Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à BFMTV le 22 octobre 2021, sur l'indemnité inflation de 100 euros (chèque énergie) et l'épidémie de Covid-19 (évolution, passe sanitaire, vaccination...)

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Olivier VERAN, bonjour.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de la Santé, beaucoup de sujets. Nous allons revenir évidemment sur l'épidémie de Covid, mais je voudrais commencer avec cette indemnité inflation de 100 euros versée aux Français, qui n'auront rien à faire, qui vont recevoir cette indemnité, et qui gagnent moins de 2000 euros nets par mois. 38 millions de Français, ça va coûter 3,8 milliards d'euros à l'Etat, c'est-à-dire nous Français, puisque l'Etat c'est nous. Olivier VERAN, le problème c'est l'effet de seuil non ? Je prends l'exemple d'une infirmière qui gagne 2100 euros, elle n'y aura pas droit ?

OLIVIER VERAN
Le revenu médian des Français il est un peu dessous de 2000 euros nets par mois, ça veut dire qu'il y a un peu plus de 50 % des Français qui gagnent moins de 2000 euros nets par mois, c'est ces Français, qui sont le plus en difficulté aujourd'hui avec la hausse, qui est temporaire, conjoncturelle, pas structurelle, du prix de certaines matières premières, parmi lesquelles l'essence quand on conduit une voiture, mais aussi de certains aliments, etc., on le voit, c'est lié à la reprise économique, il y a une demande…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fait c'est une prime inflation.

OLIVIER VERAN
C'est une prime, pas d'inflation, c'est une prime… ce n'est pas une prime, c'est une indemnité d'abord, c'est un coup de pouce qui permet aux Français de faire face dans une période, qui est une période de reprise économique mondiale, parce que le monde s'est déconfiné, on est plutôt en sortie de crise pandémique, donc certaines matières premières coûtent plus cher, il est plus difficile pour les Français d'y accéder, or ils doivent pouvoir y accéder. On aide en priorité celles et ceux pour qui 3 euros de plus, ou 4 euros de plus de dépenses par mois, ça compte dans un budget, c'est quand même 38 millions de Français, c'est une dépense qui est utile et qui est massive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais avec toujours ce plafond, ou cet effet de seuil, comme on voudra.

OLIVIER VERAN
Mais vous aurez toujours… vous avez raison de dire qu'un seuil c'est injuste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple, je prends l'exemple d'un couple, lui ou elle, gagne 4500 euros, n'aura pas le droit à la prime, lui ou elle, dans le couple, gagne 1500 euros, aura droit à la prime, alors que le couple, dans sa globalité, gagne 6000 euros.

OLIVIER VERAN
On a souhaité individualiser cette indemnité inflation, pour des raisons de simplicité, pour des raisons de justice aussi. Lorsqu'il y a eu des indemnités, ou des primes, ou des dispositifs, par le passé, qui tenaient compte du revenu du couple, on nous disait « mais attendez, vous ne tenez pas compte de la réalité du couple, avec monsieur et madame qui n'ont pas forcément des comptes qui sont joints », etc., on a souhaité quelque chose qui soit simple, qui est versé automatiquement, qui est versé rapidement, à compter de décembre les salariés du privé notamment, le percevront, il n'y a aucune démarche à faire, c'est non imposable, il n'y a pas de petite ligne, et c'est, encore une fois, massif, 38 millions de Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dans le couple, deux personnes, lui qui gagne 1800 et elle qui gagne 1800, les deux toucheront ?

OLIVIER VERAN
Les deux toucheront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Blocage des prix sur le gaz aussi en 2022, ça, ça avait été annoncé par le Premier ministre…

OLIVIER VERAN
Voyez Jean-Jacques BOURDIN, cette réactivité du gouvernement, elle est indispensable dans la période. Un, on parle de pouvoir d'achat, et on en parle à juste titre, puisqu'à la fois c'est un enjeu majeur pour les Français, ensuite on n'a pas à en rougir, le pouvoir d'achat il a augmenté deux fois plus vite dans ce quinquennat, pour les Français en général, que lors du quinquennat précédent – je sais que quand on dit ça il y en a qui disent « je ne m'en rends pas compte » - on peut ne pas s'en rendre compte au quotidien, on ne fait pas forcément attention à cela, et pourtant c'est un fait, ce sont des chiffres, d'évaluations indépendantes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas qu'on ne fait pas attention, Olivier VERAN, c'est qu'on voit les prix et qu'à la fin du mois on a des difficultés, ce n'est pas une question d'attention !

