Interview de M. Alain Griset, ministre chargé des petites et moyennes entreprises, à France Info le 2 août 2021, sur le passe sanitaire.

Intervenant(s) :

  • Alain Griset - Ministre chargé des petites et moyennes entreprises

Prononcé le

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Texte intégral

CELINE ASSELOT
Et notre premier invité de la semaine, c'est le ministre délégué aux Petites et Moyennes entreprises, bonjour Alain GRISET.

ALAIN GRISET
Bonjour Céline ASSELOT, bonjour monsieur FALT.

CELINE ASSELOT
Alors évidement on va parler ensemble de la situation sanitaire, du pass sanitaire qui sera étendu la semaine prochaine aux cafés et aux restaurants, qui est très contesté, on l'a encore vu ce week-end dans la rue. Parlons d'abord de vous, Alain GRISET, de votre avenir puisque vous allez être jugé en correctionnel le 22 septembre prochain pour des déclarations de patrimoine et d'intérêts incomplètes, est-ce que vous pouvez dans ces circonstances rester au Gouvernement ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord j'ai eu, je veux dire la confiance renouvelée du président de la République, du Premier ministre, je les en remercie. Et ensuite je veux dire j'attends sereinement cette convocation, ça va me permettre de pouvoir expliquer, donner les justificatifs et montrer ma bonne foi dans cette opération.

YANNICK FALT
Alain GRISET un ministre renvoyé en correctionnelle ce sera une première depuis le début du quinquennat, mais vous êtes 6 au total aujourd'hui concernés par des enquêtes judiciaires, dont votre collègue Eric DUPOND-MORETTI, le ministre de la Justice, lui aussi mis en examen alors que voici ce que disais le candidat MACRON en mars 2017, chez nos confrères de France 2.

EMMANUEL MACRON
Dans le principe un ministre doit quitter le Gouvernement lorsqu'il est mis en examen.

YANNICK FALT
Le chef de l'Etat a-t-il eu tort d'annoncer une règle qu'il ne respecte pas ?

ALAIN GRISET
Je veux dire dans le cas précis qui me concerne, je n'ai pas été entendu, j'ai juste une convocation, il y a pas de décision de justice, je vais avoir l'occasion d'expliquer la situation, de justifier, d'apporter des preuves, donc il y a rien qui justifie que où que ce soit qui m'empêche de pouvoir travailler. Je suis concentré son action, déterminé à poursuivre la mission qui m'a été confiée. Vous savez les TPE, les PME, 3 millions d'entrepreneurs en France, aujourd'hui attendent d'un ministre qu'il soit à leur disposition, à leur écoute et qu'on puisse trouver des solutions adaptées. Et moi j'ai la chance d'être sous l'autorité de Bruno LE MAIRE à Bercy au contact de ces entreprises et je remercie d'ailleurs Bruno de son soutien avec mes collègues à Bercy, nous sommes 6 ministres, nous formons une équipe totalement mobilisée. Et je crois pouvoir dire, il faut naturellement toujours être prudent mais que globalement depuis maintenant 13 mois, nous avons trouvé des solutions, accompagner correctement les entreprises et nous avons atteint l'objectif que le président nous avait assigné, c'est de maintenir le tissu économique.

YANNICK FALT
Procès le 22 septembre, est-ce qu'en cas de condamnation vous vous engagez aujourd'hui à démissionner ?

ALAIN GRISET
D'abord je n'envisage pas de condamnation et ensuite tout ça dépend de la décision du président de la République et du Premier ministre.

CELINE ASSELOT
Mais ça ne vous empêche pas cette situation justement de travailler sereinement à la situation sanitaire qui est celle qu'on connaît aujourd'hui et d'être attentif aux besoins des restaurateurs et de tous les professionnels qui sont dans une situation particulière cet été ?

ALAIN GRISET
Mais Madame l'information est connue depuis le mois de novembre, là il y a une date qui a été donnée mais les faits sont connus depuis le mois de novembre. Je ne crois pas que ça a, à aucun moment, empêché l'action que j'ai menée depuis le mois de novembre. J'ai travaillé tous les jours du matin au soir, quelquefois la nuit, j'ai reçu des centaines de personnes, j'ai fait des visites toutes les semaines et j'ai continué au même rythme jusqu'au moment où le président de la République continuera à faire confiance.

