Interview de M. Eric Dupond-Moretti, garde des sceaux, ministre de la justice, à BFM TV le 8 septembre 2021, sur le procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015, la lutte contre le terrorisme, le budget de la Justice et l'élection présidentielle de 2022.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric DUPOND-MORETTI, bonjour.

ERIC DUPOND-MORETTI
Bonjour Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Garde des sceaux, ministre de la Justice. Le 13 novembre 2015, des terroristes, des terroristes en trois heures tuent 130 personnes, 413 personnes sont blessées dont 99 grièvement. Près de six ans après, 20 terroristes présumés, dont le franco-marocain Salah ABDESLAM, sont renvoyés à partir d'aujourd'hui devant la Cour d'Assises spéciale de Paris, et jugés pour ces attentats. ABDESLAM est le seul membre du commando encore en vie. 14 accusés sont présents, 11 dans le box des accusés, 3 comparaissent libres, et 6 autres, dont 5 présumés morts, seront jugés par défaut. Ce jugement, ce procès, ce procès va durer jusqu'au 25 mai 2022, au moins, 140 journées d'audiences, qui commenceront toutes à 12h30, cinq magistrats professionnels, trois avocats généraux pour porter l'accusation, 330 avocats défense et partie-civile, 1.800 personnes, 1.800 personnes, d'une vingtaine de nationalités, se sont constituées parties-civiles. Le dossier d'instruction compte 542 tomes, un million de pages. 141 médias sont accrédités et 8 caméras pilotées par enregistrement historique, pour l'enregistrement historique de ce procès. Verdict donc fin mai. Cour d'appel de Paris, le vieux palais de justice dans l'île de la Cité, salle d'audience construite dans la salle des pas perdus, 750 mètres carrés, 550 personnes, accueil, coût : 7,5 millions d'euros. Le procès sera donc filmé. Eric DUPOND-MORETTI, ce sont les matériaux de l'histoire ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Le 13 novembre 2015, la France tout entière a été plongée dans l'horreur, il y a avant cette date, il y a après cette date, ces événements sont entrés par effraction dans notre histoire, et bien sûr notre mémoire collective. Il faut que la justice soit au rendez-vous de ces événements, de deux façons, il faut d'abord qu'elle soit rendue conformément aux règles qui sont les nôtres depuis des siècles. Le monde entier nous regarde. Il faut aussi que nous soyons au rendez-vous logistique, vous avez évoqué un certain nombre de chiffres. Le dossier – vous l'avez rappelé – il est hors normes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un million de pages.

ERIC DUPOND-MORETTI
53 mètres linéaires de dossiers, que l'on s'imagine ce que ça représente. Et je veux rendre hommage ici à tous ceux qui ont contribué à ce que le procès s'ouvre et se déroule dans les meilleures conditions possibles. Je pense au premier président de la Cour d'appel de Paris, Jean-Michel HAYAT, à toute son équipe, par exemple, que l'on a embauché des gilets roses, qui porteront un gilet rose, pour accueillir le public, pour accueillir les parties civiles, pour accueillir le millier de journalistes accrédités, les avocats. Je veux rendre hommage à Jean-Michel HAYAT, je veux rendre hommage à toute l'équipe qui a travaillé autour de lui, je veux rendre hommage à Jean-François RICARD, le procureur national antiterroriste, qui a beaucoup travaillé aussi et beaucoup investi dans cette salle. Il était impérieux que le ministère de la Justice soit au rendez-vous de ce procès, il l'a été, ça n'est pas 7 millions, c'est 10 millions qui ont été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
10 millions…

