Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Inter le 22 juillet 2021, sur le projet de loi portant obligation de vaccination pour les personnels soignants et extension du passe sanitaire face au variant Delta.

Texte intégral

CARINE BECARD
Notre invité dans le "Grand entretien", ce matin, est le porte-parole du gouvernement. Face à la 4ème vague de l'épidémie de coronavirus, l'obligation de vaccination pour les personnels soignants et l'extension du Pass sanitaire suffiront-elles à freiner l'ampleur qu'est en train de prendre en France le variant Delta ? Pour l'instant, des mesures supplémentaires prises par les préfets, notamment, se multiplient ces dernières heures dans plusieurs départements. Certes, le Conseil scientifique a validé les récentes mesures prises par l'Exécutif, et certes, un objectif de 50 millions de primo-vaccinés vient d'être arrêté pour la fin du mois d'août, mais d'ici là, à quoi va bien pouvoir ressembler notre été ? Comment ne pas se retrouver trop vite débordé ? Vos questions, vos observations, vos réactions, comme chaque matin, au 01 45 24 7000. Gabriel ATTAL, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Carine BECARD.

CARINE BECARD
Et merci d'avoir répondu à notre invitation. Alors, commençons si vous le voulez bien, par dresser un état des lieux. Quels sont les départements qui sont déjà dans une situation critique, il y en a combien et ils se situent où, et quels sont ceux qui sont un peu tangents et qui pourraient maintenant basculer très vite ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez une épidémie qui est repartie au niveau national. On est dans une 4ème vague, et c'est une vague qui ne ressemble pas aux précédentes, parce que la pente est beaucoup plus raide et parce que l'augmentation se fait beaucoup plus rapidement. Une augmentation de 150% de l'incidence et des contaminations en une semaine, c'est du jamais vu depuis le début de la crise. On a franchi hier le seuil du double du seuil d'alerte dans notre pays, c'est-à-dire que l'incidence corrigée du jour férié, du 14 juillet, est de 100 pour 100 000 habitants, c'est deux fois le seuil d'alerte qui est à 500 dans notre pays. Avec des départements, effectivement, où la situation est beaucoup plus critique qu'ailleurs, je pense évidemment à la Martinique, où on a un taux d'incidence qui est très élevé, avec en plus une part de la population vaccinée qui est beaucoup plus faible.

CARINE BECARD
Qui est très faible.

GABRIEL ATTAL
Vous avez évidemment les Pyrénées Orientales, où on a un taux d'incidence très élevé aussi. L'Hérault et d'autres départements. Ce qu'il faut avoir bien en tête, c'est qu'il y a cette hausse très rapide de l'incidence, et que donc il faut garder une vigilance absolue au cours de l'été, dans les gestes barrières, dans les contacts que l'on peut avoir les uns avec les autres, même si évidemment c'est très difficile dans une période de vacances, une période estivale.

CARINE BECARD
Mais de quel levier exactement vous pouvez profiter, disposez-vous pour essayer de freiner en fait la circulation de ce virus, ce variant Delta ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien d'abord, vous savez, on dispose d'un levier structurel qui est la vaccination.

CARINE BECARD
Oui, d'accord.

GABRIEL ATTAL
C'est pour ça qu'on accélère, mais c'est important de le dire, c'est pour ça qu'on accélère la campagne de vaccination, et le Premier ministre a annoncé de nouveaux objectifs qui sont très ambitieux. On devait faire 40 millions de premières injections avant la fin du mois d'août, ça sera avant la fin du mois de juillet. On passe à un objectif de 50 millions fin août. Vous savez, la semaine dernière on a fait une semaine record après l'intervention du président, il y a eu plus de 4 millions d'injections, dont 2 millions de premières injections, ce qui était beaucoup, puisque les semaines précédentes on faisait plutôt un million, 1,2 million de premières injections par semaine. Et le Premier ministre l'a dit : la semaine prochaine l'objectif c'est 4 millions de premières injections sur la semaine, et pareil pour la première semaine d'août. Donc, c'est un défi collectif qui est lancé. Donc, ça c'est le premier point, qui est le point structurel parce qu'on sait que le variant Delta n'a peur vraiment finalement que d'une seule chose : c'est la vaccination, parce qu'elle protège. Elle protège des formes graves et elle limite le risque de transmission. Si vous êtes vacciné, vous avez 12 fois moins de risques d'être contaminés et de transmettre le virus. Ça c'est la première chose.

CARINE BECARD
D'accord.

GABRIEL ATTAL
Ensuite il y a les gestes barrières, encore une fois, qui ne sont pas des gestes d'hiver, qu'il faut maintenir pendant l'été, parce que c'est ce qui permet aussi de limiter la transmission du virus entre les personnes.