CELINE ASSELOT
Alors parlons-en justement du pass sanitaire qui a été à nouveau contesté dans la rue le week-end dernier, un peu plus de 200000 personnes sont descendues dans la rue justement samedi dernier, 2 fois plus que le 17 juillet dernier. Est-ce que ça vous inquiète ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord je vais dire vous savez j'ai un parcours professionnel syndicale, la liberté de manifestation, c'est quelque chose qu'il faut qu'on respecte. Là où il y a une difficulté, moi je pense que manifester une opposition c'est quelque chose en France qui est une chance, là où il y a une différence, c'est quand on casse, quand on agresse dans la manifestation. Il y a comme des professionnels aujourd'hui que ce soit des restaurateurs, que ce soit des pharmaciens, je veux dire, ce n'est pas eux qui ont pris des décisions, ils sont là pour servir les Français, donc il faut les respecter. Ensuite, vous savez, le pass sanitaire d'abord je pense qu'il faut qu'on continue d'expliquer, ça n'est pas que la vaccination le pass sanitaire, c'est aussi le test PCR, c'est le test antigénique et on a une situation sanitaire qui fait que partout dans le monde, qu'est-ce qu'il est possible de faire contre le virus ou le confinement qui est une des solutions qui a été adoptée au mois de mars et avril 2020 ou la vaccination. Il n'y a pas d'autre solution pour essayer d'endiguer ce virus qui fait quand même des morts encore tous les jours. Et donc ce que le président de la République a décidé, c'est de ne pas reconfiner parce que avec le taux d'incidence que nous avons actuellement, il y a un an on aurait reconfiner, aujourd'hui il y a pas de confinement, on a la chance de pouvoir mener une vie quasi normale avec le pass sanitaire.

CELINE ASSELOT
Mais ça veut dire que cette contestation, ça veut dire qu'il y avait un manque de pédagogie, un manque de communication, qu'on n'a pas suffisamment été clair sur ce pass sanitaire selon vous ?

ALAIN GRISET
Je pense que d'abord il y a un certain nombre de Français qui sont opposés par principe, ceux-là on va continuer d'essayer de leur expliquer, de les convaincre et puis derrière je pense qu'il a été assez rapidement traduit que le pass valait uniquement vaccination, donc je pense qu'il faut qu'on continue d'expliquer. et puis aussi je pense qu'il faut que chacun se rende compte qu'aujourd'hui il y a un vrai risque que l'épidémie de nouveau fasse que les urgences soient de nouveau envahies de malades et que la réanimation ne puisse pas assumer. Regardez ce qui se passe en Martinique, en Martinique on est dans une situation qui est très compliquée, comme en Guadeloupe, en Guyane et donc l'objectif du Gouvernement il est très simple, c'est naturellement de tout faire pour que nous puissions avoir une vie quasi-normale, ne pas reconfiner, avoir une activité économique qui reprenne comme il faut et permettre aux Français de vivre le mieux possible avec le virus qui est toujours présent.

YANNICK FALT
Sur la mobilisation, vous parliez des violences tout à l'heure, un pharmacien réalisant des tests de dépistage a été pris à partie par des manifestants à Montpellier aux cris d'assassin collabo, y a-t-il pour vous un risque de radicalisation de la mobilisation et y voyez-vous des similitudes avec le mouvement des gilets jaunes ?

ALAIN GRISET
En tout cas j'espère que non, bon il y a des manifestants, dans ces manifestations il y a maintenant de façon un peu traditionnelle un certain nombre de personnes qui viennent non pas pour contester mais pour casser et pour agresser. Bon là naturellement c'est quelque chose qu'il faut qu'on essaie de contenir en continuant d'expliquer et en étant à l'écoute de l'ensemble des Français. je pense qu'aujourd'hui la situation nécessite que nous puissions écouter, c'est ce que nous faisons à Bercy très régulièrement avec les entrepreneurs, rassurer puisque certains craignent cette vaccination et puis dire les choses telles qu'elles sont. Nous n'avons pas beaucoup de choix. Vous savez que ce soit le président de la République, le Premier ministre, les ministres, on aimerait bien qu'il n'y ait pas de virus et qu'on puisse travailler sereinement. Le virus il est là, partout dans le monde, est-ce qu'il y a un pays au monde qui a trouvé des solutions autres meilleures que celles que nous avons adoptées ?

CELINE ASSELOT
On va revenir justement dans un instant sur les situations, sur les solutions choisies par la France, on s'interrompt un instant Alain GRISET, si vous le voulez bien le temps de faire le point sur l'info 8h40.

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CELINE ASSELOT
Et avec Alain GRISET, le ministre délégué aux PME qui est toujours avec nous, on va parler du pass sanitaire qui va donc devenir obligatoire dans de nouveaux lieux accueillant du public, les cafés, les restaurants à partir de la semaine prochaine. Et pourtant certains au sein de la profession ne semblent pas vraiment désireux de jouer le jeu, je vous propose d'écouter Frank DELVAU, c'est le président de l'UMIH à Paris et en région Ile-de-France.