OLIVIER VERAN
Mais Jean-Jacques BOURDIN, personne ne nie qu'il existe des difficultés, encore moins le ministre des Solidarités que je suis, qui prends en charge les bénéficiaires du RSA, de l'ensemble des minima sociaux, et qui lutte activement contre la pauvreté et la misère dans notre pays, et là nous nous intéressons non seulement aux gens qui sont dans la grande difficulté, avec cette indemnité, mais nous nous occupons aussi de la situation des classes moyennes, parce que les classes moyennes ont eu tendance à être oubliées au cours des dernières décennies lorsqu'il y avait des dispositifs spéciaux d'action. Là, encore une fois, en prenant un revenu de 2000 euros nets par mois, on prend en compte la question des classes moyennes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, puisqu'on parle de revenus, avant de parler de l'épidémie de Covid, il y a en ce moment, à l'Assemblée nationale, les discussions, la discussion sur le budget de la Sécurité sociale, et il y a un débat intéressant concernant le congé proche aidant, et je crois que vous allez déposer un amendement permettant à celui ou celle qui veut aider un proche, malade ou âgé, de toucher le SMIC, c'est cela ?

OLIVIER VERAN
C'est on veut monter le niveau de rémunération pour le mettre à l'équivalent du SMIC parce que le dispositif de congé proche aidant, qui a été mis en place, par ce gouvernement, il y a quelques années, a trouvé une partie de son public, mais on ne veut aller plus loin, et les parlementaires, notamment les parlementaires des majorités, de la majorité, souhaitent pouvoir travailler pour qu'on développe davantage. Il s'agit de permettre à des gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, si je prends un congé, je vais toucher le SMIC ? Si je prends un congé pour aider un proche, je vais toucher mon SMIC ?

OLIVIER VERAN
L'idée de cet amendement, le débat n'a pas encore eu lieu, le vote n'a pas encore été fait, mais parmi les pistes de réflexion il y a ré-hausser le niveau d'indemnité que vous percevez, qui vous est versé par l'Etat, lorsque vous ne travaillez pas quelques journées, parce que vous vous occupez d'un proche qui est malade ou en perte d'autonomie. Le dispositif, il existe dans le droit, mais le niveau d'indemnité a été jugé insuffisant au regard des besoins exprimés, donc nous souhaitons continuer à développer. Ça fait partie des mesures sociales très fortes dans ce budget de la Sécurité sociale, dans lequel on trouve aussi d'autres belles mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir. Parlons de l'épidémie, où en est-on, est-ce qu'il y a, oui ou non, une reprise de l'épidémie de Covid actuellement en France, globalement ?

OLIVIER VERAN
Pas qu'en France, en Europe on assiste à une, je dirais une petite, actuellement, plutôt une tendance à la hausse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une poussée.

OLIVIER VERAN
Une petite poussée, on n'est pas dans une vague épidémique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout dépend où, parce qu'en Russie c'est une forte poussée.

OLIVIER VERAN
De façon générale en Europe, je vais dire à l'Ouest de l'Oural si vous préférez, on est actuellement plutôt dans une tendance à l'augmentation, mais une augmentation qui est modérée. Il fait froid dehors, il fait plus humide, comme tous les virus respiratoires, quand il fait froid et humide, ça circule plus, et donc on s'y attendait. On est aux environs de 5000 cas par jour, et surtout on ne mesure pas, en France encore, d'impact sanitaire, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'augmentation des hospitalisations, comme l'automne dernier, pourquoi ? Parce que la population est massivement vaccinée, et si nous voulons éviter de reconnaître des situations, comme celle de l'an dernier, si nous voulons éviter de nous mettre individuellement et collectivement en zone de risque, il faut booster le rappel de vaccination des personnes âgées et des personnes fragiles dans notre pays. Ça avance, pas suffisamment vite, il est impératif, et je lance vraiment un appel aux Français âgés de 65 ans ou plus, ou aux Français atteints de maladies chroniques, ou aux soignants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le rappel.