ERIC DUPOND-MORETTI
10 millions, oui, avec des moyens vidéos, techniques, absolument exceptionnels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que doit montrer ce procès ? La force du droit, Eric DUPOND-MORETTI, la force du droit, le droit, ultime réponse au terrorisme dans une démocratie ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, oui. Ce procès, il doit rappeler nos règles, il doit rappeler que, contrairement à ce que disent parfois certains dans les manifestations du samedi, nous ne sommes pas en dictature, que chez les islamistes, il n'y a pas de justice, il n'y a pas d'institution judiciaire, il n'y a pas de règles, que ce qui fait la différence entre la civilisation et la barbarie, c'est la règle de droit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La règle de droit distingue la civilisation de la barbarie ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que ce procès doit dire aussi, doit montrer ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Ce procès, voyez, il est d'abord important pour ça, bien sûr, il est important pour les victimes qui vont exprimer leur souffrance, il est important pour la pédagogie judiciaire, il y a peut-être des gens qui vont regarder ce procès et qui ont des velléités islamistes, il est important également pour qu'on se nourrisse du procès, voyez, Monsieur BOURDIN, l'affaire PATY, elle a été examinée à la loupe sur le terrain factuel. Ce travail, je l'ai fait avec les magistrats qui m'entourent, avec le procureur national antiterroriste, et on s'est dit : mais comment on aurait pu intervenir plus tôt. Et de cette expérience mortifère insupportable, on a tiré un certain nombre de dispositions législatives pour ne plus que ça se reproduise, c'est aussi ça qui est important dans un procès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ses vertus pédagogiques.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le terrorisme qui doit être jugé démocratiquement, Eric DUPOND-MORETTI.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, comme le nazisme a été jugé dans le procès Nuremberg, démocratiquement avec des règles de droit, ceux qui ne veulent plus de la règle de droit, ce sont les islamistes, et qu'on nous entende bien, et tous les démocrates le savent, si on les juge sans règle de droit, alors ils ont gagné. Et quand certains politiques, qui se reconnaîtront, et vos auditeurs les reconnaîtront, utilisent à des fins populistes les attentats terroristes, alors, ils font gagner les terroristes, et ce combat, il n'est pas perdu, parce que les démocrates savent cela, et la démocratie, c'est un combat permanent, quotidien, c'est presque des petits gestes du quotidien, moi, quand j'entends certains à manifester en évoquant l'étoile jaune, en évoquant le 4ème Reich, en évoquant la dictature, alors que pour le pass sanitaire, on en est au dixième débat parlementaire, à un contrôle permanent du Conseil constitutionnel, du Conseil d'Etat, je me dis : on ne peut pas galvauder les mots.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric DUPOND-MORETTI, parlons de la défense dans ce procès, avocat en exercice, vous auriez défendu ABDESLAM évidemment s'il vous l'avait demandé, vous l'auriez défendu évidemment ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Je ne sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas. Vous dites des causes sont indéfendables, mais les hommes sont défendables.

ERIC DUPOND-MORETTI
Je pense qu'on ne peut pas envisager un procès comme celui-là, après tout ce que l'on vient de dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Après tout ce que l'on vient de dire, sans offrir à la défense…

ERIC DUPOND-MORETTI
Sans que les accusés soient défendus. Et d'ailleurs, les avocats de la partie civile ont partagé une partie des indemnités qui sont les leurs avec les avocats de la défense, c'est-à-dire qu'ils disent à quel point on ne peut pas concevoir un procès sans défense, il y a la défense, elle est indispensable, il n'y a pas que la défense, il y a aussi bien sûr l'expression de la souffrance des parties civiles par leurs avocats, il y a aussi les magistrats du Parquet national antiterroriste qui vont représenter toute la société, sans oublier, pardon, je veux également leur rendre hommage, parce qu'ils partent pour un marathon judiciaire, vous l'avez traduit en jours, je vais le traduire en mois, c'est 9 mois, c'est le plus long procès de notre histoire, donc je pense aussi aux magistrats, je pense, bien sûr, aux greffiers qui sont indispensables…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et moi, je pense aussi aux surveillants pénitentiaires…

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ont en sorte que, ABDESLAM soit là le jour de son procès…

ERIC DUPOND-MORETTI
Et qu'aurait-on dit, qu'aurait-on dit s'il n'avait pas été présent, bien sûr, il faut leur rendre hommage, c'est la troisième force de sécurité dans ce pays, ils sont souvent méconnus, ils ne sont pas considérés assez, et ils ont un rôle absolument important dans la barque judiciaire et dans la maison de justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric DUPOND-MORETTI, plus les faits sont graves, plus la défense doit être sans concession ?

ERIC DUPOND-MORETTI
La défense, c'est la défense, on ne transige pas avec ça, elle est libre. L'avocat est le porte-voix de celui qu'il défend.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ABDESLAM pourrait utiliser ce procès, et se servir de ce procès, se servir de la publicité de ce procès pour montrer au monde que sa foi est plus forte que la justice, une image de propagande, il pourrait utiliser…