FRANCK DELVAU
Ce qu'on ne comprend pas à l'heure d'aujourd'hui pourquoi on nous impose le pass sanitaire en terrasse alors que par exemple il n'y aura pas de pass sanitaires dans les centres commerciaux. Qu'en terrasse on nous dise alors qu'on est en plein air il faut un pass sanitaire, alors que dans un centre commercial, vous allez pouvoir signaler, qu'il y a beaucoup de monde et là on vous demande pas de pass sanitaire, ça ne nous semble pas logique et surtout très compliqué à contrôler à la fois l'entrée dans l'établissement et à la fois la terrasse.

YANNICK FALT
Alain GRISET, êtes-vous prêt à revoir l'obligation du pass sanitaire en terrasse notamment ?

ALAIN GRISET
Ecoutez, il y a eu un débat au Parlement, la loi a été votée, nous attendons la décision du Conseil constitutionnel, si elle est confirmée, ce sera appliqué. J'étais la semaine dernière à Deauville et à Deauville des restaurateurs ont anticipé la mise en place du pass sanitaire et la totalité de ceux que j'ai vus ont constaté qu'en réalité la difficulté n'était pas si grande que ça.

CELINE ASSELOT
Beaucoup ont cependant constaté que ça décourager les clients dans un était déjà un peu compliqué.

ALAIN GRISET
Oui c'est d'ailleurs pour ça qu'avec Bruno LE MAIRE nous avons indiqué dès le début du pass sanitaire que nous allions continuer à accompagner financièrement les restaurateurs, les cinémas et tous les personnes concernées par ce pass de façon à compenser la perte de chiffre d'affaires. Donc on va continuer d'être à leur écoute. Vous savez depuis maintenant 13 mois que je suis ministre, je ne crois pas qu'il y ait pas une semaine sans que j'ai rencontré les restaurateurs que ce soit l'UMIH, le GNI ou les autres organisations et donc on a un contact régulier, alors qu'ici où là il y ait des restaurateurs qui puissent contester telle ou telle mesure peut être, mais les restaurateurs sont les premiers concernés et intéressés par ce pass sanitaire. Quand ils sont venus nous voir pendant un an, qu'est-ce qu'ils nous ont demandé ? Ils nous ont demandé de réouvrir en disant nous voulons travailler, la condition pour qu'ils travaillent, c'est qu'il y ait ce pass sinon nous allons être contraints de les refermer. Donc nous sommes dans le même bateau, restaurateurs et le Gouvernement, il faut absolument que chacun comprenne que le pass sanitaire c'est pour eux la liberté de travailler.

YANNICK FALT
Mais, concrètement, pardon, que risque un restaurateur qui ne respecterait pas l'obligation du pass sanitaire, est-ce que des moyens supplémentaires vont être mis en place policiers ou autres pour faire respecter les mesures ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord moi je n'imagine pas que des restaurateurs ne le fassent pas appliquer. Bon il peut y avoir ici ou là des contestations, des propositions de discussion, s'il le faut je les rencontrerai, il y a pas de difficulté. Et puis derrière ça a été annoncé, Gérald DARMANIN l'a confirmé, les services de police seront chargés de vérifier, de contrôler et le cas échéant, d'abord il y aura des rappels à la loi et puis si vraiment des restaurateurs confirment et n'appliquent pas le pass, à un moment donné il y a des sanctions prévues dans la loi, on les s'appliquera.

CELINE ASSELOT
Vous disiez que les aides allaient permettre aux restaurateurs justement de compenser la perte de clientèle qui serait peut être causée par le pass sanitaire, on avait compris que le quoi qu'il en coûte allait progressivement s'arrêter ; est-ce que ça veut dire que vous revenez un peu sur ce calendrier, les aides vont durer plus longtemps ?

ALAIN GRISET
C'est-à-dire qu'on n'est plus tout à fait dans le quoi qu'il en coûte pour l'instant, on a des aides qui sont ciblées par rapport aux secteurs concernés et peut être même après mois d'août par rapport, dans un secteur à des situations particulières. puisqu'on parlait des restaurants ou des hôtels on sait bien qu'à Paris encore en septembre, octobre, Novembre on va pas encore avoir le tourisme d'affaires qui reprendra normalement, donc il sera peut-être possible encore d'accompagner certains restaurateurs, peut-être pas tous, le 30 août prochain avec Bruno LE MAIRE nous allons recevoir l'ensemble des branches professionnelles pour faire le point avec l'ensemble de ces responsables et puis regarder qu'est-ce qu'il faut encore mettre en oeuvre dans les mois qui vont continuer. Donc l'idée…

YANNICK FALT
Jusqu'à quand ? Le quoi qu'il en coûte était censé s'arrêter d'ici la fin de l'année, est-ce que vous imaginez des mesures prolonger au-delà ?