OLIVIER VERAN
Qui sont à six mois de leur dernière injection, pour bénéficier d'un rappel, à nouveau il est gratuit, en centre, chez le médecin, chez le pharmacien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est à combien ?

OLIVIER VERAN
On est à un peu plus de 2 millions de rappels, on a monté en cadence puisqu'on approche les 100.000 troisièmes injections par jour, ce qui est plus que ce qu'on constatait dans les semaines précédentes, on est au-dessus, en termes de dynamique, que la plupart de nos voisins, mais ça ne suffit pas. Il y a un peu plus de la moitié des 65 ans et plus, vaccinables, qui ont été vaccinés, ça ne suffit pas, il faut monter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur le vaccin. 35 morts ces dernières 24 heures, 35 morts, des personnes vaccinées ou pas ?

OLIVIER VERAN
La plupart des personnes, ou la quasi-totalité des personnes, qui font des formes graves, qui sont hospitalisées, qui vont en réanimation, ou qui décèdent du Covid, sont des personnes qui n'étaient pas vaccinées, ou des personnes qui, vaccinées, présentaient des troubles de l'immunité, qui fait que leur système immunitaire fonctionne moins bien malgré le vaccin. Le vaccin, vous avez, la plus grande étude mondiale, sur l'efficacité de la vaccination, elle est française, il faut le dire, il faut le dire, 11 millions de vaccinés, 11 millions de non vaccinés, passé 50 ans, le risque d'être hospitalisé pour du Covid est réduit de 90 % quand on est vacciné, cette étude-là elle n'est pas empirique, elle est observée en vie réelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une forte reprise de l'épidémie est possible cet hiver ?

OLIVIER VERAN
Tout est possible Jean-Jacques BOURDIN, je ne pense pas que ce soit le scénario le plus probable, mais ce que je pense ne compte pas, c'est ce qu'on observe qui compte, et c'est surtout les moyens de s'en prémunir, et donc nous restons extrêmement vigilants, vous savez que nous avons adopté au Parlement un texte sur la vigilance sanitaire, pour pouvoir, dans la durée, continuer de prendre des mesures nécessaires pour protéger les Français, mais la troisième dose, le rappel de la vaccination, le maintien des gestes barrières, on voit que ça s'essouffle, on va lancer une campagne nationale sur les gestes barrières à compter de la semaine prochaine, spots TV, spots radios, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, qu'est-ce que vous allez rappeler aux Français, qu'est-ce que vous allez dire aux Français ?

OLIVIER VERAN
Pour redire aux Français qu'il est important de faire attention, parce qu'il y a le Covid, il y a la grippe, il y a le VRS, qui donne des bronchiolites chez les petits, il y a la gastro qui va arriver, et qu'il y ait des moyens assez simples de réduire les risques d'être contaminé, c'est, à nouveau, jeter son mouchoir quand on l'a utilisé, éternuer dans son coude, tous ces gestes qui étaient dans le quotidien des Français et qu'on a tous tendance un peu à laisser de côté… moins présente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Continuer à porter le masque ?

OLIVIER VERAN
Le masque, pour l'instant nous ne changeons pas les règles de port de masque. Vous imaginez bien, on a posé nous-mêmes la question de se dire, est-ce que finalement, au fond, avec le niveau de circulation du virus, est-ce que le moment n'est pas venu de relâcher certaines contraintes, notamment le pass, etc., et ce qu'on constate là c'est que, dans la période automnale, et hivernale qui va suivre, ce n'est pas le moment de relâcher notre vigilance et les moyens de freiner le virus. En Angleterre ils sont à 45.000, 50.000 cas par jour, dix fois plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils s'inquiètent d'un sous-variant en Angleterre, sous-variant du Delta.

OLIVIER VERAN
On le surveille, c'est un sous-variant Delta, le 4.2, qui n'a pas pour l'instant montré de signe d'inquiétude majeur, mais on surveille tout, on séquence tout, on crible, on fait des milliers, et des milliers, et des milliers de tests, tout part dans les labos, on regarde l'ADN de tous les virus, de toutes les souches qui peuvent circuler, lorsqu'on voit que ça monte dans un pays, on ferme les frontières, ou alors on fait des tests avant le départ, des tests à l'arrivée, on contrôle tout, on est dans une maîtrise qui n'est pas forcément visible au quotidien par les Français, parce qu'on parle moins du Covid, et c'est compréhensible dans la période, mais sachez que notre vigilance, et l'action que nous mettons au quotidien, elle n'a certainement pas diminué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le pass sanitaire sera-t-il abandonné le 15 novembre ?