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais qu'en retiendrons-nous de cela si ce que vous dites est une réalité, vous savez, moi, je ne veux pas rentrer dans les arcanes de ce procès qui va se dérouler, pour plusieurs raisons, d'abord, parce que je suis infiniment soucieux, et je pense l'avoir démontré, de l'indépendance des magistrats, ce procès ne m'appartient pas, je vais évidemment le regarder comme tout un chacun, moi, mon rôle, c'était de mettre en place logistiquement les meilleures conditions possibles, je suis très attaché à cela. Laissons le procès se dérouler, il dira ce qu'il a envie de dire, et nous en penserons, Monsieur BOURDIN, ce que nous avons envie d'en penser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric DUPOND-MORETTI, parlons des victimes, vous avez dit lorsque vous défendiez Abdelkader MERAH, le frère de Mohamed MERAH, je vous cite : un procès ne permet pas aux victimes de faire leur deuil à l'audience…

ERIC DUPOND-MORETTI
C'est ce que vient d'exprimer récemment, j'ai vu ça dans la presse, avec beaucoup de dignité, le papa d'un gamin tué au Bataclan, et il dit d'ailleurs : on sait qu'on n'aura pas toutes les réponses, mais en même temps, on a soif de justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun procès, aucun verdict n'efface la douleur des victimes, des familles…

ERIC DUPOND-MORETTI
Ça se saurait évidemment, ça se saurait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les familles des victimes ont tous les droits ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Les familles des victimes ont des droits codifiés, dans nos règles. Et moi, je n'ai aucune crainte de ce point de vue-là, je vais vous dire pourquoi je n'ai aucune crainte, parce que, d'abord, j'ai entendu les victimes s'exprimer dès à présent, je les trouve d'une incroyable dignité, il n'y a pas eu de dérapage, il n'y a pas eu de dérapage, d'ailleurs, il n'y a pas eu de dérapage non plus de la classe politique à propos de ces attentats, ça, c'est arrivé bien après. Peut-être que la campagne qui s'ouvre est incitative ou incitatrice, pardon, je cherche le mot, à un certain nombre de polémiques qui n'ont pas lieu d'être, mais tout s'est déroulé avec beaucoup de dignité. Mais voyez, je vais vous dire autre chose, pardon, mais je veux insister là-dessus, il y a ce procès, la justice intervient maintenant dans la phase terminale, c'est la phase de jugement, mais je vais vous dire également ce que l'on fait, parce que les auditeurs qui nous écoutent, ils se disent : mais qu'est-ce qui fait pour lutter contre le terrorisme, qu'est-ce que fait le ministère de la Justice pour lutter contre le terrorisme ? Et moi, je souhaite qu'on s'y arrête un moment, il y a d'abord des quartiers d'évaluation de la radicalisation, il y en a 4, plus 1 qui ouvrira à la fin de l'année à Fresnes. Je vais vous dire, Monsieur BOURDIN, quelque chose, ça n'est pas seulement 4, c'est 4, parce que nous avons besoin de 4 quartiers, et s'il en fallait 5, et s'il en fallait 6, le quoi qu'il en coûte, terminé, ça ne s'applique pas à la matière judiciaire, à la protection de nos citoyens. Ces quartiers d'évaluation de la radicalisation, ils ont été mis en place par mon administration, la direction de l'administration pénitentiaire, après une expertise très fine, et je peux vous dire aujourd'hui qu'un certain nombre de pays viennent voir ce que nous faisons. Je voudrais aller très vite là-dessus, mais je veux rassurer, non pas par de fausses promesses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je vais revenir sur la lutte contre le terrorisme, Eric DUPOND-MORETTI, mais j'ai une question quand même à vous poser, est-ce qu'on ne risque pas, lors de ce procès, finalement, de passer du procès des terroristes, de la barbarie islamiste, au procès des services de sécurité, de renseignements, au procès de responsables politiques, qui auraient pu faillir ; on ne risque pas au cours de ce procès de dévier du chemin ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais je l'ai dit tout à l'heure, le lieu du procès est un lieu d'expression libre, dans une grande démocratie, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, justement…

ERIC DUPOND-MORETTI
Et donc la justice telle que nous la concevons, donc chacun – je vous l'ai dit tout à l'heure – dira ce qu'il a envie de dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces questions seront peut-être posées…

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais peut-être, et chacun retiendra ce qu'il veut retenir, mais, moi, je vous parlais de la réalité qui est la mienne, avec la direction de l'administration pénitentiaire, il y a ces quartiers d'évaluation de la radicalisation, il y a également les quartiers de prise en charge de la radicalisation, il y en a 6, un 7ème va ouvrir prochainement à Rennes, réservé aux femmes, j'ai évoqué cela lorsque je suis allé à Rennes visiter l'établissement pénitentiaire, il y a le renseignement pénitentiaire également, qui est une création de 2017, que nous avons renforcé de 100 personnels, il y a encore, Monsieur BOURDIN, le suivi des sortants de prison, deux types de suivi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement…