ALAIN GRISET
Ça peut naturellement aller au-delà en fonction de la situation sanitaire et en fonction de ce qu'on va constater dans les différentes branches professionnelles. Il y a des secteurs comme l'événementiel qui vont reprendre progressivement, on voit bien qu'aujourd'hui sur les hôtels, tout à l'heure je l'ai évoqué il y a la question du tourisme d'affaires, des tourismes en général donc on va regarder et on va continuer d'accompagner. Vous savez, il serait vraiment catastrophique d'avoir accompagné pendant 13 mois et de tirer l'échelle au moment donné où il y a encore besoin. Donc ce n'est plus le quoi qu'il en coûte où quasiment de façon automatique qu'on accompagne, c'est le cas par cas, territoire par territoire, par exemple la restauration marche globalement très bien partout en France, moins bien sur Paris, donc on regardera ce qu'il faut faire au cas par cas.

CELINE ASSELOT
Le plan de Laurence a été annoncé il y a un an ? 100 milliards d'euros le Gouvernement espérait qu'une grande partie serait mise en place avant la fin de l'année, où est-ce qu'on en est aujourd'hui, lundi 2 août, quel impact pour les PME donc vous êtes en charge ?

ALAIN GRISET
Tout d'abord sur les PME, sur les 100 milliards on avait à peu près identifiés 40 milliards qui iront directement aux PME, donc c'est très important pour ces entreprises. Sur la réalisation le Premier ministre nous avait donné des objectifs, et ils vont être atteints puisque, à la fin de l'année, en gros 70 % de ce plan de relance sera totalement opérationnel, et donc ce plan de relance à pour objectif de participer à la transformation de l'économie, préparer l'avenir, et il y a beaucoup d'appels à projets, d'ailleurs ce qui est très enthousiaste c'est que la plupart des appels à projets sont très vite remplis, les entrepreneurs sont aujourd'hui très proactifs par rapport à ça, donc ça se passe bien et le président de la République a annoncé qu'il n'y aurait pas un autre plan de relance, mais qu'on allait travailler pour provoquer l'investissement.

YANNICK FALT
La situation est particulièrement critique aujourd'hui en Outre-mer, Martinique et Réunion notamment, quelles mesures d'aides spécifiques sont mises en place aujourd'hui dans ces territoires ?

ALAIN GRISET
Bruno LE MAIRE l'a dit, nous allons, dans ces territoires particulièrement touchés, d'ailleurs je signale que c'est là où il y a le moins de vaccinations, que le rapport, je crois, est très clair à comprendre, on va reprendre les aides telles qu'elles étaient depuis le début de la crise, donc fonds de solidarité, prêts garantis par l'Etat, cotisations sociales, activité partielle, pour accompagner les entrepreneurs qui vont être en difficulté.

CELINE ASSELOT
Ça veut dire que vous aurez la même approche selon les territoires, si d'autres régions sont touchées vous allez, comme ça, essayer de faire du cas par cas et ce sans fin possible, enfin voilà, même si c'est dans quelques mois, voire l'année prochaine, il restera ces aides localisées ?

ALAIN GRISET
Mais, Madame ASSELOT, il y a quelque chose de fondamental aujourd'hui, c'est qu'on peut tous espérer que dans les prochains mois il n'y ait plus besoin de ça parce que l'économie va reprendre totalement grâce à la vaccination.

CELINE ASSELOT
Mais justement, on ne voit pas ce bout du tunnel pour l'instant, c'est pour ça que je vous pose la question.

ALAIN GRISET
Mais si on le voit, contrairement à ce qui s'est passé il y a un an, il y a un an on était effectivement dans une situation très compliquée parce qu'il n'y avait pas de perspective, la vraie perspective elle est très concrète, on vaccine beaucoup et nous espérons qu'à la fin du mois de septembre on aura un taux de vaccinations qui nous permettra de voir, de façon très précise, la vision de l'économie telle qu'on peut tous espérer, c'est-à-dire que ça reprenne bien, et déjà actuellement on est sur un fonctionnement de l'économies à hauteur de 95, 96 %, donc est dans la bonne direction et, au contraire, la perspective est plutôt positive.

CELINE ASSELOT
Merci beaucoup Alain GRISET.

ALAIN GRISET
Merci à vous.

CELINE ASSELOT
D'avoir accepté notre invitation, merci Yannick FALT, très bonne journée à vous, et restez avec nous bien sûr sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 août 2021