OLIVIER VERAN
Je vous ai répondu Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne le sera pas.

OLIVIER VERAN
Dès lors qu'on est plutôt dans une augmentation de la circulation du virus en ce moment, et qu'on sait qu'il fait froid, dès lors qu'on voit que ça monte assez fort en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, que ça monte très fort en Europe de l'Est, là où ils sont moins vaccinés, le moment n'est sans doute pas venu de donner le sentiment que le virus ne serait plus un danger pour nous, on surveille cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il ne sera pas abandonné le 15 novembre ?

OLIVIER VERAN
Nous aurons l'occasion de communiquer là-dessus dans de bonnes conditions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais Olivier VERAN, que les choses soient claires.

OLIVIER VERAN
Je vous donne mon sentiment, mon sentiment il est qu'il n'est pas venu le moment, aujourd'hui, de retirer, d'ôter des outils qui nous protègent, alors qu'on voit que, malgré ces outils, le virus ne baisse plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc nous continuerons à utiliser un pass sanitaire après le 15 novembre.

OLIVIER VERAN
Nous continuerons de maîtriser la circulation du virus par les moyens adaptés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est clair, donc nous n'allons pas abandonner le pass sanitaire le 15 novembre, disons clairement les choses. Prolongation possible d'ailleurs du pass sanitaire jusqu'au 15 juillet, je dis bien prolongation possible…

OLIVIER VERAN
Possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est ce que j'ai dit, possible. Grande discussion à l'Assemblée nationale, ça a été très serré, dites-moi !

OLIVIER VERAN
Oui ça a été serré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez frôlé la catastrophe là.

OLIVIER VERAN
Ça n'a pas été serré pour un problème d'hésitation de la majorité, mais de mobilisation très forte, et à la dernière minute, des oppositions. Je vais vous dire ça Jean-Jacques BOURDIN, j'ai été député, et j'aime profondément la mécanique parlementaire, je pense que chacun choisit ses combats, avoir des parlementaires, des oppositions, qui attendent le dernier moment, au moment du vote, pour rentrer par paquet de 10, pour essayer de faire majorité, pour faire quoi ? Pour nous empêcher, si la situation sanitaire l'exigeait au cours des prochains mois, de mettre en place des mesures pour protéger les Français, ce n'est pas mon combat. J'ai du respect pour les parlementaires, pour les opinions, je pense que le signal envoyé à la population, qui est beaucoup plus inquiète du virus, et beaucoup plus satisfaite des mesures que nous mettons en place, que ce que ces parlementaires des oppositions semblent concevoir ou imaginer, je pense que ce combat-là n'était pas le combat juste à mener. Je suis content que nous ayons eu au final une majorité, et effectivement, jusqu'à l'été, si besoin était, nous sommes dotés de la capacité d'actionner des outils pour protéger les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez conditionné le pass sanitaire à l'administration d'un rappel, de la troisième dose ?

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas le cas aujourd'hui, vous le savez Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, aujourd'hui, mais…

OLIVIER VERAN
Ça fait partie des réflexions que nous demandent d'avoir des scientifiques, de nous dire finalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas ?

OLIVIER VERAN
D'abord je vous fais un tout petit pitch de 30 secondes mais, passé 65 ans, l'immunité est plus fragile, le vaccin il dit à votre système immunitaire « si le virus vient, tu l'empêche de rentrer », le système immunitaire dit « Ok », et puis au bout de six mois le système immunitaire il a un peu oublié, parce que quand on est plus âgé, le système immunitaire il est un peu plus fragile et il a un peu moins de mémoire. Le rappel c'est dire au système immunitaire « souviens-toi, au fait, c'était ça le virus, on te l'a présenté il y a six mois, si le virus rentre tu ne le laisses pas rentrer », et à nouveau on acquiert un très haut niveau de protection. La logique du pass, c'est de dire que les gens doivent être protégés pour eux-mêmes et pour ceux qui sont autour d'eux, dès lors qu'on considère qu'une personne, fragile, ne serait plus nécessairement protégée, parce qu'elle n'aurait pas encore reçu de rappel, il n'est pas illogique de se poser la question de l'intégrer dans le pass sanitaire. Ce n'est pas une décision qui est prise, c'est une réflexion que nous conduisons, avec les scientifiques, avec les médecins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable.

