Extraits d'un entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec CNews le 2 août 2021, sur le passe sanitaire.

Texte intégral

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R - D'abord, il y a eu une décision, au vu de la situation sanitaire ; il y a eu un débat, entre ministres, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre. On considérait qu'avec la contagiosité du variant, sa circulation, on devait prendre une mesure forte, rapide, plutôt que d'avoir une première mesure, puis peut-être une mesure supplémentaire au cours de l'été. Je le dis franchement, vous pouvez reprendre une déclaration, je crois, du mois de mai aussi. Je ne suis pas satisfait qu'on ait besoin du passe sanitaire pour les cafés, les restaurants, parce que cela, c'est une activité très spécifique, et je maintiens cela. On en a besoin parce que la situation sanitaire est difficile, j'espère le moins longtemps possible, et plus l'on sera vaccinés collectivement vite, moins on aura besoin longtemps, en priorité pour ces activités d'art de vivre à l'européenne et à la française, pour la vie quotidienne.

Q - J'entends. Mais cette contradiction quasi permanente tend également à créer cette crispation, cette défiance, d'une partie des gens qui nous regardent.

R - Mais vous savez, on est face à une pandémie qui n'est pas connue dans sa contagiosité, dans sa durée. (...) Le passe sanitaire, quand nous avons rouvert, notamment les terrasses, puis les cafés, les restaurants, ce n'était pas légitime pour ces activités-là, parce que nous n'avions pas un accès généralisé au vaccin. Il n'y avait pas le variant Delta, il n'y avait pas l'accès généralisé au vaccin.

A partir du moment où, ça c'est la responsabilité du gouvernement, c'est du donnant-donnant, vous donnez l'accès gratuit, c'est unique au monde ce qu'il se passe en Europe ou aux Etats-Unis, partout ailleurs ce n'est pas le cas, l'accès gratuit au vaccin pour tous, y compris maintenant les mineurs, même s'il faut un délai aménagé pour leur laisser le temps. A partir du moment où le vaccin est disponible pour tous, où les autorités publiques le mettent à disposition de tous, ce n'est pas la même chose de dire "il y a des restrictions", parce qu'après vous faites un choix. Tous ceux qui veulent se faire vacciner, il y a un petit délai, il faut qu'on accélère encore, peuvent se faire vacciner et donc, peuvent accéder à toutes ces activités.

Je le redis, ce n'est pas agréable ce passe sanitaire et c'est encore moins agréable pour les activités type cafés, restaurants, qui, effectivement, si on sortait d'ici, on aurait envie de prendre un café, et on a envie que cela soit le plus simple possible et que l'on n'ait pas à biper etc., c'est vrai. J'espère que cela ne va pas durer longtemps. On en a besoin. Encore une fois, je le disais, gouverner c'est choisir, je le disais, je le maintiens. C'est ça, ou des restrictions plus générales et plus dures. Si c'est entre fermer des cafés qui ont souffert, les professionnels le savent mieux que personne, - qui ont été soutenus -, mais qui ont souffert (...). Il y a des débats, et il y a une situation sanitaire qui a été évaluée par le chef de l'Etat qui a pris ses responsabilités. Et vous disiez qu'il a décidé tout seul ; il y a des premières mesures qui ont été prises par décrets, ce n'est pas tout seul, d'abord, c'est examiné par le Gouvernement, par le Conseil d'Etat. Mais ensuite, c'est la loi qui a décidé. Ce débat, de toutes sensibilités politiques, des parlementaires l'ont eu, sur le passe sanitaire, pour les cafés et les restaurants, on est passé par la loi. Donc, ce n'est pas le Président de la République qui a décidé tout seul. Il a annoncé la gravité de la situation qui préconisait cette mesure : c'est un moindre mal, et il y a eu un débat au Parlement. Et nombreux, au Parlement, de gauche et de droite, ont dit "on n'aime pas le passe sanitaire, on pensait s'en dispenser, mais là, face à une situation difficile avec le variant qui circule, on en a besoin pour quelque temps". Et le Parlement a fixé des bornes, jusqu'au 15 novembre, maximum, sinon il faudra repasser par un débat parlementaire et un vote de la loi.

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Q - Sur les frontières, on est passé à côté ?

R - Non, on n'est pas passé à côté, mais sur les frontières, c'est quand même extraordinaire, je prends l'avion assez souvent, j'ai râlé, moi-même, quand les contrôles n'étaient pas assez forts. En Europe, par le passe sanitaire, on doit vérifier, je le redis aux compagnies aériennes, à chaque vol, pour le train, pour l'avion, pour chaque transport, que les passagers ont le passe sanitaire, testés ou vaccinés.

Sur la route, soyons pragmatiques, il y a des contrôles ciblés, notamment envers l'Espagne, l'Italie, mais surtout l'Espagne, parce que c'est là que la situation sanitaire est la plus difficile. Ils ne sont pas systématiques, mais sur la route, je le dis, il faut être lucide, c'est très compliqué. Vous ne pouvez pas bloquer complètement la frontière, parce que c'est aussi de l'approvisionnement économique. On l'a vu, on a fait le test, avec les Britanniques, quand on a bloqué complètement la frontière pendant 48 heures. Cela ne tient pas très longtemps, parce que vous avez des problèmes d'approvisionnement des usines, vous avez les problèmes pour les frontaliers qui travaillent tous les jours, qui gagnent leur pain en allant en Espagne, en Allemagne, au Luxembourg, passer la frontière, donc ce n'est pas si simple. Là où on doit vérifier systématiquement, et je suis vigilant à ce qu'on le fasse, c'est aéroports et les gares, parce que là, il y a de la circulation et on le fait. Et on doit le faire encore plus, dans les prochaines semaines.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 août 2021