Déclaration de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, sur la coopération internationale en matière de cybersécurité, à New York le 29 juin 2021.

Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

Circonstance : Intervention au Conseil de sécurité de l'ONU

Prononcé le

Texte intégral

Madame la Présidente, Excellences,


Je tiens à remercier Madame la Première Ministre d'Estonie pour cet évènement. Le Conseil de sécurité des Nations unies veille au maintien de la paix et de la sécurité internationales et doit pouvoir le faire dans le cyberespace.

Le cyberespace est un lieu d'opportunités mais également de nouvelles menaces. Il est devenu un terrain de compétition stratégique entre puissances. Les usages malveillants des technologies de l'information et de la communication, par des acteurs étatiques comme non-étatiques, prolifèrent.

Nous l'avons constaté au cours de ces dernier mois, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19 qui a accentué notre dépendance à ces technologies. Je pense d'abord aux cyberattaques par rançongiciels menées contre des hôpitaux et d'autres infrastructures critiques. Je veux exprimer toute la solidarité de la France avec les victimes de ces attaques. Je pense également aux campagnes de manipulations de l'information via la propagation des " infodémies " ou encore à la fragmentation croissante de l'Internet, des pratiques qui sont contraires aux valeurs démocratiques. Les actions dans le cyberespace ont des conséquences bien réelles et peuvent s'avérer brutales, dans nos vies et nos sociétés.

L'enjeu pour le siècle à venir sera de bâtir une gouvernance et une régulation collective du cyberespace. Nous ne voulons pas d'un " far west " numérique, ni d'un cloisonnement du cyberespace. Nous l'avons affirmé dans l'Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, ainsi que dans le cadre du G7 par la déclaration de Dinard sur l'initiative pour des normes dans le cyberespace. La France est déterminée à bâtir avec ses partenaires un cyberespace ouvert, sûr, stable, non fragmenté, accessible et pacifique.

Le droit international, y compris la charte des Nations unies, s'applique dans son intégralité au cyberspace. Cela implique aussi le respect du droit international humanitaire par les opérations cyber conduites lors des conflits armés.

Face à la multiplication des menaces dans le cyberespace et des cyberattaques, les gouvernements doivent répondre par la coopération et le droit. Depuis plus d'une décennie, la France a joué un rôle pionnier dans le cadre des différents travaux multilatéraux. Ces travaux ont permis de faire émerger un cadre pour le comportement responsable des Etats dans leur usage des TIC. Ce cadre est fondé sur le droit international, sur un ensemble cohérent de normes de comportement non contraignants et sur des mesures de transparence et de confiance. Il permet de faire progresser la coopération et la compréhension mutuelle entre Etats dans le cyberespace. Je souhaite saluer les succès récents du Groupe de travail à composition non limitée [OEWG] et du 6e Groupe d'experts gouvernementaux, qui ont adopté deux rapports équilibrés, utiles et consensuels. La France est prête à continuer de participer de façon constructive aux discussions multilatérales au sein des Nations unies, y compris dans le cadre du nouveau groupe de travail à composition non limitée créé par la résolution 75/240 de l'Assemblée générale.

Il convient surtout désormais de mettre en pratique concrètement les normes et principes agréés. La France, avec 52 partenaires, propose la création d'un Programme d'action sur la cyber-sécurité, dans le cadre des Nations unies. Ce nouvel outil, complémentaire du nouvel OEWG, permettra de créer une structure pérenne. Elle aura vocation à soutenir le renforcement des capacités et à créer des espaces de dialogue avec la société civile, les chercheurs et les acteurs privés. La France est ouverte au dialogue avec l'ensemble des Etats et des parties prenantes intéressées pour préciser et construire cette proposition orientée vers l'action.


Madame la Présidente,

Cet engagement collectif, multi-acteurs, est essentiel. Dans le cyberespace, les Etats ont certes des responsabilités qu'aucun autre acteur ne peut prétendre assumer mais ils ne peuvent agir seuls. Nous devons nous lancer pleinement dans cette nouvelle forme de diplomatie.

Je vous remercie pour votre attention.


Source https://onu.delegfrance.org, le 11 octobre 2021