OLIVIER VERAN
Je suis favorable à ce qu'on mène la réflexion sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, à ce qu'on mène la réflexion. Deux questions à propos du rappel. Les moins de 65 ans vont devoir aller se faire vacciner une troisième fois ?

OLIVIER VERAN
Pour l'instant non. Pourquoi je vous dis pour l'instant ? En toute modestie je vous dis ça, pour l'instant non, parce que ce que montrent les études c'est qu'à l'inverse des plus de 65 ans, ou des gens qui ont des maladies chroniques, si vous avez 40 ans, que vous avez été vacciné il y a six mois, vous gardez, dans les études qu'on observe, un bon niveau d'immunité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pour l'instant non.

OLIVIER VERAN
Si par contre on se rendait compte qu'au bout de neuf mois l'immunité chute, ou qu'à 10 mois elle chute, ou qu'à 11 mois elle chute, eh bien je reviendrai vous en vous disant, Jean-Jacques BOURDIN, manifestement on n'est plus assez protégé, il faut qu'on se revaccine, mais pour l'instant il y a qu'un pays qui le fait, c'est Israël, les autres pays européens sont sur la ligne des agences et des autorités sanitaires européennes, il n'y a pas lieu de vacciner en dessous de 65 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pass sanitaire pour aller skier cet hiver, ou pas ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons. Nous verrons, pourquoi nous verrons, Jean-Jacques BOURDIN ? parce qu'à nouveau… je comprends que les acteurs aient besoin de visibilité, et d'ailleurs il y a certains acteurs du monde de la montagne qui disent « mettez-nous le pass sanitaire pour de bon, au moins on se prépare », mais à l'inverse moi ce que je dis, et c'est à rebours du procès qui nous est intenté par les députés de l'opposition, nous ne voulons pas mettre de mesures excessives si la situation ne l'exige pas, nous voulons les proportionner, mais nous voulons donner de la visibilité et de la lisibilité aux acteurs, ce qui veut dire que si dans les prochaines semaines…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes fin octobre !

OLIVIER VERAN
Oui, mais enfin, pardonnez-moi, pour l'instant, jusqu'à la semaine dernière ça baissait, eh bien si ça continuait de baisser et qu'on tombait à 1000 cas par jour, un pass sanitaire pour aller skier n'aurait pas de sens, si en revanche ça devait monter, qu'on atteignait 10, 15.000 cas par jour, probablement qu'un pass sanitaire, dans les stations de ski, ferait sens, en tous les cas nous voulons maintenir les stations ouvertes, nous voulons que les Français puissent aller skier cette année, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En Martinique, j'ai vu ça, ça m'a paru curieux tout de même, pas de vaccination et pas de pass sanitaire pour le personnel soignant.

OLIVIER VERAN
Ça a été démenti par la direction du CHU de Martinique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est faux ?

OLIVIER VERAN
C'est une note interne qui faisait part de modification des moyens de contrôler le pass sanitaire à l'hôpital. Mais plus sérieusement, Jean-Jacques BOURDIN, ce n'est pas facile, et moi j'encourage les directeurs, les médecins, les préfets, les ARS, dans les Antilles, qui font face, pour une partie de la population, à une contestation forte de la vaccination, alors même que ces territoires ont été parcourus par une vague épidémique très intense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vaccination et pass sanitaire obligatoires pour tous les soignants en Martinique ?

OLIVIER VERAN
Les lois de la République doivent s'appliquer sur tout le territoire de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et elles s'appliqueront sur tout le territoire.

OLIVIER VERAN
Et elles s'appliqueront sur tout le territoire de la République, nous tenons compte de la situation particulière aux Antilles, après une vague qui a été très intense et une surcharge hospitalière très intense, et nous l'appliquons avec parcimonie et avec méthode.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les établissements le, je ne sais pas, chef d'établissement d'une école, le principal d'un collège, le proviseur d'un lycée, va pouvoir vérifier le carnet vaccinal des élèves, ce qu'il fait déjà d'ailleurs, puisqu'il y a 11 vaccins obligatoires, mais là, concernant le Covid, il va pouvoir savoir si l'élève est vacciné ou pas vacciné, si l'élève est cas contact ou pas cas contact, c'est cela, c'est ce que va permettre la loi ?