ERIC DUPOND-MORETTI
Le suivi administratif et le suivi judiciaire, qui est une création récente du ministère de la Justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nouveaux détenus condamnés pour terrorisme seront prochainement libérés.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, ayant purgé leur peine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien y en a-t-il encore dans nos prisons ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Il y a 454 détenus pour terrorisme et 648 détenus radicalisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, détenus radicalisés, 648.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, qui sont tous suivis et qui seront tous suivis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien seront libérés dans les prochains mois, on sait à peu près, on a une idée ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Non, je ne peux pas vous dire précisément combien, mais voilà ceux que nous avons comme détenus, ceux-là ont vocation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui, ils sont tous suivis ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Bien sûr, ils sont tous suivis dès leur entrée en prison, le quartier d'évaluation de la radicalisation, c'est 16 semaines d'examens, et ensuite, des détentions adaptées à la dangerosité, ensuite, le quartier de prise en charge de la radicalisation, c'est autre chose, a pour vocation de lutter naturellement contre les idées terroristes, pardon de vous dire que là encore, ce sont des experts, c'est pluridisciplinaire, qui s'occupent de ces questions. Et à la sortie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, une fois remis en liberté ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Une fois remis en liberté, nous avons créé, j'ai créé, avec les magistrats qui m'entourent, avec le Parlement, un texte qui permet de les suivre judiciairement, ça, c'est nouveau, et il y a, non pas, alternativement, mais cumulativement à ces mesures, le suivi opéré, bien sûr, par les services de renseignements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant 5 ans, maximum, pendant 5 ans…

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant 5 ans maximum, avec des mesures strictes.

ERIC DUPOND-MORETTI
Avec des mesures strictes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bracelet électronique ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on a d'ailleurs, puisque je parle de bracelet électronique, on en a suffisamment maintenant dans notre pays à disposition, parce que ça coûte très cher le bracelet électronique.

ERIC DUPOND-MORETTI
Bien sûr. Ça coûte très cher, mais nous avons pourvu toutes les juridictions en bracelets, qu'il s'agisse des bracelets dont vous parlez ou qu'il s'agisse des bracelets anti-rapprochement, qui permettent de lutter contre les violences intrafamiliales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que la dangerosité du détenu soupçonné d'islamisme, la dangerosité sera évaluée, et est évaluée au moins 3 mois avant la libération ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Elle est évaluée en permanence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En permanence.

ERIC DUPOND-MORETTI
En permanence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En permanence. Bien, le budget 2022 de la justice va-t-il augmenter ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Le budget 2022 de la justice, ce n'est plus un secret maintenant, c'est plus 8%.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus 8 %.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, 660 millions d'euros en plus consacrés à la justice. Vous savez, je travaille avec les magistrats qui m'entourent, évidemment, je travaille avec les magistrats terrain, je les rencontre régulièrement, je sais leurs besoins, et je dis qu'aujourd'hui, la justice a les moyens de fonctionner, oui, bien sûr, tout n'est pas parfait, Monsieur BOURDIN, et si tout était parfait, on n'aurait plus besoin d'un ministre de la Justice, mais lundi par exemple, j'étais avec les chefs de cour, et les chefs de juridiction, et je pense que tout le monde s'accorde à dire que nous avons consenti des efforts colossaux, ce sont les plus beaux budgets, et je le mets au pluriel, parce qu'il y a le budget 2021 et il y a le budget à venir, sont les plus beaux budgets depuis plus de 25 ans, grâce à ça, dans la traduction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qu'allez-vous faire de cet argent ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Alors, oui, pour les gens qui nous écoutent, on a envoyé 2.100 personnels supplémentaires, qu'est-ce que ça veut dire, ça veut dire qu'on règle beaucoup plus vite toutes les infractions pénales qui n'étaient pas traitées, ça veut dire qu'en matière civile, on réduit les délais, ceux qui nous écoutent, ils attendent peut-être une décision de divorce, une décision de filiation, un contrat, le civil, c'est le quotidien de nos compatriotes, ces délais sont en cours de réduction, en cours de réduction notable, qu'est-ce qu'on fait avec cet argent ? Eh bien, je vais vous le dire, on ouvre des tribunaux qui étaient fermés depuis 15 ans, Louviers par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l'Eure…

