Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Inter le 5 juillet 2021, sur la propagation du variant Delta du Covid-19, la vaccination et les consultations pour l'extension du passe sanitaire.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être à notre micro. On pensait être sorti du tunnel, on pensait que les jours plus tranquilles, plus normaux étaient enfin arrivés, mais les mauvaises nouvelles s'accumulent. Le variant Delta se propage à grande vitesse dans le pays, au moment même où le rythme de vaccination faiblit. Alors, question cash pour commencer, est-ce qu'on doit se préparer sur le plan épidémique, Gabriel ATTAL, à un été pourri ?

GABRIEL ATTAL
On va tout faire pour l'éviter, mais il y a des motifs d'inquiétude, depuis plusieurs semaines, la situation s'est très nettement améliorée dans notre pays, grâce aux efforts des Français, grâce au déploiement de la vaccination. On a un taux d'incidences, un nombre de contaminations qui a beaucoup chuté et qui a chuté très rapidement, on a aujourd'hui un taux d‘incidence qui est autour de 20, ce qui est très bas quand on se souvient des niveaux qu'on a atteints à un moment. Mais ce qu'on constate, c'est que depuis un peu moins d'une semaine, la tendance semble s'être inversée, et que l'épidémie regagne du terrain. Alors ça se fait lentement, progressivement, il y a une part de cette situation qui est attendue, parce que plus vous atteignez un niveau faible de contamination, moins ça baisse vite. Par ailleurs, on a tout rouvert, donc forcément qu'il y a un petit tassement, là aussi, ça peut être attendu. Mais ce qu'on constate dans le même temps, c'est que le variant Delta, qui est particulièrement contagieux, particulièrement inquiétant, gagne du terrain très rapidement. Il double presque chaque semaine, on est aujourd'hui à plus de 30%   des contaminations qui sont liées au variant Delta, et on a des exemples autour de nous qui montrent que cette situation peut être les prémices d'un redémarrage de l'épidémie qui peut se faire très rapidement…

LEA SALAME
Est-ce qu'on est dans la situation de la Grande-Bretagne, il y a un mois, aujourd'hui, c'est vrai qu'au Royaume-Uni, ça ré-explose, est-ce que vous comparez la situation à la Grande-Bretagne, il y a un mois par exemple ?

GABRIEL ATTAL
Quand on regarde la Grande-Bretagne, il y a un mois, un mois et demi, ils étaient autour de 2 500, 3 000 contaminations/jour, qui est le niveau qu'on connaît aujourd'hui, il y avait un redémarrage assez léger au départ, qui est ce qu'on observe aujourd'hui, une part du variant Delta qui était plus importante, et puis, c'est parti d'un coup…

LEA SALAME
Et puis, ça a explosé…

GABRIEL ATTAL 
Mais regardez ce qui se passe aussi en Catalogne, à Barcelone, il y a une explosion des cas depuis maintenant plusieurs jours, on voit aussi une situation au Portugal qui a dû prendre des mesures, à Moscou, en Russie, donc il y a cette inquiétude, mais il n'y a pas de fatalité, et c'est ça le message qu'il faut passer…

LEA SALAME
Non, mais quand il dit, Olivier VERAN, il y aura, il peut y avoir une quatrième vague dès fin juillet, fin juillet, c'est dans 2 semaines, 3 semaines…

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est…

LEA SALAME
C'est un scénario qui est sur la table ?

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est une possibilité, dès lors qu'on observe et qu'on a observé au Royaume-Uni une explosion qui s'est faite très rapidement après des premiers signes avant-coureurs et qu'on peut considérer que ces signes, on les voit aujourd'hui dans notre pays, c'est une possibilité, mais à nouveau, il n'y a pas de fatalité, et on a une carte maîtresse pour empêcher qu'une nouvelle vague déferle sur notre hôpital, c'est la vaccination, c'est un signe, entre guillemets, d'espoir…

NICOLAS DEMORAND
On va y venir, évidemment…

GABRIEL ATTAL
On espère, c'est que, quand on regarde ce qui se passe notamment au Royaume-Uni, il y a une explosion des contaminations, mais on n'observe pas la même explosion des cas graves hospitalisés, et ça, on peut espérer que c'est grâce à la vaccination qui s'est déployée massivement au Royaume-Uni, et donc, il faut continuer à se faire vacciner. 

NICOLAS DEMORAND
Avant d'y venir en détail à la vaccination, un mot sur cette hypothétique quatrième vague fin juillet, si elle arrive à cette date-là, ça veut dire quoi, Gabriel ATTAL, reconfinement, jauge à nouveau plus stricte, remettre le masque en extérieur. Quels sont les scénarios ?