OLIVIER VERAN
Ce que nous souhaitons c'est de ne plus avoir besoin de fermer une classe lorsqu'il y a un enfant qui est positif au Covid, et nous expérimentons, dans plusieurs départements, d'autres méthodes de gestion en cas d'apparition d'un cas positif dans une classe, pour se faire les directeurs d'école ont besoin de connaître le statut vaccinal des élèves. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils font ? ils demandent aux parents « est-ce que votre enfant est vacciné ? », et le monde éducatif nous a dit « c'est compliqué, ce serait plus simple si on pouvait demander » - ils n'auront pas accès au système d'informations - ils pourront demander à l'Assurance maladie de leur donner le statut, et vous l'avez dit, c'est déjà le cas avec 11 autres vaccins qui sont obligatoires, pour éviter de fermer des classes. Les parlementaires l'ont votée à l'Assemblée nationale, ça n'a pas d'ailleurs fait de gros débats, ils l'avaient déjà votée d'ailleurs il y a trois mois, dans un précédent texte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la fin du secret médical.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas la fin du secret médical Jean-Jacques BOURDIN, puisque, dans ce cas-là le secret médical n'existe pas avec le vaccin tétanos ou avec la rougeole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Concernant le Covid c'est la fin du secret médical, concernant le Covid.

OLIVIER VERAN
Non Jean-Jacques BOURDIN, ce n'est pas la fin du secret médical concernant le Covid, on ne vous dit pas si vous êtes malade, si vous avez des formes graves, si vous avez des morbidités, si vous prenez des traitements, si vous avez vu le médecin ou si vous ne l'avez pas vu, on vous dit qu'une vaccination qui est nécessaire aujourd'hui, a été faite ou elle n'a pas été faite, ce qui permet d'éviter de fermer des classes, on est pragmatique. On est pragmatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les 5-12 ans, vaccination PFIZER BIONTECH permise aux Etats-Unis, l'Agence européenne du médicament va travailler pendant deux mois et rendra sa décision, si elle dit oui, la France vaccinera les 5-12 ans ?

OLIVIER VERAN
Effectivement le laboratoire PFIZER a déposé une demande auprès de l'Agence du médicament européenne, qui va pouvoir étudier en transparence les données brutes et les données détaillées, et en vie réelle, de cette vaccination chez les 5-11 ans, et qui nous dira le vaccin est autorisé ou non. Derrière, l'étape d'après, vous commencez à la connaître, parce qu'on l'a fait à chaque fois, les Agences françaises, du médicament, la Haute autorité de santé, en indépendance, nous diront non seulement on peut le faire, mais ça vaut le coup de le faire, et pour telle et telle raison, ou à l'inverse, oui on peut le faire, mais ça ne vaut pas le coup pour telle et telle raison, et ensuite nous prendrons la décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Olivier VERAN, campagne de vaccination contre la grippe, c'est aujourd'hui le départ…

OLIVIER VERAN
Oui, je l'ai avancée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez avancée, 10 millions de doses je crois, à disposition.

OLIVIER VERAN
Il y a 10 millions de doses au premier jour de la campagne de vaccination antigrippale, le premier jour était prévu pour être mardi, mais là il y a énormément de pharmacies qui sont achalandées en vaccins, l'année dernière, souvenez-vous d'ailleurs, vous m'aviez interrogé, dans les premiers jours il y avait une espèce d'effet de cohue, tout le monde avait peur de manquer, et il y avait 4 millions de vaccins qui avaient été préparés dans les pharmacies, cette année c'est 10 millions, et il y a près de 20 % de vaccins en plus contre la grippe, achetés dans notre pays, pour que tout le monde puisse être protégé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun danger si l'on double la vaccination, dans un bras la grippe et dans l'autre bras Covid ?

OLIVIER VERAN
Ou dans les deux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou dans le même bras, ce n'est pas gênant ?