CARINE BECARD
Mais ce qu'on voit, c'est justement que vous réinstaurez l'obligation du port de masques, la fermeture des bars et des restaurants à 23h00, dans certains départements déjà, je crois en Haute-Corse…

GABRIEL ATTAL
Et les Pyrénées Orientales.

CARINE BECARD
Et les Pyrénées Orientales. Vous réduisez déjà les jauges, est-ce que vous regrettez Gabriel ATTAL que le gouvernement ait levé le 30 juin les dernières restrictions qui sont celles finalement qu'on est en train de remettre aujourd'hui ?

GABRIEL ATTAL
Nous, vous savez, quand on a levé ces restrictions, quand il y a eu le calendrier de levée des restrictions, on a toujours été très clair : les signaux étaient au vert, on a toujours été très clair sur le fait qu'il ne fallait griller aucun feu et qu'il fallait continuer à faire très attention. Et vous savez, au mois de mai dernier, on aurait pu décider, au regard de l'amélioration de la situation de la levée des restrictions, de dire : on sort de tout état d'urgence sanitaire etc., au contraire on a décidé de mettre en place un régime transitoire, précisément parce qu'on connaissait, on savait qu'il y avait un risque de reprise. On a par ailleurs lancé une consultation avec les formations politiques, tôt, pour préparer des mesures nouvelles. On avait mis en place des mesures à nos frontières pour protéger l'arrivée de variants, on constate d'ailleurs que l'épidémie de variant Delta, elle est partie en France quelques semaines après d'autres pays qui sont des pays voisins, parce qu'on avait aussi une protection très forte à nos frontières. Donc il y a ces mesures qui ont été prises. Maintenant, pour terminer de répondre à votre question précédente, dans la situation dans laquelle on est il y a aussi les mesures qui sont discutés au Parlement en ce moment, qui vont s'appliquer, notamment la mise en place du Pass sanitaire, qui vont permettre là aussi on l'espère de freiner la circulation du virus et de permettre aux Français de passer un été le plus normal possible.

CARINE BECARD
Alors, je voudrais vous poser deux questions très précises. La première c'est : les couvre-feux localisés, est-ce que c'est une mesure que vous pourriez envisager durant cet été ?

GABRIEL ATTAL
On a eu hier un Conseil de défense…

CARINE BECARD
Sanitaire.

GABRIEL ATTAL
… autour du président de la République, Conseil de défense sanitaire, et il n'a pas été question de couvre-feu dans un ou des départements. Encore une fois, ce que je vous dis, c'est qu'on est en train de mettre en place un outil qui est un outil fondamental qui est le Pass sanitaire, qui va permettre de maintenir des lieux de vie sociale ouverts, en garantissant que les personnes qui s'y rendre sont soit protégées, soit testées négatives, et donc que le virus a peu de chances de circuler dans ces lieux. Voilà. C'est ça l'outil dont on veut se doter. Il est déjà en place depuis hier dans un certain nombre de lieux notamment les lieux culturels et de loisirs ; à partir du début du mois d'août il sera en place, si le Parlement adopte le texte, dans des lieux de restauration…

CARINE BECARD
Ça va prendre un tout petit peu plus de temps que prévu.

GABRIEL ATTAL
Oui, probablement, on voit qu'il y a beaucoup de débats.

CARINE BECARD
Beaucoup d'amendements et de…

GABRIEL ATTAL
Beaucoup d'amendements, beaucoup de débats, c'est la démocratie…

CARINE BECARD
Très bien.

GABRIEL ATTAL
Et ça discute au Parlement et j'ai envie de dire "c'est normal", on est dans un état de droit, et heureusement, et cet outil sera fondamental.

CARINE BECARD
Deuxième question précise : est-ce que vous pourriez demander à des vacanciers, d'éviter certaines destinations, d'éviter certains départements très ou trop touchés ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, on constate que l'épidémie a repris partout, et donc il faut être vigilant partout. Et donc il n'est pas question aujourd'hui de restrictions de circulation entre des départements ou des régions en France. La vigilance s'impose partout, où qu'on aille.

CARINE BECARD
Gabriel ATTAL, une partie des professionnels de tourisme risquent du coup d'être quand même à nouveau sévèrement touchés, avec ces jauges dont je parlais, avec ces horaires resserrés, on en parlait en Haute-Corse et vous en parliez également dans les Pyrénées-Orientales. Est-ce qu'il y a eu, est-ce qu'il a été question hier à ce Conseil de défense sanitaire, dont vous parliez à l'instant, est-ce qu'on en a parlé de ces professionnels du tourisme ? Est-ce que vous essayez d'anticiper, est-ce qu'il va falloir à nouveau aller les aider ?

GABRIEL ATTAL
Mais alors, d'abord continuer à les aider, déjà. Vous savez que…

CARINE BECARD
Oui, mais les aides décélèrent en ce moment.