GABRIEL ATTAL
Alors, on n'en est pas là évidemment, et on va tout faire pour l'éviter…

NICOLAS DEMORAND
Non, mais je vous dis si, et si…

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, on a basculé dans un régime de gestion de l'épidémie qui était national avec des restrictions nationales qui ont été levées progressivement, un régime de gestion locale, on a adopté une loi qui permet, si on observe une explosion des contaminations, une situation inquiétante à l'échelle d'un territoire, de prendre des mesures, c'est une possibilité qui existe dans la loi…

LEA SALAME
Donc ce n'est pas exclu que le 1er août, on reconfine partiellement certaines régions, je ne sais pas, l'Aquitaine, la Bretagne, la Corse, demain, si ça explose ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, on n'en est pas là, moi, je ne veux pas déjà donner le sentiment qu'on est dans cette situation. 

LEA SALAME
Non, mais on sent bien que le ton du gouvernement, depuis trois, quatre jours, se durcit. Alors, est-ce que c'est que la situation est vraiment très grave, ou est-ce que vous essayez de provoquer un électrochoc pour que les gens aillent se faire vacciner, c'est ça la question ?

GABRIEL ATTAL
Alors, c'est que la situation est inquiétante, voilà, et qu'il faut se faire vacciner, mais souvenez-vous, l'été dernier, on avait vu une reprise de l'épidémie très forte dans un territoire, qui était la Mayenne, on avait pris des mesures dans ce département de la Mayenne, on a vu ces dernières semaines qu'il y avait une situation plus inquiétante que dans le reste de la France dans le département des Landes, et donc, on a pris des mesures dans le département des Landes, voilà, et c'est notre responsabilité d'être transparent, de dire aux Français quelle est la situation, mais aussi de leur dire que ce n'est pas une fatalité, que la vaccination, elle fonctionne pour limiter les formes graves, y compris avec le variant Delta, qu'elle fonctionne pour limiter la transmission du virus, y compris avec le variant Delta, et que donc toute vaccination supplémentaire, c'est une petite victoire contre le variant Delta.

NICOLAS DEMORAND
Rendre la vaccination obligatoire, Gabriel ATTAL, pour toute la population serait la solution ultime, mais évidemment, ça pose des problèmes d'éthique et de liberté redoutables, pensez-vous qu'on va tout de même y venir, vous vous refusiez à envisager récemment encore la vaccination obligatoire des soignants, mais on est en train d'y arriver, est-ce que le même changement de cap est envisageable pour la population générale ?

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord, il faut voir d'où on vient, quand on a lancé la campagne de vaccination, il y avait des doutes sérieux, on en parlait d'ailleurs ici quand je venais chez vous, d'abord, sur notre capacité à vacciner plusieurs dizaines de millions de personnes, on est aujourd'hui à 35 millions de personnes qui ont reçu une première dose, et puis, des doutes aussi sur le fait que les Français aillent se faire vacciner, souvenez-vous des sondages au début de la campagne de vaccination, peu de Français avaient l'intention de se faire vacciner…

LEA SALAME
Oui, mais là, on y est, on est sur un plafond de verre, là…

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, l'intention vaccinale, elle n'a jamais été aussi haute, ce qui est certain, c'est que depuis quelques semaines, il y a un tassement dans le nombre de premiers rendez-vous, mais on a vu la semaine dernière, là, des signaux plutôt encourageants, puisque le nombre de rendez-vous pour les premières injections est reparti légèrement à la hausse, entre 10 et 20%   d'augmentation. Donc là, c'est pareil, il n'y a pas de fatalité, et on peut encore convaincre des Français qui ne se sont pas fait vacciner de se faire vacciner. Sur la vaccination des soignants, on a toujours dit que l'obligation était sur la table, dès le mois de janvier, février, on avait des déclarations très claires sur ce sujet…

LEA SALAME
Est-ce que vous la faire l'obligation vaccinale pour tout le monde ?

GABRIEL ATTAL
Pour tous les Français ?

LEA SALAME
Pour tous les Français.

GABRIEL ATTAL
Olivier VERAN l'a écartée. Maintenant, ce que je veux redire…

LEA SALAME 
Il vous est arrivé d'écarter des choses que vous avez fait ensuite…

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est vrai, non, mais c'est vrai, moi, je suis très…

LEA SALAME
Donc…

GABRIEL ATTAL
Toujours très prudent, parce que…

LEA SALAME
On avait le patron de SANOFI à votre place, là, à 7h50, qui disait clairement : il faut y venir à l'obligation vaccinale, c'est la Une du Parisien, là, est-ce qu'il faut arriver à cette obligation vaccinale pour tout le monde ?