OLIVIER VERAN
Ou dans le même bras, il n'y a pas de… ce qui est important c'est qu'on peut faire les deux vaccins en même temps, et beaucoup de Français attendaient de se faire vacciner contre la grippe, pour avoir leur rappel, raison pour laquelle j'ai avancé, aussi parce que la grippe pourrait être forte cette année, je dis bien pourrait, puisqu'on n'a pas eu de grippe l'an dernier, et donc le niveau d'immunité populationnel est plus bas, c'est ce qui se passe avec la bronchiolite par exemple, chez les nourrissons, avec une bronchiolite qui est particulièrement forte et précoce cette année, il y a plus de 2000 enfants, déjà, qui sont passés aux urgences dans notre pays, pour de la bronchiolite cette année, alors que nous ne sommes même pas en novembre. Donc, je le dis aux personnes âgées, aux personnes qui savent que chaque année elles sont appelées à se faire vacciner contre la grippe, protégez-vous, et profitez-en, si vous êtes à six mois de la dernière injection de Covid, pour avoir les deux vaccins en même temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois dernières questions. IVG, IVG, le délai légal elle sera bientôt prolongé jusqu'à 14 semaines ou pas ?

OLIVIER VERAN
En tout cas le président du groupe parlementaire En Marche ! a souhaité pouvoir déposer une proposition parlementaire, donc nous allons examiner le contenu de cette proposition parlementaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas ?

OLIVIER VERAN
Je l'ai déjà dit, j'ai saisi le Conseil, d'ailleurs, consultatif national d'éthique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable.

OLIVIER VERAN
Je l'ai dit que j'étais favorable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République est contre.

OLIVIER VERAN
Je me suis forgé une conviction sur le fondement de l'avis du Conseil consultatif d'éthique qui, lorsqu'ils étaient dans mon bureau…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et non pas sur l'avis du président de la République.

OLIVIER VERAN
Ecoutez-moi Jean-Jacques BOURDIN, quand ils étaient dans mon bureau, quand je les charge de cette mission, ils m'ont dit « on ne sait pas trop », et quand ils sont venus me rendre leurs conclusions, m'ont dit « à notre grande surprise, en fait il faut le faire et on est 21 sur 22, membres du CCNE, à avoir voté pour », aucun n'a voté contre, le dernier il s'est abstenu. Sur cette base-là je dirais que… ma conviction personnelle apporterait moins - sur cette base-là le débat parlementaire aura lieu, nous verrons quelle sera la position du gouvernement, c'est la position du gouvernement qui compte plus que ma position…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il aura lieu avant la présidentielle ?

OLIVIER VERAN
Si le président du groupe majoritaire dépose le texte, et il a dit qu'il souhaitait le faire avant la présidentielle, oui, il aura lieu. Il y a encore des milliers de femmes qui passent la frontière chaque année parce qu'elles doivent avorter trois jours ou quatre jours après le délai légal en France, c'est de cela dont nous devons tenir compte, ce qui me permet aussi de rappeler que nous devons défendre le droit à l'avortement, et nous devons de façon générale défendre les droits des femmes, dont on voit bien, avec certains débats politiques en vigueur dans notre pays en ce moment, qu'ils ne sont jamais acquis et jamais ancrés dans le marbre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, PMA pour toutes les femmes, conséquence, pénurie de sperme. Est-ce que l'on va rémunérer les dons de sperme ?

OLIVIER VERAN
On ne va pas rémunérer les dons de sperme, le don, dans notre pays, c'est un don, Jean-Jacques BOURDIN, c'est-à-dire qu'il est gratuit, anonyme, bénévole et volontaire, pour un organe, pour le sang, pour des gamètes, c'est aussi l'honneur du fonctionnement de notre pays, qui fonctionne sur la solidarité, sur la générosité. On savait qu'il y aurait, il pourrait y avoir des tensions sur le sperme, ça a d'ailleurs été dit, ça n'a pas été caché dans les débats parlementaires, nous lançons la première très grande campagne nationale, en lien avec l'Agence de biomédecine, pour encourager au don de sperme, au don d'ovocytes. Par ailleurs, et j'en arrêterai là, sur cette question en tout cas, sauf si vous voulez qu'on aille plus loin, on enregistre un nombre de demandes élevé de PMA, plus élevé qu'attendu, ce qui est une bonne nouvelle, ce qui veut dire que le droit est devenu un droit réel, et moi je suis touché, favorablement, quand je vois des femmes, ou des couples de femmes, qui me disent que désormais elles peuvent franchir la porte d'un hôpital la tête haute, qu'elles ne se cachent pas quand elles vont en pharmacie, et voire mieux, que quand elles veulent faire une PMA et avoir un projet familial, on leur parle dans leur langue et pas en néerlandais ou en espagnol.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, je termine avec une question, finalement qui va boucler cette interview, on a commencé sur le pouvoir d'achat, sur les contraintes. Les mutuelles, les mutuelles vont-elles augmenter leurs tarifs ?

