin, si nous n'avions pas eu le vaccin avec le variant Delta aujourd'hui, on ne parlerait effectivement pas de vague, je crois que c'est Gabriel ATTAL qui a parlé à juste titre de tsunami, si nous n'avions pas le vaccin pour protéger les plus fragiles, je ne suis même pas sûr qu'un confinement généralisé aujourd'hui nous permette de protéger nos hôpitaux et de sauver autant de vies que ce que nous avons pu sauver avec les décisions du président de la République au cours de l'année 2020. Donc il y a urgence à nous vacciner, j'entends les réticents, enfin, j'entends les gens qui doutent, qui ont peur, parfois pour conjurer la peur, on va chercher des idoles, parfois pour conjurer la peur, on va se référer à la magie avec des médicaments qui n'existent pas ou qui ne fonctionnent pas, mais ce que je dis, c'est que la science, elle est là aussi elle est là aussi pour nous aider face à la peur collective et à nous protéger.

STEPHANE CARPENTIER
Hier soir, Olivier VERAN, les parlementaires socialistes se sont prononcés pour la vaccination obligatoire pour tous, pas que pour les soignants, est-ce que ça, c'est un scénario envisageable ?

OLIVIER VERAN
Nous avons consulté, le Premier ministre a consulté tous les groupes politiques, tous les groupes politiques, avant de préparer un projet de loi, les groupes politiques ne se sont pas prononcés pour une vaccination, en tout cas, le groupe socialiste ne s'est pas prononcé pour une vaccination obligatoire des Français, a été plutôt réceptif à l'idée du pass sanitaire. Ensuite, nous sommes passés devant le Conseil d'Etat, voyez comme on est en dictature, on consulte les groupes politiques, on passe devant le Conseil d'Etat, on présente un projet de loi en Conseil des ministres, que je vais aller défendre à l'Assemblée nationale, que je défendrai ensuite au Sénat, et qui, ensuite, sera traduit devant le Conseil constitutionnel, qui dira la vérité du droit. Voilà pour le fonctionnement démocratique, c'est : on a ceinture et bretelles, on aura le débat au Parlement, aucune proposition n'est illégitime, et moi, je préfère un groupe socialiste qui propose, plutôt qu'un groupe La France Insoumise ou du RN, qui s'oppose systématiquement, je n'ai aucune difficulté à débattre des propositions, mais ensuite, je respecte profondément la démocratie, je serai dans l'hémicycle jour et nuit, toute la semaine, et s'il le faut, ce week-end, pour expliquer la position du gouvernement et pourquoi est-ce que nous considérons que ce que nous avons mis sur la table, après concertation des groupes politiques, est de nature à protéger un maximum de Français sans aller vers une obligation systématique.

STEPHANE CARPENTIER
Alors vaccination obligatoire ou pas un jour ?

OLIVIER VERAN
Mais, aujourd'hui, je vous le dis, nous sommes sur la logique du pass sanitaire, c'est-à-dire que nous incitons fortement les gens à se faire vacciner, je cherchais, vous savez, dans les tablettes de l'histoire de la vaccination, actuellement, il n'y a aucun vaccin qui soit obligatoire à l'âge adulte, on a des vaccins obligatoires chez les nourrissons ; vous ne rentrez pas en crèche quand vous n'êtes pas vacciné contre certaines maladies, pour les adultes, ce serait quand même un peu plus compliqué, si vous n'êtes pas vacciné, qu'est-ce qu'on fait, on envoie des gendarmes chez vous, on vous appelle, on vous dit : vous ne pouvez plus aller faire vos courses ; j'attends de voir quelle est la nature de la proposition concrète des députés, sénateurs socialistes ou d'autres groupes parlementaires, si les propositions émergent. Je vous le dis, on est… moi, je me satisferai toujours quand on sera capable de débattre de façon apaisée en responsabilité, vu l'enjeu pour notre pays, pas l'enjeu que sanitaire d'ailleurs, l'enjeu économique, social, culturel, sportif, de santé mentale, pour notre pays. Donc je suis intéressé par ce débat, je l'accueille plutôt comme utile, et nous verrons ce qu'il en ressortira.

STEPHANE CARPENTIER
Olivier VERAN, on a une première question d'auditrice.

(…)

Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2021