GABRIEL ATTAL
En tout cas, il faut convaincre très largement les Français de se faire vacciner, premièrement, et deuxièmement, on peut aussi imaginer des incitations, voilà, inciter les Français à se faire vacciner davantage, en utilisant notamment le pass sanitaire, c'est ce qu'a proposé le Premier ministre comme piste, on en discute ces jours-ci avec les groupes politiques et les formations politiques…

NICOLAS DEMORAND
Ça veut dire quoi, engager avec le pass sanitaire ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien, ça veut dire qu'aujourd'hui, vous avez un pass sanitaire qui est demandé pour un certain nombre d'activités qui sont limités, aux très grands rassemblements, aux discothèques, aux voyages, qui permet, soit, de se faire vacciner, soit de réaliser un test, un test qui est aujourd'hui pris en charge par la Sécurité sociale, on peut imaginer que le périmètre du pass sanitaire puisse évoluer, qu'il puisse concerner davantage d'activités, et que, à un moment donné, la question de la gratuité des tests ou de leur prise en charge par la Sécurité sociale se pose, ce qui peut être une incitation à se faire vacciner davantage, tout ça est en débat, on va échanger avec l'ensemble des formations politiques, les associations d'élus, dans les jours qui viennent, pour prendre les bonnes décisions…

NICOLAS DEMORAND
Et donc, juste, que je comprenne, ça veut dire, par exemple, le pass sanitaire exigé pour rentrer au cinéma ou dans des lieux où aujourd'hui, il ne l'est pas ?

GABRIEL ATTAL
Ou des rassemblements moins importants…

NICOLAS DEMORAND
Ou des rassemblements…

GABRIEL ATTAL
Enfin, avec moins de monde que ce qui est prévu aujourd'hui, à nouveau, il n'y a rien qui a été décidé sur ce sujet-là. Mais ça fait partie…

LEA SALAME
Mais vous y allez…

GABRIEL ATTAL
Ça fait partie des discussions qu'on a avec les formations politiques, ce qu'il faut, c'est qu'on se vaccine massivement encore une fois parce que c'est la carte maîtresse, c'est notre chance d'éviter une quatrième vague sur notre hôpital.

LEA SALAME
Bien sûr qu'il faut obliger les soignants à se faire vacciner, vient de déclarer Alain FISCHER, le président de l'orientation du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale à l'instant c'est chez nos confrères d'Info, bien sûr qu'il faut obliger les soignants à se faire vacciner dit-il, bien sûr, allez-vous forcer les soignants – il en reste 30%   qui ne sont pas vaccinés – à se faire vacciner ?

GABRIEL ATTAL
C'est une sérieuse possibilité, voilà. Le Premier ministre l'a dit, on échange avec les formations politiques, moi, je ne veux pas préempter les discussions qu'on a avec eux, si on les consulte, c'est précisément pour tenir compte de ce qu'ils nous disent, mais on constate quand même qu'il y a un certain consensus qui se dessine autour de cette idée chez les formations politiques, mais aussi chez les scientifiques et chez les Français, quand on regarde les études d'opinion et les sondages, mais pourquoi cette question se pose, parce qu'on a observé certaines situations où l'épidémie repartait, notamment dans des EHPAD, parce que certains soignants n'étaient pas vaccinés, et on sait que des résidents, même s'ils sont vaccinés, parce qu'ils sont très fragiles, ils peuvent être contaminés, voire développer une forme grave quand même. Et donc, c'est une responsabilité, la vaccination obligatoire des soignants n'aurait rien de très nouveau, il y a aujourd'hui des vaccins qui sont obligatoires pour les soignants, sur la diphtérie, sur le tétanos, sur la poliomyélite, voilà, et donc, ça serait rajouter une obligation vaccinale…

NICOLAS DEMORAND
Et vous allez passer par un projet de loi pour le faire ?

GABRIEL ATTAL
Alors, si on va vers cette vaccination obligatoire pour les soignants, il faut effectivement passer par la loi, pour rajouter le vaccin Covid aux vaccins obligatoires, et donc il faudra qu'un projet de loi soit présenté. 

LEA SALAME
Mais quand ? Là, tout de suite ? Parce que, ce que nous disait Jean-François DELFRAISSY la semaine dernière, c'est qu'il ne faut pas attendre septembre, en fait, il faut que la première piqûre obligatoire soit faite, là, dès juillet.

GABRIEL ATTAL
S'il est décidé de le faire, il est possible que le texte soit présenté avant l'été, enfin, avant l'été, au sens avant la fin de la session parlementaire, c'est-à-dire à la fin juillet. 

LEA SALAME
Fin juillet, obligation des soignants, quoi ?

GABRIEL ATTAL
Après, enfin, il peut y avoir une mesure adoptée et une obligation qui rentre en vigueur un peu plus tard, je veux dire, il faut aussi laisser le temps aux personnes qui ne sont pas vaccinées de le faire, si elles devaient être concernées par une obligation


source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2021