OLIVIER VERAN
J'ai peur qu'elles l'aient déjà annoncé, apparemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais oui, de fortes annonces, Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Ce qui contrevient ; pas que les mutuelles d'ailleurs, les complémentaires santé en général…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les complémentaires santé, les assureurs, les mutuelles…

OLIVIER VERAN
Ce qui contrevient au dialogue que nous avons eu avec elles, puisqu'il ne vous aura pas échappé que pendant la crise Covid nous avons fait le choix de prendre en charge toutes les dépenses à 100 % par l'Assurance maladie, et vous savez ce qui s'est passé ? Ça a fonctionné, les Français n'ont pas eu de reste à charge sur les tests, sur les vaccins…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que ça ne sert à rien, ça veut dire que les mutuelles ne servent à rien…

OLIVIER VERAN
Ils n'ont pas eu de reste à charge sur la télémédecine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut réduire l'intervention, le champ d'intervention des mutuelles.

OLIVIER VERAN
Je ne dirais jamais que les mutuelles et que les complémentaires ne servent à rien, j'objective une part trop importante de coût de gestion, dans le fonctionnement des complémentaires santé, c'est 6 à 7 milliards de plus que si c'était l'Assurance maladie qui se chargeait de ces soins, c'est beaucoup…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien ils vont augmenter les tarifs…

OLIVIER VERAN
C'est beaucoup d'argent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est beaucoup.

OLIVIER VERAN
Et les tarifs augmentent, je souhaite que les complémentaires modèrent l'évolution des tarifs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que pouvez-vous faire ? Rien.

OLIVIER VERAN
Il y a des réflexions, il y a des pistes de transformation qui sont possibles, il y a un dialogue contractuel avec les complémentaires, croyez mon engagement, il ne date pas d'aujourd'hui et je n'ai jamais caché mes convictions en la matière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réduire le champ d'intervention des mutuelles ou des assureurs ?

OLIVIER VERAN
L'évolution de la Sécurité sociale, l'évolution de la part de l'Assurance maladie, ça fait partie d'une réflexion, il n'y a pas d'annonce, il n'y a pas de programme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est très intéressant.

OLIVIER VERAN
Invitez-moi, on pourra en parler, il faut un peu de temps pour l'expliquer, ça paraît technique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elargir, ça veut dire quoi ? Elargir le champ d'intervention de la Sécurité sociale.

OLIVIER VERAN
Ça veut dire que ce qui relève de la santé serait pris en charge par l'Assurance maladie, au titre de la santé, et ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et plus par les mutuelles.

OLIVIER VERAN
Et ça veut dire qu'on pourrait développer, de notre côté, la part de prévention, d'éducation thérapeutique, nous appuyer davantage sur les complémentaires pour le numérique en santé, il y a beaucoup de choses qu'on peut faire, je vous dis, j'ai semé des petits cailloux dans la crise sanitaire, tout a été mis en charge à 100 % par l'Assurance maladie et je n'ai vu personne s'en plaindre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, les frais forfaitaires à l'hôpital, par exemple, pourrait en être pris en charge par la Sécurité sociale et non pas par les mutuelles.

OLIVIER VERAN
Je vous dis que ça fait l'objet de réflexions, de discussions, et pas de programme ou de propositions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais en tous les cas…

OLIVIER VERAN
En tous cas c'est un sujet passionnant, et légitime.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En tous les cas les tarifs des mutuelles, ou des assureurs, vont augmenter.

OLIVIER VERAN
Je souhaite qu'ils n'augmentent pas cette année, je le redis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Olivier VERAN.


Source : service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2021