ERIC DUPOND-MORETTI
Louviers, dans l'Eure, les chefs de juridiction d'Evreux, ils ont réouvert un tribunal qui était fermé, eh bien, allez en parler aux gens de Louviers, c'est ça la justice de proximité, moi, c'est ce que j'appelle de mes voeux ; on peut multiplier les exemples, dans le Lot, les chefs de juridiction d'Agen, on a une audience foraine à Villeneuve sur Lot, formidable, la justice, elle est au coeur de la cité, c'est notre pacte social…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lot-et-Garonne, mais ce n'est pas grave…

ERIC DUPOND-MORETTI
Ça vous fait plaisir, et c'est exact, donc je m'incline. Mais ce n'est pas ça que nos auditeurs vont retenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais exactement, exactement. Mais là, là, vous avez une réunion aujourd'hui autour du président de la République, tout à l'heure.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout à l'heure, et chacun, chaque ministre doit présenter, ça vous fait sourire, doit présenter plusieurs réformes avant l'élection présidentielle du printemps prochain. Quelle réforme allez-vous présenter ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Les états généraux de la Justice par exemple, dont on va parler, et puis, il y a des textes qui sont en cours, qui ne sont pas encore terminés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lesquels ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Il y a mon projet de loi pour la confiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et qui passe au Sénat fin septembre…

ERIC DUPOND-MORETTI
Là, le Sénat va examiner ce texte tout à fait prochainement, c'est important, il y a aussi le bilan de ce qui a été fait, c'est dur, c'est dur, voyez, parfois de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et encore, non, mais le bilan, c'est une chose, mais moi, ce qui m'intéresse, c'est ce que vous allez faire.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, il y a encore un certain nombre d'autres mesures, et vous me permettrez, pardon, de les présenter en priorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, voilà, au président de la République…

ERIC DUPOND-MORETTI
Au président de la République et à mes collègues ministres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui vont changer la vie des Français ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais moi, c'est mon but, vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est votre but.

ERIC DUPOND-MORETTI
C'est mon but, et j'y parviens, vous avez fait une petite rectification géographique, et vous aviez raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, sur le Lot-et-Garonne.

ERIC DUPOND-MORETTI
Oui, oui, mais il y a également Montargis par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le Loiret…

ERIC DUPOND-MORETTI
Dans le Loiret, eh bien voilà, là aussi, voyez-vous, nous avons fait des choses, nous avons réouvert une juridiction qui était fermée, ça permet aux gens d'avoir un accès direct à la justice. Monsieur BOURDIN, autre chose, moi, je parle de choses concrètes, et c'est mon honneur de ministre de la Justice, on a mis en place des points justice, il y en a 2.000 en France. Ça permet aux plus défavorisés d'aller chercher les renseignements initiaux dont ils ont besoin, vous savez quel est le taux de satisfaction exprimée par nos compatriotes, c'est presque inquiétant d'ailleurs, 94%, eh bien, moi, je dis que ça, c'est du vrai boulot, c'est du boulot qui parle aux gens, c'est du boulot concret, c'est de la justice de proximité, et avec les magistrats, que je rencontre au quotidien, qui ont les mains dans le cambouis, on met en place ces choses, je vous donne un dernier exemple, pardon, mais ces choses-là, si je ne les exprime pas, elles ne sont pas médiatiquement reprises sur le plan national. J'ai un procureur qui a eu l'idée d'un contrat avec la police municipale pour répondre en 10 jours aux infractions pénales de moindre gravité, je veux évidemment lui rendre hommage, c'est le procureur de Thionville, voilà ce que l'on fait au ministère de la Justice aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ce que l'on pourrait faire partout, Eric DUPOND-MORETTI.

ERIC DUPOND-MORETTI
Et nous étendons tout ça, puisque j'ai créé un site, pardon, des bonnes pratiques permettant à tous les magistrats de ce pays d'avoir accès à ce que les autres font de mieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Eric DUPOND-MORETTI, quelques mots de politique, vous souhaitez évidemment qu'Emmanuel MACRON soit candidat et réélu, vous prendrez part à la campagne pour défendre votre bilan et pour défendre la justice dans ce pays, vous ne serez plus ministre en avril prochain, bien sûr, enfin, peut-être dans un prochain gouvernement, mais bon, ça change souvent. Est-ce que vous continuerez la politique ou vous reprendrez votre robe d'avocat ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Non, pardon, mais joker, joker, et j'ai dit, il y a longtemps, je ne serai jamais ministre, vous vous en souvenez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est pour ça, c'est un peu pour ça que je vous pose la question…

ERIC DUPOND-MORETTI
Ça a été la première polémique, voilà, que l'on m'a opposé, bon. Je ne sais pas ce que je ferai de ma vie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous serez avocat ?