GABRIEL ATTAL
Il y a un dispositif, là aussi transitoire, avec le fonds de solidarité, avec les aides qu'on apporte aux acteurs économiques depuis le début de la crise, qui se poursuivent, et qui ont prévus pour se poursuivre jusqu'au mois de septembre. Et Bruno LE MAIRE a toujours été très clair sur le fait évidemment qu'on continuerait à adapter nos dispositifs et accompagner ceux qui en ont besoin. Donc évidemment qu'on continuera à accompagner. Mais encore une fois, le Pass sanitaire, c'est aussi ce qui permet à tous ces professionnels de rester ouverts et de ne pas avoir à refermer.

CARINE BECARD
Mais ce Pass sanitaire, ça leur coute cher ou pas, économiquement ?

GABRIEL ATTAL
Pour contrôler le Pass sanitaire sur ses clients, il faut avoir un smartphone et télécharger une application. Alors, après, humainement ça demande du temps, ça j'en suis parfaitement conscient…

CARINE BECARD
Peut-être recruter aussi des gens.

GABRIEL ATTAL
Là, je ne peux pas vous répondre sur ce point-là, mais en tout cas on a vu hier qu'il s'est mis en place dans des lieux certes qui ont déjà l'habitude de contrôler une billetterie ou des sacs etc. Bon, il y a eu quelques files d'attente pour ce contrôle du Pass sanitaire. Moi je le dis, je préfère voir des images de files d'attente pour un contrôle du Pass sanitaire, que les images de nos musées, de nos cinémas, qui sont restés fermés pendant des mois dans notre pays. Voilà. Ce Pass sanitaire il va quand même nous permettre de maintenir ouverts des lieux de vie sociale, des lieux de culture, des lieux de restauration, qui malheureusement avaient dû être fermés dans les vagues précédentes et qui si on n'en disposait pas aujourd'hui de ce Pass sanitaire et de la vaccination, devraient probablement être fermés vu la violence de la 4ème vague.

CARINE BECARD
Malgré tout, vous redoutez un bon coup de frein sur la relance qui était annoncée ou pas ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, la relance elle a commencé. Et je dois dire que l'on a des bons indicateurs sur l'économie française, que 40 milliards ont déjà été engagés du plan de relance, qu'on a eu au 2ème trimestre un record de 1ère embauche dans notre pays, je crois que c'est 2,2 millions. On a 300 000 emplois qui ont été créés depuis le début de l'année.

CARINE BECARD
Mais on a toutes les Bourses qui dévissent en ce moment.

GABRIEL ATTAL
Que l'INSEE a une prévision de croissance de 6% pour la France, ce qui est élevé par rapport aux autres pays européens. Donc il y a de grands indicateurs…

CARINE BECARD
On a tous les investisseurs qui ont peur du variant Delta.

GABRIEL ATTAL
Je vais vous dire, ce qui est certain, c'est que la relance elle a une menace, c'est le variant Delta, et elle a un allié, c'est le vaccin. Donc voilà, quand on se fait vacciner on se donne aussi une chance de pouvoir relancer notre économie et de pouvoir avoir une activité qui continue à repartir, ce qui est extrêmement important aussi pour l'emploi dans notre pays.

CARINE BECARD
Est-ce que dans ce contexte, Gabriel ATTAL, ce n'est pas vers la vaccination obligatoire pour tous qu'il faudrait aller ? En tout cas c'est en train de devenir, c'est en train de rentrer, de revenir dans le débat, la gauche y est assez favorable, mais pas seulement la gauche d'ailleurs, la droite et une partie de la majorité également. Est-ce que ça fait partie des leviers qui sont sur la table et sur lesquels vous réfléchissez ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez que depuis le début de la campagne de vaccination, on a avancé avec la confiance, la pédagogie et le dialogue, et si on avait mis en place une vaccination obligatoire au début de cette campagne de vaccination, vu le taux d'adhésion qu'il y avait à l'époque autour de la vaccination, je ne suis pas sûr qu'on n'en serait aujourd'hui à 40 millions de 1ère injection. Moi je pense que ce qui s'est passé ces derniers mois montre que par la conviction, l'échange, le dialogue, la pédagogie, on arrive à faire beaucoup. Et le président de la République s'est exprimé, il a dit qu'on allait continuer sur cette voie, il y a de l'incitation aussi avec le Pass sanitaire, mais qu'il n'écartait pas à terme qu'une vaccination obligatoire puisse entrer en vigueur dans notre pays. Ce sont ses mots dans son allocution du 12 juillet.

CARINE BECARD
Complètement.

GABRIEL ATTAL
Mais on peut convaincre encore des Français qui hésitent, sincèrement, qui se posent des questions.

CARINE BECARD
Alors, vous allez essayer de convaincre Christine, qui nous attend au standard.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2021