ERIC DUPOND-MORETTI
Je ne sais pas, Monsieur BOURDIN, vous me réinviterez à ce moment-là, j'aurais réfléchi à la question. Pour le moment, je n'ai pas le temps de me projeter dans mon avenir, ce qui m'importe c'est ce que l'on fait, et je vous jure que le travail ne manque pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Provocation à la haine raciale, injure raciale, Eric ZEMMOUR doit être jugé aujourd'hui devant le Tribunal correctionnel de Paris. Son procès pourrait être reporté, est-ce qu'Eric ZEMMOUR est raciste ?

ERIC DUPOND-MORETTI
J'ai déjà eu l'occasion de vous dire qu'il n'était pas possible, pour le garde des Sceaux, vous le savez, c'est une petite provoc, d'intervenir dans une affaire en cours ou de commenter, ou de commenter la personnalité de tel ou tel justiciable à venir. Bon, voilà, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourtant, ça vous arrive de commencer la personnalité de quelqu'un, Eric DUPOND-MORETTI…

ERIC DUPOND-MORETTI
Mais, je le faisais avec liberté lorsque…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez qualifié de multirécidiviste de la haine et de racisme.

ERIC DUPOND-MORETTI
Je n'étais pas ministre de la Justice, et pardon, je suis ministre de la Justice…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne retirez rien.

ERIC DUPOND-MORETTI
… il y a un procès qui s'ouvre. Vous n'obtiendrez pas, même par prétérition, une réponse de ma part, la justice fera ce qu'elle a à faire. En revanche, le politique ZEMMOUR m'intéresse. Moi je veux savoir s'il est toujours comme vous, polémiste, commentateur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne suis ni polémiste ni commentateur.

ERIC DUPOND-MORETTI
D'accord, pardon. C'est la deuxième erreur que vous rectifiez sans doute avez-vous raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non non non, Eric DUPOND-MORETTI, pas du tout…

ERIC DUPOND-MORETTI
… d'accord, ou s'il est devenu candidat à la présidence de la République. Pourquoi ? Cette clarté elle est indispensable, et elle génère d'autres questions. Le président LARCHER dit : " Moi ce n'est pas mes valeurs ", et je salue le président LARCHER et son courage. Eric CIOTTI dit : " Moi, alors oui, entre Emmanuel MACRON et monsieur ZEMMOUR, je choisis ZEMMOUR ". Très bien. Eh bien au moins on sait à quoi s'en tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire ?

ERIC DUPOND-MORETTI
C'est son choix, mais les électeurs doivent savoir à quoi s'en tenir. Il y a là un certain nombre de valeurs qui sont en cause. Monsieur JACOB a choisi de silence pour le moment. Moi j'aimerais savoir ce que Les Républicains pensent de, non pas de monsieur ZEMMOUR et de sa personnalité, mais de son programme, des valeurs qu'il véhicule, ça, ça m'intéresse beaucoup, et ça intéresse j'en suis certain les électeurs de ce pays, les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques mots pour terminer. Marseille, encore une fois dans la nuit, deux morts, deux règlements de comptes. L'urgence est là, Eric DUPOND-MORETTI.

ERIC DUPOND-MORETTI
L'urgence est là, et vous savez, on n'a pas, je n'ai pas attendu, ni moi ni le ministre de l'Intérieur, ni personne, pour prendre la mesure des difficultés rencontrées à Marseille. Dès le mois de mars par exemple j'ai demandé à mes services une inspection générale de la justice, une inspection de fonctionnement ; pour savoir en nombre de magistrats comment il fallait régler le problème ; s'il y avait un problème. 62 personnels supplémentaires ont été envoyés à Marseille ; en quelques mois ; soit une augmentation ; or magistrats ; de 16%. 11 magistrats nouveaux ont été envoyés, et j'attends les conclusions du rapport général de la justice, rapport de fonctionnement, pour savoir si d'autres magistrats sont nécessaires. D'autres dispositions, elles regardent le ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN, ont d'ores et déjà été prises, donc cette urgence nous ne la découvrons pas et nous essayons évidemment de permettre à la police, en ce qui concerne Gérald DARMANIN, police gendarmerie bien sûr, à la justice en ce qui me concerne, de donner à ces grandes institutions, le moyen de mieux travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Eric DUPOND-MORETTI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 septembre 2021